Vagues disparitions

Atelier d’écriture avec deux 6e du college Pierre Martin de Rauzan (33) du 4 au 8 mars 2014 à Belle-Ile ( OVAL)

VAGUES DISPARITIONS

Préface

Arrivés mardi à Belle-Ile en plein hiver, on était, mercredi, en plein été, soleil éclatant, ciel bleu, luminosité impeccable, douceur de l’air. Autour du domaine de Bruté, les faisans frimaient et paressaient, les lapins redressaient leurs oreilles, les oiseaux piapiataient, rien que du bonheur.
Les élèves du collège Pierre Martin de Rouzan ont du sentir ces bonnes ondes. En atelier d’écriture, après un rapide échange, il leur a été proposer une phrase de lancement du texte, à eux d’inventer la suite. Liberté complète. Ils et elles ont aussitôt imaginé des histoires épatantes comme s’ils avaient fait cela toute leur existence, non seulement sans douleur mais dans une bonne humeur tenace et contagieuse.
Pour preuve les deux récits, illustrés, qui suivent. Ils et elles ont bâti des intrigues, créé des personnages, dessiné des décors, animé des dialogues, brossé des caractères, proposé des rebondissements avec un évident plaisir. Qu’ils et elles en soient ici remerciés ! Merci aux enseignants, pleins de tact et d’élégance. A l’équipe d’Oval, efficace et attentive, comme d’habitude.

Gérard Streiff

PAS SI BELLE ILE…

Chapitre 1

« Qu’est-ce que tu racontes ? Le ferry a coulé ? demanda Patricia. Comment est-ce possible ?
- Oui, répondit David, plus aucun transport n’est possible pour rentrer. On est bloqué sur cette île jusqu’à ce que l’on trouve de l’aide.
- C’est incroyable, reprit la jeune fille, comment ça s’est passé ? Et comment tu sais ça ?
- Hé bien, répondit le garçon, je prenais des corn-flakes, tu sais combien c’est délicieux, avec leur petit côté croustillant..
- Oui, c’est bon, raconte !
- Bon, j’espionnais la conversation des animateurs avec M. Lavigne ; j’étais caché ; je les ai entendus, c’est eux qui en parlaient. L’un d’eux disait : « Il ne faut pas que les enfants soient au courant car la panique les envahirait ! ». Bref, ils ne veulent pas que nous le sachions. Ils ont dit que c’était à cause de la tempête.

Faut dire que David était doué pour espionner.
- Mais alors, réagit Patricia, on est coincés sur l’île ?

Patricia, David et toute leur classe de 6è se trouvaient, avec leurs profs, dans le cadre d’une classe découverte, sur le domaine de Bruté, à Belle-Ile-en-mer.
Des animateurs les encadraient, ils avaient un code vestimentaire : bas noir et haut blanc. Cela permettait de les reconnaître.

David eut tout de suite le réflexe de dire :
- Faut faire des provisions de corn-flakes !

Dehors, la tempête se déchainait. Un éclair foudroya un arbre qui s’enflamma. On aurait dit que cette tempête voulait tuer, noyer, foudroyer.
La panique à présent était présente aussi bien chez les professeurs que chez les élèves.

Tous les jeunes gens se réunirent en salle de jeu. Patricia monta sur une petite scène de théâtre. Elle espérait capter l’attention mais elle n’était pas très imposante. Plus petite que les autres élèves, elle était mignonne, rousse, les cheveux jusqu’aux épaules, avait assez de caractère mais on ne faisait pas trop attention à elle. Une fille discrète et sensible.
David lui était un garçon dynamique, châtain, taille moyenne, yeux marron doré, le petit intello de la bande, toujours là pour les autres. Pantalons marrons, pull clair, manteau noir.
Sans doute qu’il était amoureux de Patricia.

David, justement, essayait de téléphoner.
- Je vais appeler mes parents, dit-il, ils me manquent énormément, je veux les prévenir qu’on aura du retard…
Mais après plusieurs tentatives, il vit un message sur son portable qui annonçait qu’il n’y avait pas de réseau !
Pas de réseau ? pourquoi pas de réseau ?
« Mais c’est terrible, qu’est ce qu’on va faire, pensa le garçon.
Puis il ajouta :
« On ne peut pas mieux être servi que par soi-même. Je propose qu’on élucide ce mystère. On va faire une enquête pour savoir pourquoi le réseau est coupé. On commencera demain matin.

