2008 (1er trimestre)

BULLETIN COM/IDEES
1 (171)/29 janvier 2008

1)La Société Générale

Nombre impressionnant de commentaires qui traduisent tout à la fois
l’inquiétude des tenants du capitalisme (Cf Les Echos, La Tribune
notamment ) sur la solidité de leur propre système et le sentiment que
le gros de la crise est à venir ; l’irresponsabilité et la cupidité du
monde bancaire ; l’impuissance du monde politique, mis hors jeu par la
dérégulation ; la défiance croissante de l’opinion à légard de « ceux
d’en haut » (banque et pouvoir) et dans le même temps peur accrue de la
mondialisation.

Alors qu’il est volontiers question de « moraliser » le système, on lira
avec profit l’entretien « Justice contre corruption » (Le Monde, 27/1)
qui, avec le projet Dati de dépénalisation du droit des affaires, de « 
tendance néolibérale berlusconienne ».

A lire l’entretien avec Bernard Maris in Libé du 28/1.

A lire François Morin, « Le nouveau mur de l’argent : essai sur la
finance globalisée », Seuil, 2006

2)Argent et communisme « trop pesant »

La saison des publications annuelles de résultats des grands groupes
approche ; on va revoir valser les milliards. Le CAC 40, promotion 2008,
devait afficher un profit cumulé de plus de 105 milliards d’euros. « Un
record absolu » écrit Le Figaro, qui balise déjà. « On va jeter en
pâture à l’opinion ces milliards dans un pays qui n’aime pas la réussite
 » écrit ce journal (22/1/8). Un pays resté au temps de Zola, dit encore
le quotidien appelant à en finir avec « les freins à la croissance, les
oripeaux du collectivisme et les reliques du gaullo-communisme d’après
guerre encore bien trop pesants ».

3)Mai 68 et le PCF

Est-ce que l’émission de FR3 sur mai 1968 (23/1) donne un avant goût des
commémorations de cet événement ? On notera en tout cas la tonalité très
anticommuniste de cette émission, la mise en vedette de Cohn-Bendit qui
a repris les antiennes ( le juif allemand, Marchais antisémite) et
terminant son speech par un « Marchais, ce salaud ! » qui n’a suscité
aucune remarque sur le plateau.

4)Manuels scolaires

Marotte des libéraux, l’offensive contre les manuels scolaires,
coupables d’antilibéralisme, est relancée. Le ministre de l’Education
vient de demander un audit sur les manuels d’économie (il faut dire que
Rocard avait ouvert le feu en les taxant de « catastrophe ambulante »)
pour mai. Grosse place accordée à ce sujet dans la presse de droite. Le
Figaro demande un même audit pour les manuels d’histoire et de géographie.

5)Les Français et l’argent

Au terme de deux ans d’enquêtes serrées et forte d’une centaine
d’entretiens sur un « sujet peut-être encore plus tabou que la sexualité
 », Janine Mossuz-Lavau, chercheuse au Cevipof, nous parle, dans son
dernier ouvrage, de « L’argent et nous » (La Martinière). Elle montre
comment l’enfance et l’éducation déterminent notre rapport à l’argent,
comment « le temps dit de l’innocence est aussi celui de la découverte
de la lutte des classes » quand on se rend compte des inégalités.
Comment vivent les jeunes d’aujourd’hui pour qui « avoir de l’argent est
une obligation ». Elle distingue trois catégories de revenus : les
pauvres dont le revenu mensuel net serait égal ou inférieur à 1300
euros ; les « moyens » qui perçoivent entre 1300 et 3000 euros ; enfin les
riches qui gagnent plus de 3000 euros. Près de la moitié de la France
est pauvre, estime-t-elle. « Nous vivons dans l’un des pays les plus
riches du monde où il y a beaucoup trop de pauvres ! ». Les réformes en
cours poussent à « un système très inégalitaire ». Le rapport à l’argent
diffère, selon qu’on est de droite ou de gauche. Pour l’auteur, « un des
points inquiétants » de l’enquête est l’acceptation d’une « élite, des
gens supérieurs aux autres, qui auraient besoin d’argent pour mener leur
action et pourraient bénéficier de traitements de faveur ». Apparaît « 
une vision hierarchique de la société où est acceptée l’idée qu’il y
aurait des citoyens plus égaux que d’autres ». Elle parle de « rupture
du pacte démocratique. »

6)Pauperisation des classes moyennes

L’expression est tirée d’une enquête du CREDOC. Le logement est le
meilleur signe.de cet appauvrissement. Alors que dans les années 70, la
proportion de propriétaires de logements était la même que l’on soit
aisés, moyens ou bas revenus, à partir du début des années 90 les
inégalités d’accès ont augmenté pour exploser aujourd’hui : 70% des hauts
revenus sont propriétaires, 46% des moyens, 33% des bas revenus. (Figaro
11 décembre)

Plus généralement, la question des classes moyennes (bon dossier HD), de
leur regression sociale, de leur positionnement politique et de leur
(moindre) adhésion au modèle libéral dominant est devenue un enjeu
majeur de la vie publique aussi bien en France qu’en Grande Bretagne
(affaissement de Blair) qu’aux USA (phénomène Obama).

7)Laïcité

Nombreux commentaires sur les discours répétés de Sarkozy sur le fait
religieux, les racines chretiennes, la France « fille aînée de l’Eglise
 », etc. Pour en souligner aussi bien le côté tactique, provocateur, le
défi ( « c’est un piège dans lequel se sont précipités ses adversaires »
écrit A. Duhamel, Libé, 23/1) que l’aspect stratégique : vers la
reconfiguration de la société libérale où la religion remplace l’utopie
partie, où le clergé (l’imam) sert à l’encadrement. Ce projet figurait
explicitement dans un des rares livres de Sarkozy, « La République, les
Religions, l’Espérance » dès 2004.

L’inspiration du Président est sans doute à chercher du côté de Napoléon
pour qui : »Comment avoir de l’ordre dans un Etat sans religion ? La
société ne peu exister sans l’inégalité des fortunes et l’inégalités des
fortunes ne peut subsister sans la religion » (1801).

8)Individus

Deux articles à signaler sur cette thématique. « Les individus, enjeu
politique » de Corcuff et Johsua (Le Monde, 24/1) : critique du forum du
PS (20/1) sur le sujet (l’individu remplace la classe) et argumentaire
de la LCR : l’individu est une réalité mais classe et individu
fonctionnent ensemble ; Marx et « le libre épanouissement de chacun ».

D’autre part le dossier du Parisien sur « Internet, SMS, portable »
(24/1) montrant à la fois les libertés nouvelles (« lhomme moderne est
joignable à tout instant, inscrit sur Meetic, a sa page personnelle sur
Facebook ou MySpace, rédige chaque soir son blog et se balade
virtuellement sur Second Life le week end » et en même temps les
nouvelles aliénations que cela suscite.

9)Etat d’esprit du peuple de droite

Reportage de terrain des Echos (24/1), à l’occasion de la campagne
électorale, montrant un certain desarroi du peuple de droite, repercuté
par les élus UMP : obsession du pouvoir d’achat, difficultés avec les
franchises, style présidentiel...

10)Thème sécuritaire

Si la question de l’insécurité recule dans les préoccupations
prioritaires de l’opinion, le pouvoir garde en permanence en chaud cet
enjeu. Voir la dernière sortie de Sarkozy à Sartrouville, en dehors de
toute actualité. On notera (Figaro, 25/1) qu’une très forte majorité de
sondés pensent que rien n’a changé en matière d’insécurité depuis
l’arrivée de Sarkozy : 72% !

La lecture « libérale » de l’insécurité est très forte : 69% pensent que
la délinquance résulte de l’absence d’aurorité des parents ; pour 44%
c’est la faute à la société, et pour 39% à l’Etat.
PS : côté partis politiques, on notera notamment la bonne tenue dans les
sondages du Modem (7% pour CSA/Parisien du 25/1).

BULLETIN COM/IDEES
2 (172) / 5 février 2008

1)Au coeur du pouvoir

Sortie de l’ouvrage de François Morin, « Le nouveau mur de l’argent.
Essai sur la finance globalisée ». Il y a notamment un développement sur
l’ampleur des sommes en jeu, si astronomiques, qu’elles échappent
souvent à la compréhension, sur la démesure (au sens propre !)
financière. Il propose par exemple une nouvelle unité de mesure qui est
le Téra-dollar soit le millier de milliards de dollars, permettant des
comparaisons ; il montre que les transactions relevant de l’économie
réelle (PIB) et celles du marché des changes est de l’ordre de 1 à 12 ;
il établit que 93% des opérations financières sont d’ordre spéculatives
et 3,4% seulement au marché des capitaux stricto sensu.

Et surtout il estime que le coeur du pouvoir se trouve dans les grandes
banques internationales, en petit nombre, « un oligopole » puissant au
niveau mondial : « c’est lui qui est le maître d’oeuvre du mur de
l’argent qui se bâtit sous nos yeux ». Sans contrôle. Bien plus puissant
que les banques centrales.

L’épisode Société générale est de ce point de vue symbolique de la
manière dont « marche » ce pouvoir mondialisé. Il a mis le doigt sur les
vrais lieux du pouvoir aujourd’hui.

Autre aspect important de cet essai : il montre comment cet oligopole ne
rencontre aucune vraie résistance, ronge la démocratie et le politique ;
besoin de refondation démocratique, de contre pouvoir, mondial. »Peut-on
laisserr des pouvoirs privés aussi concentrés et puissants dans le poste
de commande de la finance globalisée ? »

2)Impuissance du politique

L’autre grand enseignement de l’affaire Société Générale est
l’impuissance du politique. Sarkozy est tout à fait incapable
d’intervenir dans la crise SG, d’obtenir la démission de Bouton ; même la
Banque de France, au début de la crise, lui a caché des informations.

Cette impuissance avérée, au moment même où il évoque si volontiers les
« caisses vides », casse un argumentaire essentiel de sa campagne
électorale et de sa victoire : la force du politique !

D’où sans doute la tentative très mise en scène de son déplacement à
Gandrange ; et les propos de ses conseillers sur les nouveaux moyens de
la puissance publique...

