Notes diverses+tapuscrit

Le flamand rosse

arras, 1er mai 2011

éditeur ? texte ?

pierrette bras, sncf

cuzin

mediathek

tiecoura

 ?baleine, poulpe, arras le flamand rosse=cf maliweb
article ? du 24 sur imbroglio des pressions dans sahel, services algériens
(infiltrés) et américains et et et
+
Réponse Polarchives ?
Marike, bonjour. J¹aimerais refaire un « Polarchives » (avec Chloé, Antoine,
etc) ; mon intrigue est bien avancée ; l¹enquête se passe au mali ; je peux
vous proposer un texte fin de l¹été/automne.
STP, si l¹affaire ne devait pas se faire avec « Le passage », j¹aimerais
pouvoir récupérer la collection ; en tout cas écrire un « Polarchives » chez
un autre éditeur.

J¹ajoute que ce futur livre ( il devrait s¹appeler « Le flamand rosse ») a
déjà une petite histoire ; c¹est à sa manière un projet collectif, soutenu
par : l¹association « Colères du présent » (avec qui suis allé au Mali l¹an
dernier pour me documenter), association qui organise un festival à Arras
chaque 1er mai et les Arrageois aimeraient voir sortir ¬et soutenir- cet
opus le 1er mai 2011 ; le CE de la SNCF ¬ Pierrette Bras- qui a des liens
avec des cheminots maliens : il y est beaucoup question de la ligne
Bamako-Dakar et de sa privatisation ; une autre association (de M. Cuzin,
ancien haut fonctionnaire au Mali) qui construit des cases-bibliothèques le
long de cette ligne - mes droits d¹auteur seraient d¹ailleurs utilisés pour
l¹achat de livres afin d¹équiper le wagon-bibliothèque qui circule sur la
ligne et/ou ces mini-bibliothèques ; des médiathèques du Val de Marne,
enfin, qui donneraient aussi des ouvrages (neufs) pour l¹occasion.
Voilà, j¹ai presque tout dit.
Cordialement
Gérard Streiff
+
Polarchives>chloé thésarde de 2010 et antoine, bibliothécaire érotomane ; se
retrouvent dans resto ?

Chloé bourgeade a 27 ans, thésarde histoire (colabo éco en auvergne),
pigiste revue prométée dont dir cabannel et redac chef crémieux, chat noir
arsène, studio dans 3è (description p 31,32,33), Gde fille rousse ( cf
description p 14-15 « les caves »)

Antoine cavaignac (cf p 19), patron des enfers (décrit p 35 ; 37)

Leur rv au « mont blanc », petit resto hôtel rue debelleyme ; elsa la
patronne petit salé aux choux et bouillon de cuisson en entrée

Mali ? érotisme : « Des prêches religieux à la littérature, l¹érotisme n¹a
jamais été absent de l¹histoire des Arabes/musulmans. Si la sexualité est
seulement autorisée dans le strict cadre d¹un contrat légal, le fait d¹en
parler librement fut longtemps admis, selon le précepte « la haya¹ fi-ddin »
(« pas de honte en religion »). L¹érotologie était donc une matière prisée
par les théologiens et portait sur la vie intime des croyants. La sexualité
était enseignée dans les mosquées dans le cadre de « cours publics de
sexualité ». Les manuels sur l¹acte amoureux foisonnaient. Les traités de
science, de droit et de médecine abordaient également cette question sans
complexe, et un certain Avicenne, auteur de L¹Épître du désir, encourageait
à soigner par l¹amour. Mais c¹est surtout dans la littérature qu¹on trouvera
les textes les plus libertins. Du Jardin amoureux du Damascène Ibn Qayyim
al-Jawziyya au Jardin parfumé du Tunisien Nafzaoui, des contes des Mille et
Une Nuits aux anecdotes irrévérencieuses d¹Abou Nawas, en passant par les
recettes amoureuses de l¹Égyptien Tifachi, tout un corpus littéraire
s¹ingéniait à décrire les positions, les recettes et les amulettes censées
faire jouir le croyant. Aujourd¹hui, on a expurgé et jeté l¹opprobre sur
ceux qui entendent, malgré tout, écrire dans la même veine jubilatoire que
leurs ancêtres> place à la pudibonderie, la parole licencieuse à la fatwa. »

Antoine avait sous le coude le livre de la sociologue marocaine Fatema
Mernissi, L¹Amour dans les pays musulmans (Albin Michel).
+
Se parfumer au wusulan est indissociable du désir de séduction. Les effluves
du wusulan agissent comme un déclencheur de désir chez l’homme.
L’utilisation du wusulan est tellement liée à l’éros, que dans la tradition,
sa préparation était accompagnée de la récitation de formules magiques très
évocatrices. (Parfums du Mali - Cauris Editions - Page 31).
Qu’on l’appelle Wusulan (Bambara-Malinké), Thiuraye (Wolof) ou Dugu
(Sanghoï), l’encens est le produit de séduction par excellence de nombreuses
Africaines.
Avec Parfums du Mali, Adame Ba Konaré, première Dame du Mali, nous entraîne
dans le sillage du wusulan de son enfance. Produit traditionnel, le wusulan
est un parfum corporel et d’ambiance, incontournable de la culture malienne,
Grâce à ce petit livre de 88 pages vous saurez presque tout sur l’art de la
séduction des femmes maliennes : A quoi se parfument-elles ? De quoi
s’enduisent-elle, le corps pour plaire aux hommes ?
Vous saurez égaiement quels ingrédients entrent dans la préparation des
recettes du wusulan, savoir-faim ancestral.
Enfin, cet ouvrage s’adresse à toutes les femmes du monde désireuses de
maîtriser d’autres techniques de séduction... à la malienne. Une façon
intéressante de découvrir le Mali de l’érotisme et du plaisir comme on n’en
parle jamais. En prime, un échantillon de wusulan pour vous permettre de
l’apprécier, grandeur nature, chez vous.
Streiff Gérard
28 rue Peri
94200 Ivry Sur Seine
Tel 01 46 71 12 87

Le flamand rosse

Gérard Streiff

(Polarchives ou Archipolar ?)
Chapitre 1

« Kayes, Diamou »
(ou alterner avec « quand la mer monte » et faire un clin d’oeil au « géant inachevé » de dd – azebrouck)

L’homme, à terre Ratatiné, le géant marmonne dans une langue étrange, on dirait une incantation vaudoue. De sa bouche sort une suite de sons insensés. Il cherche à se réveiller mais l’effort est trop pénible, il y renonce. Ses lèvres découvrent une langue pâle, tremblent un peu, son corps frissonne puis s’immobilise.

« Galougo, Mahina »

Il continue de baragouiner. Impossible de comprendre ce qu’il raconte, c’est comme un chapelet de formules magiques. Va-t-il se mettre à chanter ? Une litanie s’échappe de lui sans qu’il le décide. Sa tête dodeline, à droite, à gauche. Ses yeux clignotent. Il est couché sur le dos à même le sol. En fait, on dirait qu’il est étendu sur une sorte d’échelle, sur des barreaux d’échelle.

« Tioubeta, Oualia »

Il s’ébroue, reprend peu à peu possession de son corps. Il a mal aux épaules, une douleur aigüe, comme si on lui enfonçait une lame dans les omoplates. Ses bras écartés, écartelés le tirent en arrière, bien au dessus de sa tête. Il tente de les bouger, ses poignets restent bloqués, emprisonnés ; c’est à peine si ses mains peuvent palper, de part et d’autre une sorte de barre d’acier. Ses jambes aussi sont prisonnières. Il se contorsionne.

« Fangala, Toukoto »

Il fait chaud. Le soleil est au zénith. Un léger souffle de vent balaie en permanence un brouillard âcre. Des paysans du coin ont l’habitude de brûler les hautes herbes. De la savane carbonisée s’élèvent d’incessants filets de fumée. Le vent n’apaise pas la chaleur. Des particules de poussière se glissent dans le nez de l’homme, dans sa bouche, craquent sous ses dents. Ses yeux se décillent enfin et découvrent un immense ciel gris-bleu. Quelque chose lui enserre le crâne, il ne comprend pas ce que c’est. En fait, on l’a affublé d’un chapeau étroit, conique, en feutre rouge, une sorte de tuyau qui lui donne un air ridicule. Dans un mouvement douloureux, il se tord le cou, regarde ses mains, l’une après l’autre puis dresse en tremblant sa tête, regarde son corps, ses jambes. Il est torse nu, pieds nus également. Et ligoté sur une voie de chemin de fer.

« Boulouli, Kita »

Il rugit, trépigne. Ses pieds bougent un peu ; il insiste, secoue ses jambes comme un fou, sent qu’il arrive à distendre les liens. Il crie, il rit, il pleure. Ses jambes se libèrent. Il les bouge, les déplie, les replie, comme pour vérifier que ça fonctionne, pour se protéger aussi ; son pantalon s’est défait dans ses contorsions, il tirebouchonne, le voici cul nul.
Les voies sont étroites, à l’africaine, un mètre à peine. « Putains de négros ! » râle-t-il. En Europe, on n’aurait pas pu le coincer ainsi. Il trouve l’idée presque drôle, ricane, halète, lève encore ses jambes au ciel ; l’exercice entraîne une douleur fulgurante dans les reins, comme si on lui cisaillait le dos, il se laisse retomber lourdement. Il hurle. Epuisé, il reprend son souffle. Les mains demeurent prisonnières, congestionnées. Il a eu beau secouer la tête, le chapeau tient bon, comme vissé sur lui. Immobile, il finit par entendre un grondement, un peu comme le bruit que ferait un glissement de terrain. Sous lui, ça ronfle, ça grogne. Un fauve ? Non, de l’eau. Il est sur un pont. Il est ligoté sur une voie ferrée qui passe sur un pont. Il n’y a pas 36 ponts dans le coin. On ne doit pas être loin de Bafoulabé, là où le Bafing et le Bakoye se réunissent pour former le fleuve Sénégal. En se martyrisant à nouveau la nuque, il aperçoit le fleuve, tout en bas ; il distingue aussi un bout de rive droite ; une piste en latérite serpente à travers la savane calcinée comme un trait rouge sur un tableau noir, comme une balafre.

« Badinko, Kassaro »

Comment est-il arrivé là ? sa mémoire est confuse. Il était, hier ?, en voiture, avec ce vieux chauffeur qu’il ne connaissait pas, en fait. Boubakar, son employé habituel, s’était excusé au dernier moment, il était retenu par des histoires de famille, prétendait-il, et il lui avait recommandé ce vieil homme. Il serait plus juste de dire qu’il le lui avait imposé. L’ancêtre conduisait bien, le problème n’était pas là, mais lui avait horreur qu’on bouscule ses habitudes. « Putain de négros ! » Et puis ce connard n’arrêtait pas de le fixer dans le rétro, silencieux, appliqué.

« Sébékoro, Nafadji »

Des souvenirs lui revenaient, lentement. On était en fin de journée, le chauffeur lui avait proposé de s’arrêter dans une gargote faite de planches et de tôles devant lequel stationnaient plusieurs semi-remorques. Le car qui faisait la liaison Bamako-Kayes était aussi sur le parking. Sur l’enseigne du routier, on lisait « L’Harmattan », en lettres blanches et légèrement baveuses. Cela faisait une bonne heure qu’ils avaient pris la route. D’où venaient-ils déjà ? Où allaient-ils ? Il ne s’en rappelait plus. Le conducteur – il ne connaissait même pas son nom, ou alors il l’avait oublié - dit qu’il avait une petite faim. Lui l’avait suivi. Il y avait dans l’établissement trois ou quatre longues tables avec des bancs. Ils prirent place sous une télé braillarde qui était branchée sur une chaîne de sport. Il n’avait pas faim, il avait à peine grignoté et bu un thé. Une jeune femme les avait abordés. Elle prétendait avoir loupé sa correspondance et demandait si elle pouvait repartir avec eux. Puis elle disparut, de son champ de vision en tout cas. Le chauffeur avait dû l’éconduire. Peu après, ils étaient retournés tous les deux à la voiture.

« Négala, Dio »

La suite ? Le chauffeur a repris la piste, il faisait déjà nuit, on ne croisait pas grand monde, une ou deux motos peut-être, un camion surchargé, c’était tout. Le vieux continuait de le fixer, obstiné, effronté et lui avait dû s’endormir assez vite. Le loufiat l’avait drogué, c’était clair, il avait sans doute blindé son thé pendant que lui était allé au bar ou aux toilettes... Ce fils de pute !
L’homme recommence à hurler, un beuglement interminable mais personne ne l’entend ; ou plutôt si, quelqu’un l’écoute, un chien, plus bas, sur la rive. L’animal lui répond : en écho à sa plainte, il se met à aboyer à la mort. C’est tout ce qu’il a pu attirer dans ce désert, un chien ! Sa propre voix s’effiloche. Comme PDG pourtant, et PDG colon en terre noire de surcroît, il avait l’habitude de gueuler, contre les noirs surtout, contre les blancs aussi, contre les cadres et les prolos, les fonctionnaires et les planqués, contre Paris ou Bamako ; au fond il gueulait tout le temps et contre tout le monde ; il s’était fait des ennemis partout mais on ne tue pas pour ça, tout de même !

« Kati, Bamako »

Il fait nuit. L’homme a cessé de crier, de gigoter ; il n’a plus de voix de toute façon, ni de forces. Il s’est à moitié démis les épaules à force de gesticuler, ses poignées le brûlent, ses mains sont totalement ankylosées. Il se rappelait qu’il piquait du nez dans la voiture quand le chauffeur, le fixant dans le rétro, lui demanda : « Ça va pas ? » Faux cul ! Il semblait presque guilleret, le con ! Lui était déjà trop groggy pour réagir.
 ?L’homme, soudain, se fige. Sous le coup de l’adrénaline, sans doute, ses neurones se remettent en place à toute vitesse, lui proposent une piste sur le vieux, son attitude, ses mots... Au même moment, il sent un léger tremblement, une vibration de la voie, qui se prolonge en un début de sifflement, de couinement, lequel se transforme vite en un martèlement avant de devenir un infernal bruit de ferraille, comme une caisse à outils qu’on secouerait en tout sens : il arrive ! Pour une fois, le Dakar - Bamako est à l’heure ; et il a fallu que ce soit aujourd’hui. « Putains de négros ! » L’homme en pisse de peur ; il va hurler mais de sa bouche ne sort qu’un souffle ridicule, un silence étranglé. Il met ses dernières forces à bander son torse, à se dresser, se redresser, à faire barrage ; il sent que le lien qui lui entrave la main droite se détend...

Plus tard, Sissoko Touré, conducteur de la loco 3147, sans doute le seul cheminot albinos de la ligne Bamako – Kayes - Dakar, dira qu’on n’avait laissé aucune chance au toubab. D’abord, avec ces locos argentines, on freine moins bien et moins vite qu’avant, du temps des bonnes vieilles CC 6500, les recalés du Paris-Lyon-Marseille qui s’offraient ici une deuxième vie et que lui, vétéran du rail malien, regrettait vivement. Mais ses regrets, la direction n’en n’avait rien à secouer. Or donc la voie à cet endroit était pentue. Sissoko Touré dira ensuite que le pont offrait une assez mauvaise visibilité, le convoi y accédait en sortant d’un long virage, et puis des restes de feux de brousse embrumaient toujours le coin. Jour et nuit. Enfin ce pont lui-même l’inquiétait. Chaque fois qu’il y passait, le conducteur priait le ciel, ses saints et ses marabouts pour que ça tienne ; ce pont n’était plus qu’une dentelle de rouille qui restait plantée là par miracle ou par habitude... Chaque fois, il n’avait rien de plus pressé que d’arriver sur l’autre rive ; enfin, le mot « pressé » était une façon de parler car il ne devait pas rouler alors à plus de 30 kilomètres à l’heure, selon le règlement en vigueur. C’est dire s’il ne pouvait être question de stationner là. Bref le blanc n’avait strictement aucune chance, sauf celle de se voir écrasé à petite vitesse, et ceux qui l’avaient attaché là savaient bien ce qu’ils faisaient.

Sissoko Touré dira encore que c’était fou, le nombre d’images qui lui étaient passés par la tête quand sa loco déboucha sur le pont et qu’il vit dans le faisceau de ses trois phares l’Autre tournicoter. L’espace de quelques secondes, il eut le sentiment que le temps s’était arrêté. D’abord, il n’avait pas cru à ce qu’il voyait, mal : s’agitait sur la voie un animal étrange, inconnu dans la région ; il pensa à un girafon bicéphale égaré, voire à un cyclope fantasque, c’est dire son état de sidération ; puis il réalisa que ce qui lui faisait face, ce qui se dressait devant sa machine était tout simplement un cul, un cul nu et un dos d’homme mais à l’envers, les jambes en l’air, la tête en bas. C’était un peu comme si ce type était tombé du ciel la tête la première pour se planter entre les traverses de la voie. Mais le temps d’apprécier, de comprendre, de s’émouvoir, l’autre, qui venait tout juste de libérer sa main droite et tentait désespérément de sauter hors de la voie, passait sous les roues, autant dire au broyeur.
Quand le train s’immobilisa sur la rive opposée, on récupéra un bout de la victime, tout rapetissé, plaqué sous le huitième et dernier wagon, celui des valises et des marchandises ; cette voiture était un peu plus basse de caisse et sans doute ceci expliquait cela ; on pensa que le reste du corps avait fini dans le gouffre du fleuve Sénégal mais des cheminots, un peu plus tard, retrouvèrent, au milieu du pont, dans une petite cavité entre deux traverses, la tête du bonhomme, tranchée net, proprement décapité par le chasse-pierres. La face empoussiérée était toujours surmontée d’un chapeau de feutre rouge qui racontait une drôle d’histoire.

