2008 (3è trimestre)

BULLETIN COM/IDEEES
n°23 (193) 7 juillet 2008

1)Etat de l’opinion, début juillet

Selon le baromètre mensuel Fig Mag, lutte contre la hausse des prix
(46%) et pouvoir d’achat (20%) sont les priorités pour 2 Français sur
trois (66%). Viennent ensuite chômage (17), insécurité (9%) et paix
sociale (7%).

L’efficacité du pouvoir en matière de lutte contre les hausses est jugée
nulle par 91% des sondés (7%=efficace) ! La lutte contre le chômage est
aussi jugée nulle pour 68% ! Bref, désaveu massif au plan économique et
social ; et pessimisme croissant en matière politique : 81% jugent que les
choses se dégradent. En même temps, s’ils sont 66% à attendre des
conflits sociaux, c’est 11% de moins qu’en juin.

La cote de Sarkozy plonge encore : 33% de confiance (-3). Celle de Fillon
recule aussi:42 (-2).

MG Buffet gagne deux points. La cote du PC reste stable à 24% de bonne
opinion alors que la cote de tous les autres partis recule.
Cette chute de Sarkozy amplement confirmée dans le sondage CSA/Parisien
du 4/7 ; le journal titre « Record d’impopularité » et « La descente aux
enfers ».

A noter cette info : pour la première fois depuis vingt ans, la
consommation de viande des Français diminue.

2)La crise économique est à venir

Changement général de ton de la presse économique sur la crise. Après un
printemps où l’on répétait volontiers que « la crise était finie », à
présent on enregistre une avalanche d’articles sur la crise économique à
venir, sur la rentrée économique qui s’annoncerait douloureuse ; il y a
même un certain catastrophisme ambiant.

On retrouve ce ton partout, au G8, aux Rencontres d’Aix du cercle des
économistes. « On » a sousestimé l’ampleur de la crise américaine, de
leur récession (Carlos Ghosn)

Autre thème probablement dominant à la rentrée : la présidentielle
américaine, le phénomène Obama, aussi en lien avec la crise économique
et les solutions avancées par les deux candidats (comparaison de leurs
programmes économiques in Le Figaro Economie du 7/7).

3)Après la mondialisation heureuse, la globalisation dangereuse

Typique de cet air du temps : « Globalisation. Le pire est à venir » de
Patrick Artus et MP Virard (La découverte). Artus est responsable à
Natixis, Virard l’ex redac chef des Echos. Ils détaillent les
différentes phases de la mondialisation:elle aurait été marquée d’abord
par une forte croissance, une inflation maîtrisée, de faibles taux
d’intérêt ; puis explosion de la bulle immobilière, machine inégalitaire
contre les pays développés et ses salariés, avec comme bénéficiaires une
caste spéculative. Aujourd’hui, la mondialisation est « un énorme
chaudron » qui brûle l’énergie et les matières premières, ère de rareté,
choc inflationniste, l’économie et la finance sont « un casino où
s’expriment tous les excès du capitalisme financier ».

Essai assez intéressant côté diagnostic, très faible côté remède où l’on
retombe dans une approche moralisatrice : il faut « civiliser » la
mondialisation.

4)Travailler plus ou travailler mieux

Mini-dossier du Monde du 5/7 sur le stress au travail (débat entre
syndicats et patronat) et la manière dont le sujet est traité par le PS,
par les différentes contributions dans la perspective de leur congrès de
Reims. Volonté de réinvestir le dossier Travail, « négligé » et récupéré
par la droite : »Au travailler plus, le PS oppose le travailler mieux »
dit le titre. Proposition de loi du groupe PS ;

On signale un intéressant document de travail de deux sociologues,
Dominique Méda et Lucie Davoine, rédigé dans le cadre du projet de
recherche européen SPReW (Social Patterns of Relation to Work). Ils
pointent ce paradoxe : les Français attendent fortement , et plus que les
autres Européens, de se réaliser dans le travail ; en même temps ils
trouvent « que ce serait une bonne chose que le travail occupe une place
moins grande dans leur vie ».

Contradiction qui s’expliquerait entre autres par de moins bonnes
conditions de travail, des relations sociales dures ; d’où une position
de retrait, de repli.

5)Pour une Europe qui protège

Confirmant de manière spectaculaire toute une série d’enquêtes récentes,
le sondage OminionWa/Figaro sur l’Europe du 5/7 montre que les Français
sont très critiques sur l’actuelle construction européenne et souhaitent
un changement profond.

Ils sont 82% à penser que l’Europe devrait « protéger » les Européens
contre la mondialisation, 74% à estimer que l’Europe actuelle ne protège
pas les Européens de cette mondialisation ; et 62% trouvent juste la
phrase de Sarkozy disant qu’il y a eu erreur dans la construction de
l’Europe et qu’il faut changer profondément la façon de faire...

6)Communication politique et internet

Bon dossier dans Figaro/Economie du 4/7 sur le rôle d’Internet dans les
primaires américaines et plus généralement dans la com’ politique, un
rôle bien plus grand qu’en 2004. Un américain sur deux a utilisé
Internet pour s’informer sur la présidentielle ; place nouvelle et
importante des sites de partage comme Facebook, MySpace,You Tube.

Obama y accorde une importance particulière : 400 000 « amis » sur
MySpace ; un million sur Facebook ; un million sur le site
MyBarakObama.com ( à noter le « My »Obama, Mon Obama...) : « Avec ce
site, Obama a confié sa campagne aux internautes ».

Internet est d’abord lieu de relations puis de souscription, dit le
responsable internet d’Obama qui souligne que le succès de son candidat
sur ces réseaux est aussi un problème « générationnel ». Dans son staff,
20 personnes s’occupent en permanence d’Internet pour lui. L’expert
ajoute : « (avec les rumeurs), Internet peut travailler pour vous comme
il peut travailler contre vous ». D’où aussi un travail permanent de
réponses aux rumeurs.
A noter aussi que 40% des Français vivent sans WEB (enquête Le Monde, 5/7).

7)Prix du pétrole

Note économique n°118 de la CGT (juin 2008) : qui sont les perdants et
les gagnants de la flambée du prix du pétrole ? Cette étude montre d’où
vient la flambée des prix ; à qui elle profite ; les gesticulations du
gouvernement ; les réponses, immédiates et à long terme, proposées par la
centrale ; ainsi ue les initiatives politiques fortes indispensables (fin
de la guerre en Irak ; conférence internationale ; régulation des « 
produits dérivés ».

