Classe de CE2A /St Joseph/Liffré juin 2013

LE DISPARU DU BAGNE

Chapitre 1

Marie et Paul sont très excités car ils ont un voyage scolaire avec leur classe à Belle-Ile-en-mer. Marie a douze ans, son meilleur ami Paul en a onze. Ils sont tous deux passionnés par Sherlock Holmes, vous savez, l’Arsène Lupin anglais qui habite 221B Bakerstreet !
Devant leur école, ils retrouvent tous leurs amis. L’autocar arrive, ils montent, s’installent.

Arrivés à Belle-Ile, ils vont déposer leur affaire au centre de Bruté. Puis ils vont visiter la citadelle Vauban ; au passage, ils voient un vieux monsieur tout seul sur les quais qui a l’air de pleurer. Ce qu’ils retiennent de la visite de la citadelle, c’est cette histoire de cachots, deux cachots où, selon la légende, on emmura douze femmes qui avaient voulu, dit-on, empoisonner Louis 14 !
Les douze femmes étaient mortes l’une après l’autre, devenues folles, plongées dans ce noir total ; la dernière d’entre elles disparut vingt ans après son enfermement. On dit même qu’elles se mangèrent entre elles !
L’ambiance dans ces caves est froide, très froide, le lieu sombre, effrayant. Une histoire qui fait très peur à leur amie Marion, elle qui ne supporte pas les aventures de fantômes.
Paul prend une photo du mur de la prison avec son flash et on voit apparaître l’inscription MARIE en lettres de sang !

Plus tard, en se promenant sur la côte, ils voient une muraille énorme au sommet de laquelle il y a plein de bouts de verre, pour empêcher de passer : c’est, c’était le bagne des enfants. Marie et Paul font des recherches sur le web et trouvent que ces enfants étaient des orphelins ; pauvres, ils avaient volé du pain pour survivre et s’étaient retrouvés enfermés au cachot. Où on leur apprenait, disait-on, un métier !

Sur le web, toujours, on apprenait qu’un des surveillants du bagne avait frappé un enfant à coups de clé anglaise, « Aïe, Ouïlle ! », et pourquoi ? Parce qu’il avait mangé son fromage avant le signal ! La nuit suivante, les petits prison »iers discutèrent entre eux, en chuchotant et au matin, quand un gardien ouvrit la porte, les enfants lui sautèrent dessus et s’enfuirent. Il ne restait plus d’enfants dans le bagne. Aussitôt, on ne parla plus que de ça, dans le journal, dans la rue, dans les cafés. L’armée arriva pour dire : la chasse à l’enfant est ouverte !Ramenez les morts ou vifs ; vingt francs de récompense !
Tous les gens dits honnêtes partirent à la chasse, le boucher, le boulanger, le poissonnier… Tous furent retrouvés sauf un.

- Sauf un ?! » répète Marie.
- Et si on le cherchait ? répond Paul.
- Où ? comment ? Il a du fuir loin d’ici.
- S’il vit toujours, il doit avoir 90 ? 100 ans !

Ils parlent à tout le monde de leur recherche, mais en vain. On leur répond d’habitude :
- Ha, une sombre histoire ! sans plus de détail.
Cependant, peu après leur arrivée à Bruté, ils reçoivent une lettre dans laquelle se trouve une carte de Belle-Ile avec ce rébus : « GOUR-SEMENE- ???-SEZON-ANE » puis « AVOIRE/ ??? » puis « NOTE DE MUZIK : ??? » et une flèche indique un endroit précis de la ville.
Marie traduit vite le rébus :MOI-ETRE-LA !
- La flèche montre le bagne des enfants, ajoute Paul.
- Conclusion ?
- Pour moi, ça signifie que l’enfant échappé jadis, celui que nous cherchons, est toujours à Belle Ile. Il se cache mais il veut bien qu’on le retrouve, si on est malin.
Le lendemain, écrite de la même main, une nouvelle lettre qui dit : « Un enfant qui a grandi sans amour n’a pas trouvé la mort. Cherchez moi ! »
- Tu vois, il nous appelle !

