Le secret du corbeau/Mars 2013

Atelier avec la classe de CM1 de l’école Saint Joseph de Liffré (35), mars 2013, éditions Oval (Belle Ile en mer).

Préface

Corbeau : tel a été le mot de passe de nos trois ateliers d’écriture, le dénominateur commun, le même signe adressé aux élèves pour qu’ils laissent vagabonder leur imaginaire. Ange et démon, dieu et diable, le corbeau a représenté depuis la nuit des temps à peu près tout et son contraire, animal malin pour les uns, symbole de la duplicité (et de la dénonciation) pour les autres. Remarquez : le volatile laisse dire. Insensible aux rumeurs, indifférent aux modes, lui, il dure. Impassible et inchangé. Indestructible, il regarde tout ça de haut. Et il a bien raison.

Corbeau : à partir de ce simple mot, les enfants de nos trois classes ont tricoté avec entrain, avec allégresse, osons le dire car il y avait beaucoup de plaisir chez eux à jouer avec les phrases, à associer les idées, à inventer des formules, sur le mode du roman policier, ou du récit d’aventure ou du conte, ces enfants ont tricoté, donc, les histoires qui composent ce recueil.

Merci à ces écrivains en herbe pour leur belle énergie, merci aux enseignants pour leur connivence. Et merci au site de Bruté pour son accueil.

Belle-Ile, mars 2013

Gérard Streiff, Paul Thiès

LE MASQUE DU CORBEAU
(Titre provisoire)

CHAPITRE 1

« C’est quoi cette histoire de corbeau ? » se dit Elise en lisant son journal. Chaque matin elle a l’habitude de regarder les annonces et les articles. Partout il est question du « corbeau ».
Par exemple, la banque de St Mystère a été dévalisée et un anonyme écrit au journal pour réclamer 250 000 euros et alors il dévoilera qui se cache derrière ce cambriolage. On parle aussi d’un meurtre chez Valentine et Charly où on aurait vu le corbeau, masqué.
Autre affaire : le meurtre du maire de la charmante ville d’Aix la Chapelle ; il aurait été tué sous sa douche. La fenêtre de la salle de bain était ouverte. Le commissaire Gruber racontait qu’une odeur de parfum restait dans la douche. Analysé, ce parfum était du Coco Chanel. Un seul magasin vendait ce parfum. Et seuls trois clients en avaient acheté : le maire, Madame Poulain et l’entreprise Pasquier. Mais le commissaire dut cesser son enquête : en effet sa femme venait de gagner à l’Euromillion et le couple est aussitôt parti en vacances. Mais, une lettre anonyme était arrivée au journal, disant : « Il y a une personne qui semble plus coupable que les autres. Si vous voulez en savoir plus, venez sur la place de la mairie ». Signé : le corbeau. Encore.

Elise tourne la page, découvre une autre annonce : « Si vous n’avez pas de quoi vous nourrir, si vous n’avez pas de quoi vous loger…appelez le 36.80, une aide financière vous sera proposée. » C’est louche, ça, pense-t-elle ; et si c’était une arnaque ? Or, justement, à côté de cette information, il y a une seconde annonce qui dit : « Le 36.80, vous avez sans doute compris que c’était une arnaque ! Pour 5 euros, je peux vous dire qui se cache derrière. » Signé Le corbeau.

Elise lit encore bien d’autres informations incroyables, où on parle du vol des bijoux de la reine, d’oiseau tueur aux dents de vampire, du caissier d’une boulangerie tué à coups de poignard, d’un corbeau qui a une tronçonneuse coincée dans son bec, du kidnapping de Mr Dupont, de la mort d’Anne dans une bijouterie, du drôle de couple de Mme Pervenche et de Mr Moutarde, d’un professeur qui a disparu puis qui réapparaît, de la mort de l’épicière Mme Blanche ; de la disparition d’un petit garçon et on a beau frapper à toutes les portes, regarder tous les tiroirs, tous les placards, toutes les armoires, rien, pas d’indice, affaire très louche ; on parle même de meurtres avec, sur chaque victime, une plume de corbeau sur le visage et une partition de musique.
Sans parler d’une série de dessins, toujours dans le journal, où l’on voit un corbeau, une loupe à la main, qui se fait courser par un ours !
Le corbeau, encore le corbeau, toujours le corbeau !
Et la police qui ne trouve rien.