3)Traders et bourgeoisie rentière

Beaucoup de bons papiers sur la caste des traders, jeunes gens issus des
« bonnes familles » et des grandes écoles, à la fois garde rapprochée du
pouvoir financier et sorte de féodalité relativement autonome, ayant
imposé « un partage de la valeur ajoutée incroyable ». A intégrer dans
notre travail sur la recomposition de classe en cours.

4)Supercapitalisme et démocratie

Sur un thème assez proche, lire « Supercapitalisme » (Editions Vuibert)
de l’américain Robert Reich, prof d’éco et ex ministre du Travail de
Clinton ( à présent conseiller d’Obama). Un des thèmes forts est que « 
le capitalisme s’est renforcé et la démocratie s’est affaiblie ».

5)Médias et moyens de production de l’opinion

Thème récurrent du discours critique, la main mise sur les médias,
l’uniformisation du propos, la regression entretenue. Voir l’article de
Max Dorra dans le Monde/Débats du 26 janvier ; il y parle de « la
détention des moyens de production de l’opinion ».

Voir aussi les propos de Finkielkraut dans l’entretien in Libération du
26/1 : « L’enfant gâté a succédé à l’homme cultivé ». Avec une belle
sortie sur les médias : « Le nouveau en l’occurrence, c’est le règne sans
partage d’une télévision sans complexes, c’est le rôle prescripteur des
amuseurs et c’est la transmission des normes sociales par les vedettes
de la jet-set et du show biz. L’écran qui envahit tout est lui même
envahi par une nouvelle caste dominante qui se croit libérée des
préjugés bourgeois alors qu’elle s’est affranchie de tout scrupule et
dont les goûts, la langue, la connivence regressive, l’hilarité
perpétuelle, l’obscénité tranquille et le barbotement dans la bassesse
témoignent d’un mépris souverain pour l’expérience des belles choses que
les professeurs ont la charge de transmettre. »

Sur le rapport Sarkozy/Médias, lire « Le Téléprésident » de Denis Muzet,
sans doute l’observateur le plus pointu aujourd’hui de ces questions
avec Wolton.

Lire aussi, chez La Dispute, « Peut-on critiquer le capitalisme ? », série
d’articles critiques, destinés à l’origine pour le Nouvel Observateur en
octobre 2006 et censurés par cet hebdo.

6)La question des salaires ne sera pas posée

Saisissant sondage de la Sofres pour Lire la politique sur le pouvoir
d’achat. On interroge les Français sur dix mesures (gouvernementales)
capables d’ « aider » le pouvoir d’achat sans parler des salaires ; et
cet « interdit » semble interiorisé par les sondés eux mêmes puisqu’ils
sont 57% à estimer que c’est le passage à l’euro qui a plombé le pouvoir
d’achat et 16% seulement à évoquer « la stagnation des salaires ».

Autre sondage CSA sur les suites de la crise financière. Une très forte
proportion (entre 70 et 80%) s’attend à des retombées négatives pour
leur pouvoir d’achat et la croissance ; et 59% pensent la politique
impuissante face à la crise.

Chiffres à lier au taux très bas du moral des ménages, taux le plus bas
depuis 1987 !

7)Les libéraux alarmés

L’affaire de la Société Générale, plus généralement la crise financière
mondiale sapent la timide confiance que les Français avaient semblé
placé dans le libéralisme avec l’élection de Sarkozy : c’est le propos
que l’on retrouve dans la presse de droite, chez Ivan Rioufol notamment
(Figaro, 1 février), lequel riposte : « Ces affaires dénaturent un
système, elles ne suffisent pas à le désavouer. (...) Le libéralisme
reste le meilleur moyen de sortir la France du déclin. »

Il est aussi significatif qu’Attali, pourtant auteur d’une série de
propositions très libérales, assure avec autant d’insistance que son
plan n’est nullement libéral !

8)Haro sur les profs d’éco

Bête noire de la droite ( et de Rocard), l’enseignement de l’économie à
l’école est considéré comme responsable de l’antilibéralisme ambiant.
Voir la tribune d’Hélène Rey dans Les Echos (31/1) : « Les sondages
internationaux montrent une défiance exceptionnelle des Français vis à
vis du marché, de la libre entreprise et de la mondialisation. Peut-être
vaudrait-il la peine de se demander tout simplement si le système
éducatif français ne tend pas à véhiculer ces valeurs là... »

9)Explosion des inégalités

En France...

Camille Landais, économiste de l’Ecole d’économie de Paris, s’intéresse
(pour la première fois) aux revenus nets des 0,01% les plus riches soit
3500 ménages en France ; Ils ont augmenté de 42,6% entre 1998 et 2005
contre une progression de 4,6% pour les 90% de foyers les plus modestes.

Fait nouveau : cette évolution s’explique pour une bonne part par
l’explosion des très hauts salaires et pas seulement par les
rémunérations du capital.

...comme aux Etats Unis.

Etude officielle américaine, menée par le professeur Rober Gordon, LE
spécialiste des études sur la productivité. Il constate (étonné !) qu’aux
Etats Unis seuls 10% des salariés ont vu leurs revenus augmenter autant
ou plus que les gains de productivité dégagés par l’économie nationale
depuis 1996. « C’est dire que la très forte croissance américaine des
douze dernières années n’a profité qu ’à une minorité et les inégalités
se sont considérablement accrues. » (Le Figaro Economie, 4/2).

Pour rester dans ce pays, 50 millions d’Américains sont sans assurance
santé ET un américain sur quatre est « sous-assuré » (pas de couverture
en cas de problème grave)

10)1968 : le débat continue

La droite, l’idéologue Alain-Gérard Slama notamment, est remontée contre
les célébrations de « l’esprit 68 » que la gauche entreprend ici ou là.
Principal reproche : célébrer 68 revient à célébrer « l’utopie » : « le
drame de la gauche est de demeurer accrochée à une interprétation de la
société qui certes a su se dégager dans l’ensemble du marxisme et
répudier l’idée de révolution mais qui n’en a pas moins conservé de
l’esprit de mai 68 la même propension infantile à raisonner par tout ou
rien, ce qui est le propre de la pensée utopique « (Figaro, 4/2).

PS : nombreux papiers sur la grogne voire la panique à l’UMP ; débat sur « 
nationaliser ou pas » le scrutin prochain ; en tout cas le sigle UMP
n’apparaît pas dans ses campagnes à Paris, Lyon, Marseille ou
Bourdeaux... ; le parti sort un tract à 4 millions d’exemplaires qui se
veut pédagogique, montrant tout ce que Sarkozy a fait depuis son élection...

BULLETIN COM/IDEES
3 (173) / 12 février 2008

1)Idéologie libérale

Les difficultés rencontrées actuellement par Sarkozy ne traduisent pas
nécessairement par un recul ( pour l’instant) de l’idéologie libérale
qui a marqué la campagne présidentielle si l’on en croit deux sondages
récents sur l’école et sur la banlieue, et publiés dans Le Figaro ces
jours ci. Ils montrent que pour l’opinion, les causes de la crise
(école/ ville) relèvent d’abord du domaine de la responsabilité
individuelle, bien avant le contexte social et le rôle de la société.
L’absence d’autorité des parents par exemple est très largement citée
pour expliquer les difficultés de l’école ou des banlieues, bien en tête
des réponses. On retrouve là un des grands ingrédients ( la faute à
l’individu et non de la société) qui a assuré (et assure encore) la
force de la droite.

2)68, suite

Très lié à cette problématique : la manière dont cette droite mène le
débat sur 1968. Voir le face à face Ferry/Cohn-Bendit dans le Nouvel Obs
(31/1). D’un côté on ramène quasiment 68 à un réajustement de management
capitaliste ( 68 aurait boosté une nouvelle manière de gérer, apporté
plus de souplesse dans une gestion -capitaliste - devenue plus
efficace !), de l’autre on lui fait porter tout le chapeau de la crise de
l’école, de la famille, des banlieues car 68 a cassé l’autorité. CQFD.

L’incident de « la gifle » tombe à point nommé !

3)Les intellectuels : « législateurs » ou interprètes ?

Parution de l’ouvrage du sociologue et philosophe Zygmunt Bauman
(britannique), La décadence des intellectuels. Des législateurs aux
interprètes (Ed. J. Chambon). C’est le genre de travaux dont certains se
servent ( en l’occurrence Télérama) pour vendre l’idée : l’utopie est
morte, on ne changera plus le monde.

Mais ce que dit l’auteur est un peu plus nuancé. Certes, selon lui, les
intellos ont cessé d’être ceux qui écrivent (depuis les Lumières) la
feuille de route censée menée à la société idéale. Il s’agirait à
présent pour eux d’interpréter le monde, de lui donner du sens.

Mais il écrit aussi que « la promesse de la modernité reste encore à
être tenue ». Autant l’ide d’une société parfaite est une « illusion »,
dit-il, « autant ce qui n’est pas illusoire en revanche, c’est la
possibilité de changer le monde et les conditions de vie des hommes, de
lutter contre l’insécurité, la servitude, l’injustice, la violence, la
souffrance, l’humiliation, les atteintes à la dignité humaine ». Et pour
cela il faut mieux comprendre le monde d’où le travail des intellos
aujourd’hui.

4)Retour de Marx

Thème récurrent, le retour de Marx s’affiche ici ou là. Tribune des
Echos (4/2), sous ce titre, par un universitaire californien ; il
rappelle notamment un éditorial du Financial Times fustigeant les
grandes banques qui ont « un talent extraordinaire pour privatiser les
gains et socialiser les pertes » et redoutant que le système financier « 
né détruise quelque chose de bien plus important encore à savoir la
légitimité politique de l’économie de marché elle même ».

A signaler aussi « Le capitalisme contemporain et Marx » de Husson in « 
Droit social « ( février 2008) ; ou encore « Le point de vue marxiste »,
un article de Duménil in « L’économie politique » ( Alternatives
économiques) n°37.

La revue « Challenges » avait fait (6/12) son dossier et sa Une sur Marx
dont la critique du capitalisme connaîtrait une « nouvelle jeunesse ».

