Abbaye de St Maur, février 2014

Atelier d’écriture avec des classes de 6e du collège Notre Dame de Lisieux à l’Abbaye de St Maur (près d’Angers) ; deux textes : "Le fantôme de la Loire" et "Le deuxième car".

Préface

Duos de tes douze ans, ou du haut de tes douze ans, deux manières de dire que dans ces pages, nos héros, et surtout nos auteurs, sont de très jeunes ados. Ce sont eux qui tiennent la barre, ou plutôt le crayon, mènent l’enquête, tracent la voie. Ici ou tout là-bas.
Ici, c’est la Loire, vue de l’abbaye de St Maur. D’ordinaire, elle est si paisible, cette Loire qui aime même paresser. Mais en cette fin d’hiver, elle charrie de lourds flots bruns, accumulés pendant sa longue traversée de la France. Elle traîne aussi derrière elle, le matin, des voiles de brume, des nuages de brouillard, des nappes de coton, ambiance propice à l’apparition de fantômes et à la disparition d’autocars.
Tout là-bas, c’est l’océan et ses dauphins, Caracas et son port.
Autant de sujets d’histoire dont les jeunes collégiens de Lisieux se sont emparés avec vivacité, humour, plaisir, intelligence, gourmandise. Un grand bravo à eux, un grand merci à leurs enseignants et accompagnateurs. Et un coup de chapeau à nos hôtes de St Maur.

Eric Simar
Gérard Streiff

Le fantôme de la Loire
Chapitre 1

« Des fantômes ? mais qu’est-ce que tu racontes ? dit Achille, des fantômes, ça n’existe pas ! Surtout dans une abbaye ! Arrête de raconter des bêtises ! Tu me fais peur. C’est ton imagination débordante qui te joue des tours.
- Mais si, dit Lou, j’en ai vu un ! Un fantôme.
- Tu en es vraiment sûre ?
- He bien oui, j’en suis sûre, il y a eu une ombre, j’ai bien cru que c’était Mme Laloupe, l’institutrice, et puis pouf… plus rien. Après, j’ai vu une lueur blanche, vers la Loire. Une lueur qui marchait sur l’eau !

Lou ferma la porte, encore tout affolée, se réfugiant dans les bras d’Achille qui l’écarta doucement.
Elle raconta alors longuement l’histoire qui venait de lui arriver

Lou, douze ans, était une jeune fille impatiente, agréable. Cheveux châtain, yeux marron. Toute jeune, elle avait perdu sa maman. Une caractéristique : elle détestait le rock mais adorait le hip-hop.
Achille, blond aux yeux bleu, plutôt bronzé, était un garçon intrépide, têtu, à l’écoute des autres. Les deux jeunes gens se connaissaient depuis qu’ils étaient tout petits ; ils avaient peur de se le dire en face mais ils s’aimaient.

Ils séjournaient, pour cinq jours, avec toutes les classes de 6è du collège Notre-Dame de Lisieux à l’abbaye de St Maur, avec leur professeur. Ils venaient de découvrir des animateurs très gentils avec lesquels ils faisaient des activités.

Lou, donc, raconta qu’elle avait entendu des bruits et des cris. Elle était sortie dehors en plein milieu de la nuit, ce qu’elle n’avait pas le droit de faire. Il y avait du brouillard. Elle avait vu au milieu de cette brume une ombre puis des phares s’allumer. Un temps, elle n’osa pas bouger de peur d’attirer l’attention du fantôme puis elle finit par s’approcher et tomba sur un petit taxi rouge, un véhicule anglais, ancien. L’engin lui sembla vraiment effrayant. Apeurée, elle vit qu’à la place du chauffeur, il y avait…personne.

Lou et Achille n’osèrent plus sortir de leur chambre et passèrent une nuit agitée.
- Désolée de t’avoir entrainé là-dedans, dit Lou.
- Mais non, Lou, ce n’est peut-être pas de ta faute ; ça doit être une mauvaise blague. Demain, on cherchera qui a pu la faire ?