Un prof, qui passait par là, leur dit :
- Non, les enfants, ce n’est pas votre travail ! Et c’est aussi pour votre sécurité que je vous dis ça ?!

Mais David et Patricia décidèrent de mener l’enquête malgré tout.
Quel était le meilleur moyen ? Aller tous ensemble chercher de l’aide dans le coin, se disperser en petits groupes, mais après quelques heures de marche, la faim, la soif, la fatigue risquaient de les submerger, et puis un des groupes pouvait se perdre.

Ils préférèrent mener l’enquête à deux.
- Même s’il faut fuguer, dit David.
- Non, c’est trop dangereux, s’inquiéta la fille.
- Tu veux mener l’enquête, oui ou non ?
- Bon d’accord, mais faisons attention ; et soyons discret.

Avant de s’endormir, David venait de se souvenir qu’en traversant la forêt, dans la journée, il avait peut-être trouvé un moyen de communiquer avec le reste du monde. Sur son chemin en effet, il avait croisé une colombe baguée. « Une colombe, mais bien sûr, ça me donne une idée. On pourrait s’en servir pour adresser un message vers l’extérieur ? »
Patricia, elle, rêva qu’elle explorait les locaux de Bruté ; elle tombait sur une immense pièce, allumée. Au centre de la pièce, une machine. Derrière la machine, un gros monsieur, qui se goinfrait de chocolat : Docteur Météo ! C’est lui qui manipulait plein de machines météorologiques…
Un peu plus tard, toujours en rêve, elle vit passer Cédric, l’animateur, le grand blond musclé ; il portait une énorme barrique de soupe à la main. Elle le suivit malgré sa peur, la peur surtout qu’un loup-garou lui saute dessus. Cédric et sa soupe avaient disparu mais elle tomba sur M. Lavigne, de grosses gouttes de sueur sur le front, lequel était en compagnie de Mme Catherine La Quinconce, la directrice, de son mari, M LaVictoire et Mme Lagrappe. Quel drôle de rêve !

Puis, à la fin de la nuit, Patricia et David se retrouvèrent discrètement devant les toilettes. David avait deux minutes de retard ; il arriva avec un drap à la main.
- C’est pas trop tôt, dit la fille ; mais c’est quoi que tu portes à la main ?
- Un drap, pour descendre par la fenêtre. Car toutes les portes sont fermées à clé.
Patricia ouvrit une des fenêtres puis protesta, trouva que c’était très haut.
- Mais t’es une chochotte ou quoi ? se moqua le garçon.
- D’accord, d’accord, mais c’est moi qui passe la première.

Ils descendirent et arrivèrent sur la plage. Personne. Mais par terre, on voyait plein de confettis ; Patricia regarda David :
- Des confettis ? C’est le carnaval ?

Chapitre 2

Patricia dit :
- Mais oui, c’est mardi gras, j’avais oublié !
- Super, on va pouvoir faire la fête, réagit le garçon.
- D’accord mais avant tout, pensons à notre enquête, corrigea son amie.

Sur le chemin, ils frappaient aux portes des maisons devant lesquelles ils passaient. Personne ne répondait quand enfin une porte s’ouvrit sur une vieille dame, 80 ans environ, qui se présenta :
- Moi, c’est Pélagie ; et vous ?
Les enfants expliquèrent qu’ils faisaient une enquête sur le ferry qui avait coulé.
- Mais de quel ferry vous parlez ? aucun ferry n’a coulé !
- Mais si, tous les adultes en parlaient à la colo, à Bruté.
- Ecoutez, ça fait 35 ans que je suis à Belle-Ile, je vous redis qu’aucun ferry n’a coulé.

La dame leur servit du chocolat chaud mais en repartant, David chuchota à l’oreille de Léa :
- Pélagie, tu ne trouves pas qu’elle ressemble à une sorcière.
- N’importe quoi, dit Patricia, elle était un peu bizarre, c’est tout. T’imaginais peut-être qu’elle allait se transformer en crapaud, ou en crapouille ou encore te jeter une potion magique qui t’aurait fait devenir énorme ?! Et on aurait dû t’amener aux urgences, c’est ça ?! Et pourquoi pas aller au commissariat ?! Tu sais quoi, tu nous fais perdre du temps.

