Abbaye avril 2019

PREFACE

Réchauffement, planète, énergies, urgence, nature, climat, ces mots reviennent sans cesse dans les discussions, les débats, sur les antennes et les écrans. Normal donc que les jeunes générations s’émeuvent du monde qu’ « on » va leur laisser. Et normal aussi que ces questions s’invitent dans les fictions imaginées lors des quatre ateliers d’écriture tenues à l’Abbaye de St Maur en ce début de printemps.
Merci aux 5ème pour leur créativité. Merci aux enseignants pour leur complicité. Et merci à Oval pour son hospitalité.

Michele Bayard
Gérard Streiff

CLASSE DE 5èB

LE DEBUT DE LA FIN

Chapitre un
La mystérieuse disparition

Mathieu dit à Solange :
- Il paraît que quelqu’un a disparu.
- Ah bon, t’as une idée de qui c’est ?
- Un moment, on a cru que c’était Margot mais ce n’était pas elle ; puis on a parlé de Martin, tu sais, celui qui fait du tennis avec nous, un collégien de 5èA. Mais c’est pas lui. D’autres ont parlé aussi d’Edouard. En fait un prof, M. Tigent, le prof d’EPS, a fait l’appel. Il manque Hugo.
- Hugo ? Il est peut-être aux toilettes ?
- Non, on a regardé.
- Au réfectoire ?
- Il n’y est pas non plus.

Mathieu et Solange sont deux enfants de douze ans, des 5èB, en voyage découverte à l’abbaye de St Maur, en Anjou, avec les 26 élèves de leur classe. Mathieu a de grands yeux marron, c’est un garçon très curieux (ce qui lui a déjà apporté des ennuis dans le passé), tandis que Solange est timide et réservée. Cette fille aux yeux bleu marine, et aux longs cheveux blonds, est la meilleure amie de Mathieu ; elle aime le théâtre. Gentille, un peu maniaque, elle est surtout très intelligente.

La jeune fille dévisage son ami, elle le trouve mince, large d’épaules, beau mais elle sait qu’il a un très gros défaut : il est narcissique.

Les deux enfants apprennent que Hugo jouait au foot dans la matinée et pendant le match, quelqu’un l’aurait traité de gros ! Alors il aurait quitté le terrain, vexé. Mais plus tard, un mono affirme que Hugo était à l’infirmerie ; or c’était un mensonge.

- Et si on menait l’enquête ? propose Mathieu.
- Mais c’est pas un peu dangereux, non ? Je voudrais pas avoir d’ennuis.
- Non, t’inquiète pas, la rassure Mathieu.
- Et les surveillants, qu’est-ce qu’ils vont dire ?
- Sois discrète, fais ce que je te dis et il ne t’arrivera rien.
- OK. N’empêche, je ne pense qu’à ça, cette disparition m’intrigue beaucoup

Illustration n°1
Les deux jeunes gens

Un moment, ils croisent Mme Athaway, leur prof d’Histoire.
- Est-ce que vous avez corrigé notre dernier contrôle ? a le réflexe de demander Mathieu.
- Non, désolée, reconnaît Mme Athaway.
Le garçon se dit qu’elle était sans doute trop prise par Netflix…

Sur le chemin, il questionne son amie :
- Tu ne trouves pas que cette Mme Athaway est trop intrusive ?
- Mais non, tu vois le mal partout.
Mathieu pense pourtant que cette dame est bizarre. Et puis lui, il se méfie toujours des gens trop gentils.

Un peu plus tard, les élèves se retrouvent en salle de classe avec un animateur qui leur explique les règles de l’abbaye, celui-là même qui leur avait dit : ON NE COURT PAS DANS LES COULOIRS !

Solange, à côté de la fenêtre, regarde la Loire aux pieds de l’abbaye. Elle pense à ce que vient de leur expliquer, le matin-même, un guide à propos du fleuve. Il y a cinq ans, la Loire était un mètre plus bas. La jeune fille est désolée de voir que l’homme dégrade son environnement. Elle, elle aimerait pouvoir stopper tout ça mais pour l’instant, cela lui semble impossible. Puis elle ne pense plus à cette question car elle a en tête l’histoire de la disparition de Hugo.