8)L’univers des journalistes

Papier stimulant de JF Khan dans Marianne (28/6) sur le monde des
journalistes aujourd’hui. Cabotin et parfois léger, JFK connaît
cependant bien son monde. Il rappelle le suivisme traditionnel de ce
milieu dans l’histoire récente (collaboration, Libération...) ; comment
les médias savent taire certains événements (ex ; manif d’octobre 1961
sauf Le Monde et L’Huma, dit-il) ; il parle d’un fossé entre « une base
journalistique de plus en plus émancipée et une techno-structure de plus
en plus dépendante » ; il montre comment on retrouve derrière le
personnel sarkozyen les mêmes qui avaient giscardisé les médias
(Lagardère, Mougeotte, Dassier ; l’opportunisme de ce milieu ; il
s’interroge : « de nos jours pourquoi les mauvais sont-ils plus
systématiquement promus que les bons ? » ; parle d’autocensure (Apathie),
de sacrifice d’anciens supplétifs qui ont trop servi (Genestar) ; de la
détermination absolue de Sarkozy de « nettoyer » le milieu ;. Au total,
il se montre pessimiste, pense que demain Internet jouera le rôle du
samizdat hier en URSS...
Dans l’air, nombreux commentaires critiques sur la manière, suiviste et
envahissante, dont les médias couvrent l’affaire Betancourt.

9)Les Français et l’économie (suite)

« Il faut faire aimer l’économie de marché par les Français » a dit
Parisot. Notamment en les « cadrant » mieux dès l’école. D’où la
publication, le 3/7, du rapport Guesnerie (le bonhomme est par ailleurs
auteur d’un livre à la gloire du marché !), remis à X.Darcos, rapport
très critique ( et libéral comme il se doit !) : les manuels sont nuls,
les profs sont nuls, les Français sont nuls en économie. Les Echos
titrent d’ailleurs : « L’inculture économique des Français » (3/7). Le
ministère fait savoir qu’il repense les programmes de SES ; les profs eux
sont mécontents.

10)Partis

UMP : selon les chiffres donnés par ce parti, 370 000 adhérents en 2007
mais 190 000 (à jour des cotises) au 15 juin 2008. On estime que fin
2008, « le parti sera plus près des 200 000 que 300 000 ».
Tarif des cotises : 35 euros.
Pour remotiver les troupes, il est question d’élire les présidents de
fédérations et les secrétaires de circonscription par les militants à
jour des cotisations, en novembre prochain. Et désignation, par les
militants, en mars 2009, des têtes de liste pour les régionales de 2010.

Commentaires de Kosciusko-Morizet, chargé de ces opérations : « Nous
sommes dans la logique de Sarkozy, dans un système darwiniste de
sélection des meilleurs ».

Reprise en main du groupe par le parti.

LCR/Besancenot : Article du « Bleu de la profession politique » du 2/7,
titré : « Besancenot, opposant idéal » et commençant par « Si la droite
le pouvait, elle voterait peut-être Besancenot, tellement elle a du mal
à cacher sa joie ». Lourde insistance sur l’instrumentalisation de la
LCR contre la gauche, désormais présentée comme une évidence.

(La Tribune fait même le lien avec la « privatisation » de la Poste et
les luttes prévisibles).

BULLETIN COM/IDEEES
n°24 (194) 18 août 2008

1)La question des salaires

La question du pouvoir d’achat a continué assez régulièrement à faire la
Une cet été (titres du Parisien sur la baisse de la consommation). Ce
qui revient un peu plus volontiers, cependant, ces derniers jours, c’est
l’accent mis sur la question des salaires. La presse n’en est pas encore
à évoquer leur nécessaire augmentation mais on s’approche. Ainsi
l’éditorial du Monde du 12/8, intitulé « Retour au réel », note par
exemple que le gouvernement, alerté par les drames de la pauvreté et de
la précarité, « pousse à une augmentation forte du salaire minimum ». Le
journal parle, précisons-le, du gouvernement japonais. Le même papier se
félicite « d’importantes augmentations de salaires » suite à des
grèves... Là encore, il ne s’agit pas de la France mais de la Chine.
N’empêche, l’idée progresse.

Le journal La Tribune (13/8) pointe la stagnation du pouvoir d’achat « 
qui proviendrait de la décélération du revenu disponible brut des
ménages » et indique que ce phénomène « pèse sur la croissance ». Enfin,
toujours en cette mi-août, on pouvait entendre, sur France 2, l’ancien
porte parole (Bianco) de la candidate socialiste à la présidentielle,
coïncée sur la question des salaires lors de sa campagne, qui en
appelait à une augmentation des salaires et à des négociations
d’ensemble « à l’image de ce qui se passe en Allemagne ».

2)Discours sur la crise

Les pages économiques ont volontiers évoqué la crise cet été, avec un
argumentaire qui se résume ainsi : la crise financière continue (certains
avaient assuré au printemps que le mal était dépassé) ; elle s’étend
géographiquement ( elle n’est pas qu’américaine, voir la sérieuse crise
financière en Grande Bretagne) ; elle gagne de nouveaux secteurs (La
Tribune du 11 août énumère les « produits », après les subprimes, qui
sont touchés : ARS, CDO, ABS, SIV, etc, autant d’inventions spéculatives
des banques qui représentent chaque fois des sommes colossales ; l’ARS
seul « vaut » 330 milliards de dollars) ; il faut ré-gu-ler mais personne
ne s’entend sur ce que régulation signifie ; le rôle de l’Etat s’étend (
Obama insiste sur cet aspect ; la presse parle, comme autant d’évidences,
de nationalisations ou de renationalisations) ; après la finance, c’est
l’économie qui est touchée (croissance française au point mort ; chute de
la production industrielle). Bref, comme l’écrit La Tribune du 11/8, « 
le pire est à venir ».

On notera une certaine capacité des libéraux à user de la crise pour
accentuer encore leur pression.

Baverez, l’idéologue du déclin, signe un papier significatif dans Le
Monde du 3/8 et sous-titré : « Oui, la crise que nous vivons est la plus
grave peut-être depuis la grande déflation des années 1930 et la France
est plus exposée que ses partenaires. Pour parer, le processus de
réforme engagé doit continuer ».

Du côté des banquiers, on entend volontiers dire : vive la crise, ça
purge des mauvais éléments.

Un peu dans le même ordre d’idées, Valérie Pecresse (et Le Figaro) ont
donné un écho au classement de Shanghaï des universités mondiales,
classement arbitraire pourtant, marginalisant complètement les facultés
françaises. Ces « résultats » sont mis en avant pour culpabiliser et
justifier (et hâter) la politique universitaire du pouvoir.

3)Air du temps médiatique

Une analyse du comportement des médias, avant et pendant les JO, serait
à faire. Une attitude globalement négative, boudeuse, des commentaires
volontiers cyniques, désinvoltes. Certes, les contorsions sarkozyennes
ont encouragé les médias à tenter de déconsidérer les jeux. Mais tout se
passe comme si une ligne « libérale-libertaire » ( pour dire vite),
exprimée par un Cohn-Bendit par exemple et incarnée par Libération,
pesait sur l’ensemble des médias et donnait un peu la tonalité générale.
On peut même dire que sur des dossiers comme la Géorgie (ou le Tibet),
Libération est plus à droite, ou plus « occidental » ou plus atlantiste
que Le Figaro.
Participe à cela une manière très régressive, et à la mode dans le
milieu journalistique (une mode directement inspirée par les méthodes
audio-visuelles du direct), de « privilégier l’émotion, l’irrationnel,
les raisonnements binaires et manichéens, qui nie la nécessité du recul
et de la réflexion », comme l’écrit très bien Maurice Ulrich dans son
édito du 12/8.
Ajoutons encore la multiplication de « bourdes », genre annonce en
catastrophe sur TF1 vendredi 8/8 de la mort d’un enfant disparu, en fait
retrouvé vivant peu après.