Chapitre 2
Paris, samedi

refaire
re expliquer un peu leur rapports
elle journaliste prométhée
lui bibliothécaire

chloé arrive resto
antoine avec black

elle connaît tiecoura

En arrivant devant la ?brasserie « Au pied de porc à la Sainte-Scolasse », antoine antoine flashe sur la voiture officielle mal garée sur le bateau, face au rade. Il ne voit même que ça. C’est un véhicule d’ambassade, avec un petit drapeau à bandes verticales verte, jaune, rouge sur l’aile avant-droite de la limousine. antoine adolescent s’amusait à apprendre par coeur les étendards de tous les pays-unissez-vous qui s’alignaient en ouverture de son dictionnaire mais c’était de l’histoire ancienne. A voir la tête du chauffeur qui s’en grille une sur le trottoir, il penche pour l’Afrique. Mais il y a plus de cinquante pays en Afrique, il n’est guère plus avancé. Sans très bien savoir pourquoi, il sent l’embrouille. Par réflexe il contourne le bistrot, il reviendra plus tard. Mais, sorti sur le pas de porte, Gérard, avec l’air de celui qui se mêle de ce qui ne le regarde pas, tonitrue : « antoine, c’est pour toi ! »
Merci l’ami, se dit le susnommé, pénétrant dans le troquet avec l’enthousiasme du batelier de la Volga qui tirerait sa péniche.

Un grand noir élégant, un brin maniéré, lui dit d’une voix douce :
« Mr antoine ?
« Vous êtes ?
« Monsieur Honoré.
« Mais encore ?
« Monsieur Honoré, cela suffira, si vous le voulez bien ; je viens de la part de Tiecoura Traore, le docteur Tiecoura.

Tiecoura... antoine l’a croisé, la première fois, à un salon du livre, à Arras. Le courant est bien passé entre eux. Un polyvalent, ce Tiecoura, cheminot malien mais aussi « docteur » - il est bardé de diplômes-, altermondialiste par conviction, cinéaste par goût, paysan pour survivre, écolo par éthique... L’homme est curieux de tout. Quand ils s’étaient revus, à Paris, il se passionnait alors pour l’élevage des abeilles...
Le antoine se souvient d’interminables discussions sur « sa » ligne de chemin de fer Dakar-Bamako qui connaissait quelques déboires. antoine s’est promis de l’emprunter un jour ; car il aime le train, le grand, « c’est génétique » selon chloé. Tous les trains de toutes les époques, les vieilles locos genre Atlantic, les voitures Pullmann, sans parler des gares et des chefs de gare, tout le bréviaire du ferroviaire.

« Il y a un blème ?
« Tiecoura est en prison.
« Pourquoi ?
« Pour meurtre.
« Carrément !
« C’est sérieux, il est accusé d’avoir tué le PDG de Transfer.
« Transfer ?
« La société privée qui gère à présent le train Dakar-Bamako.
« Comment c’est arrivé ?
« Il aurait fait passer son patron sous un convoi.
« Quand ?
« Lundi, enfin dans la nuit de lundi à mardi. Tiecoura a été arrêté avant-hier.
« Il est où ?
« Le patron ?
« Non, Tiecoura.
« A Kayes.
« C’est où ça ?
« C’est vrai que c’est la brousse pour vous...

Honoré prend la mouche, le antoine calme le jeu :
« Désolé mais je ne connais pas votre pays, c’est tout...

Kayes est la dernière ville en territoire malien sur ligne Bamako- Dakar.
Surnommée « cocotte-minute », c’est la cité la plus chaude d’Afrique, avec Djibouti.
Elle a eu son heure de gloire, ajoute le fringant diplomate, durant la guerre : tout près, à médine, la Banque de France y a expatrié son or, caché dans les caves d’immeubles, en face de la gare.
« Beau casse en perspective.
« L’argent est rentré à Paris depuis longtemps.
« Beau sujet de roman, alors.

Une bronca, venue ? du bar, agite soudain le bistrot. Vlad vient de tomber sur un articulet du Parisien, vantant les vertus du vin rouge pour combattre la crise cardiaque et il lit aussitôt le papier à haute voix. Des sarcasmes divers accompagnent son exposé. Vlad tient bon :
« … on savait que les polyphénols du vin avaient un effet vasodilatateur... »
Ça, on savait en effet, opinent les clients.
« ...attendez... via la production de monoxyde d’azote par les cellules endothéliales. Or, maintenant on sait aussi... »
Là, il fait une pause, ménage ses effets. Miracle : les pochetrons ? du comptoir font silence :
« or donc, on sait aussi que cet effet vasodilatateur met en jeu un récepteur aux oestrogènes des cellules endothéliales. »
« Fastoche » laisse tomber un des clients.
« Et la bière ? On dit rien de la bière ? » demande son voisin.
Gérard siffle la fin de la récré. Il fait taire la petite classe, avec des mouvements de menton vers la table du antoine et de son partenaire ; le bistrotier se donne des airs de sherpa couvant les ultimes négociations du G20. Maria, dans l’encadrement de la porte de la cuisine, soutient les efforts de son homme, en jetant des regards furibards vers les derniers bavards.

A antoine, très racinien, qui lui demande :« Mais pourquoi vous ? Et pourquoi moi ? », le chargé de mission murmure :
« Ce n’est pas une démarche officielle ; l’ambassadeur ne sait pas que je suis ici. On a été très proches, Tiecoura et moi, dans un autre temps et dans un autre Mali. Mon pays a changé, comme tout le monde, mais on a toujours gardé le contact. J’ai reçu un mail de lui hier ; il pense que vous êtes le seul à pouvoir le sortir de ce mauvais pas.
« Trop d’honneur.

Le antoine ne peut pas, ne veut pas se débiner ; il a l’impression d’entendre la voix calme et rocailleuse de Tiecoura qui l’appelle à l’aide ; pourtant il est à peine remis de ses dernières émotions (évoquer le récit qui précède ?).
Honoré glisse vers lui une enveloppe :
« Voici deux billets Aller/Retour Paris-Bamako.
« Attendez, j’ai pas encore dit... Et puis pourquoi deux ?
« Je crois savoir que vous rentrez d’un long périple ? Et vous risquez un problème avec Madame chloé si vous repartez tout de suite.
« Vous en savez des choses !
« Je me renseigne, c’est normal. Bref, le plus simple, c’est que vous repartiez avec elle.
« Avec chloé ? Alors, là, je ne sais pas si elle marchera.
« Elle m’a dit oui !
« Ha bon ! Elle est OK ? De mieux en mieux. Et pour les visas ?
« À l’aéroport. Ils vous attendent au guichet d’embarquement. Demain, vers midi.
« Vous pensez à tout, monsieur Honoré.

Chapitre 3
Bamako, dimanche

« Quoi ? vous n’avez pas de vaccin contre la fièvre jaune ? »
L’ample douanier, boudiné dans sa chemisette bleu ciel, surjoue l’indignation. Les lumières crues des néons de l’aéroport international de Bamako (?) donnent à la salle d’arrivée un air austère. Le antoine tombe des nues. Honoré ne lui a rien dit sur la fièvre, jaune ou pas ; le diplomate n’est donc pas aussi pro que ça, finalement ; le séjour malien commence bien. chloé connaît le même sort.
« Je garde vos passeports, désolé ! Allez chercher vos bagages, on verra après. »
Après avoir récupéré les sacs, le couple retourne à la guérite du douanier bleu ; celui-ci les présente à un homme sans âge, entre l’ado et le quinqua, en longue blouse blanche, genre apothicaire neurasthénique. L’infirmier les fait entrer dans un minuscule bureau où ils tiennent à peine ensemble, eux debout, face au praticien derrière sa tablette.

« Vous vous êtes fait piquer quand ? » dit-il d’un ton neutre.
chloé commence à argumenter, « Justement, monsieur le docteur, c’est bien le problème... », quand le antoine saisit le regard de l’homme noir en blanc. Sourd au discours de la antoinette, ce dernier répète :
« Vous vous êtes fait piquer quand ? »
Et le antoine, aussi sec :
« Hier, hier matin !
chloé sursaute mais l’autre sort illico d’un tiroir un carnet de vaccination standard et inscrit la date :
« Hier, on était samedi, samedi 9 ?
« C’est cela même.
« Chez qui ?
« Le docteur Gérard de la Sainte Scolasse. Avec deux s à Scolasse.
Le nom est aussitôt porté à côté de la date. chloé fait la moue mais déjà apparaît dans la main du toubib un tampon aux normes universelles qui vient frapper de légalité le document.
« Et madame ?
« Même chose !
Rebelotte et le placide tamponneur leur tend les deux certificats :
« Ça fait deux fois vingt euros. »
Le antoine s’exécute puis tous deux s’extraient du bureau-armoire après une gymnastique compliquée because les sacs boursouflés ; ils récupèrent les passeports et, ainsi normalisés, sortent tout sourire de l’aéroport.
Une vague moite les enveloppe. La nuit est tombée. Un public, curieux et nombreux, est maintenu à distance, familles venues chercher les siens, vendeurs à la sauvette, vrais mendiants et faux agents de change, flics et employés, chauffeurs de taxis et des gamins, partout, des ribambelles de mômes, ados, minots ou presque bébés. Avant de plonger dans cette humanité insistante, le couple s’offre une pause.
Autour d’eux, chaque rencontre donne lieu à d’interminables salutations qui s’échangent très vite ; le cérémonial des salamaleks se passe toujours à peu près ainsi :
« Bonjour !
« Bonjour !
« Ça va ?
« Ça va, merci !
« La famille ?
« Ça va !
« La santé ?
« Ça va !
« Les enfants ?
« Ça va !
« L’école ?
« Ça va !
« Les parents ?
« Ça va !
« Le travail ?
« Ça va !
« La maison ?
« Ça va !
« Le grand père ?
« Ça va !
« Le cousin ?
« Ça va !
« Ça va ?
« Ça va !

Le jeu consiste à se répondre à la même cadence, dans une sorte de ping-pong de politesse, de joute courtoise, de rap de bienvenue, de chapelet de bonjours. Un vrai métronome. Après une courte pause, ça peut rebondir, entre les mêmes, et toujours à la même vitesse. Le antoine se dit que, dans ce pays de polygames, les salutations peuvent être sans fin :

« Alors ça va ?
« Ça va !
« Ta femme ?
« Laquelle ?
« La première !
« Ça va !
« La deuxième ?
« Ça va !
« La troisième ?
« Ça va !

Il trouve ça épatant, il a presque envie d’y jouer avec chloé ; il pense aux salutations, pas à la polygamie. Puis ils entrent dans une foule aussi dense que sur un quai de métro, ligne 13, du côté de St Lazare, en début de journée, quand une voix les surprend :
« Monsieur antoine ? Monsieur et Madame antoine ? »
Un visage rond, souriant, noir piqué de poils blancs, cheveux frisés, courts, sourcils en accents circonflexes, moustaches en croc, s’adresse à eux ; il se présente :
« Mohamed Tabouré, dit Momo ; je suis un ami de Tiecoura, je vous attendais. »
Il étaient partis si vite de Paris qu’ils ne disposaient d’aucune indication précise sinon qu’il fallait rejoindre Kayes pour y retrouver leur ami en prison ; il y avait juste un train à prendre, ça ne devait pas être sorcier. N’empêche, Momo tombe bien.

Le antoine et chloé se laissent faire. On passe au tutoiement. « Ça va ? » « Ça va ! » « La santé ? » « Ça va »... Il y a plusieurs barrières à passer, plusieurs tickets à donner, des codes à connaître avant que le véhicule de Momo sorte du parking. Le long du chemin, l’éclairage public est chiche, laissant vite deviner une interminable succession de constructions inachevées, maisons basses en dur et cahutes trapues, bricolées en bois et en tôle, devant lesquelles des ombres prennent le thé. Autour de camping-gaz, des commerçants attendent un improbable chaland, des animaux, des chèvres broutent le tout venant, ordures, cartons, sacs plastiques et mâchent sans entrain. Il fait nuit noire mais tout ce monde donne l’impression de vouloir rester sur place, d’attendre que ça passe, dans une sorte de statu quo avant une nouvelle journée de galère.

Momo, affuté, plaisante, prend des nouvelles du Polikarpov. « L’était pas au point pour ce genre de périple ? » antoine lui raconte leur voyage. Dans l’avion de ligne, il était assis côté d’un CNRS qui terminait une thèse sur la bière de mil, le dolo. « Je pouvais pas mieux tomber. » Il sait tout sur ce dolo, fait surtout chez les Dogon, et qui ressemble un peu au cidre. Il la ramène même :
« Les bobo aussi font du dolo, le tiapalo ! »
Momo apprécie.
Mais avant le CNRS, il y a eu les CRS, le décollage en a été contrarié. Le couple a été témoin d’une tentative de rapatriement forcé d’un sans-papier par deux jeunes flics cyniques ; l’affaire a presque viré au pugilat, l’équipage s’est opposé à la manoeuvre, antoine et chloé itou. Les pandores ont menacé tout récalcitrant non seulement de rester sur le tarmac mais de finir au poste ! Le voyage a failli s’arrêter à Paris. Le ton est monté, le « clandestin » a profité de la dispute pour s’éclipser, provoquant une course poursuite bruyante dans les passerelles, couloirs et autres sas de l’aéroport. Peu après, le capitaine a fait savoir que l’avion avait déjà du retard, qu’il n’était pas question d’attendre encore, on est parti sans les flics et leur « invité ».

Momo a été prévenu de leur venue par Honoré. Lui-même n’a pas vraiment de nouvelles fraiches de Tiecoura. Journaliste, le jour, au « Canard déchaîné », il est musicien la nuit, enfin certaines nuits, par plaisir, et pour crouter aussi ; il joue notamment le week-end dans un « maquis », c’est ainsi qu’on appelle les bars-restaurants-dancings. Sa boîte se nomme « La bolché vita ».

« On y va ! sourit leur chauffeur, vous verrez, je chante, je joue un peu, de la musique cubaine, du blues mandingue. Vous connaissez le mandingue, j’espère ? Ali Farka Touré ? Non ? Amadou et Mariam, alors ? Non plus ? Ils sont pourtant fameux chez vous aussi ! Et Kar Kar ?... Hou la, il va falloir faire votre éducation, les amis ! »

Ils longent bientôt sur les bas-côtés de la route d’immenses fresques très réalisme-socialiste, passent le pont du roi Fahd sur le Niger et arrivent dans le quartier du fleuve. « On y est ! » La rue du Blabla, où les voitures bouchonnent, est bordée de bars aux devantures décorées de guirlandes de lumières comme si on était à Noël. Entre deux boutiques, ils passent une porte, empruntent un long corridor d’entrée où s’alignent des têtes de (vrais-faux) colons empaillés, un militaire, un missionnaire, un banquier ; débouchent sur la salle de restaurant, à ciel ouvert ; elle forme un amphithéâtre qui descend vers une piste de danse et une estrade pour l’orchestre. La salle en train de se remplir.
« Installez vous, mangez, buvez, je dois travailler, un peu, et je reviens »
Au micro, il dédicace aussitôt sa première chanson « à mes amis chloé et antoine, tout juste arrivés de France » et interprète « Commandante Che Guevara ! »
Séquence émotion. Et premier repas local. Du poisson, du capitaine fumé avec du riz à la sauce arachide. antoine teste la bière locale, compare la Flag, la Beaufort, la Castel, choisis finalement de poursuivre avec cette dernière, une belle blonde. Il avait bien demandé de la « dolo » mais en vain.

Plusieurs canettes plus tard, un gros type lunetté et souriant invite chloé à danser ; elle se laisse faire, minaude un peu ; le gaillard glisse sur la piste avec la souplesse d’un vieux rat du Bolchoï et sa partenaire ronronne de plaisir en lui collant au train. Ça se frôle, se contourne, se touche, s’éloigne, s’effleure à nouveau, de vrais pros ! Un moment seule, la compagne du géant, une longue noire élégante, tailleur sombre et strict, escarpins discrets, un petit côté secrétaire perverse, vient à son tour inviter le antoine ; elle ne dit pas un mot, se contente de lui tendre les bras en souriant ; il tente de se défiler, fait le pitre, gesticule, bredouille des excuses mais l’autre reste plantée devant lui, prête à tenir le siège ; il capitule au moment où l’orchestre entame un blues qui s’avère interminable ; on a réduit les lumières au strict minimum. La fille, look d’intello, plutôt sobre, pas de bijoux ou presque, irradie un parfum camphré absolument déroutant. Elle continue de sourire, imperturbable. antoine pense que c’est à cause de sa propre maladresse mais la dame semble goguenarde de nature. Bizarrement, ce détachement lui plaît. Le slow s’éternise, le couple n’échange pas le moindre mot.

Au milieu de la nuit, Momo réussit à s’éclipser ; il conduit ses invités à l’hôtel, près de la gare, en traversant le centre ville. Les rues sont encore bondées.
Ici possible description surracumulée donnant à voir vitalité
Une noria de motos de marque chinoise s’agglutine à chaque carrefour avant de s’éparpiller au feu vert. Un préservatif, gonflé comme un jambon de Bayonne, est accroché au pare-choc arrière d’un bus et virevolte dans l’indifférence générale. Sur les trottoirs, des gens assis sur des sacs ou accroupis tentent encore de vendre un peu de tout, shampoing ou café, fruits ou ustensiles de cuisine, fausse Nike ou bananes frites, cigarettes au détail ou moumoute pour volant de voiture, des cachets et autres médocs périmés. « De la médecine par terre, comme on dit ! Fait remarquer Momo. Je vous déconseille d’y toucher ! »
A croire que la ville entière commerce
dans échoppes minuscules, coiffeur côtoie forgeron, le restaurateur ou fripier ?
momo aide ses invités à changer de l’argent chez un marchand libanais ; apparemment l’oriental fait dans le sanitaire ; ses baignoires, bidets et autres carrelages occupent deux étages d’un grand immeuble en coin mais, dans son bureau, il joue aussi au banquier. C’est en quittant son magasin, gardé comme un château-fort, que chloé fait remarquer que leur voiture est suivie, par une moto, depuis le départ du maquis.