Elise dit : « Cette fois, c’est trop, je vais mener ma propre enquête. » Elle pense déjà à quelques suspects : Lulu Flus, Notant Tenten, Filou Nounou !
Elle commence par regarder de plus près ses voisins et leur trouve un comportement étrange ; ils se cachent dans leurs voitures, ils en sortent des boîtes de carton, les grands garçons ne vont plus en boîte…Etrange tout ça.
Elise pense que seule, sur l’enquête, elle n’y arrivera pas.
« Je vais aller voir mon ami Hugo, qui est aussi un pro de l’informatique. Il saura surement trouver le coupable. »

Hugo, lui, venait de visiter avec deux de ses copains une maison abandonnée où, sous une trappe, menant à un sous-sol très sale, il avait trouvé un ordinateur ; sur l’écran, un mot : EMYNONA mais impossible de lire plus : à cet instant même, un corbeau, entré par une fenêtre cassée, vint cogner l’appareil et cassa la machine.

Elise et Hugo se retrouvent. La vraie enquête commence maintenant !

CHAPITRE 2

Main dans la main, Elise et Hugo plongent dans cette nouvelle étape : la recherche des indices.

« Tu sais ce qu’on raconte ? dit Hugo.
« Non.
« On raconte que le journal qu’on trouvait dans nos boites aux lettres ces derniers jours, hé bien c’était un faux journal, complètement ré-écrit par le Corbeau. C’est lui qui serait passé chaque matin pour retirer l’autre quotidien des boîtes et il aurait mis à la place son journal, et pour ne pas se faire voir, il aurait cassé toutes les caméras de surveillance…

Pour vérifier, ils se rendent alors au journal mais ce qu’on leur a raconté est une fausse piste ; le journal en effet a bien imprimé les annonces du corbeau et les ouvriers confirment que quelqu’un de bizarre est venu leur apporter ces textes. Les deux enfants demandent alors à voir Michel Faubont, le rédacteur en chef ; ils veulent regarder les lettres anonymes reçues par le quotidien. Il les leur montre et Hugo réagit immédiatement :
- Je reconnais cette écriture ! C’est la même que celle de mon prof de maths !
- Non, je ne te crois pas !
- Si, si, c’est vrai, je te jure !
- Bon, alors si c’est ce que tu dis, je te crois. Allons voir ton fameux professeur de mathématiques ! Allez, grouille !

Ils arrivent vite devant la porte de Mr Colin. Ding, dong !

- Bonjour les enfants, dit le prof. Vous venez voir vos notes de la dernière évaluation ? Vous savez bien que vous les verrez la semaine prochaine…
- Non, monsieur, on n’est pas venus pour ça ! On est là pour vous poser une question ; nous pensons en effet que c’est vous le corbeau ! Qu’est-ce que vous avez à dire pour votre défense ?
- Mais vous n’êtes pas bien dans votre petite tête ! Disparaissez !

Les enfants s’en vont. C’était une fausse piste.

« Et si on demandait aux trois suspects, dit Elise, à Filou Nounou, Natant Tenten et Lulu Flus d’écrire quelque chose ; on regarderait leur écriture ; comme on a vu celle du corbeau, on comparerait et on reconnaitrait lequel d’entre eux est le coupable !
Bonne idée.
Arrive Filou Nounou, il est âgé, grand, méchant ; puis vient Natant Tenten, une grande personne cruelle mais de petite taille ; enfin voici Lulu Flus, un adolescent très méchant mais de taille moyenne. Tous trois écrivent mais aucun n’est le corbeau.
Encore une fausse piste.