La nuit, Lou fit une sorte de cauchemar. Elle regardait par la fenêtre et vit passer des fantômes, l’un d’eux ressemblait à Mikhael Jackson, d’autres aux Beatles, des fantômes chanteurs en quelque sorte…Suivaient une femme sans bras ni jambe, un bébé sans bouche, puis un défilé de soldats de la Première Guerre Mondiale. Achille fit lui aussi un drôle de rêve. Il se promenait dans l’abbaye, montait un escalier, arriva dans une salle, la salle de la croix blanche, où trônait un grand miroir incrusté de métaux précieux. En fait, le miroir était complexe. En son centre, à hauteur des yeux, un petit carré grand comme la main était simplement une vitre qui permettait de voir de l’autre côté. Achille voulait se regarder dans la glace mais au lieu de voir son visage habituel, il découvrit le visage …d’un très vieux moine, bi centenaire. On racontait que ce moine serait mort dans cette salle, justement. On disait aussi que cet homme, 202 ans, avait été méchant, égoïste, violent. Et que chaque soir, il retournait dans son cimetière…Achille remarqua une pierre sculptée dans le mur. Il s’appuya dessus et un passage s’ouvrit. Il prit peur, cria et se réveilla.

Le lendemain matin, il apprenait que Lou avait disparu.

Chapitre 2

Achille fut très affecté par la disparition de son amie. Il ne savait que faire. Il commençait à croire qu’elle avait été enlevée par des fantômes !Il eut beau chercher partout, fouiller la structure de fond en comble, pas de Lou ! L’appeler était inutile, le portable de la jeune fille était resté sur son lit.

Il chercha des indices dans la chambre de son amie, nota une trace de pas au sol. Etrangement cette empreinte lui semblait familière mais ce n’était pas celle de Lou. Alors, de qui ?
Toujours dans la chambre, il remarqua que le tapis avait changé de place. Il cachait maintenant une trappe. Il descendit dans cette ouverture et se retrouva sur la petite place derrière l’abbaye, devant le taxi rouge.
Il se dit que pour comprendre, il devait mieux connaître l’histoire du vieux moine et de cette abbaye. Il trouva un plan qui datait de la construction de l’édifice et réalisa qu’il y avait, sous les pièces actuelles, un labyrinthe ; il regarda les dessins sur les murs mais ne les déchiffra pas.

Comme il pleurait beaucoup, ses larmes tombèrent sur le sol et le lavèrent en quelque sorte de sa poussière. Des inscriptions gravées y apparurent. C’était du latin. Cela disait : « Appuie sur mon cœur, et la gloire de l’esprit haut, tu auras ! » Juste au moment où il passait sur l’endroit où se trouvait le cœur de St Maur, une dalle du mur bougea. Achille, craignant d’avoir cassé quelque chose, repoussa la pierre ; alors une trappe s’ouvrit à ses pieds. Tout au fond apparaissait une porte, fermée à clé. Il l’ ouvrit, et aboutit sur la même placette, toujours en face du taxi rouge.

Près du véhicule, il repéra un bout du foulard, le foulard de Lou. D’instinct il monta vers le jardin ; d’autres bouts de foulard étaient là. L’endroit était bizarre, angoissant, et surtout il avait la sensation de ne pas être seul. On le suivait. Une flaque d’eau, il y vit le visage de Lou mais cela devait être son imagination. Soudain, un bruit suspect, il se cacha derrière un muret. Le taxi rouge venait de bouger. Il y avait une ombre à la place du chauffeur mais il faisait trop sombre pour voir le visage de celui-ci.

A cet instant, il vit par terre des traces de sang, entendit un petit bruit ; il regarda derrière le buisson mais ce n’était pas Lou, juste un petit chat qui venait d’attraper une souris.

Plus tard il se rendit dans la salle de la Croix blanche. Elle était déserte mais quelque chose clochait. Repensant à son rêve, il s’approcha du miroir. Il crut y distinguer une petite croix blanche ornée de diamants. Une minute, il s’absenta ; quand il revint, le miroir était cassé en mille en morceaux ! Effrayé, il descendit prévenir les professeurs et eut cette fois l’impression, dans le couloir, d’avoir le vieux moine à ses trousses.
Arrivé enfin dehors, sous l’effet des rayons du soleil. le moine bicentenaire tomba en miettes. Du moins c’est ce que pensa Achille.
Alors il partit du côté de la Loire, courageusement. Il inspecta les roseaux, les buissons mais en vain.
De retour à l’abbaye, il entendit des gens parler, c’était les professeurs qui bavardaient entre eux. Achille reconnut parmi ces voix celle de Mme Laloupe. Cette même Mme Laloupe que Lou avait vu, l’autre nuit, dehors.