Chapitre 4
Bamako, dimanche

« Des motos ? Mais il n’y a que ça, rigole le antoine, en repensant à un antique sketch de Fernand Reynaud. chloé insiste et désigne un jeune (deux si on ajoute macky ?) homme monté sur une « Jakarta », une Vespa gris métallisé, non loin d’eux (autre ?). Chemise blanche ouverte sur un torse nu et turban indigo à la touareg, il est repérable, à croire qu’il le fait exprès.
« Porte pas de casque ! S’étonne chloé, soudain à cheval sur le code de la route.
− Z’aviez pas remarqué ? personne n’en porte ici !
− Vrai de vrai ?
− Absolument. Paraît que ça déforme la coiffure ?!
− Tu rigoles ?
− Hélas, non. Résultat : les mômes tombent comme des mouches ! »

Un instant, ils stoppent devant la statue de l’armée noire, face au musée ; le mémorial représente un groupe solidaire de cinq soldats, noirs, combattants de 14/18. « La réplique de ce monument existait à Reims » Dit Momo. Ses invités l’ignoraient. « Les nazis l’ont détruite en 40. Supportaient pas ces poilus noirs ! Ça les démangeait trop ! Z’aiment pas la couleur, les fachos ?! »

Un groupe d’enfants, des minots, s’approche d’eux, chahute. Celui qui se donne des airs de chef est borgne, l’oeil gauche est mort, blanc.
antoine croit avoir vu su moto de enturbanné
« Pas au lit à cette heure ? Tente-t-il, en père fouettard.
- Déjà à l’aéroport, y avait des mômes partout, fait remarquer ? chloé.
Selon Momo, la ville abrite une armée de gamins à l’abandon :
- Sont sans abri. Ils squattent, bricolent, chapardent, survivent.

chloé, le temps de prendre une photo de la statue, pose son sac à dos. Les mômes l’entourent. Un vendeur de montres passe par là. « Toubab, achète moi une montre... » dit le borgne. « T’habite Paris ? Amène moi avec toi là bas ! » ajoute une fillette en direction de chloé. La « Jakarta »de l’enturbané refit son apparition. Elle s’approche sans gêne de l’attroupement, le frôle et s’éclipse en pétaradant. Tout le groupe alors se disloque, chacun part de son côté, disparaît. Le sac de chloé aussi. Avec tous les papiers, le passeport, l’argent, le billet retour, leurs deux portables (?) et le dernier roman de Noël Simsolo. chloé panique, antoine et Momo se regardent et se mettent en chasse des gamins.

On course les gamins, détailler un peu
en vain. Ils se sont évanouis, comme la moto, et le vendeur de montres.

bienvenue à bamako ! Au fait vous savez ce que ça veut dire, bamako ? Le marigot du caïman
Momo conduit ses hôtes à « l’Hôtel du buffet de la gare ». La gare, justement, est un majestueux bâtiment en pierres de taille rouges ; au fronton est inscrit, en lettres d’or, Dakar-Niger. L’immeuble est éteint, la palais est désert ; dirait qu’elle n’est pas à sa place. Des groupes, notamment d’enfants mais différents de ceux de ?, des familles dorment sur les trottoirs environnants.
« Avant, on se bousculait ici, en permanence, de jour comme de nuit et à longueur d’année, toute une foule de cheminots, de paysans venus en ville, de marchands et de voleurs s’y côtoyait.
- Avant ?
- Avant la privatisation, quand le trafic voyageur fonctionnait correctement. Ce que vous voyez là n’est qu’un pauvre vestige de la splendeur passée !

Devant le portail de l’hôtel stationne un jeune gardien ; il les invite à passer dans une cour ; à gauche de l’entrée, jouxtant le bâtiment de la gare, un restaurant, vide ; plus loin, un patio, qui a dû être une ancienne piste de danse ; des gens, des employés sans doute, y dorment à la belle étoile, allongés sur le sol.

Remarquez, ajoute momo, on se bousculait aussi ici, dans cet hôtel
Vous ne savez pas, je parie, que c’est au buffet hôtel de la gare que salif keita – voyez qui c’est tout de même- ils opinent, penauds- donc ici que keita a fait ses débuts de musicien, à 20 ans, dans un orchestre connu sous nom de « rail band » ; on était 1969 !
silence
Le trio fait le point. chloé est contrainte de rester à Bamako et passer à l’ambassade, pour signaler le vol, refaire des papiers provisoires ; ces démarches peuvent prendre quelques jours ; il est exclu qu’elle se rende à Kayes. Pour Momo, ce n’est pas plus mal, ce voyage n’est pas de tout repos.
« Je vais m’occuper de toi. »
Le antoine fait mine de grimacer.

La chambre de chloé et du antoine est au premier étage d’un petit immeuble au fond de la cour. Elle est sobre, le lit est vaste, les meubles improbables, le sol carrelé est inégal ; la salle d’eau semble figée, comme si un événement s’était passé là, il y a longtemps, dans un temps entre les temps. L’ensemble est propre et désuet. Une lucarne, qui s’ouvre mal, donne sur les voies et des luminaires orangées ; on entend, au loin, une loco à la manoeuvre. Il fait presque frais dans la chambre mais la climatisation fait un boucan d’enfer ; un gros moteur, dans le couloir, alimente le courant d’air froid ; c’est efficace mais cela fait un tel vacarme qu’on a l’impression de dormir dans le ventre d’une énorme turbine. Le antoine tente de faire avec, se bouche les pavillons avec du papier mâché mais, vaincu par le bruit, il finit par descendre voir le gardien pour arrêter la machine infernale. Plus tard, il rêve qu’il est dans le parc d’un hôpital ; il découvre, atterré, dans le reflet d’une vitre, qu’il a le teint d’un vieux citron ; une rangée de poilus, noirs, en longues capotes militaires et casqués, assis sur un banc, rient de lui car il a la fièvre jaune.
Chapitre 5
Bamako, lundi

Pour antoine, la nuit a été courte, entre le fracas des ventilateurs, l’attaque des moustiques et ses penchants insomniaques. Bref il se lève à cinq heures du matin. chloé dort encore. Des filaments de jour se pointent à peine. Il fait déjà chaud. Dans la cour de l’hôtel, un vieil homme maigre, flottant dans un boubou fatigué, vient de finir sa prière et range son tapis. Ce fantôme, souriant et édenté, aborde le antoine avec un évident plaisir :
« Tiecoura, ça c’est un Monsieur ! »
Il sait manifestement que antoine antoine est là pour tenter d’aider ce dernier, sinon pourquoi lui aurait-il dit cela ? Le vieux ajoute simplement :
« C’est bien, ce que tu fais ! »
Le antoine ne fait pas de commentaire, il sent que les informations ici circulent selon des voies originales et impénétrables. Et le tutoiement ne lui déplaît pas.
L’ancien continue :
« Diop dit Diop le fou ou Diop le malin ou Diop le fauché, tu choisis ! »
Dans la foulée, il lui tape 500 FCFA pour s’offrir des brochettes au marché en face de la gare. Le antoine préfère un petit déjeuner classique, café en poudre, brioches, confiture, au restaurant de l’hôtel qui ouvre ses portes. Il retrouve peu après Diop dans la cour. Le jour s’est levé, les ? Qui dormaient ? Ont disparu. L’aïeul lui demande s’il attend quelqu’un ; il a remarqué devant l’hôtel un jeune homme en moto, qu’il n’a pas l’habitude de croiser là ; or diop connaît la moitié de Bamako.
« Avec un turban bleu ?
« Exact !
Le temps de rejoindre l’entrée, l’enturbanné a disparu.

diop a envie de palabrer, ? Se laisse faire. Il regarde la tenue débraillée de antoine et sa propre vêtement ?.
« Tu sais, ici, si tu ne portes pas un grand et beau boubou, tu n’es pas considéré, c’est dommage, non ? »
(boubou fait pas le moine)
ancien se présente ; il fait partie des 600 cheminots licenciés, il dit « déflatés », en 2003 par le nouveau propriétaire privé (la société ?) ; il vit toujours près de la gare ; les trains sont sa seule famille ; chaque matin, à heure fixe, alors qu’il a été viré comme un malpropre et que la gare peut rester déserte des jours entiers, faute de trafic voyageurs, il vient ouvrir la grille d’accès pour les passagers, balaye le grand hall, bichonne les trois guichets de caisse, en fait de minuscules ouvertures dans un immense mur carrelé, permettant juste de passer la main pour échanger argent et billet. Chaque soir, Diop ferme les portes qu’il a été parfois le seul de la journée à franchir.

Il raconte l’histoire du train. Sa construction a été une affaire de militaires et de gros sous mais la ligne apporta la vie aux villages, du travail aux artisans, des affaires aux commerçants, elle organisa le pays « comme une colonne vertébrale ». Les gens en étaient fiers ; et les cheminots constituèrent une élite ouvrière, combattive : ils firent grève en 1947, « la première grande grève africaine, tu sais ça, toubab ? »

une grève dure
« t’as pas lu « Les bouts de bois du Bon Dieu » de Sembene Ousmane ?

«  ?!
« Ça parle de ça... (out si plus loin>film)

Mais le titre de gloire de diop, son bâton de maréchal, son « opus magnum », c’est sa rencontre, à la gare, quand il était encore apprenti, avec le Che ! En personne. Le Che Guevara en chair et en os. L’argentin avait de bons rapports avec le président malien de l’époque ; il était venu à Bamako, avait rencontré les cheminots, notamment ; ce déplacement avait fait fantasmer les voisins sénégalais ; ils imaginaient déjà la révolution s’exportant via le train bourré de guérilleros et ils menacèrent de fermer la ligne ; une sacrée visite, qui fit du binz mais les choses ne sont pas allées plus loin. En tout cas pas jusqu’à la Révolution.

tu t’appelles comment, au fait ?
« antoine
« ça me dit rien, antoine ; je vais t’appeler Camara, t’es d’accord ?
« si tu veux

« Camara, viens voir ! »
Il lui fait visiter la gare et ses dépendances ; le site occupe, dans le centre ville, un immense territoire fait de bureaux, d’ateliers de construction, de réparation, d’entretien, de petites maisons cheminotes aussi. Des hectares de terrain à présent désaffectés. Pour l’essentiel, le lieu est vide, déserté, un vrai crève-coeur. Restent deux ou trois annexes commerciales mais ce qui a dû être une vraie ville dans la ville, toute dédiée au train, est à l’abandon ; les bâtiments sont squattés par des familles misérables, des marchands de bois encombrent les voies avec des amas de troncs d’arbres ; des carcasses de wagons finissent de se déglinguer ici ou là... Diop fait un peu le pitre pour parler de « sa » ville mais on le sent meurtri.
« Camara, un ami de Tiécoura » : chaque fois, auprès d’anciens, de rares cheminots qui passent par là, de syndicalistes, cette présentation fonctionne comme un sésame ! ? Et les gens se confient, disent leur rage de voir le site ainsi saboté.

La matinée se passe longue déambulation nostalgique
au retour, Diop presse le pas quand ils longent les toilettes de la gare ; le lieu est « hanté » dit-il. Devant l’insistance du antoine, il bredouille quelques mots : suicide, toubab, il y a longtemps... Puis il se tait, pour de bon.

Chapitre 6
Bamako, lundi

chloé a passé la matinée à l’ambassade pour sa déclaration de vol des papiers, l’obtention de documents provisoires. A son réveil, le antoine est parti ; elle ne compte pas le revoir de sitôt, il a un train vers midi pour Kayes.
Elle déjeune avec momo
faire connaissance ; veuf ; trouve que son ex presque même nom que chloé (Cerise ? Cyril)
charme, musique

l’invite chez amie fatou, coiffeuse, quartier badialan, près stade konate ?
(batik ?), boubou ?
échange de techniques, s’initie aux coiffures de fiancée, de mariée, de courtisable, de deuil, apprend les noms ? mèches de faux cheveux, synthétiques, naturels, tresses, perruques ; elle lit et rit de l’article de « l’essor » (du 13 aout) sur l’infidélité des femmes au mali, la polygamie
« tu te bamakises vite ! S’amuse momo

dans courant de l’après-midi, la rue du salon de coiffure connaît une tension inhabituelle ; un rassemblement islamique prévu au stade ; passent bientôt des cortèges du « conseil islamique » qui se rendent au meeting ; remontés contre le nouveau code de la famille ; le maudire, insulte au Coran ; une banderole clame : « la civilisation occidentale est un péché » ; une autre dit « non à ce code qui divise les maliens ».

« C’est une colère de machos ! peste fatou ; le code prévoit le mariage des filles à 18 ans alors que la coutume permet de les épouser dès leur 13 ans !

Ils bavardent, fatou, momo et chloé quand soudain cette dernière repère, sur les abords de la manif, le jeune borgne de la veille
et sa copine mendiante ;
Le musicien précipite sur adolescent. Pris au dépourvu, l’enfant est cette fois facile à saisir. Dans cette rue traversée à présent par une foule enfiévrée, l’altercation passe complètement inaperçue. Seule une fillette, qui accompagnait le garçon, refuse de le laisser partir seul et le suit, docile. Dans salon, Momo fait présentation : macky le lynx ( UN oeil de lynx) et la fille ne semble pas autre nom que « bic rouge »

vers piste disparition d’enfants ? Trafic d’enfants ?
 ? délires des mômes> se prostituer pour une Jakarta ; économiser pour passer en europe ; le terrorisme

où est le sac ? Quel sac ? puis avouent>
trouver argument qui les fait « fondre »
la fille qui donne la première ?
Elle, bic rouge, a fui l’école où peut d’être lutiné
lui, macky le lynx, enlevé à sa famille, jamais retrouvé, pour être vendu ? Sait pas, réussi s’échapper
ils vivent squat d’enfants, près mosquée ; en fait ils survivent en pratiquant des petits boulots ; temps en temps, ils travaillent pour un faux marabout « s’appelle ?
Oumar
oumar comment
oumar keita
« le type à la jakarta ? au turban bleu ?
Bingo. l’homme contrôle colonie d’enfants, exploite une petite cour des miracles avec faux estropiés, vrais mendiants et co ; exhibe des jumeaux, on se croirait « opéra de quat’sous », version malienne ; c’est lui qui a le sac

où ? à cette heure ? Mais à telle heure, on pourra lui mettre main dessus, le plus souvent, seul

en attendant, chloé fait parler mômes
ils offrent leurs services au tout venant, pas vraiment délinquants, toujours limite ; cocus ou inquiets nombreux, confient surveillance de leurs femmes aux gamins
« vraiment ?
« vraiment !
la veille encore, devaient espionner la femme d’un mari soupçonneux ; celui-ci, marchand, avait fait mine de partir en province, s’est terré en fait dans un maquis de capitale ; enfants ont pisté la femme, vite repéré la venue d’un jeune amant et préviennent le cornu> revenu en pleine nuit ; amants chambre, enfermés ; il est passé par le toit, cinéma ! Pas encore payés pour surveillance

+d’autres anecdotes genre DECAMERON

on rit
« et moi je peux vous employer pour retrouver mon sac ?
mômes gênés ; c’est notre chef
tendre un piège ?

chloé et son désir d’enfants ?

Chapitre 7
Lundi soir

Le train a bien une demi-journée de retard, un détail. Le départ était prévu à midi, il est près de vingt et une heures. Veut prévenir chloé quand il se souvient seul portable dont il disposait était dans sac qu’ils se sont faits chouraver.
La nuit est tombée ; les voyageurs commencent juste à s’installer. Les horaires, c’est vrai, sont inscrits à la craie sur de petites ardoises à l’entrée de la gare ; la méthode, flexible, s’adapte mieux à la souplesse du timing, et à l’improvisation ambiante.

A la mi-journée, Diop avait accompagné « Camara » jusqu’au train pour Kayes. Commença une interminable attente. D’heure en heure, le moment du départ était repoussé. Son cornac, avant de s’éclipser, le présenta aux gens du train, si bien qu’il finit par connaître tous les employés des différents wagons et il eut tout loisir d’inspecter les voitures. Il était un peu déçu mais se garda bien de le montrer. Il s’était laissé dire que c’était le Mistral qui faisait la ligne Dakar-Bamako. Le Mistral ?! L’ancien PLM, Paris-Lyon-Marseille, avec sa loco au blason rouge sur le ventre, une CC 6500 sans doute, et ses voitures aux portières automatiques, aux stores électriques, son couloir latéral donnant sur un alignement de fenêtres, ses compartiments de huit places en carré, ses sièges rebondis couleur vert sombre, parfois éventrés mais toujours surmontés, entre le filet et le porte-bagage, des fameuses photos noir et blanc, dans leur cadre de fer, des châteaux de la Loire ou du Mont St Michel ; des clichés d’Azay le Rideau, de Chenonceau ou de Chambord en pleine savane, ça devait valoir le déplacement ! Le antoine se demandait ce qu’un paysan peul allant vendre ses arachides au marché voisin avait bien pu penser de ces « maisons » françaises ? Séquence nostalgie. antoine avait fréquenté dans sa jeunesse ce train mythique pour descendre sur la Côte d’Azur et quand il lui arrivait de visionner de vieux films, comme « La mariée était en noir » de Truffaut, où Jeanne Moreau traversait furtivement son vieux Mistral, il s’offrait un arrêt sur image. Mais même ici, le PLM avait fait son temps. Les voitures à présent venaient d’Inde, trapues, fonctionnelles, « modernes » ; le compartiment offrait deux rangées de sièges, en skaï bleu-nuit, avec un couloir central, une cinquantaine de places au total, une batterie de ventilateurs au plafond ; on avait heureusement retiré les barreaux des fenêtres ; la loco, elle, était argentine ; à l’évidence, c’était du matériel d’occasion qui entamait ici une deuxième vie.