4)Le retour de Marx, suites

Bon dossier de « Courrier international » qui montre, sur trois numéros
(924,925,926), comment, au plan international, « le XXIe siècle redonne
une actualité au penseur du capitalisme ». On insiste sur son utilité
pour saisir la crise du capitalisme financier ET sur sa pertinence
écologique. Titres du n°924 : un pouvoir de séduction grandissant ;
penseur du 21è siècle ; les altermondialistes en font leur miel ; écolo
avant l’heure. Le n°925 parle de Marx vue de Chine et de Russie ; le
n°926 traite du modernisme de l’écriture du Capital (par un biographe
anglais de Marx).

5) « La droite a gagné la guerre idéologique »

Cette thèse, lancée par Fillon, a été répétée cet été par des leaders de
droite ; elle donne lieu à un bon dossier du Monde du 15/7 (faisant aussi
sa Une). La droite pense avoir gagné sur des thèmes comme la réussite,
le respect, la responsabilité, le devoir, l’assistanat, l’immigration
choisie ; elle se félicite du passage de réformes sur les heures sup, le
service minimum, le RSA ; une attention particulière à la question de
l’école (dans ce secteur, une offensive conservatrice d’ampleur, coupes
budgétaires, service minimum, instruction civique, enseignement de
l’économie,etc avec un Darcos pugnace ; il a encore multiplié les
pamphlets durant l’été contre les « pédagogistes »).

Le journal indique que cette offensive idéologique est d’autant plus
importante pour la droite qu’elle est en difficulté par ailleurs sur des
sujets majeurs comme le pouvoir d’achat. Rôle à l’Elysée d’un certain
Patrick Buisson, idéologue venu de l’extrême droite. Offensive d’autant
plus remarquée que la gauche est KO. Que dit la gauche sur l’Europe ? La
redistribution, le multicuturalisme ?

Pour ce dossier, Sarkozy occuperait le terrain du social libéralisme.

A lire dans le même dossier l’entretien avec Franck Debié, responsable
de la Fondation pour l’innovation politique (créée à l’origine par l’UMP
du temps de Juppé mais en froid avec l’équipe actuelle) ; il montre
comment la droite a imposé le slogan Travailler plus... ; comment Sarkozy
est tiraillé entre une droite « réactionnaire » et une droite « libérale ».

6)La crise de la social démocratie européenne

A lire sur le site Mediapart le compte-rendu d’un colloque universitaire
récent sur la crise de la social-démocratie européenne, perdante dans 13
des 15 dernières élections. Le site pointe quatre éléments de crise : 1)
« la présidentialisation des partis politiques » à l’oeuvre partout, qui
pousse au pouvoir personnel, à la conquête du pouvoir pour le pouvoir,
au recul de la réflexion collective pour changer la société ;2) « le
piège européen », l’Europe que cette même social-démocratie a élaboré
étant devenue une machinerie libérale ;3) « l’individualisation militante
 » c’est à dire partout la crise organisationnelle, la fragilisation du
cadre partisan, la chute des effectifs, les militants devenus des « 
consommateurs », l’absence de réflexion ;4) « La SD impuissante dans son
rapport aux politiques sociales » ou l’abandon du keynésianisme pour le
libéralisme, le minimalisme social.

7)Mutations de l’économie française

Publication cet été d’un rapport INSEE sur les « mutations structurelles
 » de l’économie française. Tertiarisation : jusqu’en 1955, service,
industries et agriculture employaient chacun presque autant de salariés
(5 millions environ) ; aujourd’hui les services occupent les ¾ des
actifs. Mais les salaires de l’industrie sont meilleurs que ceux des
services. L’agriculture ne représente plus que 3% des actifs.

Le rapport parle d’un affaiblissement de la rentabilité des entreprises
ces 20 dernières année. L’ « âge d’or » de ce point de vue est la
période 1983/1989 mais aujourd’hui les marges des entreprises (31,9%)
seraient à peine supérieures à celles de 1975/1982.

Diminution de la durée du travail : les salariés entrant dans la vie
active travaillent en théorie 25% de moins par an que leurs parents :
stable jusqu’en 1966 (1950 heures/an), la durée annuelle effective
atteint 1450 heures. 500 heures en moins.
Toujours de l’INSEE, enquête emploi pour 2007 publiée le 6/8, discutable
car assez manifestement destinée à « démythifier » les 35 heures... Le
temps de travail à temps complet serait en moyenne de 41 heures, avec
des écarts : 37,8 pour l’ouvrier, 38,2 pour l’employé, 44 pour les
cadres, 55 pour les artisans, 58,8 pour les paysans.

Une France à deux vitesses : sur 28 millions de salariés, 20 sont en CDI
et 3 millions précaires (CDD, stages, apprentis).

Une femme salariée sur trois est à temps partiel. Le chômage touche
encore 2,2 millions de personnes (8%). Il est massif chez les ouvrières
(16%), non-diplômés (13%), ouvriers (9,5), cadres (3,3, chiffre record
pour cette catégorie).

Poids du chômage longue durée chez les chômeurs de plus de 50 ans.

8)L’autre crise des banlieues

Bonne chronique (15/7) de Luc Bonner dans Le Monde, intitulée « Une
crise des banlieues peut en cacher une autre ». Il s’agit de cette
banlieue éloignée et pavillonnaire qui serait en train de connaître une
« profonde fragilisation », les populations concernées étant touchées en
même temps par l’explosion des coûts des transports et la crise (baisse)
immobilière. Et assignées à résidence en quelque sorte. Face à
l’effritement de ses rêves de propriétaire et à l’impuissance du
politique, une population qui dirait sa colère dans les urnes ( elle
avait voté Le Pen en 2002).

9)Religions : un front conservateur

L’Eglise anglicane a connu cet été un quasi-schisme avec la prise de
distance de la minorité traditionnaliste (un tiers de l ’épiscopat,
surtout des pays du Sud) avec l’orientation officielle (ordination des
femmes, homosexualité). Le Monde parle d’un front néoconservateur où
l’on trouve, outre cette minorité anglicane, les positions de Benoït 16
et celle des évangelistes anti-modernes. Pour ne parler que des chrétiens.

10)Partis/ Organisations

Université d’été : Verts (21-23 aôut) ; LCR (24/8) ; PS (29-31/8) ; Modem
(5-7/9) ; Nouveau centre (5-7/9) ; UMP (5-7/9) ; FN (13-14/9)

MEDEF : du 27 au 29 août à Polytechnique (Palaiseau). Thème : « Voir en
grand ». Sujets : fonds souverains, opinion publique, éducation, grandes
réformes, nouveau capitalisme, capitalisme à but non lucratif (!),
développement durable, diversité culturelle, faim dans le monde, impôt
mondial. Quinze ministres attendus.
Quelques échos dans la presse sur la mobilisation des jeunes militants
UMP et PS. Tour des plages avec l’UMP jeunesse (caravane, 54 étapes),
organisation par ailleurs très divisée pour le renouvellement de sa
présidence.