Mathieu, lui, est près de la porte, il regarde d’un petit œil discret des profs qui, l’air inquiet, discutent dans le couloir. Il entend l’un d’eux déclarer :
« Bon, on a plusieurs problèmes. La Loire déborde, bientôt elle va inonder l’abbaye, l’endroit où on dort. La pierre dont est faite la résidence, le tuffeau, ne résistera pas longtemps à l’eau. D’autre part, nous n’avons toujours pas retrouvé Hugo. »

Chapitre deux
Mystère au bout du fil

Surprise : Solange trouve le téléphone de Hugo alors qu’elle se dirige vers le stade de foot pour rejoindre son ami Mathieu. Mme Athaway qui passe par là s’étonne :
- Que cherches tu ici ?
- Oh…euh…rien, madame…je…je fais mes lacets.
- Bon, tu retournes vite travailler.
- Oui madame.

Mais Solange n’écoute pas Mme Athaway et décide, tant bien que mal, d’aller voir Mathieu pour lui faire part de ses trouvailles. Elle lui montre le téléphone.
- A-t-il un code ?
- Oui, il faut qu’on le trouve.

Les enfants sont prudents ; il redoutent de tomber sur un surveillant qui va leur dire : « Qu’est ce que vous faites ? Vous savez bien que les téléphones sont interdits. Donnez-moi ça tout de suite ! » Discrètement, donc, Mathieu ouvre la coque, il y a là un papier avec l’inscription 107. Serait-ce le code ? Solange essaye mais le code est à six chiffres. Mathieu, lui, pense que le 107 est un numéro de chambre.

Illustration 2
Téléphone

De fait, c’est la chambre de Mme Athaway. La porte est ouverte. Personne. Sur une table, une photo de jeune garçon avec ce prénom : Robin. Et une carte des environs de l’abbaye avec la Loire, cerclée de rouge. Les ados apprendront, plus tard, que Mme Athaway avait un enfant, un fils qui se serait noyé dans le fleuve il y a plusieurs années déjà.

Solange et Mathieu vont déjeuner et retrouvent au réfectoire Sacha, sans doute le meilleur ami de Hugo :
- On enquête sur sa disparition, on a trouvé son téléphone, est-ce que tu connais son code ? Si c’est le cas, cela permettra de faire avancer notre recherche.
Sacha répond que Hugo ne disait à personne son numéro. Toutefois Sacha l’espionnait un peu et il avait au moins découvert que les deux premiers chiffres étaient le 1 et le 3, le 13 donc. Ensuite, il n’en sait pas plus.
- Merci Sacha, tu nous as déjà bien aidés.

Comment déverrouiller ce téléphone ? Mathieu tente plusieurs numéros. Et finalement, il crie :
- J’ai trouvé !
- Ah bon ? Super, comment tu as fait ?
- J’ai fait le 13.03.06. C’est sa date de naissance !

Discrètement, longuement, ils regardent dans l’historique des dernières applications, trouvent des messages. Certains sont codés envoyés par un numéro masqué. Ils voient qu’il y a un message de Mme Athaway mais impossible de le lire.
Puis il cherche sur Snapchat et trouve ce texte : « Alors gros, tu comprends pourquoi t’as pas d’amis ? »
Qui peut bien harceler ainsi Hugo ?
Le même message dit : « Rendez-vous dans la cabane, tout de suite ! »

La cabane ?!
- Tu sais où il y a une cabane ? demande Solange.
- Oui du côté du jardin, à une centaine de mètres…
Dans l’entrée de l’abbaye, ils repèrent sur le porte manteau la veste du jardinier ; ils y récupèrent les clés du jardin.
Mais dans la cabane, il n’y a personne, même pas de trappe secrète : une fausse piste. Encore une.

Pourtant ils doivent faire - et enquêter- vite. Car dans le même temps, la Loire continue de monter. Vont-ils d’ailleurs rester à l’abbaye ? Par la fenêtre ils voient bien que l’eau du fleuve avance vers St Maur, elle arrive déjà dans la cour, elle s’approche très vite des bâtiments.