« Et Mr Dupont ?
« Quoi Mr Dupont ?
« Allons l’interroger lui aussi !
« Mr Dupont, c’est vous qui avez écrit ces lettres anonymes ?
« Bah, enfin, vous me prenez pour qui ? Vous croyez que c’est moi, le corbeau ?
« Non, non, nous n’en sommes pas certains mais il est possible que ce soit vous ! répond Hugo.
« Comment osez vous me poser cette question ? NON, je ne suis pas le corbeau ! Et maintenant, sortez de chez moi !
Toujours une fausse piste !

Alors qu’ils rentrent à la maison tout en discutant, une brique tombe à côté d’eux ; il y a un message accroché : « Méfiez vous ! Si vous enquêtez, vous aurez des ennuis ! Signé : le corbeau »

Ils comprennent que le corbeau a peur de leur recherche. Ils vont interroger les voisins, pour savoir si quelqu’un a vu celui (ou celle) qui a lancé la brique, mais la seule réponse qu’ils ont, c’est ; « Nous, on sait rien ! »

« Tu sais quoi, dit alors Hugo, j’avais un ordinateur qu’un corbeau, un oiseau cette fois, m’a cassé ; je vais le réparer ; en utilisant Internet, on trouvera peut-être une piste…
La réparation lui prend dix minutes.
Ils découvrent là plein d’informations étranges, du genre « le dossier du corbeau serait caché dans un piano ! » ou encore que le corbeau lui-même peut résoudre les enquêtes si on fait le 36.80 et qu’on lui donne de l’argent (300 000 euros !) ou bien « Rendez-vous sur le site www.anonimus.fr mais ce site ne dit rien !

Sur l’écran, ils découvrent aussi de nouvelles menaces du corbeau, par exemple : « Je vous invite à prendre l’avion 3600 sinon je le crashe » ou bien « Je vous attends dans une usine abandonnée, 11 rue de Caréla » ou encore « Je veux 31 milliards d’euros, rendez vous à Reilleptnom sinon je tue de nouvelles personnes ».
« Reilleptnom ? c’est quoi ce bazar ?
« J’ai compris, dit Elise. C’est Montpellier, la ville, mais écrit à l’envers… Un code, quoi. Comme Sirap au lieu de dire Paris, Elliesram au lieu de Marseille. Tu piges ?

Toujours sur internet, ils voient une série de dessins qui montrent les galipettes d’un corbeau avec une panthère.

Sur internet encore, ils apprennent qu’une fête, sur la plage de St Mystère, se tient à 23h00 ; une heure plus tard, la radio confirme : soirée « Monday Sunday » tout à l’heure. Il enfilent leur manteau, arrivent sur la plage ; il y a beaucoup de monde mais comment reconnaître un corbeau au milieu de tous ces gens ? Ils abandonnent cette piste.

La nuit, les deux enfants dorment mal ; Hugo rêve d’un homme masqué, maigre, avec un poignard ! Il se réveille en sursaut. « J’ai eu peur ! » dit il à Elise en le retrouvant place de la mairie de St Mystère. Il y a dans l’air ce parfum de Coco Chanel ; ils voient sur une plante devant la mairie un ruban et sur le ruban une adresse : www.uaebroc.fr. UAEBROC ! De nouveau, un mot inversé ; l’envers de corbeau !
Sur ce site, on annonce qu’on va tuer Zlatan Ibrahimovic, rue des tulipes, à Aix la Chapelle. De nouveau il est question de cette ville où déjà s’est passé un crime sous une douche. Les enfants se font conduire à Aix par une certaine Gertrude. Mais là, ils s’aperçoivent que Zlatan Ibrahimovic va bien et qu’un mot, anonyme, les attend : « Vous vous êtes faits piéger ! Cette histoire ne vous mènera à rien. Vous n’en sortirez pas vivants ! »