Côté PS, université européenne à Carpentras fin juillet (une semaine).
Au menu l’Europe ( faudrait des « critères sociaux »...). Extraits : « Au
MJS, on essaie d’avoir le discours d’une génération qui vivra moins bien
que ses parents ».

BULLETIN COM/IDEEES
n°25 (195) 25 août 2008

1)Rénovation idéologique du PS

Comme pour compenser une avalanche de papiers, cet été, sur le marasme
du PS, le journal Le Monde, de manière volontariste, entretient l’idée
qu’une rénovation idéologique au PS, plus exactement autour du PS,
serait en cours. Une manière aussi de peser sur l’Université d’été de ce
parti et sur son congrès.

Il y a eu un grand dossier (Le Monde,19/8) sur « la rénovation
idéologique » du PS ; on y passe en revue les principaux « think tanks » :
la Fondation Jean Jaurès (FJJ), Terra Nova, la République des idées,
Telos, l’Institut Edgar Quinet et La Forge, ce dernier classé à gauche,
les autres étant plutôt « libéraux ». Les animateurs : Gilles
Finchelstein, Olivier Ferrand, Marc-Olivier Padis, Philippe Askenazy,
Thierry Pech, Eric Maurin, sont le plus souvent universitaires, de la
tendance Strauss-Kahn.

L’idée est de montrer que des socialistes travaillent le réel (
éducation, travail, inégalités), qu’il veut « se débarrasser de son
héritage marxiste » ; peu d’idées marquantes émergent dans l’article.

Le quotidien remet le couvert, dans son édition « Le Monde 2 » du 23/8,
avec une Une attirante : « Des idées pour rénover la gauche », un édito
sur « la gauche qui pense » (« face à une extrême gauche protestataire
qui persiste à refuser l’économie de marché ») et une (longue) enquête
où on reprend les « nouveaux axes de réflexion » développés par ces
think tanks : éducation, solidarité, environnement, retraite, impôt,
économie, démocratie.

D’un côté, ce dossier fait écho à un réel remue méninge à gauche ( même
s’il fait l’impasse sur toute espèce de réflexion communiste), à un
besoin de débat et de renouveau, avec des suggestions comme investir
dans l’économie de la connaissance ou un système de formation à vie
assez proche de notre idée sécurité-emploi-formation ; des pistes aussi
en matière fiscale, ou de démocratie citoyenne, ou sur la culture.

D’un autre côté, sous couvert d’expertise, c’est une lecture
sociale-libérale qui est faite le plus souvent et au total des
propositions assez maigres ou inexistantes sur les dossiers de fond :
Europe, mondialisation, argent, pouvoir d’achat, relance industrielle,
etc...

Le dossier se poursuit par quatre pages d’extraits du dernier livre de
Vincent Peillon, la révolution française n’est pas terminée.

« Le renouveau du PS passe par les sciences sociales » écrit de son côté
Michel Wieviorka in Libération du 19/8 ; ce plaidoyer pour une rencontre
entre la nouvelle intelligentsia des sciences sociales et le PS est
aussi une façon de reconnaître que ces liens aujourd’hui n’existent guère.

Côté Vert, à noter la promotion de la notion de « décroissance solidaire
 » (Les Echos, 20/8)

2)Crise de la social-démocratie (suite)

Lire le papier de Henri Weber in Le Monde (20/8) « Pourquoi le
socialisme recule en Europe ». Il montre le recul général des
sociaux-démocrates, la pugnacité nouvelle de la droite, l’échec du « 
compromis défensif » mis au point par cette gauche, à savoir , selon
lui, « une libéralisation modérée », une « mutualisation des coûts de la
modernisation » (impôts,service public) et « l’affirmation d’un
progressisme sociétal ». Résultats ? Une explosion des inégalités
sociales. Pour regagner demain, écrit Weber, la social démocratie
devrait présenter un front uni en Europe ( contre le chacun-pour-soi,
d’aujourd’hui) mais il ne dit guère sur quelles (nouvelles) orientations.

3)Les affaires géorgienne et afghane en débat

La crise Russie/Géorgie est abordée de différents points de vue dans les
médias : irresponsabilité (ou non) de Saakachvili ; limites de
l’interventionnisme américain (ou occidental) ; renouveau (ou
impérialisme) russe ; changement géostratégique, etc...Cette crise,
généralement présentée de manière assez primaire dans les médias
(audiovisuels notamment), suscite dans l’intelligentsia de vrais débats
et des lignes de fractures inédites. Si on retrouve sans surprise du
côté du parti américain un Bernard-Henri Levy ou un André Glucksmann
(Libé, 14/08), on trouve d’un autre côté des gens aux jugements certes
différents entre eux mais partageant une certaine lucidité sur les
enjeux ; citons pêle mêle Alain Minc, Marek Halter, Carrère d’Encausse
(!), Alexandre Adler, sans parler de J Radvanyi, Dominique Vidal ou Jack
Dion.

Dans le même ordre d’idées, on mesure mieux que les interventions d’un
Cohn-Bendit, cet été, n’étaient pas des sorties d’un provocateur isolé ;
elles sont les nouveaux habits d’un discours atlantiste de gauche, un
courant qui a une longue histoire et que réactive vivement Joffrin et
Libération ( Tibet, JO, Géorgie, Kaboul...), Joffrin jouant même les
Déroulède, parlant du « magnifique sacrifice » des soldats ou de « 
mourir pour Tbilissi » ! Un discours qui n’est pas sans écho dans « le
peuple de gauche » ; on note par exemple que dans le sondage sur Sarkozy
et les JO (Figaro, Opinionway, 20 août), si 61% des sondés approuvent la
présence de Sarkozy à Pékin, 59% des « sympathisants de gauche »
désapprouvent son déplacement (!) et 88% des « sympathisants de droite »
l’approuvent.
Sondage Parisien du 22/8 : 55% des Français pour le retrait.

Observons enfin une place croissante de l’international ces derniers
jours dans les médias (au détriment de l’économie et du social).

4)Le public de Besancenot

Retour des papiers à la gloire de Besancenot, après un été très calme
sur ce front. A retenir cependant les remarques d’une chercheuse du
CEVIPOF in Le Monde ddu 24/8. Elle pointe un public plutôt jeune, plutôt
employé-intello-précaire (« jeunes actifs déclassé ») à la fois très
révoltés et très demandeurs de solutions concrètes et immédiates. Ils ne
viennent pas pour le nouveau parti mais pour changer les choses ; « ils
ont des attentes extrêment fortes d’éffiucacité immédiate ». Son
impatients, très anti PS ; quant au PCF, « il ne fait pas partie de leur
champ de vision ». L’universitaire reconnaît de fait que la LCR n’a pas
(pour l’instant ?) un fonctionnement ni un langage adaptés à l’attente de
ces nouveaux venus.