Les jours suivants, ils reçoivent d’autres lettres étranges, d’autres rébus, d’autres signes mystérieux. Par exemple le sigle « PBRE » que Paul va déchiffrer : P pour Palais, B pour Bruté, R pour rue, E pour Etoile.
Mais il n’y a pas de rue Etoile ni à Bruté ni au Palais.

Ou cet autre papier avec marqué dessus
Mer
Attention
Risque
Involontaire
Evident.

- Ça veut dire quoi ?
- Regarde les premières lettres ; ça veut dire MARIE.
- Bon, et alors ?
- Et alors, rien !

Ou encore ce drôle de message « 9.23.Victor » ; Paul pense qu’il s’agit d’une adresse, le 9 ou le 23 rue Victor, mais là encore, pas de rue Victor à Belle Ile.

Puis il y eut cette lettre signée ZEDNAMREH et qui leur disait « Rendez vous au cimetière . »
- Zednamreh ? c’est quoi ça ?
- C’est un mot inversé ; lis le à l’envers, ça donne ?
- Hernandez !
- Ça veut dire ?
- Qu’il faut chercher la tombe d’un certain Hernandez au cimetière ; il y aura peut être de nouveaux indices…

Chapitre 2

Les enfants vont au cimetière. Marie se demande :
- Comment on va retrouver la tombe ? Il y en a tellement.
- C’est pas grave, répond Paul, les tombes sont classées par ordre alphabétique ; ça va être facile .
Au cimetière, ils voient une ombre mais en regardant de plus près, c’est un chat noir qui joue avec des feuilles.
Un moment, Paul crie « Bouh ! », Marie sursaute et dit
- Mais ça va pas la tête ?! »

Ils se dirigent vers la lettre H ; il y a là plein de tombes qui commencent par cette lettre et ils arrivent à Hernandez. En fait il y a deux tombes avec ce nom, Hernandez M. et Hernandez H. Mais sur cette dernière tombe, il y a un message qui est une suite incompréhensible de lettres ; ça donne : « KF TVJT TVS MB QMBHF EFT MSBOE TBCHFT ». Qu’est-ce que c’est ?
- Un code, un code secret, le code César, réagit aussitôt Paul qui est un expert dans ce genre d’opérations.
- C’est quoi ?
- Avec ce code, tu écris un mot en mettant à la place d’une lettre ( disons A) la lettre qui vient juste après (B).
Ils déchiffrent alors le message : Je suis sur la plage des grands sables.

Sur une carte, ils voient que cette plage est assez loin. Mais ils s’arrangent pour y aller. Et là, sur la plage, rien. Sauf un rocher. Marie, désolée, s’appuie sur le roc, qui bouge et découvre un trou.
- Bravo, Marie, t’as trouvé l’entrée !
Mais il y fait noir. Paul trouve un os, il enroule autour l’écharpe de la jeune fille ; avec des allumettes, il en fait une torche.
Au fond de cette sorte de caverne, il y a des dizaines de cartons. Ce sont les archives des enfants du bagne. Un mot y est accroché. Il n’y a rien dessus ? Si, en regardant bien, des mots sont écrits au citron. Marie lit : Snad al enabac rus al egald ed tnannod.

- C’est de l’écriture inversée ; attends, ça veut dire : Dans la cabane sur la plage de Donnant ».

Arrivés à la cabane, personne ; mais un mot sur la porte : On peut me joindre au café de Port Sauzon. »
Décidément, la course-poursuite est sans fin.
Au café, les enfants demandent au patron :
- Vous n’avez pas vu un monsieur de 90 ans environ ?
- Il vient juste de partir, regardez, c’est sa table.

