Loups/Tapuscrit

Battue au loup

Gérard Streiff

1.
Un labyrinthe ! Max se sentait piégé comme dans un labyrinthe. Le chemin où il s’était engagé coupait une multitude d’allées : laquelle prendre ? Il commençait sérieusement à paniquer.
« Attends-moi ici, j’en ai pour cinq minutes », lui avait dit son grand frère, André, en le laissant à la croisée de plusieurs sentiers de montagne. Mais cela faisait plus d’une heure qu’il avait disparu.
N’y tenant plus, Max s’était donc remis en route, sur les pas d’André. Il le regrettait. Cependant, au lieu de rebrousser chemin, il fonçait tête baissée. Au hasard.
Pour tromper sa peur, il se serait bien mis à courir, mais le lieu était escarpé ; et puis il y avait ce sac à dos, qu’il trouvait de plus en plus lourd.
Il avançait ainsi péniblement, lorsqu’il entendit le vrombissement d’un moteur. Il faillit tomber nez à nez avec un 4x4 de couleur kaki, plutôt déglingué. Malgré l’étroitesse de la piste, le véhicule dévalait vers lui à tout allure. Il allait écraser le garçon ! Celui-ci se jeta sur le bas-côté pour éviter le choc. Son barda valsa dans les futaies. Quand il se releva, la voiture était déjà loin.
« Un fou furieux ! » grinça Max, qui n’avait guère eu le temps de voir le chauffeur.

Au bout du raidillon que venait de descendre la Jeep, il y avait un bout de ciel gris, comme une trouée de lumière pâle. « Le col du Boussou », se dit-il. C’est là qu’André avait prévu de faire escale. Max reprit courage et finit par déboucher sur un replat herbeux. Une vision d’horreur s’offrit à lui.

2.
Le col était un vrai champ de bataille. De part et d’autre d’une bergerie en ruines, une demi-douzaine de moutons gisaient çà et là. Leurs têtes étaient terribles à voir, les yeux exorbités, le cou déchiqueté. Du sang maculait la laine et rougeoyait l’herbe alentour.
L’une des bêtes, sur le flanc, poussait une plainte déchirante. Ses pattes arrière tressautaient avec frénésie, comme si elles voulaient fuir, ou se défendre contre un ennemi fantomatique.
Une brume nappait les lieux. Elle donnait au spectacle un aspect irréel. Ce léger nuage blanchissait le pré ; il s’épaississait à l’horizon. Au-delà d’une cinquantaine de mètres, on n’y voyait plus rien. Tout se perdait dans une ouate opaque.
Max imagina, plus qu’il ne le vit, le reste du troupeau affolé qui s’éparpillait aux quatre coins. Il n’osa pas s’approcher trop près des bêtes. Leur vue lui était insupportable.

Le garçon était haletant. Il ne comprenait pas comment la balade avait pu se transformer en cauchemar. Depuis une petite semaine, il accompagnait son grand frère dans cette randonnée à travers le Mercantour ; il n’avait que douze ans et ses parents avaient hésité à le laisser partir. Mais Antoine, déjà rompu à ce genre d’exercice, s’était porté garant de la sécurité du cadet ; ils s’étaient engagés à donner chaque jour de leurs nouvelles.
Il aurait été plus simple de prendre un portable, mais ils avaient promis de téléphoner aux parents des villages qu’ils traversaient.
Tout s’était parfaitement passé jusqu’à ce matin-là : les deux marcheurs avaient perdu la trace de leur sentier, ce point rouge dans un carré blanc qu’ils retrouvaient de loin en loin, peint sur des arbres ou des rochers.
Pour une raison simple : la forêt qu’ils traversaient avait dû être en partie incendiée peu de temps auparavant. Le paysage était inquiétant, presque hostile, un décor rabougri, desséché, noirâtre. C’était d’autant plus impressionnant que le feu avait détruit une immense châtaigneraie. Là où il y avait eu des arbres puissants, avec des troncs massifs et d’amples ramures, ne restaient plus que des carcasses géantes qui tendaient leurs bras suppliciés comme pour implorer le ciel.
Ils s’étaient égarés dans cet endroit sans vie, sans bruit, sans odeur. C’est à ce moment-là qu’Antoine avait décidé de partir en reconnaissance, mais il n’était pas revenu.