5)Restaurer du « commun »

A noter cette remarque d’un universitaire dans Le Monde des livres
(8/2) : « l’idée que le capitalisme moderne sécrèterait à la fois « la
crise du lien social », « l’individualisme » et la « désaffiliation » et
qu’il faudrait restaurer du « commun » ( thème commun aux revues Esprit
et Multitudes) »

6)Traders, suite

Toujours beaucoup d’articles sur les traders, notamment Le Monde, 4/2.
Dans le système actuel du tout financier, cette caste constitue pour la
bourgeoisie une troupe d’avant garde, indispensable, aux pouvoirs
considérables, surpayée et fragile. C’est notamment ce que regrette
Alexandre Adler dans sa chronique du Figaro : « gens trop jeunes aux
diplomes souvent un peu courts en matière théorique aux quels revient en
définitive la responsabilité redoutable d’arbirer entre les risques de
vendre et d’acheter des actions sur des marchés qu’ils connaissent à
peine et de manipuler des instruments financiers de plus en plus
complexes, généralement oeuvres de polytechniciens qui ne s’occupent
plus de TGV ou d’Ariane ».

Il parle de « faiblesses criantes d’un système de gestion en réalité
aberrant ».
Plus généralement, à lire la presse économique, « l’affaire Kerviel »
inquiète franchement car elle exprime une fragilité inattendue du système.

7)Les travailleurs riches

Sur un thème proche, plusieurs articles ces jours ci sur les « working
rich », concept américain pour désigner les « riches travailleurs » de
très haut vol, gens de « talent » et non « rentiers », venus pour
l’essentiel du « divertissement » mais aussi de la banque ( traders) et
bien « récompensés » : rappelons que les cinq plus grandes banques
d’investissement au monde ont distribué en 2007 38 milliards de dollars
de bonus à ces privilégiés.

Olivier Godechot, sociologue, a enquêté sur les traders, il dit : « on
représentait traditionnellement le riche comme un rentier, le voilà
désormais salarié » !

8)Bourdieu, reviens !

« Pourquoi Bourdieu nous manque » de l’universitaire Geoffroy de
Lagasnerie (Le monde, 8/2) montre à la fois qu’une « nouvelle critique
sociale » souffle (« Bref « l’espace public préfabriqué, écrasant,
réactionnaire » (Deleuze) qui s’était constitué à partir du début des
années 1980 contre l’esprit des années 1960 et 1970 serait en train de
se fissurer à son tour. Un vent de création et de subversion soufflerait
de nouveau. Et les chercheurs de ma génération devrait tous s’en réjouir
 ») ; mais dans le même temps il évoque un « malaise », celui de voir « 
une étrange solidarité, de plus en plus flagrante, entre la gauche qui
se dit radicale et la gauche qui se voudrait réformiste et même une
certaine droite ». Il regrette le silence des bourdieusiens, désertant
le débat public, repliés sur l’université.

9)Logement, indicateur de classe

Enquête INSEE intitulée « Budget de famille 2006 » dont il ressort que
le facteur de distinction entre riches et pauvres n’est plus
l’alimentation, comme il y a trente ans mais le logement, devenu le bon
indicateur du niveau de vie d’un ménage : il y a trente ans, ce logement
représentait le même pourcentage du budget d’une famille quelq que
soient ses revenus ; il pèse aujourd’hui beaucoup plus lourdementsur les
milieux défavorisés ( 25% du budget contre 11).
De 1979 l’écart entre les Français les plus riches et les plus pauvres a
ainsi explosé passant de 1,5% à 13,5% et c’est le logement le poste qui
différencie le plus.

Toujours dans cette enquête : le revenu médian en 2005 qui permet de
partager la population en deux s’élevait à 1225 euros pour une personne
seule, 2300 euros pour un couple et 3170 euros pour une famille avec
deux enfants de moins de 14 ans. Tous les ménages qui se situent au
dessus de ces seuils appartiennent à la moitié la plus riche de la
population française.

Notons encore que si les dépenses habillement, transports, communication
sont peu sensibles au niveau de vie, il n’en va pas de même des budgets
culture et loisirs (8% des pauvres, 14% des riches).

Peu de différences côté réfrigérateur, four à micro ondes ou télévision
mais des écarts pour le lave-vaisselle ou l’ordinateur.

10)Motivation communiste

Enquête de La Croix sur les Français et la vie locale (11/2) avec
sondage CSA montrant l’envie de participation démocratique, la place des
conseils de quartier, des débats participatifs. Et ces chiffres : »Si 17%
des Français se disent prêts à s’investir dans un mandat local, les plus
motivés sont les communistes : 23% ».

BULLETIN COM/IDEES
4 (174) / 18 février 2008

1)Nouvelle donne idéologique

Article remarqué de David Frum (7/2) dans le « Financial Times ». Frum
est l’ancienne plume de G. Bush mais aussi le gourou de l ’ « American
enterprise institute », une boite à idées qui a fait la gloire du
libéralisme outre-Atlantique. Le bonhomme n’a pas le moral. Il prédit
non seulement la défaite des Républicains aux prochaines élections
américaines mais surtout « la fin de trois décennies d’ascendant
conservateur sur la vie politique américaine ». Il fait état d’études
d’opinion convergentes qui « signalent un désir d’un plus grand rôle de
l’Etat, une perte de sensibilité à la question fiscale et un basculement
à gauche sur la plupart des questions de société ». Soit l’exact opposé
de tout le catéchisme libéral construit depuis Reagan sur le rejet de
l’impôt, la diabolisation de l’Etat et le respect des « valeurs »
morales. Frum annonce rien de moins que le déclin de l’idéologie
libérale et estime qu’on est en face d’une nouvelle donne idéologique « 
de taille océanique », déjà particulièrement forte chez les jeunes. A
tel point qu’on croise désormais des politiciens américains expliquant
que le problème n’est pas l’impôt mais la baisse des impôts pour les
plus démunis et leur augmentation pour les plus riches. On parle d’un « 
retour à gauche des classes moyennes et des ouvriers blancs », échaudés
- et appauvris- par les « déréglementations » successives.

A rapprocher peut être de cette autre info qui fait jaser à Londres : le
gouvernement a décidé de taxer les riches étrangers (même si il modère
son projet).

Voir aussi sur le sujet la tribune de l’universitaire André Kaspi
(Figaro, 15/2), « Tourner la page Bush », tirant un premier bilan des
présidentielles US : rôle de la campagne de terrain malgré la modernité
et les nouvelles technologies ; rôle excessif de l’argent (financement) ;
division des deux camps ; rien n’est joué...

2)Profits, salaires et partage de la valeur ajoutée

Débat dans la presse économique surtout ( beaucoup moins dans la presse
généraliste) sur les thèmes profits/ salaires / VA.

Insistance sur le fait que « la part des profits dans la valeur ajoutée
est au plus haut depuis 45 ans » dans 20 pays (La Tribune, 18/2).

Même si l’essentiel du terrain médiatique est marqué par des débats « 
annexes », cette question de la part croissante des profits dans la VA
est (un peu) posée.

Nombreux articles sur l’opposition entre profits et salaires ( « la part
de salaires dans la valeur ajoutée est à un niveau historiquement bas »,
La Tribune (15/2). La Croix (15) souligne que ces profits vont surtout
aux dividendes.

D’où aussi une contre-offensive des libéraux pour justifier le profit.
Voir par exemple les papiers des Echos sur Total (13/2) ou de La Tribune
du même jour.

3)Croissance et salaires

On signale souvent un paradoxe : le contraste entre la chute de la
croissance ( donc l’échec de la politique du bouclier fiscal de l’été
2007) et la hausse des profits, entre la déprime de l’économie française
et l’arrogance de grandes firmes.

Cette problématique est liée à un autre enjeu : la croissance et les
salaires, la montée des revendications salariales, dans des formes
souvent rudes.

Le Figaro (18/2) se demande même, dans un long papier de son secteur
Eco, si cette hausse des salaires ne serait pas un moyen de contribuer à
la relance de la croissance ; et il rappelle les « voeux » de Sarkozy en
début d’année aux patrons, les appelant à augmenter.

4)Le chômage inquiète

A noter une « curiosité » dans les préoccupations des Français : si la
question du pouvoir d’achat est forte et stable en ce début d’année tout
comme la peur des hausses de prix qui lui est liée, le sujet qui
inquiète de plus en plus (+3) est le chomage ( alors même que le
gouvernement parle de bon chiffres ; ce souci est sans doute liée aux
annonces de délocalisation) et le sujet qui inquiète de moins en moins
serait l’insécurité (-3).

5)Nouvelle classe dirigeante

A signaler le papier de la sociologue Anne-Catherine Wagner dans « 
Sciences humaines » de mars 2008 : « Elites, une classe internationale ».
L’auteur est une des meilleurs spécialistes de la question avec les
Pinçon-Charlot. Montre bien comment une partie du patronat,
internationalisé, a contribué à puis accompagné la mondialisation. Bon
exemple cité en la personne de l’ « européen » Seillière au « capital
social international » prestigieux.

6)Religions, laïcité : vrais débats et leurres médiatiques.

Place considérable prise par les questions de religion, de laïcité ces
derniers jours.

A gauche avec le bruit fait autour de l’affaire Ayaan Hirsi Ali, député
néerlandaise d’origine somalienne, soutien de Fourest (journaliste très
engagé contre l’Islam), BHL, de S. Royal, de Jack Lang, de SOS Racisme,
de Libération... Alors que les propos de la député en question vise plus
l’Islam que l’islamisme...
Dans le même temps, retour de Sarkozy (CRIF) sur l’enjeu religieux.

Vrai projet conservateur chez lui (à lier sans doute aussi au « retour »
de la question de l’avortement en France, en Italie, en Espagne, dans la
présidentielle US) et détournement d’attention de l’opinion publique.

Voir le sondage Figaro/opinion Way du 15/2 : de quoi les gens ont le plus
discuté cette semaine : Neuilly 20% ; Sarko et médias 16% ; Carla Bruni
10% ; pouvoir d’achat 7% ; municipales 6%.

7)Municipales : les Français commencent à peine à s’y intéresser

Autre indication des études d’opinion : les Français ne se passionnent
pas encore (22% jugent la campagne interessante, 78% pas interessante)
pour la campagne ; ils sont 50/50 à penser que la campagne a (n’a pas)
commencé.

Risque d’abstention ?
Cf Opinionway, Figaro, 15/2.