Illustration 3
La Loire déborde

« La Loire déborde ! » dit le professeur Tigent. Un moniteur, que les enfants surnomment B-twin, demande maintenant aux profs et aux élèves de monter se réfugier au deuxième étage de l’établissement.

A cet instant, le téléphone de Hugo se met à sonner, un numéro inconnu s’affiche. Solange s’interroge :
- On répond ?
- Bien sûr.
Elle décroche.
- Allo ?
- Allo, dit l’interlocuteur.
- Qui êtes-vous ? demande Solange.
- Personne, réplique l’autre au bout du fil. Et vous qui êtes-vous ?
Mathieu arrache le portable des mains de son amie :
- C’est moi, Hugo, assure le garçon.
- Tu te souviens de notre rendez-vous ? fait la voix mystérieuse
- Non, désolé.
- Je t’en propose un nouveau, dans une heure à la chapelle.
- Très bien.

Mathieu raccroche, il semble ému :
- J’ai reconnu la voix de celui qui harcèle Hugo !
- C’est qui ?
- C’est Bob ! Bob Costa, tu sais, celui qui se gave tout le temps de Pringles !

Chapitre trois
La vérité cachée

« Je sais où est Bob, dit Solange, enthousiaste à l’idée de démasquer le mystère.
- Où ça ? Il faut vite le chercher !
- Il est dans la salle de jeux.
Mais il n’y a personne dans cet endroit.
- Allons dans sa chambre, assure alors Solange, toujours en courant.
- Attends moi, répond Mathieu qui arrive à peine à suivre le rythme.

Déjà l’eau arrive au rez-de-chaussée de l’abbaye. Le sol est trempé.
- Pourquoi l’alarme n’a pas sonné ?
- L’eau a sûrement dû endommager le système.

Dans l’escalier, Solange glisse, elle se fait mal à la cheville. Le garçon lui propose de rester assise et de le laisser mener l’enquête seul.
- Non ! Pas question ! Je continue avec toi !
Mathieu accepte mais avec difficulté. En chemin, ils aperçoivent rapidement la silhouette de Mme Athaway traverser la cour de l’abbaye mais ils n’y prêtent pas attention.

Chambre 215. Celle de Bob. Celui-ci est là, affalé sur un canapé, en train de manger des chips. Mathieu en colère attaque tout de suite :
- Pourquoi tu harcèles Hugo ! Tu n’es qu’un sale chenapan !
L’autre s’affole.
- Et pourquoi tu lui as donné rendez-vous à la chapelle ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles, prétend le mangeur de chips.
- Ne fais pas l’innocent, j’ai le téléphone de Hugo.
Il le lui montre de loin.
Solange ajoute :
- C’est pas bien ce que tu as fait.
Bob alors, tout d’un coup, se met à pleurer. Et il s’explique. Il est jaloux.
- Mais encore ? l’interroge Solange.
- Et…je…voulais…heu…je voulais me venger.
- De quoi ?
- Toutes les filles que j’aime aiment Hugo ! Léa par exemple, elle vient de me quitter et cinq minutes après, elle était avec lui.
Bob rougit de ses aveux.
- Mais c’est pas une raison pour le harceler ! Il est où ?
- Je suis désolé, snif…snif…Allez le chercher. Je l’ai vu partir en bord de Loire. Je n’ai pas le courage d’y aller.

Illustration 4
HUGO

En bord de Loire ?! Mais le fleuve est en crue. L’eau monte très vite. Les deux enfants sortent de l’abbaye à toute vitesse et veulent se diriger vers la Loire mais ils ont déjà de l’eau jusqu’aux genoux.
Ils hésitent
La fille dit : « On y va quand même ! »
Tous les efforts pour s’opposer à la montée des eaux n’ont servi à rien. Les buissons qui bordent le fleuve ont disparu, engloutis. Sur le parking, les véhicules sont en partie sous les flots, immobilisés. Même les autocars sont bloqués. Les jeunes gens perdent tout espoir de revoir leur ami.
C’est alors qu’ils entendent une voix, une voix de femme, qui crie : « Aidez-moi ! Vite, aidez-moi à le sortir de là. »
Mme Athaway remonte vers l’abbaye en traversant ce qui était, il y a peu encore, la route et lutte contre le courant. Elle tient un jeune homme à bout de bras. Hugo.