David ne répondit pas. Il semblait occupé par une mouche !
- Elle fait un bruit bizarre, tu trouves pas. T’entends son niark, niark, niark. Aïe, en plus, c’est qu’elle pique !
- Ecoute, David, c’est toi qui est bizarre, oui ! T’as trop d’imagination.

Ils reprirent la piste des confettis qui les mena jusqu’au carnaval. Il y avait là une grande fête avec toute une foule de gens déguisés. Parmi eux les professeurs. L’un avait une tenue de lapin, l’autre de kangourou et ils dansaient la samba. Mme Lagrappe était habillée en infirmière, le directeur avait un costume de marsupilami et M. Lavigne ressemblait à une barrique de soupe ; eux dansaient la zumba.

Parmi tous ces déguisements, on voyait un vieux monsieur qui portait une très grande blouse blanche car il avait un très gros ventre. Son visage, ridé, étonnait : des cheveux dégarnis sur les côtés, un nez gros et plat, des dents pourris, un cache-œil sur l’œil gauche !
- Cet homme…, dit Patricia.
- Oui ?
- Il me dit quelque chose, je l’ai déjà vu…
- Où ?
- En rêve ?!
- OK, c’est toi qui est bizarre, non ?
- Non, non, j’ai rêvé de lui, c’est le docteur Météo.

Finalement, ils abordèrent le gros bonhomme. Il confirma qu’on le surnommait Dr Météo.
- Pourquoi vous me demandez mon nom ?
- Parce qu’on ne vous avait jamais vu auparavant .
- Ce n’est pas une réponse suffisante, réagit l’étrange personnage.

Les jeunes gens apprirent que le docteur en question était un passionné de sciences, qu’il se livrait surtout à des recherches en matière de météorologie ; son ambition, c’était avoir tout le temps du beau temps ! Mais le jour J de sa grande expérience, il avait tout raté car au lieu de s’occuper de sa machine, il était allé aux toilettes !

Patricia et David se demandèrent si ce n’était pas lui, avec ses machines, qui avait provoqué cette tempête sur Belle-Ile.

Toujours pendant le carnaval, ils croisèrent un commandant de bord. Ils lui demandèrent s’il avait un bateau.
- Oui, évidemment, répondit-il, mais mon bateau est de l’autre côté de l’île. Et puis nous ne pouvons pas prendre la mer car la mer est trop agitée, on risquerait de couler, ne prenons pas ce risque.

Mais peu après les enfants comprirent que ce bonhomme était simplement déguisé en commandant de bord et n’avait aucun bateau.

Pas de transport, donc et toujours pas de réseau.
C’est alors qu’ils repensèrent à la colombe ! Encore fallait-il se rappeler de l’endroit où ils l’avaient aperçue la dernière fois. Ils la retrouvèrent en pleine forêt, elle était perchée sur du schiste ardoisé, une pierre bien connue chez les belle-illois. Quand elle s’envola, ils la suivirent.
Un moment, ils crurent la perdre de vue, et se perdre eux-mêmes mais ils finirent par repérer, cinquante mètres devant eux, un panneau indiquant le site du colombophile.
- Voilà, c’est là où la colombe va, elle se dirige vers son maître.
Ils arrivèrent donc chez le propriétaire de l’animal, qui les accueillit avec gentillesse.
- Désolés, monsieur, dirent-ils, pouvons nous emprunter votre oiseau pour envoyer une lettre à Quiberon, où se trouvent nos familles.
- Oui, bien sûr, dit-il.
Ils écrivirent donc, à destination de leurs familles, le message suivant, que le colombophile attacha à la patte du pigeon :
« S.O.S. bloqués sur Belle-Ile. Point. Pas de bateau ni de réseau. Point. Venez nous chercher. Point. »

Chapitre 3

Le message arriva bien à Quiberon, chez les familles inquiètes.

David et Patricia, eux, rentrèrent au domaine avec beaucoup de questions, beaucoup d’espoir aussi. Ils allèrent dans la salle à manger pour réfléchir.
- Car chacun sait que l’on réfléchit mieux avec le ventre plein, dit David.
Au menu, il y avait des flageolets.

Patricia récapitula :
- On a entendu des adultes dire que le ferry avait coulé mais Pélagie, qui est ici depuis 35 ans, n’a rien entendu à ce sujet. Qui croire ?