Chapitre 3

Mme Laloupe, justement, venait de voir Achille et l’interpela :
- Que fais-tu là ?
- Heu…heu , je vous cherchais, Madame.
- Dis plutôt que tu nous espionnais, n’est-ce pas ?

Achille lui parla de l’ombre, et du taxi qui avait changé de place. Mme Laloupe lui conseilla de ne plus s’occuper de tout ça. Seuls les animateurs et les professeurs allaient résoudre l’affaire.
- Et maintenant, retourne donc te coucher.

Achille s’éloigna. Il avait l’impression que Mme Laloupe avait quelque chose à voir avec toute cette histoire. Oui mais quoi ?
Achille, qui avait toujours plein d’idées, avait plusieurs pistes.

Première piste : il imaginait qu’il allait se cacher à bonne distance de la chambre de Mme Laloupe. Quand celle-ci s’absenterait, il entrerait dans la pièce, y découvrirait Lou, allongée, ligotée, un chiffon sur la bouche pour qu’elle ne crie pas. Achille la libérerait et Lou expliquerait tout. C’est à dire qu’en allant, la nuit, aux toilettes, sans le faire exprès, elle serait tombée sur un trésor caché et aurait prévenu Mme Laloupe. Mais celle-ci, voulant garder l’or pour elle, aurait ligoté et assommé Lou ! Alors Achille réussirait à tendre un piège à Mme Laloupe, il l’enfermerait dans la salle du trésor. Elle en aurait une boule au ventre. Ils appelleraient ensuite le directeur et Mme Laloupe serait renvoyée. Ce serait une bonne leçon.
Mais Achille ne croyait pas vraiment à cette piste.

Deuxième piste : le vieux moine serait revenu ! Quand Achille l’avait retrouvé réduit en miettes, sous l’effet du soleil, il aurait transporté ses cendres à l’ombre et le moine se serait reconstitué ! Et il lui aurait avoué avoir tout vu, caché de l’autre côté du miroir ; c’était bien Mme Laloupe, qui n’avait jamais aimé Lou, qui l’avait capturée. Oui mais, problème : les fantômes, ça n’existait pas. Le vieux moine avait disparu depuis bien longtemps. Donc cette piste n’existait pas non plus.

Troisième piste : Achille irait dans la chambre de Mme Laloupe pour lui parler. Elle ne serait pas là. Il attendrait devant la pièce, assis dans un fauteuil. Là, il sentirait sous lui un objet dur, une chaussure, la chaussure de Lou. Dans la chaussure, une clé. La clé de la chambre où il entrerait et découvrirait…Lou ! Il serait tellement content de la revoir !
- Tu m’as tellement manqué, Lou, dirait-il, je t’aime, j’ai eu peur de t’avoir perdue !
- Ne t’inquiète pas, je vais tout t’expliquer, dirait Lou.
- Oui, j’aimerais tellement comprendre.
- Je suis désolée de t’avoir fait si peur mais on a découvert quelque chose d’incroyable avec Mme Laloupe…
- Quoi ?
- C’est ma mère ! Mme Laloupe est ma mère !
- Non ?!
- Si ! Elle ne savait pas comment me le dire…D’où tous ces mystères.
Cette piste, dramatique, était trop belle pour être vraie. Achille l’abandonna.

Quatrième piste : la salle de la croix blanche contenait peut-être un secret. Achille s’y rendit mais ne trouva ni miroir ni croix blanche ni couloir sombre et humide conduisant vers Lou !