3.
« Antoine ! ? » appela Max. Sa voix était éteinte. Nul écho ne lui répondit. Pas question de rester une minute de plus dans ce lieu sinistre. Il choisit de retourner au village qu’ils avaient traversé en début de matinée.
Il redescendit du col comme un automate, dépassa la forêt calcinée et, par chance, retrouva plus bas les balises du chemin. Pourtant, il n’arrivait pas à retrouver son calme. Il pressait le pas. Un moment, il se sentit surveillé ; il se dit qu’il était trop nerveux et tenta d’effacer cette impression ; mais il n’avait guère envie de traîner.
Le sentier, à présent, le conduisait tout droit vers une forêt de sapins. Comme à l’aller, l’obscurité du sous-bois le mit mal à l’aise.
Les arbres, de très haute taille, étaient serrés les uns contre les autres ; ils formaient presque un mur.
Par endroits, leurs cimes se touchaient, masquant la lumière, et on pouvait alors se croire en pleine nuit.
Le chemin, étroit, se frayait difficilement un passage. Max devait repousser de la main des branchages qui semblaient vouloir le retenir.
Le sol était jonché d’un tapis d’aiguilles et de brindilles sèches. Chacun de ses pas faisait un bruit exagéré, comme un crépitement d’allumettes. Le garçon s’amusait presque de ce crissement cent fois répété.
Lorsqu’il s’arrêta pour réajuster son sac, il ressentit cependant une drôle de sensation : il lui avait semblé que le bruit de pas continuait ! Il tendit l’oreille. Tout était silencieux. Alerté, il reprit sa marche, puis s’immobilisa soudainement. C’était net : le bruit continuait un temps puis s’arrêtait à son tour.
Quelqu’un le suivait ! Il se mit à trembler.
« Il y a quelqu’un ? » dit-il machinalement, d’une voix mal assurée.
Il savait bien qu’on ne lui répondrait pas. Il regarda autour de lui. Les sous-bois étaient obscurs, impénétrables. Il repartit en hâtant le pas.
Il était à présent affreusement inquiet. Pour Antoine. Pour lui. Il devinait une présence. Alors qu’il venait de dévaler une petite pente, il se retourna brusquement ; c’est alors qu’il le vit.