Ils retournèrent chez Pélagie. Devant sa porte, ils se disputèrent :
- C’est toi qui frappe !
- Non, c’est toi !
- C’est toi qui a voulu venir alors c’est toi qui frappe.
- Bon d’accord, dit David en tremblant, après tout, c’est juste une vieille sorcière de 80 ans. J’ai pas peur ;
- Oui, oui, en tout cas, cette fois, c’est toi la chochotte !

Il frappa, personne ne répondit. Ils entrèrent, pas de Pélagie. Elle devait faire sa sieste. Mais sur la table, il y avait une feuille ; ils se penchèrent et regardèrent le papier. On pouvait lire : « Potion verte, sang d’araignée, œil de crapaud, oreille de chèvre, poils de chat, dent de chien. »
Est-ce que c’était le mode d’emploi pour couler le ferry ? Patricia n’était pas convaincue.

Retour à Bruté. David imaginait à présent que le ferry, en fait, était juste bloqué en mer et qu’il allait chercher Docteur Météo pour avoir son aide ; il demanderait au fameux docteur d’utiliser son savoir météorologique pour provoquer des vagues, du vent et pousser le bateau ; il avait plein de machines, de belles machines à remonter le temps, où il suffisait de tourner des boutons, d’appuyer sur des touches, de pivoter des manches, etc. Et si l’autre refusait d’aider, David lui dirait qu’il avait des preuves qu’il était responsable de la tempête !

A cet instant, ils entendirent, venu du port, le bruit des moteurs des bateaux, celui des sirènes aussi. Ils se dirent qu’ils étaient fous, que Pélagie avait raison ? que le ferry n’avait pas coulé ?
Un groupe d’animateurs approchait. L’un d’eux, Cédric, le blond musclé, regarda David et dit :
- Alors ? on écoutait au porte ?
- Mais, comment vous le saviez ?
- On t’a entendu manger tes corn-flakes, on sait que tu adores ça, non ? Cela ne pouvait être que toi. Alors, on t’a tendu un piège en inventant cette histoire de ferry coulé, on pensait que tu le répèterais partout.
David écoutait, d’un air agacé.
- Et maintenant, jouta le mono, si on était méchant, on te donnerait deux heures de colle sans corn-flakes.
Les enfants trouvèrent que la blague de Cédric sur le ferry coulé n’était pas du tout marrante.
Il faut dire qu’ils se méfiaient de Cédric. On racontait qu’il se promenait toujours avec une mouche domestique, dite Moumouche, qu’il avait dressée pour espionner ses voisins ; et Patricia, elle, était persuadé que le Docteur Météo, en fait, c’était lui, mais déguisé.

Trois bonnes heures et des poussières plus tard, ils étaient dans la cour. Les adultes aussi étaient là, Lavigne, Lagrappe, Laquinquonce, Lafayette. Il y avait même un prof de SVT. Les garçons jouaient au foot, les filles à la marelle et se pomponnaient quand soudain Patricia s’écria :
- Ooooh mon dieu !
- Quoi ? Qu’est ce qui se passe ?
- Regardez, regardez, la colombe, elle revient !
En effet, tout au loin, on voyait la silhouette de l’oiseau. « Pourvu que le message ne soit pas tombé dans l’océan pendant le trajet » pensa Patricia, toujours angoissée.

L’animal, essoufflé, se posa près d’eux. Elle avait une patte blessée. Tous les élèves s’assirent en rond autour de David qui entreprit de déplier le message que l’animal leur apportait.
- Oh, oh….s’écria-t-il.
- Oui, quoi, s’impatientait Patricia.
Le garçon lut le message :
« Grosse tempête sur Quiberon. Ciel gris, pluie, grêle, des vents de 175 km/heure. Un cauchemar. Votre retour retardé d’une semaine. »

Tout de suite le prof de SVT réagit. Pour changer l’ambiance, il invita tous les élèves dans une grande salle, pleine de lumières et de musique. Tout le monde, profs et élèves, commença à faire la fête. Et David invita Patricia à danser.

FIN

CORPS DISPARU

Chapitre 1

Il y avait bien quelque chose sur la plage, mais c’était quoi, au juste ?
Léa avait passé une journée en bord de mer et elle allait rentrer chez elle.
Léa était très maigre, on voyait parfois ses os. Elle portait des cheveux roux, possédait une forte personnalité. Elle était intelligente…et myope : ses lunettes étaient énormes.