Vers 21h, donc, le départ semble s’annoncer. Dans le wagon prennent place des couples, des familles retournant au village, des bana-bana, commerçantes avec des grappes d’arrosoirs ou des sacs d’agrumes ; l’une tient un coq par une ficelle à la patte ; la plupart des passagers sont en boubou ; les femme portent des batik savamment entortillés autour de la tête. Les vêtements sont dans des couleurs pétantes, jaune citron, vert vif, violet.
Vers l’entrée du wagon, un petit mouvement de foule marque l’arrivée d’un notable. Arrive un quinqua, chauve, le teint mat, petites lunettes rondes, un visage à la Gandhi, habillé à l’européenne, un costume fripé couleur sable. Sa place se trouve à quelques rangées de celle du antoine. Avant de s’installer, il vient cérémonieusement lui serrer la main :
« Monsieur le antoine, je présume ? »
Ce dernier se dit que décidément tout le monde le connait à Bamako. Il ne sait pas s’il doit s’en féliciter ou s’en inquiéter.
« Monsieur le antoine, j’ai bien entendu parler de vous. Je savais que vous étiez arrivé au pays, soyez le bienvenu ! Mes « oreilles » m’ont assuré qu’on serait dans la même voiture, elle ne se sont pas trompées... Commissaire Papa Séga, celui que les journalistes, vous savez comment ils sont, surnomment l’épervier du mangrove ! Appelez moi papa, ça ira !

antoine songe in petto à cette vieille blague idiote du missionnaire débarquant sur une plage d’Afrique, justement. Salué par un enfant qui l’appelait le monsieur-en-robe, il dit : Appelle moi « Mon père ». Et de gamin de répondre : C’est maman qui va être contente, elle pensait que tu ne reviendrais jamais !

Indifférent à la rêverie du ?, le commissaire présente son aide :
« issiaka dembelé, le meilleur élément de ma brigade des recherches ! »
L’élément en question semble la réplique de son patron, un ghandi-bis, le mimétisme des carriéristes sans doute, sauf qu’il est en boubou et autant le chef semble jovial, autant lui se montre distant ; il regarde le antoine de travers, lui tend à contre-coeur la main et, alors que les deux hommes se serrent la louche, il retire précipitamment sa pogne comme s’il venait de se brûler au contact du toubab.

« On remonte à Kayes, ajoute « papa », pour interroger une nouvelle fois le docteur Tiecoura ; il est mal barré, votre ami Tiecoura, car c’est votre ami, n’est-ce pas ?

Donner un exemple de la tchatche un peu pompeuse de l’épervier
aime mettre les formes, a du métier, un savoir-faire, une rondeur

− C’est mon ami en effet et il est innocent.
− Vous jouez au billard, mr le antoine ?
« pas vraiment, non
« dommage ; vous sauriez qu’aux trois bandes, pour marquer le point, il faut parfois en faire des détours...
« papa » laisse passer un silence afin que le antoine digère la sentence ; puis, rond mais décidé, il poursuit :
« Vous pensez peut-être qu’en Afrique, on ne sait pas mener une enquête, monsieur antoine ?
« Pas du tout ! Pourquoi dites vous cela ?
« j’ai mon idée ; voyez vous, ici, pour enquêter, c’est pas comme à Paris, ok ?
« sans doute.
« Ma technique, monsieur le antoine, elle est là
L’homme se saisit à pleine main le nez qu’il avait assez menu :
« Vous avez compris, Monsieur le antoine, ici, il faut du pif et rien que du pif ! »

La voiture alors est presque remplie ; le flic, dans le couloir, gêne le passage des voyageurs mais cela n’a pas l’air de le déranger beaucoup.

« Vous croyez qu’ici, on travaille avec des méthodes de barbares ?
« non, vraiment... commence antoine.
« Vous vous trompez, le coupe le flic ; vous savez, moi, un suspect, je le ménage. Par exemple, je ne lui tape jamais sur les mains, jamais ; il peut m’arriver de lui frictionner la tête, oui, le tronc, les jambes, pourquoi pas, mais les mains, JAMAIS. Et vous savez pourquoi je ne touche jamais aux mains ?
« Vous allez me le dire, je le sens !
« Parce que je respecte les doigts de l’homme ! »
Et il part d’un rire énorme, repris par son aide de camp ; le duo s’éloigne et finit par s’installer, toujours secoué par des saccades de ?rire .
Le antoine ne sait que penser du pékin. Butor ? retors ?

Par la fenêtre, il voit au bout du quai une vingtaine d’hommes installés de part et d’autre du wagon de fret ; il poussent de ? la main la voiture pour l’accrocher en queue de convoi ; un projecteur suit la scène, les hommes et la machine se découpent comme des ombres chinoises sur l’éblouissement de ?lumière.
Vers 22h, le train part, enfin, sortant peu à peu de la ville, longeant une série de terrains de football éclairés où se livrent des matchs acharnés. Le antoine est en pleine contemplation de dribbles et autre tirs au but quand il entend :
« Vous permettez ? »
une longue jeune femme, en jeen et tee shirt à la gloire d’Obama, l’ordinateur portable sous le bras, désigne à côté de lui la seule place restée libre.
« je vous en prie, et comment...
Il commence déjà à minauder, d’autant plus intrigué par la silhouette et la tenue de sa nouvelle voisine qu’elle lui fait penser à... chloé peut-être, à deux détails près, elle a bien vingt ans de moins et la peau parfaitement noire.

Sa voisine est à peine installée que, dans un commun mouvement, ils se regardent, tous deux intrigués.
« on se connaît ? Dit-elle
C’est à son sourire -et à son parfum- qu’il réagit :
« le bolche vita ? Hier soir ? C’est vous qui avez réussi à me faire danser, non ?
« mais oui... ça alors !
« J’ai encore quelques efforts à faire en danse, non ? Mais otez moi d’un doute : je parie que vous savez qui je suis !
« vous êtes un toubab bien prétentieux !
« vous ne connaissez pas mon nom, vraiment ?
« un vrai mégalo, ma parole !
« Excusez moi, mais j’ai eu l’impression aujourd’hui que tous les gens, tous les Maliens que je rencontrais connaissaient mon identité ; pour le premier jour de mon premier séjour dans ce pays, c’était plutôt troublant
« hé bien, je vous rassure, je ne sais pas qui vous êtes !

Amusé, le antoine se présente. La fille, elle, s’appelle Fernande Bandiaga.
Chapitre 8
Bamako, nuit lundi/ mardi

chloé sensible à momo
tendre piège au faux gourou, récupérer sac
complicité avec enfants

priorité> sac ; mômes voyaient à peu près où se trouvait, ok pour aider si on prévient pas police

trouver (maliweb) un lieu insolite ; marché ? Gare routière ? Un emplacement sur la gare ? Le lycée (de st louis) désaffecté (en rénovation) avec chèvre ?? en bord du fleuve ?
Chapitre 9
Sur la ligne Bamako-Keyes
( nuit de lundi à mardi)

Le train est parti pour de bon. Il a déjà fait halte dans deux petites gares. Aucun éclairage n’y est assuré. Les quais sont dans une totale obscurité. On entend des éclats de voix, on remarque des torches qui tremblotent ici ou là, mais tout semble précipité, confus, retenu. Des visages apparaissent encadrés par la lumière des fenêtres des wagons puis s’effacent ; on devine plus qu’on ne voit une foule à chaque arrêt, passagers, vendeurs de fruits ou de boissons et aussi toute une masse de curieux, silencieuse ; il est très tard mais le passage du train fait événement, les riverains ne veulent pas rater le spectacle. On laisse monter les voyageurs, des femmes en majorité, certaines avec leur bébé alors que tous les sièges sont pris depuis le départ. antoine a l’impression que les billets ont dû être vendus deux fois ; en fait les gens, ne sachant pas quand passera le prochain train, acceptent de s’entasser dans le couloir et dans les entrées, entre sacs de riz et seaux d’arachide, volailles et fagots de (dents ?) ; ceux qui ont pu se coucher dans la travée centrale doivent se relever ; ça râle un peu puis ça bavarde et ça plaisante.

« c’est jolie, fernande, et c’est rare ! » le antoine a mis de longues minutes pour trouver son accroche. Il en est moyennement satisfait.
« Vous trouvez ? C’est mon père qui a voulu, moi j’aime pas trop ; il était projectionniste dans un cinéma de Bamako ; il voulait même qu’on me prénomme Fernandel
« vraiment
je vous jure ; en hommage à un comique des années cinquante, que je n’ai jamais vu d’ailleurs
« en tout cas, vous êtes plus jolie que lui !
« merci ! Heureusement, ma mère a résisté ; alors ils ont fait affaire sur fernande ; remarquez, il y a pire, j’ai une un ami qui se prénomme Pompidou, alors ?!
« Fernande, ça me fait plutôt penser à Brassens, un poète français
« il a écrit quelque chose sur elle ?
« un joli texte, oui, vous ne connaissez pas ?
« non, vous pouvez me le réciter ?
« je ne me souviens plus très bien des paroles mais vous l’entendrez un jour, c’est sûr.

Par moments, le train ne doit guère dépasser le trente à l’heure, le antoine a été prévenu, n’empêche, ça fait drôle. Il a compris que les lumières du wagon vont rester allumées toute la nuit ; les gens autour de lui parlent assez fort, rient volontiers ; les fenêtres des voitures projettent (toujours) le long de la voie des écrans lumineux qui arrachent furtivement à l’obscurité des pans de savane. Le antoine regarde vaguement ces bas-côtés, espérant y croiser les yeux de braise de fauves en chasse, ou en rut, mais ne défile qu’un interminable fouillis végétal.

Fernande est enseignante – stagiaire à l’école centrale d’administration, elle termine une étude sur la société Tranfer qui...
« gère la ligne de chemin de fer Dakar-Bamako », place le antoine
« vous êtes au courant ? »
Elle se rend à Kayes pour son mémoire ; elle devait y rencontrer le patron du groupe, françois graffin ; le pdg est mort mais elle a maintenu son voyage pour tenter de grapiller des informations au siège de la société. Le antoine la titille :
« Il paraît qu’on a déjà arrêté le coupable ?!
« le docteur Tiecoura ? Oui mais c’est un peu étonnant. Le bonhomme est un militant, un teigneux de la lutte des classes, mais de là en faire un tueur...
« monsieur l’épervier, pourtant...? antoine désigne leur voisin
« je l’ai reconnu, en effet ; vous savez, l’épervier a le sens du vent, c’est tout ; il a la réputation d’être un bon flic mais il n’aime pas les surprises. L’air du temps pense que c’est Tiecoura ? Embarquons Tiecoura ! C’est pas le genre à trop afficher des idées personnelles ; il dit ce qu’on dit, point. Vous connaissez sa devise ?
«  ?!
« Flicus unus, flicus nullus !
« c’est du bas latin, ça ; et ça veut dire ?
« Qu’un flic seul avec ses théories, ça vaut pas tripette ! Au fait, on dit toujours « tripette » chez vous ?
« On dit !
« Bref il suit le courant, l’épervier !
« conclusion ?
« si le courant s’inverse, il s’adaptera !
antoine repense au commissaire et à son histoire de billard

cette fille a l’air d’en connaître un rayon sous ses airs de novice. Le antoine n’ose pas lui demander d’où elle tient tout ça. Il faut savoir garder des sujets de conversation pour plus tard. Ce qui est sûr, c’est que Fernande lui plaît ; elle continue :
« Graffin avait beaucoup d’ennemis ; il venait du nord de la france, de bethunes(hazebrouck ?), dans les Flandres, c’est ça ? Vous savez comment on le surnommait ici ?
«  ??
« Le flamand rosse !
« Pas mal.

Le type a racheté en 2003 pour pas grand chose le Dakar-Bamako.
« Comme le reste du monde, le Mali est passé au libéralisme ; les nôtres aussi ont voulu faire du fric, vite, avec tout et n’importe quoi, sur les conseils de vos banques d’ailleurs ; on a privatisé peu à peu tous les biens publics ; ce fut le cas de cette ligne »
antoine regarde ses ?
« le flamand promet alors qu’il va se soucier des passagers et des riverains ; en fait il s’en fout ; il veut faire du fret, et rien que du fret ; c’est ce qu’il a fait ; la voie sert surtout aux trains de marchandise, de minerais. Ça, ça rapporte. Pour ça, il n’a pas besoin de beaucoup de cheminots. Quant aux voyageurs, ils peuvent aller se rhabiller. Résultats : il ferme des gares, il licencie le personnel. Un vrai sabotage, toute une expertise balayée. S’est mis beaucoup de monde à dos

Tiecoura avait vu venir les choses et organisé la lutte ; on l’a viré ; comme il était toujours debout, on a tenté de l’acheter mais l’autre est du genre incorruptible ! »

nouvel arrêt, nouvelle apparition de jeunes filles aux fenêtres, pour proposer de l’eau, des gateaux, des brochettes, des fruits.

Fernande est lancée.
Passagers et Riverains font gueule ; moins de gares, moins de trains, c’est tout l’arrière pays qui s’asphyxie, le rail était bien souvent le seul moyen de bouger. Le Flamand se met à dos les autorités, du moins officiellement ; elles mesurent que la privatisation est un fiasco et prétendent n’y être pour rien ; elles accusent « Transfer » de tous les maux ; dans la concession qui lui a été accordée, disent les ministres, la société devait entretenir le trafic passager ; faux dit l’autre ; en fait personne n’a jamais vu ce texte. Dans mon mémoire, je l’appelle d’ailleurs « l’immaculée concession »
« on pourrait dire aussi : « Rail noir et chèque en blanc »

même dans son milieu, le flamand était détesté. Il avait bâti un empire avec des méthodes de tueur. La société de Graffin truste les moyens de transport dans toute l’Afrique de l’ouest : le train du congo-kinshasa ? C’est lui ; le port de lomé, au togo ? Lui encore ; les bateaux d’Abidjan ? Lui toujours. Chaque fois, il emporte – il emportait- le morceau avec un cocktail de pistons, de menaces, de magouilles. Il y a quelques semaines, il a réussi à avoir la peau de son concurrent de toujours, un ex associé devenu son principal rival dans la région, gauthier durand-drouhin. Ce dernier a longtemps été bien en cour dans toutes les Présidences du coin ; voilà qu’il est devenu du jour au lendemain le pelé, le galeux, l’infréquentable ; soudain frappé de plusieurs mandats d’arrêt, il s’est réfugié en Espagne. Il y a ouvert un blog où il raconte en long et en large les turpitudes du défunt patron de « Transfer », ses pratiques auprès des ministres, ses chantages, ses menaces de mort, avec photocopies à l’appui, dont celles de factures scabreuses. Ce sont pas les mobiles qui manquent pour buter graffin.

« Si j ’étais « l’épervier », je regarderais de ce côté là plutôt que vers Tiecoura » conclut la jeune femme.

Le train vient de s’arrêter, après plusieurs secousses, comme agité par la danse de st guy. Ça ne ressemble pas à une halte ordinaire ; une rumeur court la voiture : on serait en panne. Fernande ne semble guère étonnée :
« Vous voyez, je vous le disais, c’est une honte ; on ne sait jamais quand les trains partent ; quand ils partent, ils doivent céder la priorité au fret ou alors ils tombent en panne ; c’est le cas une fois sur deux ; et encore, ça pourrait être pire, il y a trois semaines il a déraillé, on a parlé d’une demi douzaine de morts, des jeunes gens restés debout entre deux voitures... Je vous le dis, depuis que le train est privatisé, c’est le bordel. »

Un employé se faufile non sans mal dans l’allée centrale, l’air hyper affairé. Il confirme que la loco est HS (naze) et la panne sérieuse. Fernande peste, prend à partie, en bambara (?), le cheminot qui n’en peut mais. Puis regarde le antoine :
« Je vous ennuie avec mes histoires ?
« Pas du tout, pourquoi vous dites ça ?
« vous vous endormez...
Le antoine est vexé :
« Excusez, j’ai eu une petite nuit, je tangue un peu mais c’est rien. »

La fenêtre grande ouverte donne sur les ténèbres et le silence. A quelques mètres du train, des lucioles semblent alignées sur une vingtaine de mètres. Le antoine s’amuse à les compter … et s’endort. A son réveil, le jour se lève ; le train n’a pas bougé, il est toujours arrêté, au beau milieu d’un village de cases rondes en banco, ces briques crues d’argile mélangé à de la paille et du sable, au toit de chaume. Chaque maisonnette donne sur une cour bordée par une palissade de branchages. Ce qu’il a pris cette nuit pour une rangée d’insectes lumineux sont les bouts rougeoyants de cigarettes ; de jeunes villageois sont assis le long de la voie, sur un banc étroit et interminable et fument en silence. Toute la population mâle du coin est là. Sereine et contemplative, elle attend, regarde le train qui regarde les autochtones.

Entre les deux passe et repasse un vieux mendiant à demi nu, les cheveux longs, le corps maigre, court, poussiéreux, marmonnant pour lui même. Il s’est harnaché de fer, rouillé, oxydé, colliers de clous dans les cheveux, têtes de marteau autour du cou, pièces de métal sur les bras, un fer à repasser accroché à la taille, une chaîne de vélo fixée aux jambes. Tout cela doit peser son poids. L’homme pourtant déambule sans montrer d’efforts particuliers. Que veut-il dire avec sa mise en scène ? Qu’il porte une cuirasse ? Qu’il mime une sculpture ? Qu’il vénère le dieu Fer ? Qu’il exhibe sa richesse ? Ou qu’il est sous les fers ? Le plus étonnant, c’est que cette apparition ne semble intéresser personne. Le seul visiteur de marque, ce matin là, c’est le train et on est souvent venu de loin pour le voir.