8)Investissements étrangers en France : toujours plus de milliards, pas
plus d’emplois

Les chiffres de la Banque de France sur la balance des paiements,
publiés le 12/2 (et discrètement commentés), montrent que l’étranger
investit massivement en France sans créer d’emplois !

La France a investi plus de 160 milliards d’euros à l’international en
2007 (+75% !) et l’étranger a investi 107 milliards d’euros (IDE,
investissements directs étrangers) la même année (+67% !). Mais une part
importante de ces investissements étrangers servent à la trésorerie ou à
des fusions-acquisitions et d’autre part ces fonds créent peu ou pas
d’emplois ! Sollicitée , L’agence française pour les investissements
internationaux (AFII), gouvernementale, dit qu’elle « n’est pas sûre »
(Figaro du 13/2) que ça crée des emplois ! Résumé du Figaro : « La France
attire toujours mais les projets sont plus petits et créent moins
d’emplois ».

9)Liberal-libertaire et populiste autoritaire à la fois ?

On a parfois l’impression que Sarkozy voudrait être en même temps
Thatcher et Blair, populiste autoritaire ( politique sécuritaire,
politique économique et sociale) et libéral libertaire (mise en scène de
sa vie privée).
Il serait à la fois un farouche opposant à 68 et son prolongement dans
son aspect le plus futile ( quelques papiers sur ces thèmes).
A noter le succès, plutôt inquiétant, du site Note2be.com qui propose
aux élèves de noter les profs, site piloté par un proche de Pierre
Lellouche (UMP). Une démarche libérale-libertaire qui consiste à
installer des valeurs « libérales » (mérite) sous un masque d’émancipation.

C’est une des facettes du sarkozysme incarnée par son conseiller
Culture, Georges-Marc Bénamou, ex mitterandolâtre, ex gourou d’une
gauche branchée (Globe), courtisan et aventurier opportuniste ( portrait
en pleine page du Figaro, 14/2).

10)Nouvelle encyclique sociale de l’Eglise

Le pape préparerait pour mars une encyclique sociale sur la
mondialisation ; le dernière remonte à 1991. Long papier de La Croix
(6/2) où l’on dit que la mondialisation « est une boule de feu qu’on ne
maîtrise pas » ; « on ne peut pas dire que la mondialisation soit
synonyme d’ordre mondial, bien au contraire » ; il faut « préférer le
bien commun de tous au luxe d’un petit nombre » ; on dit que la
mondialisation met en cause « la légitimité démocratique » ; faut
entendre « la voix de chaque nation ». On assimile développement durable
et « modération ». Nouveau couplet sur « respect de la vie dès la
conception ».
On parle d’un texte d’une centaine de pages.
A noter les statistiques de L’Osservatore Romano montrant que de 2005 à
2006 l’Eglise a perdu 10% de religieux.

BULLETIN COM/IDEES
5 (175) / 25 février 2008

1)Pouvoir d’achat...

La question du pouvoir d’achat s’est ré-invitée en force dans
l’actualité (en dépit des leurres et débays biaisés). Et le sondage des
Echos du 22/2 a montré la critique massive de la politique économique du
pouvoir (mauvaise pour 58%).

Dans le même temps, la question de l’argent est omniprésente.Entre la
publication annuelle des chiffres des profits 2007, les luttes
salariales en développement (victoire en Allemagne), les chiffres des
scandales boursiers ( en France, en Suisse), la fraude fiscale (
Allemagne, Liechtenstein), les infos sur le dénuement de la justice
financière (Le Monde, 20/2), la relance du débat sur la dépénalisation
du droit des affaires, l’Argent est au coeur de l’actualité.

Dans le même temps où tous les signes de crise sont de plus en plus dans
le rouge : déprime du système de crédit américain (le monde, 21/2) ;
croissance française 2008 estimée à 1,5% par le FMI.

A noter le fort soutien (67%) à la lutte des journalistes de
l’audiovisuel public. Retour de la grève par procuration ?

2)Retour de l’autorité et « mort » de 1968

C’est la petite musique que la droite et sa presse ont beaucoup joué ces
jours-ci, surfant sur des idées dominantes : mise en scène de descentes
de flics, loi sur la détention, chasse aux fraudes à la Sécu, retour aux
fondamentaux à l’école (orthographe, Marseillaise, vouvoiement...). La « 
réforme » Darcos a donné lieu à un argumentaire pointu ; ce serait la
revanche sur 1968 ( oubliant que 1968 marque d’abord la démocratisation
du savoir), une réforme acceptée par l’opinion... et la gauche ( on
mobilise Allègre, Chevènement et Cohn Bendit dont le prochain livre sur
68 s’intitule « Forget 68 » et se présente comme un pamphlet
anti-barricades et symbolique révolutionnaire...).

3)Désindustrialisation et recomposition sociale

Publication par le ministère de l’Economie des chiffres de l’emploi ; on
compte 16 millions de salariés (13 millions en 1987) ; toujours depuis
vingt ans, création de 5,5 millions d’emplois dans le tertiaire, et
perte d’un million d’emplois industriels.

Dans le tertiaire, les nouveaux emplois sont dans les services « 
operationnels », l’assistance, le conseil, les activités récréatives,
culturelles, sportives, santé, action sociale.

Plusieurs articles aussi sur l’embauche des cadres en forte croissance :
+ 210 000 attendus en 2008. Double commentaire : alors qu’on parle tant
de désindustrialisation, on remarque que ces embauches sont aux deux
tiers ici aussi dans les activités des services.

Peut-on parler pour autant du « retour de l’age d’or » pour les cadres.
Les mêmes articles montrent volontiers la manière de déclassification
sociale qui a frappé cette catégorie ces dernières decennies. Exemple :
en 1975 un cadre gagnait 5 fois le salaire d’un ouvrier, aujourd’hui le
rapport n’est plus que de 2,2 fois !

Ajouter la question de la démotivation de ces cadres qui ont beaucoup
perdu, en raison des nouveaux managements issus de la mondialisation, en
autonomie.

4)Symbolique libérale en échec

La nationalisation de la banque britannique Northern Rock par le
gouvernement travailliste fait du bruit. Il s’agit à Londres de la
première nationalisation depuis 1971 (Rolls Royce). Sans entrer dans le
débat sur la pertinence ou la durabilité de cette décision, relevons
surtout que cette annonce est « un symbole assez desastreux » (Le
Figaro) pour les tenants du libéralisme. Echec du système bancaire,
échec de la prétendue régulation, échec surtout de la représentation
libérale d’un Etat diabolisé.

A rapprocher de la décision britannique récente de taxer les riches
étrangers ; ou du début d’évolution de l’opinion américaine signalé ici
la semaine dernière.

Peut-on parler d’une (nouvel) air du temps ? On assossiera ce thème à
deux infos parues dans La Tribune (20/2) : « Présidentielles US : Clinton
et Obama durcissent leur discours à l’égard des entreprises » ; et « USA,
GB : mobilisation des fonds publics ».

On retiendra aussi ce titre du Monde sur le débat en Allemagne : « 
Quelque chose de pourri dans le capitalisme allemand ».
Autre signe d’un certain « antilibéralisme » qui se cherche en Europe :
les sorties de dirigeants, de l’OCDE contre les « paradis fiscaux »,
Liechtenstein, Monaco, Andorre.

Question : la liste des fraudeurs au Liechtenstein que possède
l’Allemagne comprendrait des Français : leur identité ?

5)Rôle de l’Etat et industrialisation

Sur un thème proche, nombreux articles sur le rôle de l’Etat en France
face à la desindustrialisation. Démarches convergentes d’une partie de
la droite et des sociaux-libéraux pour laisser l’Etat hors du champ. Cf
Le dossier du Monde (19/2) intitulé « Sauver les usines et les emplois,
une affaire d’Etat ? »

Autre dossier dans Challenges du 14/2, L’industrie peut-elle sauver Sarkozy ?

A lier bien sûr au voyage de Sarkozy dans le Nord. Et au doute profond
de l’opinion sur l’attitude du pouvoir.

6)Laïcité, suites

Les propos de Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de Sarkozy à VSD
( « les sectes sont un non-problème »), sa complaisance persistante à
l’égard de l’Eglise de scientologie confirment que Sarkozy entend bien
jouer la carte de la « spiritualité », mettre en cause la laïcité à la
française, installer un nouveau deal Etat/religions.Ce débat confirme
aussi le rôle joué par Mme Mignon (responsable du programme de l’UMP
avant la présidentielle) auprès de Sarkozy sur l’enjeu « religion ».

Lu dans Le Figaro du 22/2 : « La spiritualité ? N’est-ce pas ce qu’attend
une opinion déculturée, en quête de repères, de valeurs, de sens ? »

Edito du Figaro du 25/2 intitulé « Dieu, le marché et l’Etat : l’obsédant
débat » où l’on peut lire : « Qui peut nier que la transcendance est une
étape capitale de l’histoire humaine et l’immanence la mère de tous les
totalitarismes » (Guaino) ; ou « Les croyances religieuses stimulent la
croissance économique parce qu’elles contribuent à renforcer certains
comportements individuels en faveur de la productivité » : étude d’un
centre de recherche américain...
En même temps, cette orientation trouble à droite : mieux vaut se
concentrer sur les grandes réformes et laisser tomber ces histoires de
curés – rabins – imams and co... disent certains papiers.

7)Sarkobsession

Article de Livres Hebdo sur la furie éditoriale à propos de Sarkozy : on
parle de 70 nouveaux livres (!) sur le personnage pour les premiers mois
de l’année. Il faut remonter aux années Mitterrand pour retrouver une
telle personnalisation. Violence et risques de cette mise en scène.
Sarkozy en profite-t-il en dernière instance ? « Sa force, c’est que tout
le monde veut avoir un point de vue sur lui ; dans les sondages, seul 1%
ne se prononce pas » dit le PDG du Seuil. Il passionnerait donc 99% des
Français ?

Il inquiète à gauche mais aussi à droite. Dans son camp on voit pointer
une double préoccupation : son « style » trouble mais on s’inquiète aussi
de savoir s’il saura mener à bout l’aggiornamento libéral en cours. La
tribune de Balladur dans le Monde datée du 23/2 est de ce point de vue
exemplaire.