Léa se baladait avec son chien, Tobi, et du haut de la falaise, elle vit donc quelque chose d’étrange. Le chien, lui, se mit à aboyer, tout excité.
La jeune fille décida de s’approcher d’un peu plus près de cette lueur blanche dans le sable.
Et elle découvrit un corps, le corps d’un homme. Il portait un jean noir, un tee-shirt rose. Léa regarda Tobi et dit :
- Mais… je le connais, c’est le capitaine Pierre Lacrique ! Il a une mauvaise réputation ; c’est le pire voleur de la région.
L’homme avait une gourmette à son poignée droit. Tremblante, Léa regarda le bracelet ; une adresse était inscrite : 3, rue du phare, Le palais, Belle-Ile.

Affolée, suivie de son chien, elle partit prévenir son ami Mathieu, pour lui montrer la macabre scène.
Mathieu était un peu rondelet ; il avait des yeux turquoise, les cheveux blond doré. C’était un séducteur mais il était un peu bête parfois.

Voilà Léa de retour sur la plage, avec Mathieu. Mais le corps, lui, …n’était plus là !
Mathieu s’énerva :
- Tu m’as fait venir pour rien ! Tu es folle, non ?
Vexée, Léa ne put que répondre :
- Mais non, il était là !
Furieuse, elle se mit à chercher un peu partout ; elle finit par découvrir des pas dont elle suivit les traces. Elle tomba sur une cabane abandonnée, près du phare de Galazen. Elle ouvrit la porte qui grinça comme un violon non accordé, entra dans l’obscurité la plus totale, monta un vieil escalier qui craquait, alluma la lumière et ne vit… personne. Ou plutôt si : elle découvrit un morceau de tissu, où l’on pouvait simplement lire « ja..ies…ro..lin…s ». Il manquait des lettres.

A présent, elle devait rentrer chez elle car ses parents risquaient de s’inquiéter.
Cette nuit-là, elle dormit mal, fit de drôles de rêves. Le premier était plutôt charmant. Elle rencontrait une elfe ! Celle-ci avait les cheveux châtain qui flottaient dans la brise, les oreilles pointues, les yeux turquoise. Elle avait les lèvres rose comme une belle barbe à papa, un collier de perles blanches emprisonnées par un fil vert brillant. Son bracelet ? c’était des morceaux de soleil ! Comme sa robe, éclatante, constellée de pierres de lune, comme ses ballerines à talon. Son teint était lumineux et frais. Léa, de son côté, ne put que dire : Wouaaaaaah !
Mais ses autres rêves étaient plus inquiétants. Elle était dans une grotte où on entendait des grognements, elle vit un squelette au crâne troué, elle trébucha sur un fil tendu, activa un piège et des araignées géantes apparurent ; autour d’elle, on parlait dans une langue étrangère ; une bête avec des poils noirs, une queue fourchue, des crocs acérés, des griffes tranchantes lui tournait autour.
Elle se réveilla… mais refit peu après un autre cauchemar : le squelette d’un pirate inconnu, chapeau noir sur la tête, épée dans le torse, s’agitait devant une grotte gardée par un nain, qu’on appelait le « passe-grotte » ; celui-ci était en possession d’une pierre de lune magique ; le nain lui dit que si elle réussissait à rassembler deux morceaux de pierres de lune avant quatre jours, elle deviendrait magicienne…

Le reste de la nuit fut plus calme.
Le lendemain, elle retrouva Mathieu, il était moins fâché ; elle lui montra le morceau de tissu trouvé dans la cabane ; il comprit tout de suite que c’était un voile très rare qui venait des Jackies Rollings !
Elle reparla à son ami du corps sur la plage, de sa disparition et de ce qu’elle savait de lui. Cette affaire les dérangeait. Ils prirent la décision d’enquêter.

Chapitre 2

« Allons à cette mystérieuse adresse trouvée sur le corps, dit Léa. Pour voir où cela nous mène.
Ils se rendirent au 3, rue du Phare, Le palais, Belle-Ile.

Sur le chemin, ils croisèrent une vieille dame, le visage ridé, le dos bossu. Celle-ci les aborda :
« Chers enfants, enfants impolis, j’ai appris que vous enquêtiez sur Pierre Lacrique ?! Mais je vous préviens ! Si vous poursuivez dans cette histoire, vous allez avoir de gros problèmes…
Léa et Mathieu se regardèrent. Qui était donc cette femme ? pourquoi cette menace ? Mais déjà la vieille avait disparu.