Dernière piste : Achille vit Mme Laloupe traverser la cour de l’abbaye. Elle se dirigeait, un panier de nourriture à la main, vers le local des valises. Achille la suivit. Laloupe sortit de sa poche une minuscule clé d’or, ouvrit la porte, entra dans le local. Achille tendit l’oreille, il entendit…la voix de Lou. Il entra et découvrit Mme Laloupe et Lou en train de manger, tranquillement ! Il fut surpris :
- Mais qu’est-ce que vous faites ?
Les filles répondirent :
- Prend place, on va tout t’expliquer…

La nuit précédente, Lou avait eu une crise de somnambulisme, elle s’était mise à marcher, en dormant, jusqu’au local à valises ; Mme Laloupe l’avait vue. Et trouva que ce serait amusant de faire croire à une disparition !
- Je suis une grande blagueuse, dit Mme Laloupe, j’ai pensé que ce serait sympathique de jouer au fantôme dans cette abbaye. Le vieux moine, le taxi, c’était moi…

Mais la direction de l’abbaye et les enseignants ne trouvèrent pas la blague très drôle et Mme Laloupe se fit sévèrement tirer les oreilles.
Achille lui pardonna : il avait retrouvé Lou, c’est tout ce qui comptait.

Le deuxième car

Chapitre 1

Le deuxième car avait disparu. On était arrivé à l’abbaye de St Maur en début d’après midi, après un long voyage. On avait fait le trajet avec deux cars qui se suivaient, on avait fait une pause. Puis on ne s’était plus soucié du deuxième car. A l’arrivée, on a récupéré nos valises. On allait manger . Mais au bout d’un moment, on a vu les professeurs qui se rassemblaient pour discuter. On s’est douté de quelque chose.

On, c’est à dire Cassandre et moi, Léon. Cassandre, 11 ans, taille moyenne, rousse, yeux marron, tendance plutôt gothique. Moi, Léon, 12 ans. Mon caractère ? déterminé et partageur. Enfant unique. Les yeux vert, cheveux brun. Un mètre cinquante.

On sentait donc que les professeurs s’affolaient, couraient dans tous les sens ; ils avaient l’air vraiment inquiet. Les heures passèrent. C’était l’hiver et il commençait à faire nuit. Il n’y avait plus de doute : le deuxième car avait bel et bien disparu !
La police, prévenue, dit qu’elle allait faire son possible.

Dans l’abbaye, Cassandre et moi, on s’est dit : il faut absolument qu’on les retrouve. Car on s’angoissait. Ma meilleure amie, Elodie, était dans ce car. D’autres amis aussi, Camille, Alexi, Pierre, Sarah. Sans eux, à l’abbaye, ce serait nul !
On essaya de les appeler mais il n’y avait pas de réseau. Pas moyen d’envoyer des SMS.

Tout de suite on s’est mis plein d’idées en tête : le car avait été détourné par des bandits ? ou le car était tombé dans la Loire ?!
Ou encore : on allait nous demander une rançon ?! de 100000 euros par exemple ?
On nous parla de traces de freinage sur la chaussée, d’un bus qui était renversé le long d’une route proche, mais c’était pas le bon bus, si on peut dire, en tout cas c’était pas notre deuxième bus.

Cassandre et moi, on a décidé de mener l’enquête, de chercher dans tous les coins et recoins et rerecoins (ou recoincoins…) . Un moment, en s’éloignant de l’abbaye, mon téléphone s’est remis à sonner. J’ai mis le haut parleur :
« Allo, c’est Elodie, disait le message. Je suis dans…. » Bip,bip…
La communication s’arrêta.
Sur le chemin, on trouva un pommier, on mangea quelques pommes. Cassandre dit :
« Imagine qu’on tombe sur le car et que le car soit vide…

Au même moment, un animateur passait par là. On se cacha vite fait, il ne nous vit pas. On reprit nos recherches. Il faisait maintenant nuit noir, j’avais peur. Heureusement, le portable de Cassandre faisait lampe-torche. Mais, très vite, il n’eut plus de batterie.
De mon côté, j’appelais Elodie. Pas de réponse. J’appelais Camille. Une voix me répondit mais je n’arrivais pas à la reconnaître. C’était pourtant le numéro de Camille que j’avais fait.
« C’est moi, Léon. Je suis avec Cassandre. On te cherche. T’es où ?
- Et toi, dit la voix, t’es où ?

C’était pas Camille au bout du fil. Cassandre me dit alors de raccrocher. Ce que je fis. Et on rentra à l’abbaye.
Sur le chemin du retour, Cassandre me parla du chauffeur. Celui de notre car. Elle l’avait trouvé étrange. On savait qu’il dormait à l’abbaye, on décida d’aller le voir.
« Je veux voir personne, laissez moi tranquille ! gronda-t-il.