8)Mona Ozouf prise à son propre piège

Mona Ozouf, compagne de Furet, gourou de la nouvelle histoire
réinterprétant la Révolution française et dévitalisant 1789, une des
plus grandes batailles d’idées des dernières décennies, est à son tour
prise au piège. Sort en effet un ouvrage collectif intitulé « Le livre
noir de la Révolution française » et discréditant sans nuance ce pan
d’Histoire. Ozouf doit dans Le Nouvel Obs signer un papier titré : « 
Danton n’est pas Hitler ! ».

9)Socialisme municipal

Vague de papiers, de droite comme de gauche, pour s’en féliciter ou s’en
inquiéter, sur le socialisme municipal, c’est à dire en fait un repli
des élus socialistes sur le local, une non aspiration à assumer un
pouvoir national ; une pratique qui renverrait le PS à des pratiques des
années 60/70.

10)Un palmares très politique

Comparé aux Césars et aux Oscars, le dernier Festival du cinéma de
Berlin, la Berlinale, présidé par Costa-Gavras, a opté pour un palmares
très politique qui a fait grincer des dents. Ours d’or à « Troupe
d’élite », film brésilien contre la police des favelas ; grand prix à un
documentaire sur les tortures US à Abou Ghraïb ; prix d’interprétation
pour un film social iranien (en revanche impasse sur le dernier Wajda).

BULLETIN COM/IDEES
6 (176) / 3 mars 2008

1)Etat de l’opinion

Alors que le pouvoir et sa presse relancent avec force les thèmes
sécuritaires ( Le Figaro dramatise volontiers), l’opinion semble assez
peu accrochée par ce discours. Dans le baromètre du Figaro Magazine de
mars, (nouveau) recul du thème de l’insécurité (-1) mais nouveaux
progrès des thèmes hausse des prix (+2) et pouvoir d’achat (+1). On
remarquera d’autre part que l’action du pouvoir en matière de prix est
jugée inefficace à 89%, un chiffre jamais atteint.

Très forte impression que les choses vont de plus en plus mal (+7%) et
désormais les pessimistes sont au même niveau qu’avant mai 2007.

Baisse de la cote de Sarkozy désormais régulière depuis l’été 2007 !
A noter aussi, d’un mois sur l’autre, une baisse de popularité de TOUS
les partis, sauf du Modem, stable.
De son côté l’enquête de conjoncture de l’INSEE (29/2) montre que « le
moral des Français atteint un nouveau plus bas historique ».

2)Nouvelle campagne du MEDEF : Benchmarker !

A lire absolument le discours de Parisot à la convention du Medef à
Bruxelles le 8 février (Cf Doc ; cf papier in HD du 21/2). Elle salue le
rôle idéologique tenu par le Medef lors de la présidentielle (notamment
avec le livre « Besoin d’air ») ; elle se félicite de la ratification de
Lisbonne (« un grand jour ») et elle décrit le nouvel objectif que se
fixe le patronat, sous le vocable hideux de « benchmarker ». Il s’agit
de comparer toutes les législations en cours en Europe (économique,
sociale, monétaire) et de retenir comme objectif dans « une optique
concurrentielle » le plus petit dénominateur commun, de définir en somme
une pratique de dumping en tout et pour tout. Retenir pour la France et
l’Europe la loi sociale ou fiscale ou syndicale, etc... qui sera la plus
efficace pour le patronat (français). Le MEDEF a fait plancher toutes
ses sections sur cette aproche, un « travail fantatique » dit Parisot.
Une nouvelle étape sur la voie de la contre-révolution libérale.

On imagine la totale explosion du « modèle français » qu’implique un tel
objectif.

On retiendra la rhétorique quasi « sectaire », quasi hallucinée ( le mot
n’est pas trop fort) de Parisot devant ses pairs sur ce sujet.

On notera aussi que Parisot profite de toutes ses sorties médiatiques
pour populariser son « benchmarker ».
A noter qu’on pourrait se livrer à un travail identique, mais aux
résultats opposés, c’est à dire pointer en Europe ( dans le monde)
toutes les législations (mais pas seulement) les plus favorables au plan
« civilisationnel » et non pas concurrentiel et établir une sorte de
meilleure législation « humaine » du moment...

3)La droite et le MEDEF

La droite prend au sérieux l’agitation qui traverse le MEDEF, estime que
cette « organisation est désormais clairement menacée d’implosion »
(Figaro du 3/3) et oppose le « vieux » patronat (opacité, corruption) et
le patronat moderne dont l’exemple nous est fourni par EADS et son
contrat du siècle aux USA (oubliant bien vite les turpitudes de l’équipe
dirigeante d’EADS).

4)Petite musique antilibérale

On la retrouve dans les commentaires sur l’actualité politique et
sociale occidentale, aussi bien lors de la campagne de la présidentielle
américaine ( où Obama comme Clinton parlent de durcir la fiscalité sur
les plus riches, de mesures contre les entreprises qui délocalisent, de
déficits publics mieux tolérés ; à noter qu’aux USA, tous les indicateurs
( immobilier, énergie, indice de confiance sont de plus en plus
alarmistes), sur les élections en Allemagne ( nombreux papiers sur le
Parti de Gauche)
On en trouve aussi un symptôme dans le regard accusateur de l’opinion à
l’égard de l’UIMM et ses pratiques.

5)Encadrement et capitalistes

Bon dossier dans Les Echos du 26/2 sur les effets de la mondialisation
sur les cadres : crise, destabilisation, clivage avec la direction.
Coïncés entre une complicité (de moins en moins forte, depuis l’affaire
Messier, 2002) avec la direction et leur responsabilité propre, les
cadres sont « traumatisés », « défiants », ne sachant plus très bien ce
qu’ils doivent dire (et taire) à leurs collaborateurs.

6)1968, suite

Livres Hebdo dresse la liste (8/2) des 85 (!) titres de livres qui vont
sortir sur 1968 ! Sous forme de documents, de témoignages, de
littérature, d’art, d’héritage, de dimension internationale.
Analyse intéressante de Nicolas Weill dans Le Monde (25/2) sur 1968,
rappelant notamment que « la nouveauté, ce ne sont pas les mouvements
étudiants mais le debrayage de millions de personnes à une échelle
jamais atteinte », pointant les singularités ( pratiques nouvelles des
luttes, cartographie de ces luttes, nouvelles figures – femmes, OS,
jeunes, immigrés) ; on y parle d’ »expérience plébeienne inédite ».

7)Les libéraux et l’Etat

Les libéraux ont un langage à géométrie variable concernant l’Etat. Ils
font appel à son « autorité » pour les questions sécuritaires et
fustigent son « autoritarisme » dès qu’il est question d’enjeux sociaux
et économiques : contrôle des prix, pouvoir d’achat, industrialisation,
nomination de PDG (genre Bouton).

Laxisme qui n’est pas sans susciter des débats. Alors qu’on parle
beaucoup de desindustrialisation de la France, Le Monde (27/2) fait
remarquer que « les pays développés ont toujours eu des politiques
favorisant explicitement ou non tel ou tel secteur jugé stratégique ».

L’Europe de son côté refuse d’intervenir sur les fonds souverains mais
parle de « code de conduite », de « transparence », de « gouvernance ».

8)Retour de l’idéologie

Article de l’universitaire (conservateur) Jean Picq dans La Croix
intitulé « Retour de l’idéologie » (26/2). Après un dernier quart de
siècle (1981-2006) qualifié de « pacification idéologique », retour de
l’idéologie en partie suscitée par la politique de « rupture » de
Sarkozy avec retour de querelles d’un autre temps et réactivation « de
foyers de discorde pourtant difficilement éteints », genre laïcité.
A ce propos, forte montée de la résistance laïque, pétition, articles ;
provocations à répétition du côté de l’Elysée (message de Sarkozy aux « 
tradis »).
A noter encore la sortie par Le Monde, dans sa série sur les grands
philosophes, d’un recueil intéressant sur Marx ; le même jour, Le Figaro
consacre un gros dossier à Tocqueville (et Aron), et à l’histoire de la
philosophie libérale à la française.

9)Salon du livre : la polémique

Israël est l’invité d’honneur du prochain salon du livre (13/19 mars) ;
l’appel au boycot par les pays arabes ( et par les palestiniens) sucite
un débat croissant. Les auteurs de gauche israeliens (Grossman, Oz)
regrette ce boycot qui sera sans doute le débat phare du salon.

10)Les Français de plus en plus « médiaphages »

Etude de médiamétrie publiée le 1 mars dans Le Monde montrant que télé,
presse écrite, radio et internet sont de plus en plus présents dans la
vie des Français. Chaque individu (de 13 ans et plus) a en moyenne 41
contacts par jour avec un média. Internet progresse, l’écoute de la télé
aussi ; la radio reste dominante le matin ; le 13h de TF1 de Pernaut domine...

BULLETIN COM/IDEES
7 (177) / 10 mars 2008

1)Rejet croissant des inégalités

A lire absolument le papier d’Eric Le Boucher, chroniqueur économique du
Monde (9/3), d’ordinaire un modèle de langue de vois libérale. Il pointe
le rejet croissant des riches, des ultra-riches, qui est en train de
monter dans tous les pays « développés », un rejet croissant des
inégalités, notamment de l’enrichissement fabuleux d’une petite caste.
Un mouvement qui inquiète cette élite : « comme si cette élite des
affaires prenait conscience que son intérêt de classe (sic) était de
revenir sur ses excés ».
C’est sans doute dans ce cadre aussi qu’il faut interpréter l’attitude
nouvelle de Dame Parisot.

2)Climat social à l’entreprise

Sondage IPSOS/Manpower/LCI/Les Echos (5/3) montrant une nette
dégradation du climat social à l’entreprise depuis novembre derrnier.
53% des salariés du privé prêts pour la grève (+4) ; 63% des
fonctionnaires (+4). Les plus jeunes dans le privé sont les plus
insatisfaits, les plus stressés, les plus inquiets (variation de 5 à 10
points depuis novembre). Idem dans le public. Préoccupation n°1 : pouvoir
d’achat et salaires (52%), loin devant l’emploi (27%) et le temps de
travail (17%)
Baisse de moral aussi chez les patrons de moins en moins poussés à
embaucher. Conclusion des Echos : la baisse du chômage en janvier n’était
pas un accident.