Devant le 3, rue du phare, se tenait une jeune fille, Lucy.
- Nous cherchons la maison de Pierre Lacrique.
- C’est ici, répondit-elle.
- Tu le connais ?
- Bien sûr, c’est mon père.
- On peut te poser des questions ?
- Heu…oui…
- Quand l’as tu vu pour la dernière fois ?
- Mais ce matin !
- Qu’est ce que tu peux nous dire sur lui ?
- Plein de choses.
- Tu peux nous dire par exemple ce qu’il vole ?
- Mais, mon père n’est pas un voleur.
- Tu lis pas les journaux ?
- Non, mon père me l’interdit ;

Mathieu lui montra alors un journal ; en première page, il y avait une photo de M. Lacrique, avec la légende : »Le plus grand voleur de Belle-Ile ».
- Non, c’est faux, réagit Lucy, très en colère. En pleurs, elle s’enfuit.

Les murs de la maison du 3, rue du phare, étaient grands et sombres, le toit noir, la porte rouillée. Les jeunes gens entrèrent.
- Qui êtes vous ? dit une voix.
Derrière la porte, il y avait un nain. Très vieux, 90 ans, cheveux blancs, salopette noire, bottes et chapeau rouges.
Les jeunes enquêteurs se présentèrent.
- Enchanté, dit le nain, moi, c’est Passe Maison, Ici, tout est fait maison ! Je vis ici depuis… je ne sais même plus. Bienvenue.
- On peut enquêter dans votre maison ?
- Bien sûr ; on me l’a vendue.
- Qui donc ?
- Un certain monsieur Lacrique. Je crois qu’il est parti en voyage. A Malibu.

Les jeunes gens fouillèrent. La chambre : rien . Le salon : rien. La cuisine : rien. Pareil pour les autres pièces.
Un moment, Léa monta l’escalier, à pas de souris. A la treizième marche, une planche céda ; elle tomba et se retrouva… devant une porte mystérieuse. Une boule au ventre, elle poussa la porte et fit face à une vague de souris aux yeux perçants qui arrivait sur elle.
C’est ainsi qu’elle accéda au garage abandonné de Lacrique. Au fond du garage, une lumière dorée. Serait-ce un trésor ?

A cet instant, toujours dans le garage, un homme apparut : Pierre Lacrique !?
Léa, étonnée, dit :
- Mais…mais… je vous ai vu sur la plage ! Hier !
- Désolé, répondit le personnage, je n’étais pas sur la plage hier.
- Je ne suis pas folle, je vous ai vu ; vous étiez mort !
- Ecoutez : sortez d’ici ou je vous coupe la tête !

Au fou ! Au fou ! crièrent les enfants en s’enfuyant.

Plus tard, Mathieu fit une petite recherche sur Internet à propos de ce Pierre Lacrique. Il découvrit que celui-ci avait un frère jumeau ; et les deux frères se ressemblaient comme deux gouttes d’eau.

Léa de son côté s’intéressait à une autre piste, cette fameuse toile dite Jackies Rollings. Sur le bout de voile, on trouvait une tache ; ce pouvait être une tache de sang. Le sang de la victime. Elle se dit qu’elle allait lui faire passer un test ADN, son père travaillait comme médecin légiste.

La nuit elle rêva d’une statue de Jackies Rollings. La statue la regardait et lui posait une devinette : « Mon premier fait de la lumière pour les bateaux ; mon deuxième est un lieu ; mon tout est proche d’ici »
Léa chercha, répondit :
« De la lumière pour les bateaux ? Un phare ?
- Un phare, oui, mais lequel ?
- J’ai trouvé : le phare de Galazen !
La statue, vexée qu’on devine sa devinette, disparut.

Au réveil, Léa se dit qu’elle devait aller à ce phare. A Galazen, elle grimpa les 300 marches du bâtiment ; tout en haut du phare, elle pensa trouver quelque chose, un indice, mais rien.

De retour chez elle, son père lui donna le résultat de l’analyse ADN du tissu et elle put alors téléphoner à Mathieu pour lui dire :
- Je sais qui est le coupable !

Chapitre 3

Mathieu répondit :
- Ha oui ? Et qui c’est ?
- Rejoins moi rue du phare, je te dirai, tu comprendras
- OK, à tout de suite.