Là , sous le pied d’un verre, un mot qui leur fixe un nouveau rendez-vous : « On vous a adressé beaucoup de messages, je le sais. On vous a dit d’aller au village de Bordille, chez Renade ; ou de passer au magasin La Baguette fraiche ; ou encore d’aller rue Adelostingo ; on vous a conseillé de regarder à l’intérieur de la statue en pierre du Sphinx ; ou encore d’appeler le 0612843450 ; on vous a parlé d’une lettre qui dit « Moi Amour » ou d’un autre texte qu’il faut lire dans un miroir et qui dirait « Chemin mène à Marie ». Je connais tout cela mais, croyez moi, le plus simple, c’est de venir à la citadelle Vauban ».

L’homme, enfin, est là, qui les attend. Il était petit, barbu, costaud.
En fait c’est le très vieux monsieur assis qu’ils avaient vu sur le port. Il habite maintenant 3, rue des peupliers, à Belle Ile.
- C’est moi que vous cherchez ? je m’appelle Pierrot. »
- C’est vous qui vous êtes évadés du bagne des enfants ?
- Oui, c’est moi. J’en ai bavé, vous savez ; toute ma vie ; la maltraitance, je connais.
- Et l’évasion ?
- Je vais vous expliquer. C’était en 1934 comme vous le savez sûrement déjà. Un surveillant avait battu un enfant qui avait commencé à manger avant le coup de sifflet. Le soir on s’est concerté. Le lendemain matin, je m’en souviens de ce jour, on a frappé le gardien venu nous réveiller, on lui a sauté dessus et on est parti. Tous les autres sont allés du même côté sauf moi ; moi je me suis caché dans une grotte où personne ne me trouverait. Le directeur du bagne avait demandé aux habitants de nous ramener, morts ou vifs ; il y avait une récompense : vingt francs par enfant ! Aussitôt, tous ceux qui se disaient honnêtes, poissonnier, boulanger, boucher, ont saisi leur carabine, leur fourche et nous ont donné la chasse. J’ai vite entendu que tous les autres enfants s’étaient faits prendre ; moi, on m’a cherché partout mais personne ne connaissait ma grotte ; elle était très difficile d’accès ; pour y arriver, j’avais du faire de l’escalade, je m’étais blessé. Puis tout le monde a oublié mon histoire.
- Et Hernandez, qui c’était ?
- Un copain de bagne, celui qui s’était fait casser les dents.

Puis le papy continue :
« J’ai une longue histoire. Enfant, ma mère venait de mourir, mon père ne pouvait pas s’occuper de moi ; du coup j’ai volé du pain sur les marchés. On m’a attrapé, enfermé au bagne. Toute ma vie, je suis resté seul ; après le bagne, comme je ne parlais plus à personne, j’ai presque oublié l’usage de la parole. Mais ça revient.

Chapitre 3

- Les enfants, dit le papy, je voudrais vous demander de me rendre un service et apaiser mon esprit.
- Oui, c’est quoi ?
- Je voudrais retourner au bagne, récupérer quelques affaires, revoir ce lieu une dernière fois ! Et puis aussi je casserais bien la figure du directeur du bagne ! C’est lui qui m’a mis dans ce pétrin.
- Mais M. Pierrot, le bagne est fermé depuis longtemps. Depuis 1976. Y a plus de bagne ! y a plus d’enfants dans les cachots ! y a plus de directeur ! et l’ancien bagne ne se visite plus.
- Ha bon, c’est fermé ! Tout est fermé !

Le papy est très déçu. Paul et Marie comprennent qu’il n’est plus tout à fait dans le monde réel.
Ils décident alors de faire savoir à tout le monde que Pierrot est toujours vivant. Le jour même, dans tout le village, sont placardées sur les murs des affiches annonçant : « Venez rencontrer M. Pierrot, le disparu de 1934 ! Jeudi, 10h30, devant la mairie ».