Un type vraiment bizarre. On profita d’un moment où il s’absentait de sa chambre pour y entrer et écouter les messages qu’il avait reçus sur le téléphone fixe.
« Attention à ce que tu vas dire ! disait l’un de ces messages. Et fais nous passer le matériel à la cabane des marécages ! »
Décidément ça devenait de plus en plus intéressant.
Sur son lit, il y avait une carte ; on prit des photos.
Du bruit dans le couloir, on se cacha, il ne nous vit pas.

Le soir, il y eut la veillée. Tout le monde était inquiet. Tout le monde se posait les mêmes questions : où étaient passés nos amis du deuxième car ? que faisaient-ils ? allaient-ils bien ?
La veillée finie, tout le monde alla se coucher. Mais on n’arrivait pas à dormir.

Le lendemain, toujours pas de deuxième car. Au programme, on avait de la randonnée en bord de Loire ; mais avec Cassandre, on décida de s’éclipser. Direction : la zone des marécages dont parlait le message adressé au chauffeur.

Chapitre 2

Elodie, elle, se trouvait dans le 2e car. C’était une fille drôle, intelligente, cheveux brun foncé, longs, yeux brun. Elle se souvenait que son car, au début du trajet, suivait de près le premier véhicule. Puis le chauffeur sembla s’égarer de plus en plus. Toutes les cinq minutes, il faisait des pauses pour téléphoner. Mais à qui ?

Un moment, le car s’était retrouvé devant un grand panneau indiquant « Abbaye St Maur, 7 km ». Mais au lieu de prendre cette direction, le chauffeur dévia sa route. Les passagers pensèrent que c’était un raccourci. Mais ils arrivèrent dans un chemin de campagne. Le paysage peu à peu se dégradait. Le soleil se cachait. Un professeur demanda au chauffeur si tout se passait bien. Ce dernier eut un regard étrange, en répondant qu’il ne fallait pas s’inquiéter. Il dit qu’il s’était un peu perdu à cause du brouillard ! Quel menteur : ce jour-là, il y avait un beau ciel dégagé.

Le véhicule roula longtemps encore avant d’arriver dans des marécages. Ça sentait mauvais, c’était plein de moustiques. Elodie crut même apercevoir un crocodile. Le bus s’arrêta.
Il semblait pris dans la boue. C’était la panique dans le car, d’autant que le chauffeur venait de se sauver, enfermant les passagers dans l’habitacle. Et pas de réseau pour téléphoner.
Les professeurs aussi paraissaient affolés, cherchant sur des cartes où ils pouvaient bien être mais sans succès. Des élèves pleuraient. Elodie et son copain Camille tentaient de les rassurer :
- Ne pleurez pas, ça sert à rien, on va retrouver notre chemin.

Camille était un garçon de 12 ans, brillant, cheveux blonds et court.
Quelqu’un remarqua que la sortie de secours, sur te toit du car, pouvait s’ouvrir. Les professeurs sortirent en disant « On va chercher des secours, les enfants, ne bougez pas, on revient ! » Mais ils ne revinrent pas et les élèves restèrent seuls. Elodie et Camille s’inquiétèrent pour de bon, se demandant même si le chauffeur et les professeurs ne mijotaient pas quelque chose ensemble.

C’est alors que revint le chauffeur, accompagné de quelqu’un qui semblait armé. Les passagers se cachèrent derrière les fauteuils, arrêtaient de respirer, ils avaient peur.
« Ça sert à rien de vous cacher, dit le chauffeur…

Alors tous les élèves sont sortis, et ont suivi le duo de brigands. Ceux-ci les firent marcher par deux. On voyait la peur sur tous les visages. Camille aussi avait peur, c’est la première fois qu’Elodie le voyait dans cet état. On traversa la forêt pour se retrouver dans un grand hangar abandonné. Il faisait froid. Les hommes y firent entrer de force les enfants, qui étaient serrés les uns contre les autres. Elodie se retrouva tout près de Camille. C’était son meilleur ami. Pourtant, à ce moment là, elle n’avait pas envie de lui parler, ni lui ni personne. Elle voulait juste rentrer chez elle. Mais elle ne lui dit pas, sinon il aurait été vexé.