3)Analyse du salariat

Beaucoup d’idées utiles sur l’état actuel du salariat à piocher dans le
dernier ouvrage de Gérard Filoche, inspecteur du travail, syndicaliste,
trotskiste passé au PS, « Salariés, si vous saviez...Dix idées reçues
sur le travail en France ».
Les idées reçues en question sont :

*le salariat est voué à disparaître

*on assiste à une dualisation du salariat ; les emplois stables et les
précaires

*les fonctionnaires sont des privilégiés

*les charges sociales sont trop lourdes

*il faut adapter la condition salariale à la mondialisation

*les 35h n’ont pas profité aux salariés

*le droit du travail est trop contraignant

*le droit du licenciement doit être assoupli

*on ne pourra plus financer les retraites

*la sécurité professionnelle est la solution

4)Défense du capitalisme

En difficulté face à la multiplication de dossiers lourds (Arcelor,
Kodak, Kleber, Smoby...), face aussi à une relance des idées critiques,
les pédagogues libéraux précisent leur argumentaire.

On voit bien une double ligne : ceux qui jouent la carte de la
moralisation, y compris Sarkozy et ses sorties sur les « patrons voyous
 » ou le « capitalisme sans foi ni loi ». Le philosophe André
Comte-Sponville s’était moqué de cette thématique du « capitalisme moral
 » : « Si l’éthique était source de profit, ce serait formidable : on
n’aurait plus besoin de travailler, plus besoin d’entreprises, plus
besoin du capitalisme ; les bons sentiments suffiraient... »

C’est aussi la ligne Parisot sur l’éthique libérale ( que Rocard
soutient dans une tribune libre du Monde).
Et il y a ceux qui argumentent, chiffres (contestables) à l’appui,
surtout sur les « bienfaits » de la mondialisation. Ainsi
l’universitaire Jacques Marseille dans Le Point (28/2). Thèmes les plus
souvent avancés : les profits du CAC 40 se font à l’étranger ; c’est
l’étranger qui investit dans le CAC 40 ; on exagère la
desindustrialisation ; les prélèvements sont trop lourds ; l’étranger crée
de l’emploi en France (37 000 en 2007) alors que les délocalisations
coûtent peu (13 500 (!) depuis 1995).

5)Antilibéralisme ambiant

Un nombre important d’articles sur l’enseignement de l’économie en
France. Soit sous l’approche patronale (exemple : « Réhabiliter
l’entreprise au lycée » d’Yvon Gattaz in Les Echos du 5/3), soit sous
une approche universitaire ( ex : « Manipuler les chiffres », Le Monde,
5/3) mais dans tous les cas de figure, pour souligner la culture
non-libérale ou antilibérale de l’opinion ; à la fois pour appuyer les
évolutions idéologiques marquées par la venue de Sarkozy et pour en
souligner aussi les limites.
A noter qu’on parle, au lycée, de remplacer la théorie économique par la
gestion.

6)Lutte des places (et des classes ?) au MEDEF

Beaucoup d’articles pointus dans la presse économique pour démonter les
enjeux de pouvoir derrière l’affrontement Parisot / UIMM, croisant
plusieurs paramètres (les anciens/les modernes ; les services/
l’industrie ; les mondialisés et les autres ; les fédérations et les
régions, etc).
On parle guère d’une autre diversité du MEDEF, la diversité sociale.
Voir l’enquête publiée en juillet 2007 par l’INSEE sur 23 000 patrons de
boîtes de plus de 50 salariés. Quel rapport entre le patron de « base »
(que Parisot appelle à la révolte contre « l’appareil »...) qui gagne en
moyenne 43 000 euros (deux fois la moyenne des salariés) et les patrons
du CAC 40 genre Bouton (Société Générale) à 10 millions d’euros l’an ?
Sans parler des deux millions de patrons qui sont souvent artisans ou
commerçants... Or le MEDEF ( et l’UIMM), avec sa mythologie capitaliste,
unifie ces secteurs très divers.
Excellent papier dans le Figaro du 7/3 : « Laurence Parisot, une campagne
de com’ modèle ».

7)1968 : tirs croisés

Promotion indécente, un mois avant sa sortie, du futur livre de
Cohn-Bendit « Forget 68 » ( collection de l’Aube), dont le thème semble
être : ce fut un « moment extraordinaire » mais « on vit dans un autre
monde ». Bref les messages libérateurs, émancipateurs sont inadaptés,
passés de mode.
Rappel du discours de Sarkozy (par ailleurs raillé comme « jouisseur
soixante huitard » !) de son discours de Bercy:1968, responsable du « 
relativisme intellectuel et moral », de la dégradation de « la morale du
capitalisme » et dans la foulée la naissance des parachutes en or, des
retraites chapeaux et des patrons voyous...

8)Crise financière : ça continue

Traitée sur un mode mineur par les médias ces derniers jours, la crise
financière internationale n’en finit plus de prospérer. Petit papier du
Monde du 6/3 signalant cependant que « la crise dépasse désormais le
simple cadre des subprimes et touche tout le marché du crédit ».
Le Figaro du 7/3 dans ses pages Economie annonce que « la crise du
subprime a coûté plus de 11 milliards d’euros aux banques françaises »
(sans parler de l’aventure Kerviel) ; le même journal la veille évoquait
« le cauchemar » de la vie de millions d’Américains endettés.
Grand papier encore dans Le Figaro du 8/3, « La crise du crédit asphyxie
l’économie américaine ».

9)Sociologie du patronat du CAC 40

Article de Hervé Joly, universitaire à Lyon, CNRS, sur les origines des
patrons du CAC 40 sur le site « Telos » (_www.telos-eu.com
<http://www.telos-eu.com/> _) : héritage ou inspection des finances, corps
des mines, grandes écoles (ENA, Polytechnique) ; de plus en plus de « 
carrières à l’allemande » c’est à dire des gens qui ont un (long)
parcours dans l’entreprise.

10)Le pape ou la Fête de l’Huma, faudra choisir

Se confirme que le pape sera à Paris les 12 et 13 septembre, avant
d’aller à Lourdes. Rencontre avec Sarkozy, messe à Notre Dame, grand
barnum public ( détail In Figaro du 7/3).

BULLETIN COM/IDEES
N°8 (178) / 17 mars 2008

1)Capitalisme : le débat est lancé

Le débat sur la légitimité du capitalisme semble bel et bien lancé dans
l’espace public. Si la question n’est pas nouvelle, ce qui est nouveau,
c’est l’ampleur du questionnement, son omniprésence dans les éditos et
les commentaires. Nombreux livres aussi comme « Quels capitalismes pour
le XXIe siècle ? » par le cercle des économistes ; « La tentation ethique
du capitalisme » d’Anne Salmon (La découverte) ; « Supercapitalisme » de
Robert reich (Vuibert).

Ce qui est nouveau est un questionnement convergent dans bien des pays
capitalistes développés. On pourrait dire que le débat, ces jours-ci,
est relancé par ses partisans, inquiets du mauvais dossier capitaliste
actuel.
Par exemple Nicolas Baverez commence ainsi sa « carte blanche » dans Le
Monde (12/3) intitulée « Ethique du capitalisme mondialisé » : « 
contradiction entre rémunérations des dirigeants et performances des
entreprises, divergences entre la progression des profits et la
stagnation des salaires moyens, fuite des capitaux et évasion fiscale à
vaste échelle, cascade de débâcles bancaires, bulles spéculatives,
fraudes au sein des institutions financières et d’organismes patronaux,
demande de réassurance des marchés par les Etats, bref le capitalisme
mondialisé semble profondément déréglé, sinon corrompu ».

On voit s’esquisser des lignes de défense : le bon et le mauvais
capitalisme (qui dérive), le capitalisme développé et le capitalisme
émergent, la moralisation ou l’éthique. Sur ce dernier point, Baverez
est conscient de la faiblesse de cet argument « moral » en rappelant que
le choc actuel intervient « après deux décennies de débats et de
réformes destinés à moraliser le gouvernement des entreprises et des
marchés ».

Rappelons par exemple que le dossier « transparence » du capitalisme
avait été réalisé par Bouton de la Société Générale...
Baverez plaide surtout pour une intégration européenne (et atlantique)
accélérée.
Voir aussi Nicolas Bordas dans La Tribune (14/3) : »Comment rendre le
capitalisme plus éthique ? ».

2)Nouvelle reflexion sur une société de classes

Publication de « Le système des inégalités » par Alain Bihr et Roland
Pfefferkorn aux éditions La Découverte/Repères. Actualisation
remarquable du travail de longue haleine de ces deux sociologues
marxistes : approche des inégalités en termes de système, renouvellement
des notions de richesse et pauvreté, cumul des inégalités, mécanisme de
reproductions des inégalités, mesures pour enrayer cette reproduction :
sans doute le travail le plus pointu et clair sur la société de classes
aujourd’hui.

3)Le phénomène « chti »

Quelques commentaires sur le succès du dernier film de
Dany Boom, « Les chtis ». Sur les « valeurs » que véhicule un tel film :
besoin de reconnaissance, de considération, « bonnes vieilles valeurs
humaines » (Le Figaro, 11/3), révolte des régions, le bonheur des gens
simples, l’envie d’être ensemble, à table, dans les fêtes, le sens du
partage, des associations...

4)L’organisation patronale

Publication par la DARES (Ministère de l’Economie) d’une étude de Marion
Rabier sur « Organisations patronales en France et en Europe ».
Histoire, organisations, clubs, fonctionnement, mandats, lobbying,
crise, dimension européenne...(N°130, décembre 2007).
La pause dans la polémique MEDEF / UIMM et le statu-quo tourneraient
plutôt au désavantage de Parisot, accusée d’avoir finalement échoué. Il
y avait une forte pression de la presse économique pour crier « Halte au
feu », inquiète de l’image mauvaise du patronat dans l’opinion.