4.
Le loup était là. Max se dit qu’il faisait un mauvais rêve, qu’il devait vite se réveiller. Mais non, l’animal était bel et bien là, à une vingtaine de mètres. Il était dressé sur ses pattes, la tête dans les épaules, le dos rond, la queue entre les jambes. Ses petits yeux étaient braqués sur le garçon.
Celui-ci était pétrifié. Une douleur vive lui tordait le ventre. La peur lui hérissait les poils. « Comme un animal », se dit-il en frissonnant.
Il avait froid, puis il avait chaud. Il n’osait pas faire le moindre geste, de crainte d’une réaction de la bête. Ce loup était-il seul ? Que faire s’il attaquait ?
Jamais Max n’avait eu aussi peur de sa vie.
L ‘animal demeurait absolument immobile. Ils se regardaient l’un l’autre avec une terrible intensité. Et cela dura longtemps.
Le loup avait le poil en bataille ; le pelage de la tête et du dos était gris, et blanc celui des pattes, du ventre et de la queue. Un léger trait de poils noirs courait du museau aux oreilles, contournant au passage les yeux bridés, comme pour lui dessiner des lunettes. Il semblait haut sur pattes, maigre, vif.
L’animal parut se détendre. Il s’assit sur le postérieur, tendit ses pattes avant de part et d’autre de son corps dressé bien droit et releva la tête. Il avait un peu la posture de certains animaux qu’on peut voir sur les hiéroglyphes égyptiens.
Ce calme relatif devint contagieux. Doucement, très doucement, Max s’adossa à un arbre et de détendit à son tour. Il restèrent ainsi encore un long moment à s’observer. Le loup, la tête légèrement inclinée, semblait à présent en paix. Max eut envie de lui parler mais il s’en garda bien.
Fit-il un geste déplacé ? L’animal fut-il dérangé par un bruit qui échappa au marcheur ? Le fait est qu’il se releva, s’étira… et disparut.
Un moment, cette rencontre lui fit presque oublier les mésaventures de la matinée, la disparition de son frère, la voiture, les moutons.
Max se retrouva à la fois enchanté et frustré, ravi de cette incroyable visite, triste déjà de n’avoir pu approcher l’animal.
Il reprit la route en se disant que jamais ses parents, ses amis ne voudraient le croire… Aussi, il se promit de ne raconter cette histoire à personne. Ce serait son secret !
Peu à peu, des sons lointains mais familiers – le bruit d’une tronçonneuse, le Klaxon d’une voiture, l’aboiement d’un chien- lui indiquèrent qu’il approchait du village, un hameau appelé L’Herbage. Une vingtaine de maisons étroites, d’un étage, serrées les une contre les autres, s’accrochaient à flanc de colline.
Le sentier, qui devenait route, contournait les bâtiments ; mais un escalier descendait à travers les habitations ; il emprunta ce raccourci. Les villageois qu’il croisait répondirent à peine à ses bonjours : méfiance ? timidité ? pudeur ? Il se sentait dévisagé, épié.
Il aboutit à une petite place ; l’unique commerce faisait à la fois café et épicerie ; un panneau annonçait : Téléphone. Une grosse dame épongeait le zinc ; le seul client, assis à une table, était plongé dans la lecture de son journal.
Max appela ses parents. La cabine, à l’entrée de la salle, était ouverte, ses voisins l’entendirent. Il tomba sur son père, affolé : André, aussi, venait de se manifester ; l’aîné s’était égaré, il avait dû contourner la montagne ; il se trouvait dans un village voisin, Saint-Agnan.
Max lui dit ce qu’il avait vu au col, oubliant dans la précipitation de mentionner l’épisode de la voiture.
Après avoir raccroché, il demanda s’il y avait un moyen de transport pour Saint-Agnan. Mais la matrone, au lieu de lui répondre, s’exclama :
« Doux Jésus ! Le loup est revenu ! »