Autour d’eux, des jeunes gens s’alarmaient. « On va nous jeter dans la Loire avec une enclume aux pieds » dit l’un. « Si seulement j’avais une fusée de détresse ! » ajouta l’autre.
Ils passèrent la nuit là.

Au réveil, ils virent que toutes les valises étaient dans un coin du hangar et que des hommes étaient en train de les fouiller. Ils voulaient absolument, disaient-ils, revendre ces affaires au grand marché du dimanche. Puis ces hommes mangèrent devant les enfant qui, eux, avaient tellement faim.
Elodie espérait qu’un super héros genre Superman viendrait à son secours. Mais Superman ne vint pas. Elle réussit tout de même à sortir du hangar avec Camille sans être vus des geoliers. Les deux enfants s’éloignèrent du camp des kidnappeurs et trouvèrent la Loire qu’ils longèrent longtemps. Jusqu’à…

Chapitre 3

Elodie et Camille marchèrent le long de la Loire jusqu’à ce qu’ils croisent deux silhouettes. De peur que ce soit des bandits, ils se cachèrent d’abord derrière un arbre puis reconnurent leurs amis, Cassandre et Léon.
Elodie était tellement émue qu’elle versa quelques larmes.
Pendant une bonne demi-heure, ils se racontèrent leur histoire, tout ce qui s’était passé avec le car, tout ce qui se racontait à l’abbaye.

Il fallait libérer les enfants retenus dans le hangar, autrement dit le plan S.E.C., Sauver les Enfants de la Cabane. Il fallait aussi tendre un piège aux chauffeurs.
Oui mais quel piège pour choper ces idiots ? Cassandre proposa de creuser un trou, de le cacher avec des branches, des feuilles et d’y attirer les deux hommes. Camille suggéra même de mettre au fond du trou le crocodile vu la veille mais c’était un peu compliqué à réaliser.
Et les attirer avec quoi, ces bonhommes ? Avec la rançon, enfin une fausse rançon, dit l’un. Avec un billet de 500 euros, au bout d’un fil, qu’on amènerait jusqu’au piège, ajouta un autre. Avec un filet de pêche qu’on leur jetterait sur la tête ? proposa un troisième. Avec une saucisse ? avança encore un des quatre enfants ; ça marchera s’ils sont gourmands.

Le quartet retrouva vite la cabane. Tout autour, il y avait des marécages. Un panneau indiquait « Attention, terrain dangereux ! » Elodie eut une idée :
- Remplaçons vite ce panneau par une pancarte : »Baignade autorisée ! »
Ce qu’ils firent aussitôt. Puis ils se cachèrent dans les environs. Un des chauffeurs, passant par là, regarda l’affiche, se dit qu’il n’avait pas pris de bain depuis longtemps, se déshabilla pour ne garder que le caleçon et plongea. Aussitôt il se mit à hurler. Il s’enfonçait dans la vase ! Et plus il bougeait, plus il s’enfonçait. C’était peu profond mais il risquait bien de se noyer. Heureusement pour lui, il s’accrocha à une branche et se stabilisa. Et il ne bougea plus !
Et voilà un homme neutralisé.

Il fallait se débarrasser de l’autre. Les enfants imaginèrent un plan en deux étapes. Première étape, la ruse. Il attirèrent l’attention du gardien d’un côté de la cabane pendant qu’on ferait sortir les élèves emprisonnés de l’autre côté. Cela fut fait sans problème. Après la ruse, la provocation. Elodie s’avança assez près du deuxième chauffeur et cria ou plutôt chantonna : « Je me suis échappée ! Je me suis échappée !Et j’vais le dire aux policiers ! Et j’vais le dire aux policiers ! »
Puis elle se mit à courir à toute vitesse. Le bonhomme bien sûr la poursuivit mais il tomba dans le piège : passant sous l’arbre où se trouvait Cam’ (Cam’, c’est Camille, vous avez compris, bien sûr…), il reçut sur la tête des filets de pêche dans lesquels il s’emprisonna tout seul. Facile, après, de le ligoter.

Les enfants retrouvèrent peu après les professeurs. On prévint la police qui s’occupa des voyous. Et les passagers du 2e car rentrèrent enfin à l’abbaye où tout le monde les attendait et les applaudit. Ils étaient devenus des héros..



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