5)Sarkozy, une rentrée profil bas

Commentaires désabusés du politologue JL Parodi in le JDD (24/8),
accompagnant le sondage IFOP/JDD du même jour. Même si le Président
gagne deux points, après un +2 en juin et +1 en juillet, il reste dans
les basses eaux, surtout pour une rentrée à risque : « C’est dire si ni
la libération de Betancourt ni la présidence française de l’Europe ni la
gestion présidentielle de la mort des soldats en Afghanistan ni la trève
estivale et olmpique n’auront accordé à l’exécutif cette bouffée
d’oxgène espérée par lui à la veille d’une rentrée sociale assombrie et
sans perspective d’éclaircies ».

Fillon baisse.

« On assiste à un retour de l’angoisse sociale » dit Parodi.

6)Moins de télé, plus d’internet

Enquête Médiamétrie (Le Figaro, 20/8) qui confirme une tendance pointée
ces derniers temps : les Français regardent (un peu) moins la télé. C’est
vrai au premier semestre 2008, et c’est particulièrement vrai pour les
grandes chaînes : le temps passé devant elle pour ce semestre a reculé de
18 minutes. C’est net chez les jeunes mais aussi pour ce qu’on appelle « 
la ménagère de moins de cinquante ans ».

Autre tendance : les jeunes se convertissent de plus en plus à la vidéo
sur Internet ; les services de diffusion, de téléchargement ou de
rattrapage sur le Net concurrencent la télé.
Sur l’utilisation politique d’internet, voir « Elections et Internet »
in Les Echos du 21/8 : le conseiller « com » de l’Elysée parle de la
campagne d’Obama.

7)La droite et l’école

Nombreuses infos sur un début de remobilisation dans les écoles.

En même temps, la droite, qui claironne volontiers qu’elle a gagné la
bataille d’idées, cite souvent comme exemple le cas de l’école. Cet été
elle a mis en avant son bilan ( service minimum, refonte des manuels,
discipline/autorité/responsabilité, cartes scolaire, opération (très
médiatisée) « réussite scolaire « en cette pré-rentrée.

Il est significatif qu’elle mette en avant deux de ses leaders, Darcos
et Pécresse, cette dernière étant même en lice pour la tête de liste UMP
aux européennes en Ile de France.

8)Libéralisme et roman social

A noter que le monde du travail continue son retour, discret mais réel,
dans les oeuvres de fiction, dans le roman.

Côté cinéma, un peu dans l’esprit Ken Loach ou des frères Dardenne, on
avait pointé les films de Laurent Cantet, « Ressources humaines » ou « 
Entre les murs » (primé à Cannes) sur l’école d’aujourd’hui. Côté roman,
Emmanuelle Heidsieck, par ailleurs journaliste au mensuel Le Monde
Initiatives, propose des fictions à l’écriture très vive comme « Notre
aimable clientèle » ou « Il risque de pleuvoir », ayant respectivement
comme toile de fond l’Unedic ou la Sécurité sociale ; on y vit de
l’intérieur, à travers souvent des personnages de cadres, l’emprise
(mortifère) du libéralisme.

9)La démocratie en question

Plusieurs papiers s’interrogeant sur l’affaiblissement de l’idéal
démocratique dans le monde aujourd’hui. Le sociologue allemand Harald
Welzer (Le Monde, 15/8) commente une étude de la Fondation
Friedrich-Ebert montrant qu’un allemand sur trois trouve que la
démocratie fonctionne mal (c’est même le cas de 60% à l’Est) et un quart
« ne veut plus rien savoir de la démocratie telle qu’elle est chez nous
 ». Il énumère : abstention en hausse, perte d’autorité des partis,
desarroi, recherche de sauveur (Obama !). A lier avec la crise sociale,
le recul de l’Etat, le sentiment d’abandon. Propos inquiets : « les
choses peuvent bouger assez vite et se soustraire aussi vite à tout
contrôle ».

Une problématique assez proche est développée par Les Echos (20/8) sur
le thème de « la montée des anti-modèles », en l’occurrence la Russie et
la Chine. Régimes autoritaires, peu « présentables » certes, mais
régimes qui « fonctionnent » et savent répondre à leurs contradictions
internes.

10)Spiritualité ou religion

Nombreux papiers suite au rassemblement de Lourdes et avant la venue du
pape en septembre, suite au voyage du Dalaï Lama ( ou à l’attitude de
nombreux compétiteurs à Pékin, se signant ostensiblement durant les
épreuves...). Retour de la religion ? Ce n’est pas le cas en France avec
le recul avéré de la pratique de la religion catholique ; mais on assiste
à des expressions confuses de spiritualité, pouvant emprunter à
différents cultes ; on aménage, une « religion à la carte », on
s’arrange. Sur les chemins de Compostelle par exemple, il y a de plus en
plus de pratiquants non croyants à la recherche d’eux mêmes ! En même
temps, il y a des tentatives de « récupérer » cette religiosité
nouvelle, à la Sarkozy notamment.

BULLETIN COM/IDEES
n°26 (196) 3 septembre 2008

1)Plus ou moins d’Etat ?

La question du rôle de l’Etat revient systématiquement dans tous les
débats politiques ; c’est le cas aux USA où médias et livres plaident
souvent pour plus d’Etat, pour sortir de l’ère ouverte par Reagan il y a
trente ans. C’est notamment le cas de Paul Krugman, éditorialiste du New
York Times, auteur de « L’Amérique que nous voulons » (Flammarion), qui,
dans Le Monde (26/8), observe que la perçée d’Obama coïncide avec un « 
bouleversement idéologique : l’air du temps serait au retour de l’Etat
face aux dérives du capitalisme financier mondialisé – et à la
perspective d’une récession dans le pays ». Il appelle « le parti
démocrate à réinventer l’Etat-providence au XXIe siècle ».

Libération de son côté titre un papier : « Les nationalisations dans
l’air du temps » (22/8) et ajoute : « Devant la gravité de la crise
financière, la dérégulation est remise en cause dans les pays
anglo-saxons ».

Dans le débat français, le sujet est aussi abordé, mais paradoxalement
de manière moins franche. Côté libéral, le MEDEF (cf l’entretien de
Parisot in JDD du 24/8) répète avec obstination : « Gare à l’étatisme ».
La droite est plutôt sur cette ligne. Quant aux socialistes, comme
intimidés ( voir les différents livres publiés par des ténors du PS),
ils ergotent : « L’Etat entrepreneur a battu en retraite au profit de
l’Etat régalien » concède Henri Weber (20/8).

2)Etat de l’opinion

Sondage IFOP/Ouest-France du 24/8 où 33% des sondés se disent optimistes
pour eux et leurs enfants ; ils étaient 53% en décembre 2007. C’est le
pire score depuis août 2005. Hausse des prix, coût de la vie, pouvoir
d’achat, sentiment de ne plus y arriver ;

Ils ne sont que 18% à faire confiance au gouvernement sur le pouvoir
d’achat ( ils étaient 20% du temps de Villepin, 28% sous Raffarin).