Depuis la catastrophe arrivée à son fils, Mme Athaway est très vigilante quand un enfant s’approche de la Loire ; elle a donc vite repéré le piège où se trouvait Hugo.

Mathieu prend le téléphone de son ami et prévient M. Tigent de la situation. Peu après une sirène retentit. Un bateau à moteur apparaît, celui des pompiers qui les font monter tous les quatre, Mme Athaway, Hugo, Solange et Mathieu.

Plus tard, d’autres bateaux, des canoës, des embarcations de fortune viendront embarquer leur classe. Solange et Mathieu seront acclamés comme des héros. Et tous auront plein d’histoires à raconter à leur famille, sauf Bob trop occupé à manger ses chips.

FIN

CLASSE DE 5è C

ETRANGES VACANCES

Chapitre un
Un accueil pas si chaleureux

« Tu as vu l’état de l’abbaye ? dit Cyril à Camille.
- Cela ne ressemble pas du tout à ce que j’ai vu sur internet, répond la fille.
- Oui, c’est étrange, réagit-elle, un peu effrayée.
- C’est incroyable, oui. Du vandalisme ! ici !

Les deux jeunes gens, en vacances, étaient partis à St Maur après avoir vu sur Internet que l’abbaye serait réquisitionnée pour héberger les populations réfugiées climatiques. Car la catastrophe était arrivée, le niveau des océans montait.

Camille a douze ans, elle est grande, blonde aux yeux bleus.
Elle est douce de caractère, sociable, mais elle préfère rester sur ses gardes, elle n’aime pas être surprise. Elle porte un jean bleu et un pull blanc. Cyril, lui, a treize ans, brun, grand, musclé, intelligent, direct. Il a un pantalon noir et un pull vert.
Ces deux-là s’entendent bien depuis la primaire, tout en étant différents. Un point commun, cependant : on peut dire de chacun qu’il a un regard franc, qu’il est quelqu’un de bien, sur qui on peut compter.

L’abbaye de St Maur est très vieille, elle a plus de mille ans. Mais elle présente mal. Des vitres sont cassées, des graffitis ornent les murs. Au sol, traîne le papier d’emballage d’une barre de chocolat.

- L’endroit est en piteux état, dit le garçon.

A y regarder de près, l’abbaye semble avoir l’air… vivante. Les fissures sur les murs forment comme un visage.
« On entre ?
- T’es sûr ?
- On ferait mieux de ne pas essayer, j’ai une drôle d’impression, un mauvais pressentiment, si tu veux.
Dans l’entrée, un long tapis, couleur rouge/rosé, ressemble à une sorte de grande langue.

Le hall est silencieux, un silence de plomb. Puis un bruit. Ce n’est qu’un petit chaton roux qui s’en va en miaulant. Un vieux buffet grince. Une ombre passe. Celle du chat ? Ou plutôt celle d’un homme.

Prudent, Cyril sort de sa poche un détecteur à rayons X, dernier cri, l’appareil vient juste de sortir, mais il ne remarque personne sur l’écran tactile. Le détecteur lui permet cependant de trouver sur les murs, un dessin, celui d’un cheval à tête de poisson.

Illustration 1
Cyril et Camille

La pièce semble mal entretenue.
- Y a quelqu’un ! crie Camille.
Pas de réponse.
« Y a quelqu’un ! répond un écho tout au fond du réfectoire.

Ils commencent à visiter. Dans la salle à manger, des restes de repas moisis attendent sur la table. Au mur, un calendrier, celui de l’année, 2025. La salle de jeux est déserte.

Au plafond, des points jaunes les intriguent.
- Oh mon dieu, ces centaines de chauve-souris, là, juste au-dessus de nos têtes, crie la fille.
Ils arrivent dans la bibliothèque. Cyril s’exclame :
- Camille, un passage secret !
En fait, il s’agit d’une porte sur laquelle on voit toujours le même dessin d’un cheval avec une tête de poisson, mais la porte est bloquée.
- Tu penses pouvoir la débloquer ? demande Camille.
- Le verrou est rouillé, un grand coup dedans et c’est bon, je fais de mon mieux .