5.
Elle se signa, quitta précipitamment son magasin et traversa la place, répétant, affolée :
« Le loup est revenu ! »
Le client, un visage rond encadré d’une courte barbe, replia tranquillement son journal et invita le garçon à s’asseoir à sa table.
« Tu as l’air exténué », dit-il.
De fait, Max était abasourdi. Trop d’événements en si peu de temps !
« Je suis l’instituteur. Je m’appelle Manuel.
-  Max, répondit le garçon.
-  Faut pas lui en vouloir, ajouta l’homme en désignant la tenancière. Le village vit dans la hantise du loup. »
Les autorités en effet avaient réintroduit dans la région des loups en liberté. Cela avait suscité des débats interminables parmi les habitants. Le village était divisé.
-  Il y a les pour et les contre.
-  Et vous ? demanda Max.
-  Jusqu’à maintenant, disons que j’étais plutôt pour. Mais ce que tu racontes va drôlement relancer la polémique ! »
Il se tut, contrarié. Puis reprit :
« On dit n’importe quoi sur cet animal, tu comprends ! Ce serait une bête sanguinaire, le diable, quoi ! Je ne dis pas que c’est un ange. Mais je ne crois pas que ce soit un tueur. C’est une bestiole intelligente, curieuse. Cela dit, va raconter ça à des gens qui ont peur !? Ils ne t’écoutent pas ! En plus, je ne suis pas d’ici. On me prend pour un rêveur, quelqu’un de la ville… c’est tout dire. »
L’instit haussa les épaules, fataliste. Max le regardait avec sympathie. L’homme poursuivit :
« Des bergers s’étaient plaints de la disparition de quelques bêtes, ces temps-ci. Alors, ça devait forcément être un coup du loup. Mais on n’a jamais pu le prouver. Et puis, pourquoi il aurait besoin d’égorger tous ces moutons… Encore un, à la rigueur – disant cela, Manuel avait baissé d’instinct la voix…, s’il était affamé. »
Max eut presque envie de lui parler de sa rencontre de la sapinière, mais il n’en eut pas le loisir.
La dame du café, toujours aussi émue, venait de réapparaître, suivie de plusieurs personnes qui parlaient fort.
« Moi je dis : il faut tuer le loup ! » hurla l’un d’eux, l’accent rocailleux.
C’était un vieil homme en costume de toile bleue qui regardait l’instituteur droit dans les yeux, comme pour le défier.
L’ambiance, dans le café, devint vite torride
Tout le village sembla s’y être donné rendez-vous, la salle était bondée. Chacun voulait dire son mot. Un rouquin massif à la carrure de joueur de rugby, les sourcils broussailleux, la chemise ouverte sur un torse velu, semblait intéressé par Max. Ses mains intriguèrent le garçon, qui ne comprit pas de suite qu’il y manquait deux doigts, le pouce et l’index.
De sa voix tonitruante, l’homme au costume bleu s’exclamait :
« On n’est pas des moutons, nous ! On va pas attendre de se faire égorger. Il faut tuer ce monstre. Je propose qu’on organise une battue, tout de suite !Qui vient avec moi ?
-  Attendons la venue des gendarmes, dit timidement l’instit. Ils doivent passer ce matin, on verra avec eux…
-  Monsieur l’ami des bêtes, moi, à votre place, je me ferais oublier », lui répondit le personnage.
Manuel, isolé, se tut.
S’adressant au public, l’orateur continuait :
« Tes gendarmes ? Ils sont pour les loups ! »
Sa voix se perdait dans le brouhaha. Les gens, excités, opinaient à ses propos.
« Alors, qui vient avec moi ? »
Moi ! moi ! moi ! Deux, trois, cinq mains se levèrent. Ces volontaires s’éparpillèrent à travers le village. Ils revinrent peu après devant le café, chacun armé d’un fusil, et s’engouffrèrent dans plusieurs véhicules. Les portières claquèrent, les moteurs rugirent, les roues patinèrent. Puis la caravane prit la route du col.