5)Idéologie libérale au forceps

Dans le cadre des efforts tout azimut déployés pour installer la France
à l’heure libérale, on retiendra cette initiative du journal Le Monde de
créer depuis décembre, dans sa partie Economie, une rubrique intitulée « 
Breakingviews.com ». Il s’agit d’une double chronique tenue par des
journalistes anglo-saxons, membres d’une agence du même nom, et donnant
une version ultra-libérale de l’actualité économique et sociale. Le
journal « offre ainsi à ses lecteurs l’accès à un service privilégié
réservé jusque-là aux seuls décideurs notamment anglo-saxons. Une sorte
de tickets d’entrée dans les coulisses et la pensée de l’élite
financière globale comme l’agence définit elle-même son public » écrit
le médiateur (10/3), obligé de répondre à la deferlante de lettres de
lecteurs révoltés par des papiers genre « Plaidoyer en faveur des
paradis fiscaux » ( sic ! paru le 28/02).

6)Affaissement de la classe moyenne : l’exemple allemand

Le poids de la « classe moyenne » diminue dans la population, glissant
vers les revenus inférieurs en raison de la précarisation du travail :
c’est l’enseignement d’une étude de J. Frick et M. Grabka, chercheurs en
économie à Berlin (Figaro Economie, 12/3). Est passée de 2000 à 2006 de
62% à 54% de la population ( est considéré membre de la classe moyenne
tout Allemand qui gagne entre 70% et 150% du revenu médian).

7)Investissement productif : état des lieux

Publication du rapport de Nasser Mansouri-Guilani (CGT/Conseil
economique et social) intitulé « Dynamiser l’investissement productif en
France ». Travail impressionnant de rigueur ( 300 pages) où l’auteur
pointe la confusion entretenu (dans le vocabulaire, l’idéologie) entre
placement financier et investissement et entend revenir au sens premier
d’investissement : acte par lequel un capital monétaire ou financier est
transformé en des biens ayant la capacité de produire d’autres biens ou
services pendant un certain temps (Larousse).
Voir le double article que cela suscite dans l’Huma du 13/3 sur une
nouvelle stratégie économique et industrielle française.

8)Crise (mondiale) du crédit : le pire est à venir

Ton alarmiste de la presse économique en fin de semaine à propos de la
crise bancaire américaine et de ses répercussion internationales.
Collapsus majeur, penser l’impensable, « il arrive un moment où tout le
système de crédit risque l’implosion. Nous y sommes ».(Le Figaro, 14/3).
Solutions ? Le terme de nationalisation revient comme un leitmotiv ; A
l’Etat de « nationaliser les pertes du système bancaire ».

9)1968 : soixante-huitard = louis-philippard ?

La thèse sarkozyste de 68 qui aurait engendré la pensée libérale est
largement reprise dans un grand dossier du Figaro Littéraire du 13/3,
double page voulant montrer que « ces événements ont ouvert la voie à la
société libérale ».
Plus sérieusement sur le cheminement de la pensée libérale en France ces
dernière decennies, on lira l’article (Fogaro Economie, 17/3) sur le
cycle de 15 conférences que la Fondation de l’UMP, la fondation pour
l’innovation politique a consacré aux suites de 1968 et à la façon,
notamment sous la pression américaine, dont l’idéologie libérale s’est
répandue ici.

10)UMP radicalisée

Bonne enquête signée Jean-Yves Camus dans Le Canard du 13/3 sur le
recyclage dans l’UMP des intellos et politiciens les plus radicaux de la
mouvance d’extrême droite et l’influence de leurs propos dans le
discours sarkozyste actuel.

BULLETIN COM/IDEES
N°9 (179) / 25 mars 2008

1)Question de mentalités

Dans la profusion de commentaires sur les dernières élections, on notera
cette forme d’autocritique de penseurs de droite ( genre AG Slama,
SciencesPo Paris) sur le thème : on s’est fait des illusions sur le
changement de « mentalités » des Français, sur leur mutation qu’aurait
signifié l’élection de Sarkozy. Ce qu’on a appelé aussi parfois la
droitisation de la société.
Loin de l’image de citoyens adeptes enthousiastes de « réformes », les
mêmes parlent plutôt aujourd’hui de « mentalités françaises demeurées
inquiètes devant des annonces de changement tous azimuts » (Figaro, 17/3).
Après le volontarisme qui a marqué les débuts de Sarkozy, on retrouve
aussi le thème de l’impuissance de la politique (d’où sans doute une
partie de l’abstention populaire). Pour ces mêmes commentateurs, le « 
choc » politique qui a marqué l’opinion fut l’aveu des « caisses vides »
par Sarkozy (8/1), un peu de même nature que « l’Etat peut pas tout » de
Jospin, il y a quelques années.

2)Démocratie contre marché

Le marché et la démocratie ne font pas bon ménage : ce thème revient
volontiers avec les propos actuels sur la crise. La conviction par
exemple que la (faible) régulation des marchés est le fait de petits
cénacles d’experts et échappent presque totalement aux Etats. Déjà chez
les libéraux, on perçoit les dangers de ce divorce marché/Etat. Ainsi on
parle beaucoup des conférences (courrues) de Jacques Attali qui dénonce
volontiers « les antagonismes entre le marché et de démocratie ». Ou
bien la chronique économique du Figaro cette semaine (17/3) pointe du
doigt la responsabilité des experts de l’IASB (institution
internationale fixant les normes comptables des marchés financiers) « 
qui n’a de compte à rendre à personne ». L’article de ce quotidien est
d’ailleurs titré « Les marchés contre la démocratie ».

3)Retour de l’Etat (suite)

Plusieurs quotidiens dont Le Monde mettent l’accent sur le retour du
rôle de l’Etat. Le quotidien commente les propos du responsable
économique auprès de Berlusconi. « Giulio Tremonti démonte les
mécanismes de la crise née, selon lui, des excès de la mondialisation..
il s’étonne d’un " monde à l’envers où le superflu coûte moins que le
nécessaire ",. La faute à " la dictature du tout-marché ", qui est " la
version dégénérée du libéralisme ". Il fait une analyse en forme de mea
culpa : " Le marché, l’idéologie totalitaire inventée pour gouverner le
XXIe siècle, a diabolisé l’Etat.. en mettant le marché souverain en
position de dominer tout le reste, écrit-il. Pour Giulio Tremonti "
Cette crise est globale, structurelle, elle ne se limite pas à la
finance mais s’étend à l’économie mondiale. La crise de liquidité est en
train de devenir une crise de solvabilité.. De toute façon, ils marquent
le retour de l’intervention publique, le contraire des canons du marché.
La solution de la crise n’est donc pas technique, mais politique.. »

Propos identiques en Allemagne de la part du dirigeant de la Deutsch
Bank (Le Figaro, 20/3).

A rapprocher de la nationalisation d’une banque en Grande Bretagne, de
l’intervention massive de l’Etat aux USA pour soutenir le crédit.

4)La crise économique : c’est sérieux ou pas ?

Débat dans les colonnes de la presse économique sur la profondeur (ou
non) de la crise économique. On retiendra que le « la » avait été donné
par la ministre française de l’économie : « Ce n’est pas un krach mais
une correction brutale des marchés ». C’est un peu cette tonalité qu’on
retrouve ici ou là, par exemple dans la chronique économique de Le
Boucher dans Le Monde du 23/3 : « Non aux scénarios catastrophes ! ». Sur
le thème notamment du : faut pas exagérer le pouvoir de la finance...Des
propos démentis pourtant par les faits et rappelant que la crise est
aussi une question de « confiance ».

5)Du bon usage du stress des salariés

Trois salariés sur quatre se déclarent « sous pression ». Lire « Stress
et burnout au travail » de la psychologue E. Grebot (Editions
L’Organisation).
Sur le sujet, voir l’article cynique et révélateur du Figaro Economie
(18/3) sur une enqête sur le stress à PSA. L’agence qui a mené l’enquête
a « un pannel de référence » ( de stress moyen si l’on peut dire), juge
qu’à PSA on est en dessous de ce seuil ; trouve tout de même 20% de
salariés avec « un stress trop élevé, un niveau qui peut entraîner une
souffrance » et 23% ont « un stress optimal qui rend possible la
performance »...

6)Le sacrifice des jeunes

Plusieurs ouvrages critiques sur les discriminations dont sont l’objet
les jeunes, notamment « La réalité du système social français. La lutte
des générations » de Sébastien Groyer (Ed. Du Cygne) et « France
anti-jeune. Comment la société française exploite sa jeunesse » de
Grégoire Tirot (Ed Max Milo). On y parle d’esclavage, d’asservissement,
de surexploitation salariale, de guerre des générations. L’ouvrage de
Tirot ( expert au ministère des finances) propose de taxer le patrimoine.

7)Capitalisme en débat, suite.

Publication du colloque du cercle des économistes de l’été dernier,
intitulé « Quels capitalismes pour le 21è siècle ? » On part d ’un
constat (première partie du livre) :« Le capitalisme a pour noyau dur la
propriété des moyens de production, la coordination par les marchés et
le respect des droits de propriété. » Mais il y a une diversité de
capitalismes, que ces capitalismes « devront coexister », que « la
coexistence pacifique des capitalismes n’est pas garantie » et qu’il « 
n’y a pas d’autorité supranationale pour organiser cette coexistence ».
Puis viennent (deuxième partie)les propositions : créer une instance de
concertation internationale de 20 grands pays développés et émergents ;
sanctionner ceux qui ne jouent pas le jeu ; mettre l’Europe au centre.

8)Bonne tenue communiste

Dans un long commentaire intitulé « PS : le mirage du centre s’éloigne »
(21/3), l’éditorialiste du Monde prend acte de la bonne tenue communiste
(« bonne tenue de la vieille union de la gauche aux élections
municipales -45,71% - et aux élections cantonales – 47,7%- et la forte
résistance du « communisme municipal ». Avec 8,7% aux cantonales, le PCF
a repris dès le 9 mars Dieppe et Vierzon »), toutes choses « en décalage
 » avec la stratégie de Mme Royal d’alliance PS/Modem, dit le quotidien.

9)Nouvelle offensive contre l’immigration ?

Rioufol, chroniqueur du courant le plus à droite du Figaro, plume
emblématique de la lepenisation de la droite sarkozyste, tire à sa
manière les enseignements des élections : il remet très fort l’accent sur
(contre) l’immigration (et l’identité nationale), appelle à « réduire le
périmètre des solidarités » et note : « une étude de JP Gourévitch
publiée par Contribuables associés cette semaine assure que
l’immigration serait responsable des trois quarts du déficit public de
la France. A quand l’audit officiel ? ».