Le garçon cherche un moyen pour casser le verrou ; il utilise une pierre comme une massue, mais ça ne marche pas.
- Et si on la fait fondre ? dit son amie.
Avec deux torches, ils brûlent la serrure ; elle se met à couler.
- Victoire !

La porte s’ouvre sur un couloir sombre, lugubre.
« C’est un peu comme une chasse au trésor, dit le garçon pour se donner du courage.

Chapitre deux
Une surprise pas comme les autres

Une surprise les attend au bout du tunnel.
- Camille, passe moi la lampe-torche, dit le garçon.
Ils marchent d’un pas mal assuré. Sur le chemin, ils s’imaginent le pire.
Camille pense qu’ils sont dans le ventre de l’abbaye, une sorte d’ estomac qui gargouille, ils seraient même dans l’intestin grêle, un vrai labyrinthe rempli de menaces, comme un pont dangereux à traverser, de la lave en fusion partout, une chaleur épouvantable, de l’air pollué, irrespirable.
Cyril, lui, se demande s’ils ne vont pas se retrouver en face de l’animal étrange représenté sur les murs, mais l’animal en vrai cette fois, telle une grande créature, haute de deux mètres, blessée, livide, désespérée…
Camille frissonne et songe à des boîtes tachées de sang, pleines d’araignées.
- Tu sais quoi, dit le garçon, je te parie qu’on va tomber sur deux portes ; sur l’une, sera marquée Liberté, mais ce sera un leurre et il faudra prendre l’autre porte avec la chimère représentée dessus.

Illustration 2
L’abbaye cassée

Ils en sont là à se raconter des choses fantastiques quand, soudain, ils entendent du bruit, des voix, une langue qu’ils ne connaissent pas.
- T’entends ? chuchote Cyril.
- D’où ça vient ?
Il pivote, Camille fait de même.
- Là, une porte ! Elle n’est pas verrouillée.

Camille toque tout en croisant les doigts pour que personne ne réponde. Rien ne se passe. Cyril tente sa chance, toque à son tour. Personne ? Le garçon prend son courage à deux mains, ouvre.
Ce que les deux enfants découvrent, ils ne l’oublieront jamais.
Ils tombent sur un des seuls endroits éclairés de cette demeure inquiétante : une salle complètement blanche, du sol au plafond. Et là se tient un groupe d’humains, apeurés.
- Qui sont tous ces gens ?! demande Camille horrifiée.
- On dirait que ce sont des otages, répond le garçon en essayant de dissimuler sa peur, mais en vain.
- Ce sont… commence Cyril avant de se faire couper par Camille.
- Des…des… des réfugiés climatiques ! s’exclame la fille.
Elle éclate en sanglots, Cyril fait de son mieux pour la rassurer, la prend dans ses bras. Puis après un long silence, il s’adresse à ces inconnus :
- Euh…bonjour.
Pas de réaction. Finalement, après un temps de réflexion, sans doute, une personne se lève, un homme âgé qui leur demande :
- D’abord, vous, qui êtes-vous ?
Cyril et Camille se présentent.
- Moi je suis Patrick, dit alors l’homme. Et voici ma famille, Ambre, Timothée, Sarah. Nous sommes des rescapés d’un cyclone. Voilà des mois que nous sommes ici.
- Comment avez-vous fait pour survivre, sans provisions ?
- On a survécu grâce à un potager miniature qui nous procure fruits et légumes.
- Et l’eau ? Où trouvez-vous de l’eau ? interroge Camille.
- Il y a une fontaine qui marche encore.
- Mais pourquoi vous cachez-vous ?

illustration 3
le tunnel

Le vieil homme explique alors qu’ils sont souvent menacés par des hommes masqués, qui portent sur leur uniforme un badge avec le dessin d’un cheval à tête de poisson.