A l’heure dite, tout le village est au rendez-vous. Marie et Paul sont très émus. Le vieux monsieur, lui, est stressé, les enfants doivent le soutenir, le pousser. Quand il apparaît, un grand silence se fait sur la place. Soudain, une voix sort de la foule ; c’est le poissonnier :
- C’est pas lui, sinon il serait mort.
Le boucher surenchérit :
- C’est un imposteur.
Le boulanger crie plus fort que les autres :
- Menteur ; c’est n’importe quoi !

Etrange : toutes les familles qui, hier, participaient à la chasse à l’enfant s’énervent.
Ici ou là, on l’injurie :
- Imposteur ! Imposteur !
- Retourne d’où tu viens !
- Sauvage !
Le vieux monsieur devient tout blême ; incapable de parler, il s’en va en courant.
Désespérés, les deux enfants tentent de le retenir mais en vain.
Pendant ce temps, les villageois quittent la place, l’un après l’autre.

Le lendemain, les deux ados reçoivent une lettre, très courte où on peut lire :
« Marie, Paul, vengez moi, écrivez un livre sur le bagne des enfants ! Signé : Pierrot. »

FIN

UN INCENDIE PRESQUE PARFAIT

CHAPITRE 1

C’était un incendie formidable. Cela se passait en plein mois de juillet, par une nuit chaude. Les flammes écarlates jaillissaient des fenêtres et de la porte de la grande maison. Une fumée noire s’échappait du bâtiment. Rien n’avait été épargné. Des fenêtres avaient fondu sous l’effet de la forte chaleur, les vitres avaient explosé. Tous les meubles étaient noircis ; même l’aquarium s’était brisé et les poissons rouges qu’il contenait étaient carbonisés.

La maison qui brûlait était célèbre. Elle appartenait à un homme d’affaires très riche que personne n’avait jamais vu, M. Le Breton. Cette maison était pleine de mystères. Personne ne savait pour quelle raison on ne pouvait y entrer, sauf M. Le Breton, sa femme, une femme de ménage et un jardinier.

Juste en face habitaient Morgane et Yann. Ils étaient frère et sœur, lui avait 13 ans, elle en avait onze. Ils dormaient au moment de l’incendie ; les cris et le bruit les réveillèrent. Ils se précipitèrent à la fenêtre, ouvrirent les volets. L’incendie les bouleversa. Ils s’habillèrent vite, descendirent de leur chambre, sortirent pour aller voir de plus près. Il y avait foule, le maire était présent.

A ce moment là, deux éléphants du zoo de Belle Ile, qui se trouvait à proximité, paniquèrent à la vue des flammes et de la fumée. Un instant, ils attirèrent l’attention de tout le monde sauf des deux enfants qui continuaient de regarder le feu qui se développait : ils virent alors une silhouette sauter par dessus une haie du jardin de la maison incendiée, passer près d’eux et s’enfuir. Cette ombre trainait derrière elle une odeur d’essence.

Quelques minutes plus tard, les pompiers arrivaient et en un minimum de temps déroulaient leur équipement ; les soldats du feu tentèrent de calmer les flammes mais trop tard !
La maison était en cendres. Les murs, le toit, tout s’était effondré dans un vacarme effrayant et un nuage de poussières.
Seul le garage n’avait pas brûlé.
Heureusement il n’y avait pas de victime, disait-on. On avait logé provisoirement les habitants dans le gymnase.

DESSIN / INCENDIE

Yann et Morgane ne bougeaient pas.
Si Yann était dynamique et rêveur, Morgane était réaliste et curieuse ; les deux se complétaient ; ils formaient un « duo de choc ». Ils s’entendaient bien même si Yann aimait embêter sa sœur, lui lançant des chips, des canettes de coca vides. Morgane était une jolie gothique, les cheveux carbone, les yeux verts ; les mystères, ça la passionnait. Yann, son frère, était plutôt tenté par la technologie mais lui aussi aimait résoudre les mystères. Plus tard, d’ailleurs, ils souhaitaient devenir détectives, fonder un cabinet.