De nombreux passagers sont descendus. « L’épervier » est en pleine discussion avec des hommes imposants en boubou coloré ou en sahariennes couleur tabac, devant un marchand qui fait griller des pièces de mouton. Fernande ?stationne près de villageoises qui improvisent un feu pour préparer du thé. Le antoine la rejoint. Sans transition, elle poursuit la discussion de la nuit :

Notez, c’est peut être aussi une histoire de coeur.
- De cul, pourrait-on dire aussi
- Oui, de fesses. François Graffin était un libidineux de première ; du moins il avait cette réputation. il y avait toujours derrière lui une batterie de poules de luxe ; longtemps il s’entoura de nigérianes, ce sont des expertes, vous savez ? »
antoine n’avait pas d’opinion sur la question.
« Mais ces derniers mois, il s’était mitonné une garde rapprochée malienne, alors que jusqu’ici la prostitution n’était pas trop dans nos moeurs ; il y a eu quelques marabouts pour s’émouvoir publiquement de cette débauche, l’un d’eux (nom ? non) est même allé jusqu’à menacer le flamand de mort ; je crois qu’il a eu des problèmes avec la gendarmerie.
- Graffin ?
- Non, le marabout. Vous ne m’écoutez pas ? Ou vous n’êtes pas vraiment réveillé ?

Une séquence dans le village ? Re évoquer homme de fer ? Se plante devant antoine, quémande pas vraiment, se montre, c’est tout

on dit même qu’une ex de graffin, à qui il aurait promis le mariage, a mis un contrat sur son dos
« En somme, ce type n’avait que des ennemis ! »

Pour Fernande, une presse « officielle » a désigné d’emblée Tiecoura comme coupable idéal ; viré de Transfer il y a quelques années déjà, il avait gardé dans l’opinion une cote d’enfer ; il s’est trouvé un temps un peu isolé des salariés mais avec la dégradation de la situation de la firme, les luttes ont repris, les syndicats ont refait appel à lui ; il a mené un face à face sévère avec Graffin ; aussitôt connue la mort du patron, une rumeur a fait porter le chapeau au syndicaliste. Ficelle est grosse (expression malienne).

Il faut deux bonnes heures encore avant de voir arriver la nouvelle loco, une argentine elle aussi, qui ne porte aucune espèce d’immatriculation ; comme la machine défaillante, elle n’est pas de la première fraîcheur ; pendant les opérations de jonction, à deux reprises et sans raison, la foule des passagers, qui palabre sur place du village, panique et se précipite à l’assaut des wagons ; fausses alertes ; ces gens, apparemment impavides, redoutent de louper le train devenu une denrée rare. Finalement, le voyage reprend. Impassible la rangée de garçons fumeurs regarde partit convoi. Le train traverse paysage hautes herbes couleur jaune paille puis une plaine à baobabs aux formes fantasques, tronc massif et courtes branches, aux allures déchiquetées. Ces silhouettes évoquent l’effroi ou la colère, font penser à un feu d’artifice ou à un parapluie, à une sorcière ou à un manège. La plupart ont l’air de géants aux cheveux en pétard.

Chapitre 10
Kayes, mardi

« La ville a eu droit à la visite du Président, ça se voit, ils ont ripoliné tous les bâtiments officiels » dit fernande. La gare de Kayes a été repeinte en rouge et blanc, deux larges bandes de couleur horizontale qui courent sur l’interminable façade.
Deux ou trois jours plus tôt le chef de l’état et son entourage étaient de passage dans la région, les notables tenu à ?

L’arrivée du train à Kayes mardi fin d’am se fait presque en fanfare ; plus de vingt heures de trajet et un retard maison mais le machiniste actionne pourtant dès les faubourgs sa sirène ? trompe ? Comme pour entrée triomphale ; ou une victoire sur le sort, une de plus ; au bord des voies, les gens s’arrêtent pour regarder le convoi, certains saluent de la main, des gamins dansent ; le coq dans le couloir de la voiture (du antoine) en rajoute en cocoriquant avec de grands mouvements d’ailes et en tirant sur sa ficelle ; il y a de la fierté et de la joie dans l’air.

Le joyeux bordel de la descente du train
A la sortie du bâtiment, de l’autre côté de la rue, une rangée de bicoques en demi-cercle abrite les mêmes minuscules échoppes qu’à bamako, les mêmes cafés « nescafé »
« Il fallait voir avant, c’était dix fois plus vivant ». Avant, toujours avant. Il y a décidément un avant et un après privatisation. Pour la stagiaire, l’effondrement du trafic passagers a signé la mort de tout un petit monde qui dépendait du train.
Derrière les baraquements s’ouvre une vaste place, nue, où tout est ocre, le sol, la poussière et les trois bâtiments de l’ère coloniale qui délimitent l’esplanade. Un peu partout volettent des petits sacs de plastique noire, que des enfants récupèrent et brûlent en tas. Aux pieds de grands arbres, quelques familles reposent sur un tapis qui semble être leur seul bien. Des fenêtres ouvertes de maisons avoisinantes se déverse un même bruit d’émissions de télévision. Au milieu de la place, une rangée d’arbres résiste à la désertification ambiante ; elle protège un jardin avec un petit bar, « La paillotte » ; quelques fauteuils, aux lanières effilochées, et des tables basses entourent une estrade, adossée à une fresque représentant des danseurs ; le lieu est public mais les gens l’évitent ; seule une poignée de cadres, noirs et blancs, y sirotent une bière. Des nuées d’oiseaux aux longues ailes bleu clair, la tête noire avec des yeux cernés de rouge, une queue courte et violacée (nom ?), piaillent en plongeant d’un arbre à un autre ; sur le sol mal dallé, des lézards multicolores dressent une tête inquiète.

un des trois immeubles fait hôtel-restaurant ; ce bâtiment cubique en pierre de taille, de deux étages, est décoré d’arcades dans un style mauresque. Il a une drôle d’allure, un côté vestige à l’abandon. Le antoine a l’impression d’en être le seul client ; il a été prévenu que l’hôtel est parfois visité. La nuit. On entendrait dans les couloirs des voix suaves qui murmurent « c’est l’amour qui passe » ; la chambre est vaste, haute de plafond, gentiment déglinguée. Dans la salle du restaurant, déserte également, antoine retrouve un décor familier : une télé est branchée sur une chaîne française. Interrompant un long reportage sur des défilés de mode, un « flash » d’information montre nicolas sarkozy en train de bouger.

La nuit tombe vite ; fernande est partie, dans sa famille ; il l’aurait bien retenu pour dîner, ou plus si affinités ; un tête à tête avec fernandel, pas tous les jours , mais bon ; le antoine mange seul ; la visite à Tiecoura est prévue pour le lendemain matin ; il ne se sent pas d’attaque pour un tour en ville ; il va rejoindre sa chambre quand il entend, au bout d’un couloir dans la pénombre, un bruit connu, un claquement sec qui ne trompe pas ; une raie de lumière sous porte invite aller y voir ; c’est une salle de billard ; l’épervier s’y entraîne, seul ; tout à son jeu, il regarde à peine l’arrivant et assure des coups d’une impeccable maîtrise où la boule blanche semble valser (virevolter), (zigzaguer dans tous les sens) autour de la rouge avant de frapper, comme aimantée, l’autre blanche.

sorti hypnose, il sourit :
« Monsieur, le antoine ! Vous jouez ?

Tire boule puis dit
« dites moi, qu’est ce que vous avez fait à mon issiaka ?!
« pardon ?
« issiaka, oui, issiaka dembelé, mon collaborateur. Je vous l’ai présenté dans le train, hier soir. Vous l’avez déjà oublié ? Lui en tout cas se souvient de vous, je vous l’assure ?
antoine se souvient de son regard de fouine, de l’espèce de dégoût que flic avait manifesté en lui serrant la main
« il prétend que vous êtes un voleur de sexe !
« de quoi ? De quoi ?
« vous seriez un voleur de sexe, parfaitement, vous ne connaissez pas cette pratique ?

antoine se garda plaisanter, sentait confusément affaire pas forcément drôle ; commissaire en tout cas n’avait pas l’ait de blaguer
« voleur de sexe, monsieur le antoine, c’est quelqu’un qui vous fait disparaître votre sexe, rien qu’en vous serrant la main
«  ?!
« faut pas rire avec ça ; ici, les gens prennent la chose très au sérieux ; figurez vous qu’il y a même eu un voleur qui s’est fait lyncher récemment, vous savez ?
Silence
certains vous rendent le sexe contre une grosse somme, mais d’autres partent avec
 ?
« moi, personnellement, je ne vous crois pas coupable ; nous nous sommes serrés la main hier, et depuis, je l’ai vérifié à plusieurs reprises, mes parties génitales sont bien en place ; mais issiaka lui, il dit le contraire ; et c’est un obstiné, issiaka
mais c’est quoi, ce délire ? Il n’a plus de couilles ?
En tout cas, il m’a dit qu’il ne pouvait plus bander

là le antoine se sent démuni ; l’autre lui raconte avec gravité une histoire totalement abracadabrantesque
« vous en faites pas trop, je vais calmer mon issiaka mais vous voilà prévenu, ne serrez pas trop de mains, vous risquez d’aggraver votre cas

se remet à jouer et, sans transition, commente :
« Vous ne connaissez pas le billard à trois bandes, m’avez vous dit, c’est ça ? Moi j’ai été champion de l’Afrique de l’ouest, jadis, dans cette disciplene. J’ai perdu la main mais quand je peux, je m’entraîne
 ?
il explique que c’est en France qu’il a découvert ce jeu ; il était étudiant à st etienne et le soir, il retrouvait les accros, un certain lulu notamment, qui l’a initié, salle ? ; ici il n’y a pas trop de billard, alors quand il a la chance de tomber sur une table comme celle-ci, il en profite !
Venez..

(trois bandes avant dans la longueur)
il= petite démonstration
mis au mur des petits bristols où schéma de coups ; répétait ?
debout devant une largeur de tapis, il aligne, près de lui, sur sa droite, deux boules, une blanche puis une rouge, il place une autre blanche bien plus loin, sur la gauche cette fois ; il frappe la première blanche pour qu’elle heurte la bande dont elle est très proche ; elle y rebondit aussitôt vers la rouge puis revient, un peu plus haut cette fois, vers la même bande -droite- avant de traverser la largeur tapis, rebondir sur la bande gauche et percuter sèchement l’autre boule. Un coup, trois bandes, le point, ça semble simple
« l’astuce, c’est qu’il faut taper la première blanche au dessous du centre, avec un maxi effet à droite, OK ? »
le antoine veut bien ; le flic dispose les billes ; à trois reprises, antoine aligne des coups foireux, trop à droite ou trop à gauche ou trop fort...
« en dessous du centre ! Répète le flic, contrarié, avec effet à droite »

il demande si antoine aime kayes ; antoine pas vu grand chose ; « papa » est originaire de cette ville, se dit un sarakolé pur sucre, un peuple qui bouge beaucoup, « il y en a pas mal dans vos banlieues » ; on raconte que quand le premier Américain est arrivé sur lune, il est tombé sur un sarakolé

(?on est un peu fanfarons, aime les plaisanteries)

Chapitre 11
Bamako, mardi (soir)

nuit courte, aventures retrouver sac ; tout dedans ; traîner>midi

les mômes pv de leurs aventures ; vont la(les) tenir au courant des « faits divers » de la capitale

(de fait divers en fait divers ? Peut-être association d’idées sur décapitation) conversation arrive à la mort du flamand et momo dit ce qu’il en sait, à travers le rapport d’expertise du médecin légiste qu’il a pu consulter en douce :
« graffin, tu sais comment on l’a retrouvé ?
« en miettes, j’imagine
« à peu près, le corps a été pulvérisé mais la tête.... ; en fait le bonhomme a été décapité et sa tête est restée sur le ballast. Il y avait un trou sur la voie, suffisant elle s’y niche ; un détail curieux ou macabre, et je n’ai pas pu le sortir dans le journal, j’aurais grillé mes sources : cette tête portait un chapeau genre chéchia, tu connais ?
« chechia ? Oui. Mot arabe qui vient de chèche ; c’était d’abord une écharpe servant de turban
- puis devenu une coiffure cylindrique ou tronçonnique, en drap
- c’était pas le genre de bibi qui était porté aussi par certains corps des troupes françaises d’afrique
- exact ! Bravo ! Je vois que tu suis... Et ça te fait penser à quoi encore, insiste momo, qui joue au psychanalyste.
 ?!
tu ne voies pas ? Une pub ! Une pub célèbre ! »
chloé perplexe ; momo s’exclame :
« Banania, bon dieu, banania, y a bon banania ! Tu as oublié ce nègre rigolard avec son chapo rouge, qui fait la promo pour le chocolat, archétype du noir infantile, grand gosse un peu simplet ; une pub de merde, raciste !

momo se met en colère, à la simple évocation de cette image

« je ne vois pas le rapport ? Graffin et Banania ?
Il n’y en a pas, c’était juste pour parler du chapeau

passent milieu d’am ?musique ( ou il la charme en tête à tête avec sa kora)
momo en fait chante et joueur de kora (le dire plus haut, ça non plus ils ne connaissent pas)
une kora - momo pédagogue...est une harpe-luth

La musique (blues mandingue) via momo

aussi
• balafon (xylophone)
• n’gomi (ou n’goni), petite guitare-luth 3-4 cordes
• karignan (percussions en métal frottées), tube striée

mélodies aux courbes douces et sensuelles, harmonies aux couleurs subtiles, notes de kora claires comme la rosée, atmosphères méditatives que zèbrent parfois des coups d’archet de violoncelle rappelant l’ancestral violon monocorde malien ; sérénité, volupté

ballaké sissoko
toumani diabaté
un concert de Kar Kar

lent, mélancolique, des balades très épurées ; la voix est ample, chaude
fait traduire
« de quoi u parles ?
- des histoires d’amour et de jalousie, de guerre et d’enfants soldats, de famine et d’épidémies, de bravoure des paysans ; souvent question de « Cyril(le) ? chloé ? chérie ?, femme morte et chanteur veuf inconsolable
il joue sur mots

momo un air de ali farka touré :
« Le recrutement en Afrique / Car ce sont des enfants / Qu’on amène au service militaires / Pour aller faire la guerre / Ils ne connaissent pas la frousse (?)/ Pourquoi ? / Parce que mon vieux... »

le reste se perd dans rumeur (ou bambara)
calebasse, balafon, kamele ngnomi, harmonica, accordéon
 ??
+
colère contre nouvelles élites corrompues, sous étiquette démocratique, vautre dans pétrole, déforestation, mégalomanie
+
sont allés aux « rencontres » de bamako, festival de photo d’afrique
bien aimé série d’un camerounais mis dans la peau d’un « stupid african president » que l’on voit se délecter à faire des discours devant une carte, se baigner dans un baril de pétrole ou se promener avec une tronçonneuse sur la tête

chloé aime mélange tendresse et colère ; se laisse faire-tenter

Chapitre 12
Kayes
Mercredi

sur chemin du prison (commissariat), antoine s’arrête au qg des cheminots, le club des anciens ; momo lui avait donné adresse ; le bâtiment, mitoyen d’un dispensaire, est en bord de route > qqn balaie en permanence la poussière qui recouvre le lieu, sorte de voile blanchâtre sur tout, arbres, plantes, bancs, tables, thé..., (?) et la statue intitulée « hommage aux victimes de la concession du chemin de fer dakar-niger » : style naïf>jeune fille, en boubou bleu, enceinte, à genoux sur un bloc rouge, train de supplier ; à ses pieds, symbolisant tout ce qui peut être transporté, un panier (d’agrumes), un tas (de charbon de bois), un sac (de riz), un instrument (tambour ou djembé), une lance (avec étoile et demi-lune) et devant= deux rails et deux roues ; amis de tiecoura très motivés ; comptent sur antoine

à prison, tiecoura est tranquille et las à la fois ; cellules, bouquins, plats ; antoine pu le voir en fin matinée ; autre était sûr que antoine viendrait ; pas le genre à montrer son émotion ; vient aux faits ; accusation contre lui part d’une menace, proférée dans un débat qu’il présidait, il y a des mois déjà ; quelqu’un avait alors accusé François Graffin d’avoir dressé personnellement la liste des 600 « déflatés » de 2003 et il l’avait menacé de mort.
« C’était un mouvement de colère, rien de plus ; genre de phrase qu’on peut sortir dix fois par jour ; un journal a ressorti cette histoire et cité mon nom ; valu d’être arrêté.
- sur cette seule base ?
- exact ; même pas tenu compte de mon alibi : la nuit en question, je dormais dans mon « kolkhoze » avec mon employé
- a rien dit ?
- a témoigné mais la police n’a pas voulu enregistrer. Tu me diras, sont corrects avec moi, livres, bouffe mais bon, aime mieux faire ça dehors. Seule bonne nouvelle : on a retrouvé -club des anciens- l’auteur des menaces ; c’est un certain dansokho (de ?). Le type est dans ses petits souliers, il a peur. T’imagines ? Tu menaces de mort un nabab comme Graffin, un toubab nabab et voilà le toubab qui disparaît ! Et dans quelles conditions ?! Bref il a la frousse mais il est prêt à se dénoncer.

antoine passe chez papa
même lieu
dans entrée croise issiaka, abattu
antoine lui dit que papa l’a mis au courant, qu’il était vraiment désolé, qu’il ignorait qu’il pouvait lui nuire. L’autre, blafard, confirme plus d’érection depuis voyage train, se lamente ; un flic proche ou voisin ou truand entendu, s’approche, prend part conversation
« vous êtes vraiment voleur de sexe ?
« papa », sorti de son bureau à ce moment, calme jeu, renvoie issiaka dans ses pénates et le ? À ses ? Et invite poupe in bureau

« l’épervier » fidèle à sa partie de billard ; respecter rituel ? Pas déranger ? nouvelle leçon, nouvelle démonstration ; ou revenir à même coup ?

antoine lui parle de tiecoura, de dansokho, de ses menaces « verbales », de l’utilisation = cela permet d’éliminer la piste du règlement de comptes syndical ; la preuve que c’est pas leur méthode ; mais pour « papa », la preuve de rien du tout ; antoine parle aussi de l’alibi de Tiecoura : « papa » n’entend pas.
A peine s’il dit, enfin, placide :
« on va vérifier »

Papa reprend son exercice ; sa façon de faire commence à agacer le antoine ; il replace les trois boules sensiblement au même endroit, tire et réussit avec méthode ses trois bandes :

Il se tait, regarde antoine, et soudain très agressif, il l’attaque :
« on vous a filé l’enquête, c’est ça ?
« pardon ?
« oui, oui, vous avez bien entendu, paris vous a filé l’enquête
- l’enquête ?
- sur la mort du flamand ?
« c’est quoi ce délire ?

antoine a l’air franc, papa hésite ?, se calme :
« c’est moi qui suis en charge de cette enquête sur la mort de graffin, mais je patine ; bien sûr, on a coffré tiecoura mais ça trompe personne ; fallait bien faire quelque chose ; l’est pas malheureux, là ; on sortira, plus tard ; quand piste ; pour l’instant, suis dans jaja ; alors, quand j’ai appris que vous veniez, j’ai pensé que l’ambassade voulait me doubler avec un privé de la métropole
« c’est sûr, j’ai vraiment l’air de quelqu’un qui bosse pour le Quai d’Orsay »
« allez-y, traitez moi de parano
mais papa sur défensive, n’insiste pas : antoine réplique :

« alors, pour tiecoura ?
« Quoi tiecoura ?
« vous allez le libérer ?
« il est bien en tôle ; pas très confortable mais pour instant plus tranquille là que dehors.