CHAPITRE 3

Après s’être faits berner, Elise et Hugo décident de se poser, de réfléchir et, pourquoi pas, de repasser à l’offensive.
Ils passent devant une petite rue et d’un coup, la queue d’un chien apparaît. Elise aussitôt veut l’adopter et l’appeler « Chiffon ». « Et si ce chien nous aidait à résoudre l’enquête ? » se dit-elle tout bas.
« Hugo, on le prend ce chien pour mener nos recherches ?
Le garçon ne répond pas. Elle lui dit :
« Hugo, tu es dans la lune ?
« Oui, quoi ?
« Ce chien, on le prend ou pas ?
Elise trouve Hugo étrange depuis peu ; pendant ce temps, le chien, lui, a déjà disparu.

Mais qui peut bien être le corbeau ? se demandent les enfants ; ils passent en revue les coupables possibles : Mr Dupont ? Zlatan Ibrahimovic ? ou Gertrude, Gertrude Duval dont on découvre d’ailleurs qu’elle est la fille du prof de maths et qu’elle trafique le parfum Coco Chanel ? Ou encore Michel Faubont, le rédacteur en chef ? On dit aussi que le corbeau serait un trafiquant de cocaïne de Brest ? On parle aussi, là-bas, de dresseurs de corbeaux très connus, Darwin, Darouillègue, Jamie et Fatal.
Il est encore question du corbeau n°1 et du corbeau n°2, d’un meurtrier qui habite Roque-Brune.
Pour Hugo, pas de doute, le coupable, c’est le prof de maths, Mr Colin ; le prof a besoin de beaucoup d’argent, dit-il, car il vient d’emménager et il lui faut payer sa maison.

Elise se rend compte que Hugo s’absente un peu trop depuis qu’a commencé cette histoire de corbeau.
Alors qu’ils se séparent, elle décide de suivre le garçon, en cachette. Elle découvre alors qu’il se rend chez son pire ennemi. De loin, elle les voit tous les deux parler mais elle n’entend rien de ce qu’ils disent, que des blablabla… Elle rentre chez elle, inquiète.
Elle a de sérieux doutes sur son ami. Elle se souvient que de nombreuses lettres anonymes adressées au journal ont été écrites sur ordinateur. Or Hugo n’aime pas son écriture, alors quand il a du temps libre, il va sur l’ordi. Sa machine a une option pour imiter l’écriture des autres.

Peu après, elle revoit Hugo et lui demande avec qui il avait parlé. Il ment. Elise s’en rend compte. Il rougit de plus en plus ; il se demande si la fille a cru à son mensonge.
Elle comprend : c’est Hugo, le corbeau ! C’est lui qui se déguisait en corbeau, la nuit. C’est lui qui enfilait ses plumes noires et son gros bec. C’est lui qui poussait des croassements.

Démasqué, Hugo veut se sauver. Mais Zlatan Ibrahimovic, qui passait par là, dit à Elise : « Je vais te sortir de ce pétrin ! » et il fait un tacle au garçon. Hugo tombe. Nathan Tenten, Filou Nounou et Lulu Flus le retiennent au sol.
Elise appelle sur son talkie-walkie la police. Celle ci prend cinq minutes pour arriver. Les policiers voient le corbeau, le chopent, lui mettent les menottes, l’embarquent dans le camion. « Tu voulais être le maître du monde mais là où tu vas, tu n’auras pas besoin d’être le maître » se moque un policier.
Dans son portefeuille, on trouve des lettres anonymes.
Jugé, il est condamné à 50 ans de prison ferme !