Les pessimistes n’ont jamais été aussi nombreux depuis février 1995 !

En fait sur les sept dossiers testés, le pouvoir est majoritairement
critiqué concernant le pouvoir d’achat, la lutte contre la pauvreté, le
chômage, les impôts, l’intégration de l’immigration ; il ne fait de bons
crores que sur les thèmes de l’insécurité (61%) et de l’environnement (55).
Intéressant sondage CSA/Parisien qui montre le caractère dominant du
pouvoir d’achat (51%), thème qui monte (+3) alors que sur tous les
autres sujets (santé, retraite, emploi, protection sociale, sécurité,
logement), les préoccupations semblent moins fortes.

Toujours CSA/Parisien : les Français pas OK avec le « travailler plus
pour gagner plus » ; seuls 25% des sondés d’accord !

3)Embellie de Sarkozy ?

A noter en même temps, et paradoxalement, une remontée de Sarkozy dans
les sondages. Le Figaro en fait même son édito (3/9) pour conclure que
les Français acceptent les réformes.

Ici, deux remarques : la tension internationale sert le Président ; il en
a toujours été ainsi. Toute guerre ou menace de guerre a bénéficié à
Mitterrand, Chirac, etc...

D’autre part, si une enquête IPSOS du 28/8 parle d’une remontée de 5
points de Sarkozy, et de quatre points de Fillon (chiffres identiques
chez Vivavoice/Libération), le baromètre Sofres/Fog Mag, plus fiable,
fonctionnant depuis trente ans, ne donne que + : +5 et +3. à Sarkozy et
- 1 à Fillon.

4)Le MEDEF, le CAC40 et les autres

Intéressant mouvement d’humeur du Figaro à l ’égard du Medef de Parisot
à l’occasion de son Université d’été. Le thème cette année en effet est
« Voir en grand », 230 invités prestigieux, tout le gratin de l’Eglise,
de l’Armée, de l’Université, etc... Un colloque bien adapté à ce grand
patronat qui voir la crise économique française avec hauteur « et pour
cause : les entreprises du CAC40 ne font plus qu’un quart de leurs
profits en France ». Pour eux, « les perspectives de profit pour 2008
restent proches de 104 milliards d’euros contre 98 milliards l’an passé
 ». Bref les très hauts patrons sont « indifférents » à la crise mais les
autres ? Demande le journal. Quid des 2,5 millions de chefs d’entreprise
qui ne seront pas à ce mini Davos estival ? De ces PME-TPE qui assurent
64% des emplois marchands et contribuent à 54% à la richesse. Ils
aimeraient aussi voir les choses en grand mais n’en peuvent mais...
Attention, dit l’éditorialiste, « il ne faudrait pas cajoler de trop
près l’intellectualisme du café de Flore » et oublier les adhérents de base !

5)Frustration des quadras

Etude de l’INSEE ( Education et mobilité sociale, Camille Peugny,
INSEE), montrant que la mobilité sociale est en panne chez les quadras.
Cette génération connaitrait une moindre réussite que ses aînés alors
qu’elle est plus diplômée. « Des chiffres effrayants » dit une
sociologue. Exemple : une majorité de licenciés en lettres atteint au
mieux un niveau d’employé de bureau quand un bac suffisait trente ans
plus tôt. C’est l’idée de société méritocratique qui est mise en cause.
Une « plongée sociale » plus marquée pour les femmes. Cette dégradation
touche tout le monde, près d’un fils de cadre sur quatre est employé ou
ouvrier, c’est le cas d’une fille sur trois. Les tendances à la
reproduction sociale s’amenuisent. En cause, la crise, des diplômes
dévalués. Un déclassement qui nourrit frustration et injustice.

6)Les livres de la rentrée

A lire le Bulletin n°2, 09/08, de la docu sur le sujet, avec notamment
un article récapitulatif de Livres Hebdo sur la question. Sortie de près
de 300 essais en cette rentrée, multiplication des collections « 
politiques » chez tous les éditeurs. Vitalité donc du livre politique.
Le plus souvent de format court ( le plus souvent aussi, courant après
ou accompagnant l’événement plutôt qu’innovant).

Nombreux livres sur la gauche dont une dizaine signés par des cadors du
PS ; plusieurs bios de Besancenot. Rien sur le PCF.

A droite, peu de productions sur Sarkozy. A noter un livre de
l’idéologue de droite, A.G. Slama, « L’impossible rupture » qui annonce
l’échec de Sarkozy...

Nombreux essais sur l’Amérique (huit sur Obama).

Très peu de choses sur l’Europe, qui n’inspire guère les auteurs.

Plusieurs ouvrages sur la crise, les banques, la mondialisation.
Parmi les thèmes, la question de l’eau revient fort (dizaine de titres),
celle de l’école aussi (« inépuisable »).
A retenir encore : « Faut-il renoncer à l’Etat providence ? » De B. Brunhes.

7)Télé, radio et régression de l’info

Dans la concurrence télé/radio, il se dit volontiers que l’image
télévisuelle joue sur l’émotion, l’immédiat, le superficiel alors que le
discours radio privilégie plutôt l’information, le recul, l’analyse. Ce
n’est pas tout à fait faux. Or on observe en cette rentrée 2008 une
arrivée assez massive de gens de télé pour piloter ( et cumuler) des
émission radio du matin notamment, avec leur méthodes (sensationalisme,
populisme, pipelisation). Certains s’inquiètent de cette tendance qui à
terme marquerait une nouvelle régression en matière d’information.

8)Le pape à Paris

Rappelons que le week-end de la Fête de l’Huma, le pape sera à Paris
puis à Rome. On attend 500 000 personnes au total. Sont prévus onze
discours, « des messages à la France » (Figaro du 28/8) dont un à
l’Elysée, où Sarkozy reviendra sur son discours de Latran de décembre
2007 sur la laïcité à la française.

Une Eglise assez inquiète sur l’état de la mobilisation cependant (« 
certaine angoisse », « crainte d’un flop populaire ») ; a donc déployé
beaucoup de moyens, mobilisé des cabinets de marketing, prévu un budget
de trois mlillions d’euros.

Comme la plupart des initiatives sont en plein air, l’Eglise, dit-on,
prie pour avoir du beau temps...
Voir aussi l’excellente enquête du Monde du 2/9 sur « Communion et
Libération », à propos du poids de l’Eglise dans la politique italienne.

9)Libéral de gauche : une théorisation

Parmi la dizaine d’ouvrages de cadors socialistes publiés en cette
rentrée, une place particulière accordée par les médias (de gauche) à « 
La Révolution française n’est pas terminée » (Seuil) de Vincent Peillon.
Bonnes feuilles dans Le Monde. Et longue lecture de texte par Nicolas
Weill dans ce journal (2/9) louant « la reflexion théorique audacieuse
 », un retour « aux fondamentaux ». Polémiquant avec Furet pour qui 1789
était « terminé » mais aussi avec Marx et Tocqueville, il cherche d’un
côté « la formule rêvée du socialisme libéral », pour « un réformisme
rafraichi du 21è siècle ». D’autre part, il tente de revitaliser l’idéal
républicain, lui donnant « une profonde ambition spirituelle », prône
une spiritualité laïque, « une religion de l’humanité », avec un Etat
qui protège et affranchit.