Chapitre 13
Bamako, mercredi

chloé et momo, amants
la ville
se retrouver au journal de momo ; bureau plutôt bordélique, momo lui montre dossiers, en voie d’informatisation ; remonte dans le temps, fait le plus gros, en est début années 80
il gêné de la retenir ; série de papiers à finir absolument

elle s’amuse consulter> faits divers
ENUMERER ?

Tiens, une autre histoire de chapeau
- de chapeau ?
- hier, tu me parlais chapeau rouge
- chechia

elle désigne un dossier intitulé « chapeau rouge » ; chemise portait date : 1978 (avril) . Un toubab a été retrouvé, suicidé, dans les toilettes de la gare de Bamako ; un suicide un peu limite, semble dire sans le dire l’article, vu qu’il est mort d’une balle dans la nuque, « ce qui est assez rare ou demande une détermination un peu perverse » ; surprise : le bonhomme porte un chéchia ; on ne l’a pas encore identifié, il pourrait s’agir d’un retraité français, septuagénaire. Signé : Mohamed Tabouré

« oui, vieille histoire, ça remonte à plus de trente ans, au tout début de ma carrière mais je m’en souviens, bien sûr ; c’est un de mes premiers fait divers ; comment s’appelait déjà ce type ? C’était, disait-on, une huile de la communauté française, un diplomate, un magistrat ou quelque chose comme ça, pas pu savoir
momo sourit de ce retour aux sources ?
« drôle d’histoire ; je n’ai pas pu enquêter tranquillement sur dossier. Moi, j’ai eu des doutes tout de suite, je l’ai écrit d’ailleurs, cette histoire de balle dans la nuque ; ça m’a valu des remarques aigres-douces, je te dis pas, je sortais de mon rôle, m’ont dit des collègues ; le fait est qu’on n’a jamais pu prouver le crime, ni trouvé le mobile et encore moins le coupable ; il faut dire que l’ambassade française avait fait des pieds et des mains pour qu’on écrase et la rédaction en chef de son côté n’avait pas fait preuve de beaucoup d’entrain pour suivre ce dossier, comme si tout le monde avait intérêt à ce que les choses se tassent, à classer l’affaire
pause, ils ?
« pour une fois, l’ambassade était d’accord avec les autorités locales, personne n’a voulu « communiquer », on n’utilisait pas trop le mot alors ; sorte d’union sacrée du colon et colonisé ; comme si « on » peur que ça tourne à l’incident diplomatique
elle : pistes ?
plusieurs interprétations ; les uns ont prétendu que le vieux devait faire partie de ces blancs errants sur le continent, atteints d’on ne sait quelle maladie de langueur ? Nostalgie ? Syndrôme de Stendhal, dit-on aussi> victimes d’un dépaysement radical et perdus dans leur monde.
D’autres...
oui
d’autres ont lancé vilaine rumeur, pépé aurait eu des fréquentations douteuses ; d’ailleurs suffisait de voir où on l’avait retrouvé
pépé aimait les garçons, on l’avait déjà vu roder du côté des toilettes, il aurait eu ce qu’il méritait

chloé perplexe
marrant histoire de chapeaux rouges
oui marrant
+
musique
où il aimait pianoter, par exemple Pata pata de Makeba ; vous connaissez cet air ?
Il chantonna en esquissant une danse, histoire aussi de se réveiller.
+
 ?heurts avec faux marabout
 ?meurtre à coup de fer à repasser
+
 ?lire site du canard déchaîné

Chapitre 14
Kayes, jeudi

Les amis de tiecoura, les anciens de la rue Modibo Keita (le dire plus haut ), ont mis à la disposition antoine une vieille méhari ; à côté des 4x4 des coopérants et des bobos locaux, l’engin faisait un peu préhistoire mais il était utile ; au volant tacot et compagnie de fernande, qui rejoint veille soir et initié à , que antoine débarque au qg de transfer ;
immeuble a l’air d’avoir été transplanté du parvis de la Défense jusqu’en plein pays mandingue, excroissance arrogante où un personnel en uniforme manage sur un mode stressé

Couple plutôt mal reçu par les agents sécurité ; fernande rappelle a sollicité un rv avec François Graffin pour sa recherche ; la fille à réception prétend n’avoir pas été informé, sonne avec beaucoup mauvaise volonté dans quelques bureaux et confirme personne au courant ; fernande tempête ; bureaucrate réplique que de toute façon, « vu les événements », tout le monde a autre chose à faire et que la direction « provisoire » n’a pas la tête à ça
antoine, qui trouve que la formule pas appropriée, commence à l’avoir mauvaise, il est prêt à élever la voix quand un homme, resté un peu en retrait dans l’entrée, l’aborde ; il porte la veste de toile bleu ciel au sigle de trasfer et invite couple à sortir :
« Je me présente : Michel, dit Mambo, chauffeur de car. Vous êtes un ami de François Graffin ?
antoine, prudent, hésite à serrer la main que l’autre lui tend, le salue à la mode hindoue, les mains jointes contre poitrine. Mambo, intrigué et maladroit, fait de même ; Fernande se rappelle a autre rv, hèle taxi et s’éclipse

mambo fait d’ordinaire la ligne bamako-kayes ; une semaine plus tôt, il a fait une pause au routier « l’harmattan » ; il y a vu François Graffin
- quand ?
- dimanche, pas celui-ci, l’autre d’avant ; dimanche soir

antoine tilte ; l’invite prendre un verre ; maquis « l’indépendance », trois tables, six bancs, une cuvette pleine de bouteilles, au milieu de pains de glace ; éclusent première bière en silence
ou « Jardin », près hôtel

- savez graffin mort
- appris aujourd’hui ; rentre du village, histoire de famille, épuisant, vous avez famille
-  ?!
- découvert retrouvé pont
- loin de votre restaurant
- vingtaine de kilomètres, à peine

nouvelle bière (qualité) ;
- connaissez bolo
à peine surpris autre
- vous trouverez pas ça à kayes
conscient hors des clous, antoine revient sujet
- comment votre rencontre
- croisé même endroit sans vraiment se rencontrer ; d’abord on vit pas dans le même monde ; dimanche soir donc, vingt quatre heures avant sa mort environ, homme d’affaires est arrivé avec son chauffeur dans routier où je faisais pause syndicale en quelque sorte ; ce n’était pas son chauffeur habituel, ce n’était pas boubakar que je connais bien ; c’était un autre, un vieux, que je n’avais jamais vu
- sûr que c’était graffin
- lui, je l’ai tout de suite reconnu ; le pdg, c’est le genre de personnes qu’on remarque dans ce genre d’endroits. Comment se tromper ? François Graffin tête caractéristique ? ; oblongue, étroite, cheveux ras, yeux tombent ?, rides part et d’autre de la bouche ; et puis il est aussi patron société de cars, c’est mon patron

Le flamand ne connaissait évidemment pas mambo mais ce dernier l’avait plusieurs fois aperçu, en vrai ou à la télé ; ce soir là, graffin et son voiturier étaient attablés, le chauffeur mangeait, le patron buvait, du thé sans doute.

« Un moment une femme les a abordés ; ça n’a pas duré bien longtemps ; je n’ai pas compris ce qu’elle leur voulait ; une marchande ? Une prostituée ? Une paysanne qui faisait du stop ? La discussion soudain a semblé vive entre le chauffeur et la dame ; puis les deux hommes sont repartis
« seuls ?
« Oui, seuls
- et vous n’avez parlé à personne de cette « rencontre » ?
- pourquoi j’en aurais parlé ; arrivé à kayes, dans nuit dimanche à lundi, j’ai dû rejoindre ma famille, la famille vous savez !, dans un village du sahel, vers la mauritanie ; j’avais des congés en retard ; je viens juste de reprendre mon travail et d’apprendre par les collègues ce qui s’est passé pour François Graffin ; chez moi, c’est vraiment la brousse, vous savez !
- et alors ?
- Alors j’ai commencé à raconter aux uns et aux autres mon histoire mais tous m’ont dit que c’était inutile, que le coupable a été arrêté, que le dossier est bouclé ; les collègues n’étaient même pas intéressés par la photo
- la photo ? quelle photo ?
- celle ci

au dos d’un portable que mambo manipule sèchement, on voit dans le cadre s’inscrire une salle de restaurant ; au premier plan, un couple de touristes européens, des quinquas hilares, font un V de victoire, comme si leur pays vient de remporter la coupe du monde ; la table derrière, on peut distinguer, assis, de face, un homme de haute taille ( « graffin » dit mambo en le désignant) et, de dos, un homme et une femme qui discutent ; lui doit être le chauffeur, la femme porte un boubou jaune pétant.

- j’avais un groupe de touristes dans mon car, explique mambo ; c’est pas très fréquent mais ça arrive ; j’en ai toujours un ou deux par semaine, du genre de ceux qu’ont pas peur de se mêler à l’autochtone et de voyager à la dure ; on a donc fait une pause à l’harmattan, je m’arrête toujours dans ce coin quand je viens de Bamako ; mes touristes, ceux que vous voyez sur l’écran-là, veulent faire une photo à l’intérieur du routier mais ils n’ont pas leur appareil sous la main, il doit être au fin fond de leur valise qui elle est au fin fond du car ; résultat ? je propose mon portable, ils pouvaient après récupérer la photo sur leur appareil ; ça se fait, des transferts, non ?

Le antoine acquiesce sans trop insister ; en matière d’avancée technologique, sa dernière trouvaille doit remonter au poste à galène...

« Mais une fois à Kayes, je m’aperçois qu’ils ont filé en oubliant de me demander la photo ; au bled, je ne pense plus à cette image et c’est de retour en ville, en apprenant ce qui est arrivé à Graffin...

et boubakar ?
Quoi boubakar ?
Qu’est ce qu’il dit ?
Fait le mort, il a trop peur
savez où il est ?
Doit être chez sa fille
kayes
à côté
si y conduit, venez ?

Mambo accepte.

Devant hôtel, voit petit rassemblement ; quand antoine croise, silence tendu> parle à Mambo de cette histoire de voleur de sexe ; la putain de rumeur a continué de se propager ? antoine tente plaisanter, mambo dit ?

Direction fort de médine, fille aide équipe restauration du fort ; une heure de route ; durant trajet, mambo lui apprend que fort a abrité réserves en or banque de france (trésor français) durant seconde guerre ; antoine se souvient que honoré déjà glissé un mot à paris
il fabule, imagine un casse
on n’est pas loin de tobrouk
même vol d’oiseau fait bien ? 2000 km
quand même
équipe de « taxi pour tobrouk » qui bifurqué plein sud, ventura, birod, aznavour ?
Pense encore à cette ville improbable du sud film de clouzot, le salaire de la peur
pense aussi à ce vieux marin breton qui bar penmarc’h répétait longueur de journée : qu’est ce qu’on a fait des (70) milliards ?
Tout monde pensait perdu la boule et laissait dire sans savoir gars fait partie commando marine expatrié caves banque france> médine ?!

le fort est une large bâtisse d’un étage sur terrasse duquel ? Crénelé ; murs ouvertures pour tirer. rénovation > ?, poste observation idéale fleuve.
Boubakar se cache ; long du fleuve ; mambo convaincre antoine pas un flic ;
Il sait que la police le cherche, et se planque ; terrorisé par ce qui s’est passé, n’ose plus se manifester à transfer, abandon de poste pour aboutir à ça ; se cache.

Fille fait de la résistance, vieux veut pas vous voir, mort de trouille et de honte ; fait acheter, jamais pensé que
nom ? Non
voiture ? Disparue, pas être trop dur à retrouver, mercedes 300 bleu métalisé immatriculé TRANS 2000 ? elle a très bien pu être ripolinée et recasée sur marché noir
« Circule vite, ici, dit Mambo
« on n’a pas tué flamand pour une voiture tout de même ; c’est pas une histoire de « coupeur de routes »

Faut antoine beaucoup énergie pour passer son chemin ; il arrive premier salle billard ; épingle sur tableau liège où d’habitude résultats> flic contrarié, avoir vu gens dans l’entrée, maintenant son billard occupé, ses habitudes contrariées ; découvre photo> c’est quoi ça ? d’où vous tenez ça ?
Secret, mes oreilles ; s’invite dans bureau et lui tend portable de mambo
C’est qui ?
Le flamand, et son chauffeur, la veille de sa mort
d’où vous tenez ?
De mambo
flic dévisage
« ce type ( chauffeur) ne me dit rien
« vous saviez qu’il était passé l’harmattan, voiture
oui
en fait papa va la passer à italien
papa joue faire sauter une bille dans sa main, antoine la voit bien voler jusqu’à lui et rebondir sur front dans drôle de billard à ? bandes

Chapitre 15
Bamako, jeudi

Toute la nuit, chloé a rêvé de chapeaux rouges ; plus exactement, elle était perdue dans une ville où tout le monde portait des chapeaux rouges, et ? De leur chef accentuait le côté blafard de leur visage

cette histoire d’archives consultées bureau de momo la travaille
de passage ambassade, matinée, où va informer ses ? dernières aventures, à savoir retrouvé sac et que démarches de renouvellement plus nécessaires, elle passe à la bibliothèque consulter la presse ; idée précise puisqu’elle demande microfilms avril 1978, immédiatement consultables sur une table de visionnage assez rudimentaire ; le résultat est décevant ; la presse malienne ne pipe mot ; dans quotidiens français, peu d’informations sur mali, ce mois-là, et aucune qui fasse état de la disparition de français dans ce pays ; change d’orientation et dépouille les rubriques nécrologiques ; là encore fait chou blanc ; prête à laisser tomber mais ?idée de consulter le carnet des petites annonces, rubrique deuils ; là elle tombe sur un encadré qui la titille ; à la date du 22 avril, on lit famille danian, épouse, enfants et petits enfants réunis, ont tristesse de faire part du rappel à Dieu de michel Danian, général (honoraire), à bamako (mali), la date exacte de la mort n’est pas précisée ; faire-part fait encore état d’une « cérémonie religieuse (qui) sera célébrée en l’église st Sulpice, paris, 6 mai. Un registre de signatures tiendra lieu de condoléances. Pas de plaques. »

Ça colle assez bien avec le personnage du « suicidé »
un français, notable, mort à bamako, avril 1978, ça ne devait pas courir les institut médicaux-légaux ; chloé impression bien travaillé ; ainsi il s’agirait d’un militaire, à la retraite. Dans la foulée, elle regarde une sorte de « main courante » où, depuis indépendance , chaque semaine, ambassade enregistre les principaux faits de communauté française ; pas question général avril 1978 ; on aurait pu s’attendre à ce que l’ambassade s’agite un peu, même en interne ; rien, motus ; comme si tout fait pour écraser ; demande avis bibliothécaire ; regrette, plus personne de cette époque (sauf un hurluberlu ?) ; employé se permet tout au plus une interprétation : cette mort devait tomber dans une période tendue ( franco-malien) où personne vraiment envie ni intérêt d’en rajouter ;ceci expliquait peut-être qu’on soit vite passé à autre chose ; lui même avait connu un scénario assez semblable mais c’était dans un autre pays, à autre époque et d’autres gens
chloé bien avancée
quant histoire du chapeau, fonctionnaire tombait des nues, jamais entendu parler
regarda même ?? chloé

ont vu dans la journée les mômes, nouveaux épisodes
musique
ou
entracte
musique ?
Chapitre 16
kayes
vendredi

(jeudi soir) retour de médine, antoine obtient de mambo qu’il lui laisse, 24 heures, son portable ; faire sortie papier de photo ; retrouve jardin (détailler ? Chanson ?) Papa ; l’informe de ses recherches (photo, boubakar ?) ; papa est en veine de confidence – ou à charge de revanche= je ne sais pas qui l’a tué mais je crois savoir pourquoi
 ?!
la région, toute l’afrique de l’ouest, est envahie par les sud-américains, colombiens> étape vers l’europe ; couloir, corridor de drogue et d’armes depuis guinée, des tonnes de marchandises, des milliards de chiffre d’affaires. Le lieu plaque tournante depuis des années mais situation régionale ne cesse de se compliquer> cote d’ivoire ? Divisée en deux ; guinee bissau ? Deshérence ; Casamance au sénégal ; guinée conakry plonge chaos et ? par tous les bouts, infiltrations
antoine voit pas bien rapport
ligne bamako-dakar, ça peut les intéresser ; c’est un axe stable, au bout duquel il y a dakar = c’est déjà l’antichambre de paris> pression des colombiens…
un plein wagon autre jour

papa garde portable, dit se charge imprimer photo et lui rendre lendemain matin

puis antoine invite fernande ; histoire de voleur de sexe
« tu voles les sexes, maintenant ?! et t’en fais quoi ?
« c’est pas drôle, je te jure ...
« pourquoi ? t’es tombé sur un os ?...

vendredi matin, donc : au lit avec elle ; accueil lui tel ; un appel urgent pour vous ; il prend ; voix européenne, chantante un fort accent méditerranéen, qui se présente :
battisti, antonio battisti
enchanté ; on se connaît ?
Je suis le représentant régional de l’onudc
c’est à dire ?
L’onudc. Le bureau des nations unies contre les drogues et le crime

antoine ajuste la cravatte qu’il ne porte pas
fernande chahute

c’est papa qui m’a (?donné portable) ou faxé hier soir photo
« choses vont vite
« façon de parler
« je crois avoir reconnu la personne sur photo
- l’homme qui face à graffin ? Son chauffeur d’un soir ; vous le connaissez ?
- non je parle de la femme, en boubou
- non, attendez, il y a un malentendu, c’est l’homme qui m’intéresse
- et moi la femme ; mais s’il vous plaît, veux pas vous parler de ça au téléphone ; on peut se voir ?
Rv dans une heure

fernande s’étire, sourit, s’éclipse, réapparaît peu après dans un tailleur moutarde de secrétaire sexy pour ? Doit se rendre ?, ne peut l’accompagner ;
sort sa caisse ; ça bouchonne dur ; un moment, en pleine chaussée, une vache est étalée, les quatre pattes en croix, grand écart, paysan, un jeune homme, la tire par le licol, frappe, la bête est épuisée, gêne circulation, personne pour aider, klaxonne, contourne.