Elise est acclamée. Mission réussie. Comme cadeau, on lui offre un livre de dessins intitulé « L’île aux pirates qui est en fait l’île des anniversaires ». Elle va passer à la première page du journal. Elle rentre chez elle, triste pour Hugo – qui a été mis dans les cages des criminels les plus forts - mais contente aussi d’avoir sauvé la population. La ville a pu retrouver sa vie normale.

FIN

Rançon ?
Ou
FACE CACHEE

Chapitre 1

En arrivant sur l’île, à la sortie du bateau, la professeure fait l’appel.
- Marie ?
- Oui.
- Marion ?
- Présente.
- Valentin ?
- Là.
- Louis ?
- …
- Louis ? Quelqu’un a vu Louis ?

La professeure a beau l’appeler, Louis ne répond pas.
- Où est Louis ? dans le bateau ?
- Non, madame, il était avec moi tout à l’heure sur le quai, dit Mahé. Ça c’est sûr à 100%.
Christopher qui se croit drôle dit :
- Il est peut-être tombé à l’eau ?
- Mais comment il aurait pu faire pour tomber du bateau ? s’énerve la professeure.
- Bin, je sais pas, il est peut-être passé au dessus de la barrière ?
- Non, arrête tes bêtises !

Tout le monde crie :
- Louis ! Louis !
La professeure s’impatiente :
- Louis, c’est pas le moment de jouer à cache-cache ! Tu vas louper le car ! Montre toi sinon on part sans toi !
Mais pas de Louis. Tout le monde est inquiet.

Martin dit à Lucie : « Tu sais, ici, c’est une île dangereuse ! Il fait beau et il ne pleut jamais mais quand on commence de s’enfoncer dans la profonde forêt, le ciel devient noir comme dans un cimetière ! C’est une île maléfique ! »
Au dessus du volcan, au milieu de l’île, un gros corbeau noir tourne.

Les adultes, professeurs et animateurs, les enfants, tous se mettent à chercher. On fouille de fond en comble le bateau. Personne ne le trouve. On cherche partout, rien, absolument rien. Quand le soir tombe, les recherches s’achèvent.

La nuit, Lucie sort de sa chambre, elle a vu une ombre. Elle saute dessus mais c’est un surveillant. Celui-ci est en colère :
- Qu’est ce que tu fais debout ? va te coucher !
- Mais..
- Y a pas de mais !
Lucie retourne au lit et se demande qui a pu enlever Louis. Les surveillants ? la prof ? d’autres élèves ? quelqu’un que je ne connais pas ?
- Ça doit être dur de chercher sur cette île en forme de crâne ; en même temps, on ne l’appelle pas l’île du crâne pour rien ! ça me file la pétoche ! Bon, il faut peut-être que je dorme ! »
Mais elle n’y arrive pas ; c’est que Louis était quelqu’un de très important pour elle.

Le lendemain, on apprend que c’est Léon qui a disparu. Et il est question de demande de rançon. Tous les enfants ont de plus en plus peur.
Que faire ? Prévenir les parents ? Ou les laisser dans l’ignorance ? Pourquoi les angoisser ? Appeler la police ? Sur l’île, il n’y a qu’un policier ; on décide de le prévenir et de laisser les parents à l’écart.
Peu après arrive l’inspecteur Boufetou, plutôt moche, gros. Il rassure. Mais après des heures d’enquête, Boufetou n’a rien trouvé. Il imagine des pistes qui ne tiennent pas debout ; il pense d’abord que ces disparitions, c’est une blague que Louis et Matisse ont faite à leur professeure ; puis il dit que c’est la mafia de la marijuana, des Boliviens, qui aurait enlevé les enfants ; puis on le voit enfiler une combinaison de militaire pour mieux se camoufler dans la nature mais ça ne sert à rien ! Puis il dit que c’est la légende de la Dame en noir qui explique tout ça !
- J’ai fait tout mon possible, dit-il, mais en vain. »

Lucie, qui est une amie de Louis et de Léon, pense le contraire ; elle décide donc de mener l’enquête. Avec Martin. Elle, elle n’a pas peur. Mais où chercher ? dans le bateau ? la forêt ? le car ? le bâtiment scolaire ?