Les jeunes gens étaient sous le choc. Et le mystère de l’incendie subsistait : était-ce un accident ? sinon, qui avait bien pu déclencher l’incendie ? pour quelle raison ?
La police de Belle Ile n’avait aucune piste. Ils décidèrent de mener l’enquête.

CHAPITRE 2

Les deux jeunes gens s’interrogeaient. Yann avait son opinion :
- Pour moi, c’est un incendie criminel !
- N’importe quoi, c’est un accident ! répondit la sœur.
- Et l’ombre, qu’est ce que tu en fais ?
- T’as trop d’imagination…
- Et cette odeur d’essence ?

Le plus simple était encore d’aller interviewer les habitants de la maison, au gymnase. Les Le Breton n’étaient pas là mais vers trois heures de l’après midi, ils croisèrent la femme de ménage.
- Que faisiez vous hier soir, au moment de l’incendie ?
- J’étais en train de faire le ménage dans une chambre ; mais je ne vois pas en quoi cela vous regarde ?
- Avez vous remarqué quelque chose de suspect avant l’incendie ?
- Non, à part peut être que les propriétaires avaient oublié d’éteindre la télé !
- ça ne va pas nous aider beaucoup, dit Yann. Mais où est le jardinier ?
- Je ne sais pas, je ne l’ai pas vu depuis l’incendie.
Les deux enfants se regardèrent, choqués…

Plus tard, dans cette même journée, on leur avait raconté qu’un pompier avait saboté l’arrivée d’eau qui alimentait les lances à incendie. Ils rencontrèrent ce pompier, le questionnant sur des choses bizarres, voire dangereuses qu’il aurait faites.
- Vous plaisantez ! dit le soldat du feu.
- Non ; alors, dites nous tout !
- C’est d’accord, je me suis un peu disputé avec un autre pompier.
- C’est tout ?
- Oui.
Ils repartirent ; il fallait chercher une autre piste.

Le soir, pendant le dîner, chaque fois qu’ils parlaient de l’incendie et du mystère de l’ombre, les enfants notèrent que leur père devenait pâle, mal à l’aise mais ils ne voulurent pas y faire attention.

Autre piste justement : on avait trouvé dans le garage un bidon d’essence vide avec une demi boîte d’allumettes. A l’écoute de cette nouvelle, les enfants furent pétrifiés. Ce n’était pas un accident mais un attentat, un crime !

DESSIN / BIDON ESSENCE

Or la caméra vidéo de la maison incendiée se trouvait au dessus du garage ; elle était donc indemne ; on pouvait la regarder, dans les locaux de la mairie, ce qu’ils firent car leur tonton était le maire. On pouvait voir que le jour de l’incendie, un commerçant et un policier en uniforme étaient venus dans ce garage. Yann chercha le policier et Morgane le commerçant.
- Bonjour, que faisiez vous dans ce lieu peu avant l’incendie ? dit-elle à l’épicier.
- C’est un nouveau concept : maintenant on livre à domicile ; le propriétaire m’avait demandé de lui apporter des herbes aromatiques.
Yann trouva le policier, un homme grand avec une petite barbe et de longues moustaches :
- M.Le Breton voulait que je lui livre un coffre-fort pour son trésor ; vous pouvez vérifier ; à 14h, j’étais de retour au commissariat.

Pendant qu’ils étaient à la mairie, ils apprirent qu’un homme, portant une cagoule, avait été arrêté dans le garage. Il déclara venir chercher de l’essence pour sa voiture. On lui demanda comment il savait qu’il y avait de l’essence, il répondit qu’un pompier le lui avait dit. Et pourquoi une cagoule ? C’était, disait-il, pour se protéger du feu. On la lui retira : c’était le boulanger. Disons que c’était peut être un voleur mais pas un incendiaire…

Dans le quartier, il y avait une voisine qu’on appelait la folle. Morgane n’aimait pas ce mot, trouvait que cette voisine, qu’elle appréciait, n’était pas folle du tout ; Yann n’était pas de cet avis ; il rappela que la folle, il y a six ans, avait voulu acheter la maison aujourd’hui incendiée, que les propriétaires avaient refusé et qu’elle s’était donc vengé.
- Mais pourquoi faire ça six ans après ? et pourquoi brûler une maison dont on a envie ? c’est pas logique ! décida Morgane.