Chapitre 17
Bamako, vendredi

intérêt manifestée par chloé amusait momo
très étonné apprendre que mort wc général
et pas n’importe quel général

danian, danian, général danian, momo connaît ce com ; déjà entendu parler de ce type

ils font ? Bamako

en passant devant vendeurs de vidéo – au fait plus de salle cinéma... - que idée lui revient
général danian nom qui apparaît dans un film de ousmane sembene (nom ?) que momo suivi, pour son journal ; c’était en...1988 ; film raconte une vieille histoire ; enfin vieille, façon de parler, ça remonte à la fin de la guerre, en novembre 1944

paris est libéré depuis trois mois, les prisonniers de guerre français commencent à rentrer chez eux, avec les honneurs et un pécule ; c’est le cas aussi des troupes coloniales, les Africains notamment, longtemps appelés indistinctement tirailleurs sénégalais. Colon n’allait pas s’em.. à distinguer sénégal du mali du niger ; tous noirs, devaient tous s’appeler bamboula et tous sénégalais ; pourquoi faire compliqué quand on peut simplifier ; l’imaginaire colonial fait dans le simple ; bref sénégalais, c’est ceux qu’on mettait aux avants-postes pour faire peur aux Allemands. Déjà le cas en 14/18 et rebelote en 39/40 ; beaucoup de ces prisonniers ont été tout simplement massacrés par les nazis qui méprisent ces sous-hommes. Autres prisons ; A la Libération, ce contingent rentre en Afrique. Un plein bateau, en novembre 44 ; sortent d’années de galère, d’exil, de combats, de camps> débarquent au sénégal où parque au camp de thiaroye

« un camp, encore un, certes pas de rétention mais bon... »

Ces gens, un bon millier, viennent de toute l’Afrique de l’ouest, parmi eux pas mal de maliens ; ils ont souffert, d’un long exil, des prisons, des brimades, des camps allemands et en même temps ils ont un moral de vainqueurs, la fierté d’avoir tout traversé, d’avoir survécu et aussi d’avoir participé à la victoire, à leur manière. Mais le retour au pays se passe mal ; ils retrouvent une société coloniale qui longtemps a préféré jouer la carte vichyste et des blancs au pouvoir qui voient d’un drôle d’oeil ces colonisés trop sûrs d’eux ; les soldats retrouvent un encadrement méfiant ; ils sont d’ailleurs désarmés, doivent rendre l’uniforme pour endosser une tenue des colonies, costume grossier de toile blanche et chechia

« le chapeau rouge...

on les encaserne en tardant à les libérer pour de bon ; on leur refuse la même pension que celle attribuée aux militaires de la métropole ; enfin, et c’est sans doute ce qui mettra feu au poudre, le change de leur solde, de francs en monnaie locale, se fait à la moitié de sa valeur. Ils ont le sentiment d’être volés, déclassés, rétrogradés. La colère, la frustration sont telles que, le 30 novembre, ils se révoltent et retiennent, quelques heures, en otage, le plus haut gradé...

« le général Danian
- tout juste

Ce dernier promet tout, la reconnaissance des mérites de ces soldats, leur rapide libération, l’argent auquel ils ont droit, un taux de change convenable, tout, il promet tout. Naïfs, les soldats le croient. Ils le libèrent. Aussitôt sorti du camp, Danian fait venir la troupe, cantonnée à Saint Louis, dans le Nord du Sénégal ; celle-ci arrive dare-dare par le train. Et à 3 heures du matin, le 1er décembre, elle prend d’assaut le camp ; on le pilonne à l’arme lourde avec l’appui des chars, alors que les occupants sont désarmés. C’est un massacre. Il y a plusieurs dizaines de morts d’un seul côté, celui des porteurs de chéchias, nombreux ? sont jetés en prison où resteront pendant des années.

et tu crois ?
- quoi ?
- Que le retraité de 1978 et le général de 1944
- oui ?
- ce serait un seul et même homme ?

Les deux s’excitent de ces découvertes
l’un des deux consulte un livre d’histoire ou dossier de presse du journal et dit :
« tu sais qui dirigeait troupe de st louis ?
 ?!
le capitaine Graffin

Chapitre 18
kayes
vendredi

maison de Battisti
Battisti > note de synthèse
il est inquiet. Il croyait avoir tout vu mais là, cette histoire d’avion en plein désert, franchement, ça le laisse sur le cul. C’est du « coke en stock » au carré, cette affaire ! Pour l’heure, il n’y a pas grand monde au courant. Quelques officiels maliens, sa propre hiérarchie, et c’est tout. Mais les médias finiront par le savoir, c’est trop gros pour écraser ça.

Battisti rentre du désert (Nord ? Sahel ?). Plus aride, c’est pas possible. C’est sable sur sable et plat de chez plat, 40° quand ça va bien mais beaucoup plus d’ordinaire. Bref, le coin perdu par excellence.
Et là tombé sur carcasse de boeing 727, encore chaude ; incendié, bidons dans coin signaient forfait ; trois bédoins se disputaient carcasse ; forgerons, qu’ils disaient, voulaient récupérer métal ; on les comprend, pas un déltaplane= triréacteur de 50 mètres, on pouvait couper des plaques de ?
Pour tout le coin
Fatalité ? Se souvenait était en angola en 2003 disparu boeing ; pas le même, celui là via références sur moteur immatriculé amerique sud et appartenu auparavant nigéria
trouvé aussi un carnet à demi calciné
interprétations ; vol difficulté, atterri là et planté au décollage ; tient pas la piste, d’ailleurs tout juste bonne camionnettes ; beaucoup plus vicieux

Vu gens coin ; peut toujours dire que le désert est désert mais quand on cherche un peu, il y a toujours du monde ; il suffit parfois de passer la dune pour tomber sur un berger, un gardien de chameaux, un humanitaire ou ?
Battisti fait tour et conclut ceci : tour de contrôle de gao, qui d’ordinaire pas surchargé de boulot
coucou qui prétendu perdu son chemin puis disparu
zèbre là repérage
leurs correspondants sol ont du nettoyer vite fait une piste
Une piste, artisanale, avait en effet été aménagée dans ce four ?, un bout de terrain hâtivement aplani, les plus gros cailloux repoussés aux marges. Boeing pour un seul aller, prévu pour être cramé à l’arrivée ! C’est dire si pas regardant matière de frais généraux dans équipe qui pilote affaire
donc, tout indique qu’on a mis le feu à l’engin pour le rendre « illisible »

Battisti a pu identifier le moteur (et ?) : l’avion est vénézuelien et il a été affrété par un commanditaire dont on ignore encore le nom. Par contre il n’est pas difficile d’émettre l’hypothèse engin arrive d’Amerique du Sud, Vénézuela ? Colombie ? Il est plein de cocaïne, il peut en contenir jusqu’à dix tonnes ; la livraison est prévu en plein désert malien. Pourquoi là ? Parce que l’Afrique de l’Ouest est devenue une plaque tournante d’approvisionnement du (grand) marché européen tout proche ; parce que ce coin abandonné des dieux manque certes de vrais pistes mais, avantage de l’inconvénient, échappe à toute espèce de contrôle aérien ;
les colombiens livrent leur magot
l’avion crâme
10 pick-up
personnel disparaît

croit pas à incident mécanique bébête ? On a parlé aussi d’intervention criminelle contrariante ? La question se pose car les sud américains se heurtent depuis peu à une nouvelle concurrence musclée, celle des nigérians ; ces nouveaux venus sur le ? Marché exploitent plutôt le ?opium venu du pakistan et voudraient bien contrôler le secteur ; après tout, ils sont chez eux ou presque ; bref pourquoi pas un traquenard où non seulement la mafia musulmano-africaine récupère un pactole et élimine des ?concurrents
trouvé sur place des indices de ?

Battisti est vraiment secoué au point de ne pas remarquer que zoé, sa chatte tigrée, vient de quitter le panier sur son bureau ; vrai chat de garde ou d’alarme ; d’ordinaire félin bouge quand il sent que la porte de l’appartement s’ouvre et en profite pour visiter quartier.

Battisti croit à ses hypothèses mais il mesure ce que ça signifie, une formidable intensification du trafic et une déclaration de guerre. Et là mesure surtout qu’il a quasiment perdu combat ; bricole avec et autres avions + pick-up + complicités
coup de blues quand termine de pianoter sa « note de synthèse » quand une sorte de doigt métallique appuie fermement sur nuque et pousse sans ménagement à baisser tête, jusqu’à heurter du front écran de son portable ; on le maintient dans cette position, nez milieu du clavier et il comprend que quelqu’un est en train de lire au dessus de son épaule son rapport
on le retire doucement ; il tente brusquement de se redresser, le coup part ; il a bougé et la balle lui traverse gorge, éclabousse de sang clavier ; battisti même pas temps de pousser râle, une acre inspiration comme quelqu’un qui étouffe, cherche de l’air quand une nouvelle balle lui traverse le crâne et se fiche dans l’écran

Chapitre 19
Bamako, vendredi

association d’idées de momo (ou de ses papiers) : ce film, ça remonte qq années mais souvenir d’un malien connaissait toute histoire de thiaroye de a à z ; on cherche, on trouve : emile benyahya, chauffeur de taxi

il peut figurer in fiches de momo, toujours pour film ; cet EB était conseiller technique ; d’un naturel taiseux mais dès branché sur histoire du camp, s’arrêtait plus ; savait tout sur tout, à croire qu’il l’avait vécu, habité d’une étrange ferveur.
Une culture pour un chauffeur de taxi

On a sympathisé (s’il l’a connu, il le reconnaitra ou pas ? Ou malaise : in 21, momo peut se dire que type a changé, mal vieilli... ; s’appellerait aussi emile ?)

fils d’un soldat qui dans le camp, blessé, prisonnier, cassé ;
cheminot de bamako avant guerre ; réquisitionné en 1939, il part aussitôt en france dont revient que cinq ans plus tard, in camp de thiaroye ; gravement blessé pendant reprise en main du camp, il est condamné à cinq ans de prison ; en sortira cassé, terriblement amer, ayant perdu tous ses droits ; mort 1978 ou 79
émile fils culte histoire paternelle ; rumine sa vengeance, habité par une rage
- meurtrière ?

Silence
 ?coïncidence qui accuse emile

rage fixée sur un jeu de mots
colons se foutaient père sur thème « y a bon, benyahia »
plaisanterie de caserne
chak fois entendait> fou furieux ; dira même qu’un jour à aéroport, car en face d’un type qui lui fait coup et pète les plombs
voit nom sur bagage

elle : mais 78, date danian in chiotte

momo jamais fait lien

 ?tu sais comment je vois les choses ?
Imagine, emile rumine, tombe donc sur danian michel, ce que confirme étiquettes sur bagage ; autre voit son nom compteur lui fait coup « y a bon »

autre veut aller l’ambassade ; trouve moyen conduire gare> ils discutent, il se confirme qu’il s’agit bien du même homme ; conduire à la gare, sous je ne sais quel prétexte ; wc ; il menace puis lui impose chapeau et le bute
ou le bute puis chapeau
à mon avis, l’oblige à porter avant mourir

puis se met au vert ; s’attend grosse affaire ; personne ne bouge, presque déçu, un peu soulagé aussi car impunité et reprend travail ; personne ne le soupçonne et surtout personne ne veut vraiment enquêter et réveiller ce vieux dossier

momo : il m’avait parlé d’un toubab refait blague mais j’avais pas tilté

adresse
travaillait côté hippodrome
faire un tour
au moins se renseigner

Chapitre 20
kayes
vendredi

à son arrivée siège onudc (adresse ? Rue du Président ?) antoine trouve porte ouverte ; battisti tête effondrée – et éclatée- sur portable qui a l’air de se refermer sur ? Tête comme des mâchoires ; vacarme dans quartier est permanent et voisins probablement pas entendu grand chose. Rugissement vient ? D’ailleurs du parking intérieur ; un pickup fait une marche arrière furieuse, grimpe sur la pelouse où il laisse sa trace et part dans un couinement de boîte de vitesses. Sur portière sigle onudc justement tressaute ?. Par réflexe ?D’instinct, antoine court à sa méhari et prend en chasse la voiture mais il ne joue pas dans la même division ; l’autre est déjà loin ; il a le temps cependant de voir a pris la direction du fleuve ; antoine fait hurler son tacot où il est secoué comme un yoyo ; devant lui, au bout de l’avenue, le bolide bouscule des plots et emprunte le pont malgré les cris et les grands gestes d’ouvriers ; le pont est désert, le pickup file... et disparaît ; il y avait une voiture et il n’y a plus rien ; avant, après ; ça s’est passé comme ça, tout d’un coup, comme un jeu de passe-passe ; pourtant l’édifice (?) est long, interminablement long même ; la camionnette a beau être surpuissante, elle n’a tout de même pas pu en venir à bout aussi vite. Et elle ne s’est pas envolée non plus. Le temps pour le antoine d’arriver à hauteur des travaux ? l’entrée du ?, il se heurte à des employés surexcités qui redressent les dispositifs de signalisation et gesticulent devant lui (sa ?)
antoine comprend alors que l’autre machine est tombée dans le vide ; le pont est en réfection, des pans entiers du tablier manquent ; un peu comme un damier géant où les cases noires donneraient sur le néant ; des grues monumentales sont en train d’installer de nouvelles plaques d’acier là où pour l’heure il n’y a plus que de grands trous ; c’est dans un de ces abîmes que le pickup s’est engouffré.

Depuis plusieurs jours, pendant les travaux, la circulation, détournée, passe par le lit de rivière à sec ; la méhari exécute une marche arrière, descend lentement sur la rive et se trouve bloquée par une caravane de voitures à l’arrêt ; les chauffeurs semblent fascinés par la contemplation du ?pickup renversé, encastré entre deux rochers ; véhicule des flics arrive assez vite, commissariat entrée du pont ; papa est à son bord ; antoine abandonne sa méhari dans l’embouteillage et veut rejoindre le flic ; police craint incendie et le retient à distance ; seul papa s’approche du ? ; de retour, repère antoine :
« c’est fernande ! On ne peut plus rien faire, suivez moi au commissariat.
fernande ?!
Fernande bandiaga, oui

En chemin, antoine lui parle de battisti ; fille qui aurait descendu ?! Papa>onudc ; ému pour battisti, semble pas étonné apprendre identité meurtrier
vous saviez que c’était elle ?
Oui et non ; on l’avait dans le collimateur, battisti et moi, mais rien prouvé ; on savait que les colombiens, de la « Famiglia », la famille, très actifs ici ; on avait appris aussi par transfuge – repenti que leur homme à kayes était une femme, mais sans autre précision
et vous m’avez laissé dans ses pattes ?
Dans ses bras
dans les bras de la mafia, merci
oui, vous étiez notre chèvre, ma chèvre ; la chèvre de monsieur séga !