Tous les deux retournent sur le port ; le bateau est toujours là. Ils trouvent qu’il y a là quelque chose de louche mais quoi ? Ils remontent à bord et entendent parler : c’est le capitaine. Ils savent que ce n’est pas bien d’espionner mais ils écoutent quant même à la porte :
- Bon, on reparle de tout ça demain soir, ok ? dit-il à quelqu’un. Je m’en vais !
Il va sortir ; ça se complique pour les enfants si on les surprend en train d’écouter au porte. Ils n’aiment mieux pas savoir ce qui les attendrait ! Mais où se cacher ? Sur leur gauche, il y a des grosses caisses, ils se camouflent derrière l’une d’elles. Le capitaine sort, une pipe à la bouche. C’est un grand homme barbu, ses bras sont couverts de blessures.
Ils ne trouvent rien sur le bateau, ils redescendent et retombent sur un homme assis, il était déjà là lors de leur arrivée. L’homme assis ne bouge pas : il est aveugle, pas la peine donc de lui montrer des photos des disparus. Mais il dit qu’il a entendu le bruit de l’enlèvement : « J’ai entendu une voix grave ! Comme la voix de quelqu’un qui est en train de muer » dit-il.

Chapitre 2

Une voix en train de muer…
- Qui est en train de muer ? qui ça pourrait bien être ? demande Lucie.
- Voyons, ajoute Martin, il y a Jean, Olivier, Pierre…
- Exact, dit Lucie, mais excuse moi de te couper, il y a aussi Louis. Tu ne te souviens pas, hier ? il nous disait que sa voix muait ; c’est pour ça qu’il ne pouvait pas chanter dans le car.
- Mais non, réfléchis un peu, Louis a disparu, ça ne peut pas être lui.

Les deux enfants se répètent longtemps la question : pourquoi Louis et Léon ont disparu ? Alors qu’ils sont en vacances ? Ils ont beau chercher, ils ne trouvent pas de réponse.

Ils retournent au centre scolaire. Les animateurs les grondent d’être sortis sans les prévenir.
- Mais de toutes façons, vous ne nous auriez pas autorisés à sortir, dit Lucie.
- On ne parle pas comme ça aux animateurs !
- Désolée, répond la jeune fille.

Juste le temps de faire une sieste au cours de laquelle Lucie sent une ombre froide à côté d’elle ; elle se réveille inquiète.
A propos de Louis, rien de neuf sinon qu’on a retrouvé de lui une carte postale adressée à sa mère, qui n’avait pas été envoyée, et qu’il avait sans doute écrite sur le bateau : « Chère maman, je t’embrasse énormément. J’arrive tout à l’heure sur l’île, je suis avec mes amis, les animateurs sont gentils. Mais je les connais, tu sais ; en général, en colo, la nuit, eux ils parlent beaucoup mais c’est injuste car nous, on n’a pas le droit de parler une fois que la lumière est éteinte ! Mais eux ils crient, ils chantent alors que nous, on veut dormir. Je t’aime trop fort. J’ai hâte de revenir à la maison. Je suis triste de t’avoir quittée. Bisous. Louis. »

Plus tard, alors qu’ils préparent un barbecue, ils apprennent qu’une lettre est arrivée à leur professeure ; elle dit :
- Si vous voulez récupérer vos deux élèves, donnez nous 500 euros sinon…
Sinon quoi ?
Tous les adultes alors se mettent à réfléchir et à réfléchir et à réfléchir… Les enfants, eux, veulent agir. Ils ont sorti des affiches avec les portraits et la description des deux disparus à mettre en ville pour que les gens les reconnaissent. Sous les photos il est marqué : « Louis, petit, cheveux courts, bouclés, marron, chemise à carreaux, jeans » et « Léon, yeux bleus, cheveux blonds, 12 ans, habillé d’un jean et d’une chemise bleue ». Ils espèrent que ça va marcher.