Conclusion ? Un réformisme qui « rappelle la fameuse troisième voie du
socialisme version Tony Blair ». Tout ça pour ça !

10)Partis

UMP : le parti s’occupe beaucoup, déjà, des régionales de 2010. Le parti
a nommé 22 dirigeants du mouvement pour s’occuper chacun d’une région où
« rien ne les lie » pour désigner les têtes de liste... Pécresse
semblerait bien placée comme tête de liste en Ile de France.
Multiples commentaires sur la « disgrâce » de Devedjian ; Sarkozy lui
reprochant surtout d’avoir laissé le parti tomber de 370 000 à 210 000
membres.

BULLETIN COM/IDEES
n°27 (197) 16 septembre 2008

1)Crise, salaire et valeur ajoutée

Tonalité nettement plus grave des papiers sur la crise financière, en
comparaison avec les commentaires d’avant l’été sur le thème : le plus
grave est passé...
Nombreux articles sur l’interventionnisme étatique américain, le
pragmatisme des libéraux prompts à oublier le dogme du tout marché et
moins d’Etat. Des papiers mettent en garde contre le principe de
nationalisation. Mais ce retour du besoin de régulation amène le député
socialiste de l’Aisne, membre de la commission des finances, JP
Balligand, à signer un article dans Le Monde « Le PS peut-il être plus
timoré que M. Bush » où il montre que les USA « gèrent leur économie
avec moins de tabous que la gauche ».
Peu de papiers évoquant une véritable alternative à la financiarisation
en cours ; à lire la contribution de trois dirigeants d’ATTAC (Cossart,
Harribey, Plihon) in Le Monde du 17/12. Ils posent en fait la question :
où va l’argent ? La Bourse ou la vie ? Ils mettent en relation
l’enrichissement du patrimoine financier et la détérioration de la
condition salariale. Citent le chiffre de 100 000 personnes disposant
d’avoirs financiers équivalent au quart du PIB mondial soit 15 000
milliards de dollars. Appellent à une rrefonte du système monétaire et à
en finir avec « la détérioration de la part salariale dans la valeur
ajoutée aujourd’hui ramenée à un niveau très bas ».

2)Bayrou économiquement à droite de Sarkozy

Bon papier de Dominique Bègles in Humanité du 10/09 montrant que le
programme du Modem est d’inspiration néo-libérale pur jus, souvent plus
à droite que Sarkozy, sur déficit budgétaire, fiscalité, ISF, heures
sup, charges des entreprises, 35h, etc.

Le rédacteur du programme du Modem est Christian Saint-Etienne,
universitaire, un des pires idéologues néo libéraux français ; son
conseiller est Jean Peyrelevade, qui joua un rôle important dans le
virage libéral de Mitterrand de 1983. Cet ancien patron du Crédit
Lyonnais a sorti début septembre un livre « Sarkozy, l’erreur historique
 », un des essais sans doute les plus médiatisés de la rentrée. C’est une
critique de droite de Sarkozy, qui va jusqu’à dire ( en contradiction
avec tous les chiffres officiels par ailleurs) que la part du travail
dans la valeur ajoutée augmente trop !

Un peu dans le même esprit, voir le papier « PS/Modem » in Le Monde, 14/9.

Voir aussi Marianne du 14/9 où JF Kahn annonce son ralliement au MODEM.

3)L’explosion du Front National

Etude du Centre de recherches de Sciences Po (Le Monde14/9) sur le sort
des électeurs FN de 2002 à 2008. Sur 100 électeurs FN de 2002, 40
restent fidèles au FN en 2007, 25 vont chez Sarkozy, 13 à gauche, 23
ailleurs (autres ou abstention). Attrait de Sarkozy : il sait leur « 
parler » et Le Pen s’est banalisé. Aux législatives de 2007, le
dépouillement continue : le FN ne conserve que 17% de ses électeurs de
2002 : 39% vont vers l’UMP, 5 Modem, 15 à gauche, 24 abstention. « Un
dynamitage » dit l’étude. Aux municipales de 2008, le phénomène
s’amplifie mais « ça ne profite plus à Sarkozy » : une partie des ex FN
sont déjà déçus par lui et l’UMP et va vers l’abstention, une abstention
« protestataire », dite des « oubliés », plutôt population active,
plutôt féminine, y compris cadres ; fort sentiment de déclassement
social, de déception du politique. « Pour l’heure, le FN a perdu ces
oubliés ». Son dernier noyau reste très populaire, souffrance sociale,
voir Pas de Calais.

4)L’indicateur de misère

Une notion fait fureur dans la campagne électorale américaine, celle de
« misery index », indicateur de misère (on traduit aussi par : indicateur
de déprime) qui permet de mesurer ensemble le taux de chômage (la
protection chomage est quasi nulle) et le taux d’inflation ( il n’y a
quasiment pas d’indexation des salaires sur les prix) ; c’est un indice
qui alerte de plus en plus « les classes moyennes » qui ont de plus en
plus de mal à boucler leur fin de mois et garder leur job ; cet
indicateur est au plus haut niveau depuis 17 ans ; selon un sondage, 64%
des Américains « disent maintenant que leurs revenus ne suivent plus la
montée du coût de la vie ».

5)L’opinion et la santé

Les Français restent très majoritairement attachés (81%) à un système de
protection sociale public selon une enquête de la DREES ( ministère
Santé) publiée cet été.

63% des sondés sont défavorables à la mise en concurrence des caisses
publiques et des assurances privées. 7 sur 10 sont pour une limitation
de la liberté d’honoraires pour les médecins.

6)Cancer : les inégalités sociales augmentent

L’enquête INSERM publiée début septembre dans le « Bulletin
épidémiologique » montre non seulement que le poids des inégalités
sociales est importante dans la mortalité par cancer mais que ces
inégalités ne cessent de croître, en tout cas pour la période 1968/1996,
les données ultérieures n’ayant pas été traitées.

On savait depuis des études des années 1980 qu’il existe de très fortes
inégalités sociales de mortalité, notamment chez les hommes de moins de
65 ans. En croisant affections cancéreuses et situation sociale (niveau
d’études), on a pu établir que pour les hommes, les cancers du poumon,
le risque de mortalité est trois à quatre fois supérieur pour les plus
bas niveaux d’études. Côté femmes, les femmes ayant une position sociale
élevée sont à la fois les plus exposées mais ont les meilleurs taux de
survie. Les auteurs de l’enquête souligne »l’importance des inégalités
sociales concernant la mortalité par cancer et l’accroissement de ces
inégalités au cours du temps ».