6.
Il ne restait que la patronne, Max, Manuel et le rouquin. Celui-ci s’approcha de leur table.
« Paraît que tu dois descendre à Saint-Agnan ? dit-il en regardant Max.
-  C’est vrai. Qui vous l’a dit ?
-  Ma mère. Et il désigna la femme du café. J’y vais justement, au village. Si cela te dit ? »
Max sauta sur l’occasion, prit congé de l’instituteur et suivit le rouquin jusqu’au parking, qui se trouvait à l’entrée du hameau, en contrebas.
En arrivant près des voitures, le garçon eut un choc en y apercevant un 4x4 kaki.
Son chauffard de ce matin était donc quelqu’un du village ! Il allait le signaler au rouquin quand il vit, avec effroi, ce dernier s’arrêter devant le véhicule et l’inviter, fermement, à y prendre place. Il voulut rebrousser chemin, mais l’autre, déjà, lui saisissait le bras.
« Laissez-moi partir ! dit Max.
-  Lai-ssez-moi-par-tir ! » répéta l’homme en prenant une voix traînante et nasillarde pour se moquer de lui. Il sentait la sueur et avait mauvaise haleine.
La main difforme de l’homme se refermait sur lui comme une pince. D’une torsion terrible, il bloqua Max et le projeta sur le siège avant. Puis, avec une agilité surprenante pour sa taille, il s’installa au volant.
Ils venaient à peine de démarrer qu’ils croisèrent la fourgonnette des gendarmes, qui arrivait au village. Tout à sa douleur, le garçon, cloué sur le dossier, fut incapable de faire le moindre geste.
« Alors, tu viens espionner les gens ?
-  Je n’espionne personne !
-  C’est ça, je te crois.
-  Je fais de la randonnée.
-  Qu’est-ce que tu as vu au juste, là-haut ?
-  Je l’ai déjà dit ! Des moutons égorgés, une demi-douzaine de moutons !
-  Et puis ?
-  Et puis quoi ?
-  T’as rien vu d’autre ?
-  Laissez-moi descendre sinon je hurle !
-  Tu peux hurler tant que tu veux ! Il n’y a personne à des kilomètres à la ronde ! A part les loups ! »
Antoine se tut.
« Tu m’as vu, hein, là-haut ? Avoue !
-  Je ne comprends pas ce que vous dites, fit le garçon.
-  Tu l’as dit à quelqu’un, au village ? »
Le jeune marcheur se dit que cet homme était bête. Bête et méchant.
« Tu l’as dit à quelqu’un au village ? répétait l’autre, menaçant.
-  Qu’est-ce que vous me voulez, à la fin ?
-  Te moque pas de moi, morveux, ou tu vas subir le même sort que les moutons ! »
Max était terrifié. Pourtant, quand il vit approcher le virage, il n’hésita pas.
De ses deux pieds joints, il écrasa avec une rage phénoménale celui du conducteur, qui était encore sur l’accélérateur. Le moteur hurla, la voiture bondit.
Surpris, l’autre n’eut le temps ni de se dégager ni de corriger sa trajectoire. La dernière image que le garçon vit fut celle de la voiture qui basculait dans le fossé.
7.
« Tu m’entends ? »
Max émergeait d’une sorte de vertige. Sa tête lui faisait mal. Il reconnut la voix puis distingua les traits de l’instituteur.
« Heureusement que ce n’était pas un ravin, dit Manuel. Vous n’avez dévalé que deux mètres en contrebas. Mais cela a bien suffi pour vous assommer tous les deux. Quant à la voiture, n’en parlons pas. Tu vas ramener une belle bosse du Mercantour ! »
Penché sur lui, l’instit lui tapotait les joues.
« Pardonne-moi de t’avoir laissé partir avec lui. »
Max vit, sur sa droite, la voiture bleue de la gendarmerie ; des képis s’affairaient autour du rouquin, étalé face contre terre, menotté.
« C’est lui le loup ! dit Manuel.
-  Je l’avais compris », sourit tristement le garçon. Puis il se reprit :
-  « Il est pire qu’un loup ! »
Pendant que les militaires hissaient le rouquin dans leur camionnette, l’instituteur poursuivait :
« Les gendarmes se sont rendus au col pour constater les dégâts. En inspectant les parages, ils sont tombés sur un couteau, genre couteau de boucherie, ensanglanté, qui pouvait très bien être l’arme du crime. Ils sont revenus au village, ont interrogé la commerçante. La grosse dame a craqué. Et elle a tout raconté . »
Max se mettait péniblement debout.
« Son fils, continuait Manuel, s’était mis en tête de construire sur le col un hôtel, voire un parc de loisir, un projet complètement fou. Mais le lieu, déjà occupé par les troupeaux, était devenu un site protégé depuis la venue des loups. Je comprends maintenant pourquoi le gaillard était un des militants les plus acharnés contre l’animal, même s’il n’avait rien dit tout à l’heure.
-  Parce qu’avant, tu croyais qu’il voulait simplement venger le petit chaperon rouge ? » osa le garçon.
L’instit sourit et aida Max à prendre place dans le véhicule.
« Avec sa macabre mise en scène, le rouquin pensait faire d’une pierre deux coups : faire peur aux bergers, qui fuiraient ce territoire et discréditer les loups, qui seraient interdits dans la région. Mais il n’avait pas prévu que quelqu’un, ce matin, serait au col. Et c’était toi. Car tu as dû croiser un 4x4 là-haut ? »
Le randonneur hochait la tête.
« Tu ne me l’avais pas dit. Je m’en veux de t’avoir laissé partir avec lui.
-  C’est rien, dit Max.
-  N’empêche ! Quand on a réalisé que vous étiez ensemble, on a eu drôlement peur pour toi, bonhomme. Tu étais devenu un témoin gênant, pour lui. On s’est aussitôt mis à ta recherche. Et voilà ! »
La camionnette approchait du village. Le gendarme qui conduisait se tourna vers son voisin.
« A mon avis, chef, il n’y a pas plus de loup dans la région que de crocodile !
-  Peut-être bien que t’as raison », grommela l’autre.
Scrutant les sous-bois, Max souriait.
Fin



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