Avec leurs affiches, ils décident de faire le tour de l’île. Ils s’arrêtent dans la première épicerie.
- Avez vous vu des choses étranges depuis hier ? questionne Martin.
- Non, désolé, répond la boulangère. Mais si vous m’achetez un pain au chocolat, vous aurez un ticket d’entrée pour la citadelle Vauban.
Ils ressortent du magasin avec deux pains au chocolat et deux tickets, direction la citadelle Vauban. Sur le site, tout est grand, en pierres, en bois. Beaucoup de verdure aussi. Les prisons, elles, sont minuscules, elles n’ont plus de portes. On leur raconte l’histoire, vraie, paraît-il, du capitaine Mc Lore, responsable de la mort affreuse de plusieurs femmes.
Plus tard, dans un des cachots, les deux enfants voient un message qui dit : « C’est bientôt votre tour ! » Ils en frissonnent. Puis, tout à côté, il y a un mot dont ils croient reconnaître l’écriture ; il y est écrit : « Plage ! » Un appel ? En tout cas, il faut qu’ils visitent toutes les plages de l’île.

La première est grande, le sable est sombre, presque noir ; au milieu, un très vieil arbre sans feuille. Sur un côté, une très grande falaise sur laquelle la mer vient se fracasser dans un bruit infernal. Ils fouillent. Rien.
La deuxième plage est juste un peu plus verte, mais toujours rien. La troisième, au contraire, a une merveilleuse couleur, un sable rose pastel ; elle est au fond d’une crique, entourée de palmiers aux belles et grandes feuilles. Des pelouses, des buissons et puis, au milieu de la falaise, une grotte, difficile d’accès. Pour y parvenir, il faut escalader, s’aider de rochers qui dépassent. De toutes façons, s’ils veulent trouver quelque chose, ils n’ont pas le choix. Ils grimpent, arrivent à la grotte. Martin a une lampe torche, heureusement, car la grotte est excessivement sombre.
A l’entrée, une inscription au mur avec ce qui a l’air d’être du sang : « Tous ceux qui s’aventureront ici périront comme ceux à qui appartient ce sang ! »
Bonjour l’accueil !
Lucie et Martin échangent un long regard. Ils ont l’impression que quelqu’un les suit.
- J’ai la citrouille ! dit la fille.
- La citrouille ?
- Oui, la trouille, quoi !

Ils passent un couloir et débouchent sur une porte avec le panneau « Entrée interdite ». Mais comme tous les enfants d’aujourd’hui, ils sont curieux, ils rentrent quant même. Au sol, les lunettes de Louis. Ils se disent qu’ils sont sur la bonne piste. Soudain, des voix ; qui ça peut bien être ? Ils se cachent derrière un rocher mais Lucie marche sur une branche, ça fait « CRAC ! » Ils entendent une voix qui dit :
- Qui est là ?
Martin se tourne vers Lucie, lui chuchote :
- Mais qu’est-ce que tu fais ?

- Qui est là ? redemande le capitaine.
Il y a à côté de lui, un autre homme que les enfants reconnaissent : Boufetou ! Ils trouvent ça louche et le regardent avec surprise. Ces deux-là ont l’air d’être des amis. Plus tard, les enfants apprendront que le capitaine, un jour, avait sauvé Boufetou de la noyade et que ce dernier lui devait une fière chandelle.

Chapitre 3

Lucie et Martin, en essayant de se montrer le plus discret possible, s’éloignent de la grotte ; ils voient un peu plus tard le capitaine et l’inspecteur qui en sortent aussi ; ils les suivent ; les deux hommes vont au port, parlent avec l’aveugle.