L’enquête rebondit avec cette histoire de vase ; on découvrit en effet dans le garage un coffre et dans le coffre un vase, ancien, rare, cher. Or ce vase appartenait au musée de Belle Ile ; il avait été volé. Mais M Le Breton fit savoir qu’il avait trouvé l’objet dans une brocante.
- Mais qui donc est vraiment M Le Breton ? demanda Yann.
- Et qui est donc le jardinier ? ajouta la jeune fille.

Chapitre 3

Le jardinier, les enfants s’en méfiaient mais ils ne savaient pas vraiment pourquoi. Ils allaient rapidement le retrouver. En effet, il tenait un stand sur une brocante en ville. Ils l’interrogèrent sur le vase volé ; il dit ne rien savoir mais il n’avait pas l’air à l’aise ; ils décidèrent de le suivre pour savoir quels lieux il fréquentait, quel était son secret. Le soir venu, l’homme quitta son stand et les enfants le suivirent dans les sombres ruelles. Tout à coup, Yann fit tomber une petite poubelle qu’il n’avait pas remarquée. Le jardinier se retourna brusquement mais Morgane eut le temps de se jeter sur son frère et ils se cachèrent derrière un arrêt de bus. Le jardinier s’approcha de la poubelle, jeta un rapide coup d’œil puis continua son chemin ; à la main il tenait un revolver.

Le lendemain, alors que Morgane et Yann traversaient le parc de la citadelle Vauban, en réfléchissant à tous les indices trouvés, ils virent un pied qui dépassait d’un buisson. Ils s’approchèrent, écartèrent les branches et découvrir le corps de cet homme, ensanglanté. La police, prévenue, arriva. On disait que la nuit de l’incendie, celui-ci sentait l’essence ; interrogé, il avait prétendu qu’il réparait alors sa voiture.

Les enfants repartirent le ventre noué par le choc.
- Je n’arrive pas à croire à ce que l’on a découvert, déclara Morgane. Mais c’est pourtant la vérité.

DESSIN / LE VASE

Le jardinier savait trop de choses, ON l’avait fait taire, mais qui ?

Ils rentrèrent chez eux, parlèrent du cadavre trouvé, de l’intervention de la police, de leur enquête. Les parents se regardèrent puis dire ensemble :
- Ceci est une affaire de grand ! C’est pas votre affaire !

Morgane et Yann n’étaient pas d’accord, c’était leur affaire et ils enquêteraient malgré tout. Ainsi ils apprirent par exemple que M. Le Breton, dont tout le monde jusque là disait du bien, était, selon sa femme de ménage, quelqu’un de mesquin, un avare. Qui était-il vraiment ? Un jour il se présentait comme homme d’affaires, le lendemain comme policier. En fait il faisait du trafic, pas un simple petit trafic mais du marchandage d’objets rares, d’œuvres d’art. Sur internet, sur les sites spécialisés et louches, son nom apparaissait.
Et puis tous les témoignages parlaient du vase volé. Par Le Breton ou un complice. C’était, semblait-t-il, un vase du 8è siècle avant Jésus Christ, fabriqué par un peuple inconnu ; y étaient dessinés des lunes et des soleils emboités. Ce vase d’une très grande valeur avait été retrouvé dans un coffre dans le garage de Le Breton ; il était à présent sous surveillance de la police.