10)Démocratie participative

Article sur la politique autrement et la démocratie participative ( des
thèmes peu évoqués par la presse en 2008) de Xavier Molinat dans
Sciences humaines d’avril ( in revue de presse hebdo), avec des
références bibliographiques utiles sur la demi-douzaine d’ouvrages
pertinents sur cette question.

BULLETIN COM/IDEEES
n°10 (180) 31 mars 2008

SPECIAL 1968

1)Les termes du débat

Le débat sur 1968 est multiforme. Il est bien sûr, d’abord : êtes vous
pour ou contre 1968 ? Mais dans ce cadre, la discussion, dans les médias,
est souvent partiale et partielle. Comme si on avait du mal à montrer la
totalité de l’événement. On privilégie une approche sociale ou sociétale
ou idéologique ou politique. Et dans chacune de ces approches, le
commentaire est encore souvent tendancieux.

Approche sociale : ici la question porte sur l’ampleur du mouvement. 1968
est majoritairement associé au seul mouvement étudiant, à un phénomène
aussi de génération ; minoritaires sont les travaux qui soulignent la
puissance de la grève générale, la mise en mouvement de millions de
salariés (sans parler du soutien massif de l’opinion, du moins dans un
premier temps).

Approche sociétale : on privilégie le très fort mouvement d’émancipation
individuelle en gommant largement l’anticapitalisme militant qui
traversait AUSSI ces événements.

Approche politique : le gaullisme est plutôt épargné, les socialistes
itou, le PC est systématiquement minoré et disqualifié. On salue
l’émergence d’une « nouvelle gauche » ; on minimise l’autoritarisme
ambiant ( censure, ORTF, violences : si le mouvement n’a pas fait de
morts à paris, il y eut mort d’hommes (3) aux usines de Flins et de
Sochaux).

D’autre part, l’autre face du débat est : 1968 a t il encore quelque
chose à nous dire ? Non, bien sûr dit Sarkozy mais Cohn-Bendit, qui
insiste sur la planète brillante mais morte de 68, ne dit pas forcément
autre chose. Il y a une forte convergence de critiques anti 68 de droite
ou de gauche, incarnées par ces deux personnages, partisans, on va le
voir, soit de la liquidation, soit de « l’oubli ».

2)Production éditoriale

Livres Hebdo a dressé la liste (8/2) des 85 (!) titres de livres qui
vont sortir sur 1968 ! Sous forme de documents, de témoignages, de
littérature, d’art, d’héritage, de dimension internationale.

3)Luttes sociales et pratiques nouvelles

Analyse interessante de Nicolas Weill dans Le Monde (25/2) sur 1968,
rappelant notamment que « la nouveauté, ce ne sont pas les mouvements
étudiants mais le debrayage de millions de personnes à une échelle
jamais atteinte », pointant les singularités ( pratiques nouvelles des
luttes, cartographie de ces luttes, nouvelles figures – femmes, OS,
jeunes, immigrés) ; on y parle d’ « expérience plébeienne inédite ».
Pour Alain Geismar (Mon mai 1968, Perrin), 1968 fait partie d’une longue
séquence de luttes ouvrières allant des grèves de mineurs de 1963 à
celle des LIP de 1973.

4)Dépolitiser 1968. Moeurs, oui ; barricades, non ! Ou : 68, c’est fini !

L’idéologue de droite Alain-Gérard Slama , dans Le Figaro, est très
remonté contre les célébrations de « l’esprit 68 ». Principal reproche :
célébrer 68 revient à célébrer « l’utopie » : « le drame de la gauche est
de demeurer accrochée à une interprétation de la société qui certes a su
se dégager dans l’ensemble du marxisme et répudier l’idée de révolution
mais qui n’en a pas moins conservé de l’esprit de mai 68 la même
propension infantile à raisonner par tout ou rien, ce qui est le propre
de la pensée utopique « (Figaro, 4/2).

C’est une lecture comparable que fait le « social-libéral » Cohn Bendit
dont le prochain livre sur 68 s’intitule « Forget 68 » (Oublier 68 ?!) et
se présente comme un pamphlet anti-barricades et anti-symbolique
révolutionnaire...

La thèse de Cohn-Bendit ( et des soixante-huitards rangés) consiste à
dire : 1968, c’est fini ! On est dans un tout autre monde, les idées de 68
n’ont plus rien à nous dire ( alors que tout au contraire l’émancipation
est à venir...).

Cette manière de dépolitiser, de tout ramener à un débat « pour ou
contre l’autorité », de liquider 68 ou de l’oublier, tout cela arrange
aussi bien une vision de droite (Sarkozy) que celle de gauche version
Libération.

5)1968 a cassé l’autorité donc l’école !

Le débat le plus vif, le plus « concret », sur 1968 tourne autour de
l’école et de l’université. 1968 et son laxisme congénital auraient
cassé ces institutions. La droite est très virulente à ce propos. Voir
Nicolas Baverez ( Le Figaro, 25 mars).Comme si l’école et l’Université
d’avant 1968 étaient idéales ! La « réforme » Darcos serait une revanche
sur 1968 ( retour aux fondamentaux à l’école, orthographe, Marseillaise,
vouvoiement...).

Plus généralement, 1968 porterait le chapeau de la crise de la famille,
des banlieues car il a cassé l’autorité.

6)1968 a engendré le libéralisme ?

La droite en fait est partagée entre une condamnation sans appel de
1968, accusé par Sarkozy de tous les maux lors de sa campagne des
présidentielles (« l’héritage de mai 1968 doit être liquidé une bonne
fois pour toutes »), et une envie de « récupération » ( pour reprendre
un mot d’alors), sur le thème : c’est 1968 qui finalement a engendré le
libéralisme à la française.

Cette droite, depuis plusieurs années, travaille le thème : 1968 a libéré
le capitalisme de ses rigidités, a favorisé l’informatique, la Bourse et
la mondialisation. C’est la thèse de Daniel Cohen, « Trois leçons sur la
société postindustrielle » (La république des idées/Seuil) ou du
chroniqueur économique du Monde, Eric Le Boucher.

Cette nouvelle lecture est reprise dans un grand dossier du Figaro
Littéraire du 13/3, double page, titré « Les événements de 1968 ont
ouvert la voie à la société libérale ».

Dans le même ordre d’idées, la Fondation de l’UMP, la Fondation pour
l’innovation politique, a consacré un cycle de 15 conférences aux suites
de 1968, à la façon aussi, notamment sous la pression américaine et en
réaction aux « événements », dont l’idéologie libérale s’est propagée ici.

Dans le face à face Ferry/Cohn-Bendit, dans le Nouvel Obs (31/1), on
ramène quasiment 1968 à un réajustement de management capitaliste : 1968
aurait boosté une nouvelle manière de gérer, apporté plus de souplesse
dans une gestion -capitaliste - devenue ainsi plus efficace !).
Et c’est ainsi qu’on a pu identifier ici ou là dans les médias le
Sarkozy bling-bling à un avatar de 68 !
En vérité on sent une droite divisée entre un courant libéral-libertaire
(jusqu’à Kouchner...) et un courant libéral-autoritaire, attentif à son
extrême droite.

7) « La pensée anti-68 »

C’est sous ce titre que Serge Audier, aux Editions la Découverte,
analyse comment, après 68, divers courants idéologiques se sont efforcés
de discréditer ces événements. Il y a eu ce qu’il appelle « le retour du
libéralisme » (vu plus haut) ; puis l’attaque d’un Luc Ferry ou Alain
Renaut contre « l’anti-humanisme » présumé des penseurs 68 (Derrida,
Foucault, Lacan, Bourdieu) ; enfin la critique d’un Marcel Gauchet qui
s’en prend à 68 au nom « du sens civique et de la solidarité républicaine ».

8)Le PS et 1968

Le débat semble gelé au PS sur 1968. On se rappelle que ce parti avait
été tenté de prendre ses distances avec 1968 il y a quelques années.
Dans un texte d’avant-congrès, Laurent Baumel disait de 1968 : « Sans
être un réactionnaire patenté, on peut sans grand danger émettre
l’hypothèse que les nouvelles libertés personnelles dont ont bénéficié
les hommes et les femmes de la génération 68 n’ont pas eu que des effets
positifs ». Gros débat alors dans la presse. Hollande calma le jeu mais
ce retour aux « valeurs traditionnelles » (patrie, famille, sécurité,
travail) a largement marqué la campagne de Ségolène Royal.

9)Pourquoi la France n’a pas connu de lutte armée ?

A la différence de l’Italie (Brigades rouges) ou de l’Allemagne (
Baader), la France n’a pas connu après 1968 de dérive gauchiste vers la
lutte armée. La question de cette spécificité revient souvent en débat.
Pas de réponse simple. On peut penser que la fracture gauche/droite, la
force du PCF, la radicalité du mouvement social n’ont pas laissé de
place à cette dérive. D’autres, comme N.Baverez, pense que « les leaders
de 68 sont issus de la bourgeoisie, ils ont reçu une éducation
humaniste, la bourgeoisie transmet aussi des valeurs, cette éducation
les ont sans doute empêchés de basculer dans le terrorisme » ( Figaro,
25 mars).
Sur la dimension internationale de 68, ainsi que sur la dimension
internationale de la « restauration » réactionnaire en cours, on lira
avec plaisir le dossier du Courrier international du 20/12/2007, Que
reste-t-il de 1968 ?, et notamment le papier de l’italien Edmondo
Berselli : Et Benoît 16 sonna la fin de la récré ?

10)Anticommunisme réactivé

Pour l’essentiel, les références au PCF face à 68 sont très sommaires.
Dans l’émission de FR3 sur mai 1968 (23/1), tonalité très
anticommuniste, mise en vedette de Cohn-Bendit reprenant les antiennes (
le juif allemand, Marchais antisémite) et terminant son speech par un « 
Marchais, ce salaud ! » qui n’a suscité aucune remarque sur le plateau.

Ce ton participe d’une « image » du PCF qui aurait loupé le coche.

On peut penser qu’un texte politique, lucide, autocritique émanant du
PCF, sur la dimension réelle de 68, pris dans son ensemble, et
soulignant la portée actuelle de cet événement, la pertinence de son « 
message » émancipateur aujourd’hui, serait bien vu.



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