Les deux enfants sont tourmentés, ils s’interrogent, plus de vingt questions se bousculent dans leur tête.
Qu’est-ce que le capitaine et Boufetou font ensemble ?
Est-ce que Boufetou, qui d’habitude est un bon enquêteur, n’a pas fait exprès de mal faire son travail ?
Où sont les disparus, Louis et Léon ?
Est-ce qu’on leur a mis du scotch sur la bouche ? est-ce qu’on leur fait porter des cagoules ?
Mais peut-être qu’ils ont réussi à s’enfuir de leur cachot ?
C’est un enlèvement pour de vrai ou c’est un canular ?
Pourquoi 500 euros et pas 5000 ou 50 000 ? 500 euros, ce n’est pas le genre de rançon que demandent de vrais voleurs ?
Et quel rapport avec cette histoire de sauterelles sur Nantes dont parle la radio ?

Chacun a son idée. Lucie, qui a beaucoup d’imagination, pense que le vieil aveugle sur le quai n’est pas aveugle ; il porterait un tee shirt à carreaux qui ressemble beaucoup à celui de Léon et puis elle l’a entendu dire que les faisans étaient beaux ; comment peut-il le savoir s’il ne voit pas ? Paraît aussi qu’il enverrait des textos : bizarre pour un aveugle !
Martin, lui, sait que Léon est victime d’un racket dans son collège et qu’il doit trouver de l’argent ; alors ?
Lucie pense que la boulangère est dans le coup.
- Pourquoi la boulangère ? Parce qu’elle s’appelle Cradock, c’est le même nom que le capitaine, ils sont peut-être mari et femme ?

Ils retournent à la grotte où les kidnappeurs ont dû emprisonner leurs amis. Martin a pris avec lui un filet de pêcheur qu’il pourra lancer sur un adulte si c’est nécessaire.
Ils fouillent les lieux ; la grotte est une salle circulaire, en forme de dôme, avec trois tables et des étagères où sont entreposés des documents, notamment une vieille carte de l’île avec une croix qui indique l’emplacement d’un très vieux phare, maintenant hors service. Près de cette salle, il y a une ancienne cuisine, avec au sol de grosses buches.

Soudain, ils entendent des voix ; aussitôt ils se cachent et écoutent attentivement :
- Bon, je te donne 150 euros sur les 500 ! »
C’est la voix de Louis !
- D’accord, mais quand est-ce qu’on part d’ici ? j’en ai assez de me cacher dans ce trou paumé ! En plus il fait froid. »
C’est la voix de Léon.
Martin et Lucie se regardent, étonnés. Alors, ce kidnapping n’était qu’un coup monté ? Lucie sort de sa cachette et crie :
- Bon, vous allez tout nous expliquer ! Qu’est-ce que vous faites là ? »
- Oups ! font les deux garçons. Louis devient tout rouge ; Léon aimerait que sa mère surgisse tout à coup pour le sortir de ce pétrin. Ça va tourner en bagarre. Martin à son tour apparaît. Louis doit s’expliquer. Il voulait gagner de l’argent pour s’acheter un jeu, c’est lui qui a tout inventé. Léon a compris son manège et lui a dit : « Si tu me donnes une partie de l’argent, je garderai ma langue ! »
- Et le capitaine ? et Boufetou ? et l’aveugle ? interroge Lucie.
Le capitaine et Boufetou enquêtent simplement de leur côté sur la disparition ; et l’aveugle est un véritable aveugle.
Et les mots de menace sur les murs ? Ecrits par Louis !

Martin et Lucie appellent sur leur portable les animateurs, ils leur racontent ce qui s’est passé. Ceux-ci n’en croient pas leurs oreilles. Les animateurs arrivent, demandent des explications, grondent Louis et Léon.

Trois jours plus tard, la classe Découverte de Lucie et Martin se termine. Tout le monde rentre chez soi. Même Louis et Léon qui repartent avec une sévère sanction, 500 euros d’amende chacun.

FIN



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