Toute la ville maintenant savait que les deux enfants menaient l’enquête. Yann était inquiet.
- Si tout le monde le sait, le coupable aussi va le savoir ; alors on est mal ! dit-il.
Oui mais que faire ? faire semblant de ne plus enquêter ? ou enquêter la nuit quand personne ne les voit ?
De fait, ils allaient retrouver peu après une lettre manuscrite dans leur boîte aux lettres. Elle disait :
« Chers enfants, je ne vous conseille pas de continuer cette enquête sinon des problèmes vous attendent ! Dormez un œil ouvert car je pourrais venir vous rendre une petite visite. » Il n’y avait pas de signature, bien sûr.
Morgane était terrorisée. Yann proposa :
- Voilà ce qu’on va faire. On va dire qu’on lance un atelier d’écriture ; on y invite tous les suspects ; on les fait tous écrire et comme ça, on pourra comparer leur texte avec celui de la lettre. Et retrouver le criminel.
Morgane demanda à Yann :
- Tu penses à qui comme suspect qu’il faudrait donc inviter ?
- A la folle ; au couple Le Breton ; à leur femme de ménage ; au pompier et au policier vus sur la vidéo ; au boulanger ; à notre père…
- Notre père ? Papounet ? notre papounet qui aurait mis le feu au voisin ?
- Ben oui, t’as pas vu, l’incendie le tracasse, il a quelque chose à nous dire mais il hésite ; je suis désolé mais notre père a un comportement malheureusement suspect. D’ailleurs j’ai fouillé son bureau et je suis tombé sur une photo du coffre contenant le vase ; louche, non ?
Morgane espérait qu’il s’agissait d’un autre coffre et d’un autre vase. Elle dit à son frère :
- Il y a peut être plusieurs coupables ?
- Comment ça plusieurs coupables ?
- Oui, un coupable et un complice…

Chapitre 3

Morgane et Yann invitèrent donc tous les suspects à leur fête dans le parc public de Belle Ile. Il y avait là Mme et M Le Breton, la folle, la femme de ménage, le policier, le boulanger, leur père bien sûr…
Ils avaient aussi demandé à leurs camarades de classe de venir les aider.
Les ballons volaient dans les airs, un orchestre breton jouait des airs à la mode, un énorme gâteau mettait tout le monde en appétit ; dans un coin du jardin se déroulait un concours de poèmes ; plus loin se tenait une course d’autruches qui avaient été louées 24 heures au zoo voisin ainsi que les deux éléphants qui se livraient à une bataille d’eau. Bref, une belle fête.

DESSIN/PORTRAITS (D’ENFANTS)

L’atelier d’écriture était une idée géniale. Tout le monde y participa. Il y avait des tables, des chaises, des feuilles, des stylos. La phrase à écrire était : « Gardez l’œil ouvert car je peux venir vous rendre visite ! » Yann et Morgane, le duo de choc, se disait qu’ils étaient sur le point de trouver le coupable. En même temps l’idée que ça puisse être leur père les terrorisait.

M. Le Breton écrivait très mal, c’était presque illisible. Mme Le Breton au contraire écrivait très bien. La folle ne savait pas écrire, sauf deux mots, toujours les mêmes : imbécile et fou. Leur père écrivait comme Mme Le Breton mais en moins bien.

L’écriture de la femme de ménage était la même que celle de la lettre anonyme. Bingo !
Les enfants, discrètement, l’interrogèrent. Elle bégaya, s’affola puis avoua :
- J’ai été obligée d’écrire la lettre anonyme.
- Obligée par qui ?
- Par M. Le Breton.
- Pourquoi ?
- Il était violent, il me tapait avec une ceinture ; si j’avais deux minutes de retard, il me tapait.
Elle leur montra son dos plein de cicatrices.
- Alors, c’est vous qui avez mis le feu ? Et qui, alors, a tué le jardinier ?
Elle se tut.
- Répondez, nous n’avons pas que ça à faire. Est-ce que ce serait notre père ?
- Non, votre père m’aime. Voussavez, je suis très mal payé, à peine 1000 euros par mois pour beaucoup de travail. Or j’ai six enfants et mon mari nous a quitté. Je ne peux pas m’occuper de ma famille sauf le dimanche. Alors votre père m’aide, il me donne 100 euros par mois. Le jardinier m’aimait aussi et il était très jaloux de votre père.
- Qui a tué le jardinier ? qui a incendié la maison ? notre père ?
- Si je parle, on me tuera !
- Non, non, on est là !
- Bon, alors, écoutez moi.