3 rue du Phare, quand les deux enfants arrivèrent, il y avait là la vieille dame, Passe-Maison et Pierre Lacrique, ou alors quelqu’un qui lui ressemblait beaucoup.
Mathieu avait mis son téléphone sur le mode « Enregistrement » et l’avait caché dans sa poche.

- Que le ou la coupable se dénonce, déclara tout de suite Léa, car dire ce qu’on a fait de mal, c’est déjà une faute à moitié pardonnée.
- Sinon, la punition sera encore plus grande, ajouta Mathieu.
- Oui, bon, passons ; alors, c’est qui ? Personne ? Pourtant il y a bien quelqu’un qui a tué M. Lacrique ?

Léa pensait que la vieille dame était impliquée dans cette affaire. Mais pourquoi ? La dame essaya de séduire les enfants :
- Mais c’est la petite Léa ! Et le petit Mathieu ! Comme vous avez grandi ! Vous voulez une tasse de café ?

En fait la mémé tentait de s’en aller.
- Dites, madame, que faites vous là ? Vous avez peut-être des explications à nous donner ?
La mémé s’énerva :
- Petits malpolis, vous n’avez pas le droit de me parler comme ça !
- C’est vous qui l’avez tué ? insista Léa.
- Pas du tout, pas du tout ! En plus, vous n’avez pas de preuve.
- Qui est le coupable ? cria encore une fois Léa. Je sais qui est le coupable, arrêtez de tourner autour du pot !
- Je ne vois pas de quoi vous parlez ?

Mathieu désigna Pierre Lacrique :
- C’est vous, alors ?

A cet instant, le nain tentait de se cacher en tremblant.
- C’est vous, Passe-Maison ?
- Oui, c’est moi, il faisait trop le beau, l’autre avec sa grande maison.
Sur le coup, plus personne ne parle.

- L’autre, dit alors Léa à Mathieu, ce n’était pas Pierre Lacrique, ici présent, mais son jumeau. C’est le jumeau qui était sur la plage.
- Comment c’est possible ?
- La tache de sang, que mon père a analysé, la tache de la victime, appartenait à Jacob Lacrique, le jumeau de Pierre…

Ils regardèrent le nain qui continuait ses aveux :
- Avec son frère et sa grand mère, on a tué le jumeau. Puis on l’a jeté à la mer.
- Mais vous , Pierre Lacrique, pourquoi vous avez fait ça ?
- Parce qu’il avait des trésors, il en avait beaucoup plus que moi qui était malade et pauvre.
- Et moi, renchérit la grand mère, c’était pour le plaisir, Ah, Ah, Ah…

Le nain, soudain, très énervé, s’exclama alors :
- Sales petites fouines, je vais vous apprendre à fouiller dans les affaires des autres !
Il sortit alors un pistolet, tira d’abord un coup de feu en l’air, menaça les enfants :
- Ne faites pas ça, dit Léa.
Pan. Pierre Lacrique venait juste de sauter devant les enfants, c’est lui qui reçut la balle et mourut sur le coup.

Pan, pan, clic, clic, le pistolet maintenant était déchargé.
Heureusement pour les jeunes gens, il y avait dans l’entrée de la maison des filets de pêche. Les enfants jetèrent ce filet sur le nain et la mémé ; ces deux-là s’en trouvèrent prisonniers, pris dans les filets comme des saucissons.

Léa téléphona aussitôt à la police :
- Allo, la police ? Bonjour. On a des meurtriers devant nous. Et leur enregistrement.
- On arrive tout de suite ; où êtes vous exactement ?
- 3 rue du phare, Le Palais, Belle-Ile. Tout près du phare de Galazen.
- Très bien, merci et au revoir.

Le lendemain, les journaux racontèrent l’histoire en première page, et parlèrent d’un voleur, Pierre Lacrique, devenu un sauveur !
Plus tard, on retrouva dans le garage le trésor de Jacob Lacrique, un coffre plein d’or ; on trouva aussi le carnet secret de Pierre Lacrique où il racontait combien il en voulait à son frère depuis longtemps. « Je suis jaloux, son travail rapporte gros. Et c’est le chouchou de tout le monde ! » écrivait-il.

La mémé fut enfermée dans un asile pour fous dangereux, le nain fit des années de prison.

Oui, il y avait bien quelque chose sur la plage, mais c’était quoi, au juste ?

FIN



Site réalisé par Scup | avec Spip | Espace privé | Editeur | Nous écrire