Il faillit rire puis se ressaisit aussitôt, comme s’il se faisait violence :
« excusez moi, plus fort que moi. Désolé. Désolé pour Battisti. Je l’appréciais beaucoup, ce gars ; je travaillais bien avec lui.
Il explique : François Graffin sous pression des narco-trafiquants ; de ça, on était au courant ; différentes approches, insinuations, propositions, chantages> du mérite à résister... la semaine dernière, au routier « l’harmattan », c’est elle, fernande, qui était sans doute là (après l’avoir suivi) pour le voir, faire un bout de voyage avec lui, lui faire de nouvelle proposition ; ce serait donc elle sur la photo ; moi je n’ai pas tilté en la voyant mais battisti a compris tout suite qd montré photo, d’où son appel

Sans attendre réponse, continue/poursuit :
« l’autre soir, à l’harmattan, Fernande était sans doute chargée d’une nouvelle, d’une ultime ?, proposition, sonnante et trébuchante, ou formuler une menace ; en tout cas pour que l’organisation la délègue en personne, la dévoile ainsi, il fallait qu’ils soient déterminés à emporter le morceau coûte que coûte. Et vite. Devait avoir peur de la concurrence. Ce qui s’est passé ensuite ? Difficile à dire ; le chauffeur, le vieux, personne ne connaît d’ailleurs, semble avoir fait du zèle, il s’est comporté comme un garde du corps ; mais elle, ou les siens, ont dû intercepter plus tard le boss de transfer, le trucider de la manière qu’on sait et buter le chauffeur ensuite en escamotant la voiture ; c’est sans doute le scénario le plus probable.
voilà au moins une affaire réglée, dit le flic.

enquête terminée ? Selon flic, oui> conf de presse ? libération tiecoura, retrouvailles ; antoine veut passer en coup de vent hôtel récupérer quelques affaires mais renonce : on lui signale vraie manif contre « voleur de sexe », même une radio libre qui s’en fait l’écho ; tant pis pour brosse dent et polar de ? Train retour
Chapitre 21
bamako/bois rouge
samedi

approche de hippodrome par longue rue banconi ? bordée de petites résidences. Soudain momo pile et cale (quoi ? Voiture ?)
elle suit son regard
sur un parking un peu en retrait avenue, un type est en train de retirer la bâche qui recouvre un véhicule, devant une maison à l’air dévastée
apparaît une mercredes bleu nuit TRANS 2000

 ?« bois rouge », village proche bamako
route tortueuse, se tromper, après ravin, longer chemin >sophrologue, champ avant entrée d’un village, gauche voiture et palette dressée pour protéger jeune pousse d’arbre ; gauche une construction des plus simples, hangar sur six piliers soutenant toit ondulé ; en plein vent ; demi douzaine de tables ; à l’entrée, façon de parler car pas de porte, un panneau annonce que le lieu est à tout le monde et appelle simplement au respect ; derrière une cuisine -four ciel ouvert ; d’un côté du hangar, des palettes superposées forment des sortes de bancs en amphithéâtre devant une piste ; autre côtés, des niches, souvent autour d’arbres, servent d’ateliers, de poterie, de dessins, de musique, dessins au sol où des enfants jouent en s’appliquant
sorte de phalanstère, école baba

le conseiller ; comment retrouver trace ? Invoquer sa participation, son aide ? Autre documentaire ?

Il sort, crie
EMILE ?!
Type se fige, garde toile dans mains ; il est sur ses gardes, il attend la suite :
tous deux s’approchent avec précaution chasseur ? Veut pas effaroucher proie
peut parler ? Chez vous ?
Maison à l’abandon, les pièces vides ; seul un canapé défoncé
deux s’assoient, emile reste debout

chloé joue franc jeu et direct : on pas des flics, on questions et on part, ok
dit rien
on pense que vous tué général danian,1978, et plus récemment le pdg transfer, qu’on appelle le flamand rosse ; encore une fois, on peu sympathie pour disparus ; on ne vous retiendra pas ; on veut juste pas mourir idiot ; on va vous raconter un bout de votre histoire, comme on l’a comprise ; vous me direz si on se trompe ? Et vous pourrez partir quand j’aurais fini, ok ? J’ajoute que non seulement on ne vous en empêchera partir pas mais on ne préviendra personne ; ok ?
Silence ; emile tendu

chloé : vous êtes le fils de samaké B
et elle raconte ce que avec momo comment exécuté général...

momo : au fil des ans vous allez presque oublié histoire, à peine hanté de temps à autre par des rêves de règlements de compte jusqu’au jour où vous décidez de remettre ça, trente ans plus tard ; pourquoi ? Là on n’a pas compris, on l’avoue

ma piste, enchaîne fille, est la suivante : quelques semaines, toujours taxi, toujours aéroport ; un toubab prend votre voiture ; il voit votre nom compteur et refait la méchante blague du « y a bon benhyiaia » ; vu la réputation du bonhomme, il doit le faire de manière tonitruante, à la façon du colon fier de lui et dominateur, de sorte toute colonne des taxis, toute l’assistance attend une voiture en profite :
« y a bon, benyahya ?! »
et il rigole, imité par qq touristes ; les maliens eux sont plutôt indignés ; cette blague, on ne vous l’avait plus faite depuis des lustres ; étiez devenu un homme presque apaisé et voilà que toute énergie surgit : blague agit comme un mot de passe

vous encaissez et conduisez le type à son domicile, vous reconnaissez nom sur valises = graffin ; toute l’histoire de thiaroye revient, d’un coup, en vrac, en vagues puissantes, un vrai tsunami ; votre père souvent parlé de ce capitaine qui avait dirigé la brillante opération de reconquête du camp ; vous êtes en présence du fils ; il était au mali depuis qq temps déjà mais vous n’aviez pas prêté attention ni fait rapprochement ; ce jour de la prise en charge à l’aéroport, vous ne pouvez pas lui réserver même sort qu’au général, graffin est un géant, le général petit gabarit ; étiez plein jour alors autre arrivé nuit ; pas prêt à remettre ça mais vous le pistez, ça, c’est pas trop difficile pour un chauffeur comme vous ; certes c’est du gros gibier, une huile, toujours protégé, accompagné...mais vous ne vous laissez pas découragé ; votre haine est revenue, intacte, obsessionnelle> règlement de comptes par fils interposé ; finissez par connaître ses moindres habitudes, ses fréquentations nombreuses, ses déplacements ; pas simple d’approcher ce genre de prédateur ; jusqu’au jour où vous avez l’idée de remplacer son chauffeur ( corrompre ou menacer magie ?) et conduire voiture du boss ; vous avez de la chance, il ne vous reconnaît pas, il a sans doute oublié l’épisode du taxi ; vous le droguez, au routier, puis vous le tuez lors d’un cérémonial un peu compliqué, chapeau et compagnie. Vous vous dites, sans trop y croire, que les tensions à l’intérieur de transfer peuvent vous aider, sa mise à mort pourrait passer pour de la vengeance sociale. Sans trop y croire ni se cacher car ? Chapo rouge

à la fin, prend parole : j’ai quelque chose à vous montrer, vous permettez ?
il sort ; deux attend
ronronnement moteur : il se tire !

Momo regarde chloé, hausse épaules

 ?Ce qui était prévu, confession terminée, se sauve

Chapitre 22
Bamako (dimanche ?)

retour milieu journée antoine, tiecoura et papa à bamako

 ?sur fond d’émeutes urbaines ? Ou manifs train)

se retrouvent au maquis « bolche vita »
chloé, avec Momo, est en train de dire que la polygamie, finalement, facile de critiquer ça vu de loin ; pas aussi simple, pas un bloc, voir nuances ? ; bien sûr, vu de paris, mais ici ; ça demande à réfléchir un peu ; pas que des inconvénients ; plusieurs mecs, pas mal
t’es sûre polygamie veut dira ça
prends larousse ; polygame, se dit d’un homme marié à plusieurs femmes ou (OU, OK ?) ou d’une femme mariée à plusieurs hommes, simultanément bien sûr
la nature est encore plus compliquée, ou subtile ; ainsi on dit d’une plante qu’elle est polygame si elle possède des fleurs hermaphrodites et des fleurs unisexuées, mâles ou femelles, sur le même pied

antoine arrive, avec ? Femme de assoc de défense ligne que lui a présenté tiecoura = elle grogne...
il raconte rôle de fernande ; chloé et momo rectifient : pas la drogue qui a buté le pdg, vieille histoire coloniale
elle détaille

Démentir ? Papa = pas chaud ; argumente, danian, plus personne n’y pense ; et pour graffin, fernande= tueuse crédible, de plus déjà un crime avéré, on peut lui en coller deux ; pas sage ; en plus coupable s’est sauvé, comment il pourrait justifier ça ?... important = tiecoura libre, non ? souhaite pas rectifier

on lui fait comprendre que ça va être difficile, la rumeur aujourd’hui, la presse demain ; chloé, momo ! il est prêt à changer de version sans vergogne, autre thèse = pour tromper vigilance du vrai coupable ; il annonce à presse vrai coupable puis renonce ; pourquoi ?

chapitre 23
Kadiolo, frontière avec la côte d’ivoire

vieux au volant de mercedes approche de la douane ; pas inquiet, connaît fonctionnaires ; toute façon tel bordel chez les voisins que les Ivoiriens ont autre chose à faire que de s’occuper des voitures du mali

homme parle
tu es vengée, ma puce !
tend bras, rencontre que du vide ; il parle à un fantôme qui pris place du mort, justement

tu les as entendus, tout à l’heure ?
Tout compris, hein ?
m’ont pris pour émile benyania ; vrai connu longtemps chauffeur qui avait ce nom ; je ne sais pas ce qu’il est devenu
ils ont peut être raison pour vieux, pas mes affaires, mais pour flamand, ils sont complètement à côté plaque

m’ont pas laissé parler, t’as vu, de toute façon j’aurais rien dit

pourquoi étaient si sûrs d’eux ? Cause voiture ? Oui vu voiture, donc je ne pouvais être que

si j’avais décidé de parler, j’aurais pu leur dire que vraie fin de flamand rien à voir avec ce qu’ils ont dit, parlé de toi, ma gazelle, qui t’est laissée séduire par ce porc de flamand ; parlé de ce porc qui toujours plus loin dans ces jeux, étranglé comme une merde, bondage
c’est toubib kayes qui me l’a dit
et bin, moi aussi j’ai fait mon bondage
paraît aimait courir à poil avec chechia ; je l’ai ligoté avec chapeau rouge et j’ai failli le mettre à poil mais commencé attacher

qu’ils gardent leur idée, ils n’ont pas besoin de savoir

douanier (complice) > dit son nom ? (choc ?), genre pourvoyeur de gonzesse dont on parlerait plus haut ou collabo notoire ?

chapitre 24
dans avion

antoine a serré main steward ; fait jamais ça d’habitude ; s’explique pas son geste ; l’autre montre sa pogne aux deux collègues, au bout du couloir ; tous trois regardent antoine, sourcils en accents circonflexes
antoine hésite ; chloé, dans polar de ?, le regarde ; il a son air de chien battu
« ça va pas ?
« tu sais ce que c’est un voleur de sexe
 ?!
« vais te raconter.
Personnages :

françois graffin, pdg transfer, né 49, le fils d’edmond
= flamand rosse (de flandre française, région bethunes ; nom de mère =belge ?)
cf françois lemieux, ex dg de transrail, aventurier, des milliards fcfa dilapidés (8 selon banque mondiale de 2003 à 2006) , licencié par us savage avril 2007)

edmond graffin le père, capitaine, commandant régiment st louis 1944, acteur répression

michel danian, général qui fut brièvement séquestré thiaroye 44, tué dans wc en 78 ?

benyahya émile, fils de samaké, né 49, taxi aéroport (témoin film, le faux faux chauffeur, le faux tueur)

Benyahya samaké, père ; origine mauritanie et sa femme malienne, gens du sahel ; avant guerre = cheminot

le vrai tueur du flamand ?
Sa fille étranglée

tiecoura traoré (dit gorbatchev)

mohammed tabouré dit momo (??le che), journaliste à (« sanfin ») « canard déchaîné » ? musicien/chanteur

dansokho, cheminot auteur de menace anti pdg, qui se dénoncerait

boubacar : le chauffeur habituel

le motard au turban = ? oumar Keita (ou faux gourou qui surveille ses troupes ( de jeunes voleurs ?)

jeunes voleurs= mendiant borgne macky le lynx, enlevé à sa famille, qu’il ne retrouva jamais, pour être vendu ? réussit à s’échapper
et
« bic rouge », une fille (presque violée), fuit l’école, peur lutinée
ils servent à quoi ? À faire visiter bamako à chloé

michel dit mambo, chauffeur de car

diop, griot (sdf ?)

Inspecteur papa séga dit l’épervier du mangrove, gandhi

son aide, issiaka dembelé

fernande bandiaga, la fille de famiglia, colombiens ; (le pouvoir des femmes dans structure mafieuse) ; elle colle au antoine pour suivre l’enquête ; le flamand était sous leur pression ; comprend pas qui a buté, autre groupe ? Nigérians ? Qui sera remplaçant ; elle tue l’italien de l’onu

camille battisti onudc

 ?faux marabou = fosseiny samaké, faux (?) intégriste religieux ?

antoine n°14
33 chapitres de 5100 s = 170 000 s
(now= 29 dec = 109 000 s )
il a fait une série papiers, en 2004, pour 60 ans de Thiaroye, et de fait Danian est nom du général séquestré lors mutinerie thiaroye
thiaroye ?
Oui d’accord, vous blancs, mémoire très sélective
Oh ça va !
(comme disait gide, faut toujours répétr, comme personne n’écoute ?)
, en louant les services d’un réducteur de sexe.
« c’est quoi cette horreur ? Sursaute le antoine
« Vous n’avez pas ça en France ?
« ça dépend ce qu’on entend par là !
« un réducteur de sexe, c’est quelqu’un qui est capable de faire disparaître votre sexe rien qu’en vous serrant la main
« le sexe dans la main ?
« non, en tenant votre main, simplement
« il a un truc !
« Et il ne le ferait réapparaître que contre une forte somme d’argent !
« bon plan
« faut pas rigoler avec ça ! Ici, on prend ces choses très au sérieux, vous savez !?
Femme s’empourpre, le antoine bat en retraite
« Mais bon, à en juger par l’activité nocturne du flamand rosse, on peut penser que le réducteur n’avait pas opéré.
« ils étaient tombés sur un os ! » précise antoine. Fernande ne relève pas.

de part et d’autre du ballast,
la tête du bonhomme, tranchée net, encore surmontée d’un chapeau de feutre rouge
de larges taches de sang sombre sur les rails près des restes d’un chapeau de feutre rouge tout tassé mais résistant,
 ?qui racontait une drôle d’histoire.

pAPA sait QUE AUTRE est danian mais il ne fait pas le lien avec Histoire
CETTE REVELATION DOIT VENIR DE MOMO ET chloé

<??antoine lui signale une 4x4 bleu nuit vitres teintées qui stationné une parie de l'am face bureau des anciens où était; tenté de conducteur, personne; demande son aide?
suicide
oui enfin, un suicide à coup de pistolet sur la nuque, c'
est rareOu difficilevous avez déjà essayé?
antoine bondit:
deux morts et un même clin d'oeil; si tueur est même ( probable) difficile que ce soit tiecoura; avec ses histoires syndicales, il m'a dit qu'il n'a pas bougé de Kayes depuis un moisconclusion?
Flic approuve
+
?
«  Le flamand rosse avait établi son QG nocturne dans un maquis de kayesle « millenium »
+
antoine dit qu'on lui a parlé d'un toubab mortà bamakoavec un chapo rouge lui aussidrôle d'idée pour un suicidé, non? D'habitudemême si j'ai peu d'expérienceon ne fait pas le clown à ce moment là
« comment vous savez ça
crie flic
« ce sont mes « oreilles » à moi
!
« papa » ne décolère pas:
« je m'en doutais, c'est pour ça que vous êtes venupas pour tiecoura!
« qu'est ce que vous racontez?
« le blanc de bamako, 
+
et antoine, kak il réagit à la mort de sa maîtresse tout de même?
+
tiecoura
toujours inculpé et morts = pas coupables
+
?durand drouhin? Tout le monde croyait s'
était sauvé dare-dare espagne?  
fernande confirmerumeurs dans qq maquisretour de durand drouhinOn sait pas tropgrillé de chez grillé
+
DEJA DIT plusieurs personnes ont téléphoné à la rédaction après avoir vu photoelles prétendent connaître cette femmeéliminer les habituels mythos,  une piste sérieuseveut pas en dire plus téléphoneeuropéenléger accent chantant?
« tu m'écoutes?c'est quoi ces histoires d'amour qui passe » dans ton hôtel? C'est momo qui m'a raconté ça 
« première nouvelle
« tu perds rien pour attendre, vieux matou hideux et libidineux! 
trois billes presque alignés, sur largeur de la table, les deux blanches encadrant rouge ; on frappe la blanche de droite qui frôle la rouge, va cogner sur la bande gauche, monte selon une trajectoire presque droite vers la bande du haut, refait en sens inverse un parcours assez identique, refrappe bande gauche et rebondi sur deuxième blanche
« un demi bille avec maximum d'
effet à gauche »
 
bandes dans la longueur
travaille nouveau coup
deboutconcentrétenant sa queue comme une hallebarde puis il se couche à moitié sur la table pour jouer.ette fois ne respecte pas rituel (= garder silence pendant cérémonie du jeu); il  glisse la photo sur rebord tablepapa en rate son coupce quià voir sa têtedoit être tout à fait rarecolèrepeut pas continuer dans ces conditionsça hurle 
Hé bien
je ferai sans vouspour votre informationj'ai balancé la photo à bamako, ce soir elle sera, elle est peut-être même déjà sur le site « canard déchaîné »  Et demain il y aura la version papier. Avec ce titre: « Connaissez vous cet homme? », ça m'étonnerait qu'il n'y ait pas de réaction?

(?
antoine s'éloigne, temps d'entendre autre moi aussiune info;  on a retrouvé votre 4x4
ma 4X4
?
Celle qui avait l'air de vous espionner hier
oui, alors?
Serait celle de durand-drouhin)
+
?épervier déprimé, pas pu bosser,  émeutes en ville>réquisitionné
+
FERNANDE A DISPARU?
PAPA PEUT IL IGNORER EXISTENCE ET IDENTITE DE FERNANDE? 
OU ALORS IL CROIT (et dit rien à antoine) A UNE OPERATION DROGUE
antoine bavarde Tiecoura
gêné; s'
il parle des aveux de papal'autre furieux de rester; s'il dit rien... (PEUT IL NE PAS PARLER DES AVEUX DE PAPA?)
on cherche à lui coller d'autres délits, aurait été vu avec secte ou islamiste ou marabout ou filière émigrants – histoire de justifier prison?



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