Et elle s’expliqua. M Le Breton était un mafieux, chef d’un gang qui s’appelait la TOA, Transport d’Objets Anciens, du trafic d’antiquités, des objets volés comme le vase retrouvé dans le garage, qui vaut des millions d’euros. Son complice était le jardinier. Mais le jardinier en avait assez de son chef, qui était violent et qui gardait tout l’argent. Par vengeance il mit le feu à la maison. Le Breton a vite compris qui était l’incendiaire. Il l’a tué dans le jardin de la citadelle, à cause de l’incendie et puis il avait peur qu’il parle du trafic.

Les enfants se regardèrent, fiers d’avoir tout compris et rassurés que leur père n’y était pour rien. Puis ils se dirent :
- Mais où est Le Breton ?

Il était près de l’orchestre ; tous les camarades de la classe de 6è étaient là aussi. Yann s’approcha de l’homme et dit d’une voix forte pour que tout le monde entende :
- C’est pas bien de trafiquer, de tuer et de menacer des enfants de 12 ans !
Il comprit tout de suite et se mit à courir. Tous les camarades de classe se lancèrent à sa poursuite. Les autres invités restèrent bouche bée. Des enfants surgissaient de partout. On arriva au port. Le Breton monta dans un bateau. Un garçon lui sauta dessus, il tomba à l’eau. Vite, tout le monde arriva au port. Le maire était là, il s’adressa à M Le Breton, tout trempé.
- Nous attendons des explications.
L’autre inspira un bon coup et avoua tout, les trafics, la violence, le meurtre.
Un policier lui passa les menottes aux poignets et l’embarqua dans un camion. Il eut quinze ans de prison. Et les enfants reçurent une médaille pour avoir découvert le criminel.
Au final, l’argent ne fait pas le bonheur.

Post Scriptum : on raconte que quinze ans après ces événements, Morgane et Yann ont ouvert une agence de détectives.

Lettre adressée le 27 juin par les élèves de CE2A de la classe de Katia Mazeau, école St Joseph, Liffré (et croisée à Belle Ile lors d’un stage OVAL) :
"Cher Gérard Streiff, nous étions contents de vous rencontrer et de parler avec vous. Nous avons lu deux de vos histoires. Nous avons beaucoup aimé "Les disparus du fort de Cormeille". Au début, cela faisait un peu peur et il y avait du mystère mais à la fin, tout s’est bien terminé. "Train de nuit blanche" était une histoire pleine de surprises et d’émotions qui nous a étonnés. Elle était passionnante. Nous aimerions beaucoup vous revoir. A bientôt. Les élèves de Mme Mazeau."

Etait jointe une lettre de Yohan Le Douarin :
"Cher Gérard Streiff, tout d’abord, bonjour. Je m’appelle Yohan, je suis en CE2. Je ne travaillais pas avec vous à Belle Ile mais je vous ai vu le dernier jour, le matin. J’ai beaucoup aimé "Les disparus du fort de Cormeille", je l’ai lu, c’était excellent, surtout la fin où les enfants terminent dans un film de guerre. "Train de nuit blanche" était très bien aussi car il y avait du suspense. "La guerre des petits soldats" était superbe : cela raconte l’horreur de la guerre pour un enfant. J’aimais bien quand il passait en revue ses camarades. J’espère vous revoir un jour."



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