Chapitre 3
La révélation

Les deux enfants décident d’aider les réfugiés.
Camille envoie un mail à ses parents : « Vendredi, 8 avril 2025. Chers parents, j’espère que tout va bien pour vous. Ici ça va tant bien que mal. Quand nous sommes arrivés, l’abbaye était déserte et en piteux état. On y a trouvé des réfugiés qui sont en grand danger. On va les aider. Tout cela peut vous paraître étrange mais nous allons réussir. Vous me manquez. Bisous. Camille »

La jeune fille termine son message en se disant qu’au fond, elle aurait bien aimé que tout cela soit un rêve ; elle se réveillerait dans sa chambre, loin de ce cauchemar. Mais non, elle était bel et bien à l’abbaye et elle devait, avec Cyril, affronter des hommes masqués.

Camille et Cyril cherchent alors comment tendre un piège à ces derniers :
- J’ai un plan, dit Camille : on sait que ces gens viennent à l’abbaye tous les samedis. Ce jour-là, on fait tomber un objet, un vase par exemple, dans une pièce, on se cache autre part dans l’établissement ; logiquement ces hommes iront dans la pièce où a chuté l’objet ; et nous on les assomme, on ferme le local à clé, on appelle la police.
- Mouais, réagit Cyril pas très convaincu. Moi je les attirerais plutôt dans un couloir au bout duquel on creuserait un trou, on étalerait de la peinture sur le sol, cela ferait glisser ces individus dans le trou et là ils seraient à nous ! Ou mieux, ajoute-t-il, comme je suis abonné à un magazine de farces et attrapes, j’ai du matériel au grenier pour les coincer.
Ils pensent encore les attirer dans un leurre, les identifier aux rayons X… Pour l’heure, ils demandent aux réfugiés des informations sur ces hommes qui portent le fameux badge du cheval à tête de poisson. Ils formeraient un groupe de trois ou quatre personnes.

Cyril dit aux jeunes gens qu’il veut bien participer à la réalisation du piège. Ensemble, ils choisissent la technique suivante : placer au sol un grand filet au bout duquel il y a une corde solide qui remonte jusqu’à une poulie et redescend entre les mains des ados et des réfugiés.

Illustration 4
Le symbole cheval/poisson

- Pour attirer ces individus, il faut un appât, suggère Cyril.
- On peut vous aider, se dévoue Patrick.
- Nous ne voulons pas vous mettre en danger, dit Camille.
- Je reformule ma proposition, nous allons vous aider, insiste Patrick.
- Ok, ok, cède Camille avec un petit rire de soulagement.

Quand les hommes masqués – ils sont trois en fait- se manifestent à l’abbaye, les réfugiés se mettent à crier de toutes leurs forces ;
les agresseurs vont à leur rencontre, passent sur le filet ; les enfants, aidés par d’autres personnes, tirent alors sur la corde, et les trois hommes s’envolent.
- On les a eus ! s’écrie Camille.
- Oui ! dit en écho Cyril.

Les ados regardent leurs prisonniers :
- Qui êtes-vous ?

Quand ces individus vont retirer leur masque, qu’est-ce qu’on va découvrir en dessous ? Des moines énervés qui ne supportaient plus les règles de vie à l’abbaye ? Des créatures en voie de disparition et venues d’ailleurs ? Des mutants victimes du réchauffement climatique ? Des êtres d’un autre monde décidés à contrôler les terriens ?

En fait c’est un gang, un drôle de gang ; l’un d’eux s’explique :
- Nous défendons l’abbaye depuis que mon père l’a abandonnée car il n’avait plus les fonds pour l’entretenir ; nous savons que des acheteurs immobiliers veulent racheter l’abbaye et nous ne voulons pas qu’il saccage de magnifiques patrimoines ; nous entretenons ce climat de peur pour décourager et repousser les éventuels acheteurs.

C’était donc ça le secret de St Maur.
A ce moment, Patrick s’invite dans la conversation. Il annonce que sa famille, en fouillant les meubles, a trouvé un petit coffre plein de billets.
- Les fonds dont vous avez besoin, dit-il simplement.

Du fait de la magie des lieux, tout le monde devient ami, tout le monde parle et il est question de rénover l’abbaye, d’en faire ce centre d’hébergement des réfugiés climatiques tant attendu et accessoirement un lieu d’accueil pour les classes-découverte.

FIN



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