7)Retour de l’impôt

Après le retour de l’Etat (voir la nationalisation de « Fannie et Freddy
 » aux USA), voici le retour de l’impôt. Les dogmes du « moins d’Etat »
et du « moins d’impôts » qui ont été les deux piliers du néo-libéralisme
depuis trente ans, depuis Reagan, sont sérieusement mis à mal ces
derniers temps, un peu partout. Le Monde consacre un dossier à ce retour
de l’impôt (9/9), notamment lié au désir des populations d’avoir des
services publics de qualité. L’économiste Michel Bouvier avance
(timidement) l’idée d’internationaliser les impôts pour pouvoir taxer
des hauts revenus qui aujourd’hui contournent les législations nationales.
A contrario, très forte campagne UMP contre l’impôt et les taxes,
notamment à l’occasion du RSA ou de l’impôt écolo.

8)La cote de Sarkozy

Bataille d’interprétation autour des sondages de popularité de Sarkozy.
Les enquêtes sont contradictoires. Début septembre, selon LH2=Nouvel
Obs, Sarkozy regagnerait 11 points (sur juin) avec 45% de bonnes
opinions et les mauvaises opinions reculeraient de 7 points (52) ; Fillon
gagnerait 7 points.

Le BVA-L’Express pointe Sarkozy à 47% de bonnes opinions (+12) et Fillon
+12 aussi.

Mais dans deux sondages, cette semaine, il recule. Il perd deux points
(42) pour Ipsos Le Point et Fillon 3 ; il perd un point (42) pour
ViaVoice/Libération et Fillon en perd 5.
Pour le Figaro, Sarkozy rétablit son image à droite (+15) et dans les
milieux populaires (+17), « sans doute, un des premiers effets depuis
l’annonce du RSA ».

9)Souffrance au travail, une question qui monte

Le thème de la surexploitation, du stress et de la souffrance au travail
fait l’objet d’études de plus en plus nombreuses. Lire « Ils ne
mouraient pas tous mais tous étaient frappés » de Marie Pezé ; voir le
documentaire, même titre, de Roudil et Bruneau ; la page portrait de
Marie Pezé, Au chevet du travail, dans Le Monde du 16/9 ; le dossier
spécial de la revue Sciences Humaines de septembre 2008.

10)MG Buffet discriminée

La Sofres organise depuis près de 30 ans un sondage politique mensuel
avec le Figaro Magazine, le baromètre, sans doute le meilleur moyen de
comparaison sur la longue durée. Depuis toujours, figure parmi les
questions une interrogation sur la cote de popularité d’une cinquantaine
de personnalités politiques. Depuis toujours, un (ou des) communiste(s)
y figure(nt). MG Buffet notamment depuis quatre ou cinq ans. Dont la
cote était réelle. Or ce nom a disparu depuis septembre 2008. Plus de
communiste sur 50 noms ! Interrogé, Brice Teinturier (Sofres) dit que
cela s’est fait sous la pression du Fig Mag !

PS : deux citations à retenir du passage du pape : « La cupidité
insatiable est une idolâtrie » et « l’amour de l’argent est la racine de
tous les maux ».

BULLETIN COM/IDEES
n°28 (198) 22 septembre 2008

1)Pouvoir d’achat, pouvoir d’achat...

La petite bataille médiatique autour de la popularité de Sarkozy
continue. Le Figaro parle même d’embellie. En vérité les enquêtes les
plus crédibles genre baromètre IFOP/JDD montrent que la cote du
Président ( et de Fillon) est au plus bas. Avec 37% seulement de
satisfaits, il n’est pas loin de ses plus mauvais scores du printemps
dernier. Effondrement chez les ouvriers. Et montée des « très mécontents
 » (28%).

Si l’on dit volontiers que le pouvoir est pénalisé par les taxes (même
l’affaire du RSA semble se retourner contre lui), c’est bel et bien
toujours la question du pouvoir d’achat qui est au centre du mécontentement.

Sur la crise financière, l’opinion est à la fois très inquiète ( de
l’ordre de 80 ou 90%) mais pour l’instant n’incrimine pas le pouvoir à
ce sujet, comme s’il était en dehors de cette crise. C’est bel et bien
toujours le pouvoir d’achat qui revient dans la critique de l’exécutif.

Très forte inquiétude de l’opinion sur la situation économique pointée
par le sondage Le Figaro/Opinionway du 19/9. 80% s’attendent à une crise
grave (74% en avril, 55 en janvier). Inquiétude qui touche gauche et
droite et doute sur la politique : 14% seulement pensent que le
gouvernement peut protéger la France (30% en janvier).

Enquête similaire de Libération (19/9) où 85% jugent la situation
financière grave : 60% voit la mondialisation économique et financière « 
comme une menace » avec une inquiétude plus forte des ouvriers et employés.

Un sondé sur trois pense que l’Europe est la mieux placée pour répondre
aux enjeux planétaires (devant l’ONU, le G8, les multinationales, les
Etats, le FMI ou les USA).

2)Débat sur l’Etat

L’interventionnisme américain (et occidental) dans la crise financière
relance en grand la question de l’Etat. L’idée du retour de l’Etat dans
l’économie est assez généralement admis. Le Monde (18/9) titre en Une à
juste titre qu’il faut y voir « la manifestation la plus éclatante d’un
nouvel air du temps idéologique aux Etats Unis : la fin d’un cycle
conservateur amorcé à l’aube des années 1970, caractérisé par la
rédégulation des marchés et le dénigrement du rôle de l’Etat dans la vie
économique et sociale du pays ».

Le socialiste Jacques Généreux (in Libération du 18/9 notamment) dit
qu’il n’y a pas de retour de l’Etat car l’Etat a toujours été là mais en
changeant de nature, de moins en moins social et de plus en plus « 
privatisé » au service des marchés et du profit. C’est partiellement
vrai : on a assisté à une recomposition de l’Etat depuis trente ans ; en
même temps, difficile de nier qu’au plan des idées, les dogmes du « 
moins d’Etat » - et inversement celui de la libre concurrence- sont en
train sinon de passer de mode du moins d’être discrédités alors même que
l’intervention publique dans l’organisation des marchés ( y compris les
montants publics sacrifiés) sont aujourd’hui sans commune mesure avec
tout ce qu’on a pu connaître.

Voir aussi l’article de Cynthia Fleury dans le débat Fête de l’Huma,
reproduit dans le journal du 20/9 : »Pas de démocratie sans un Etat fort ».

On rappelera ce que disait Bourdieu de l’Etat, avec sa main droite et sa
main gauche, la main droite régalienne (flic, tribunal, etc) et la main
gauche sociale (Etat social...).

3)Capitalisme « dévoyé » ou « pseudo-capitalisme »

Gênée aux entournures face à la crise financière, la droite botte en
touche, soucieuse d’épargner le système capitaliste. La crise américaine
est « un dévoiement » du capitalisme, a dit Fillon depuis Rome.
Même topo dans Le Figaro : Rioufol, chroniqueur très à droite, dit qu’il
faut « s’interroger sur un système économique dévoyé ».
N’empêche : un début de débat critique sur le système ssemble s’amorcer
dans les grands médias.
Par exemple, voir l’article tarabiscoté de Fabra dans Les Echos, « 
Agonie du pseudo-capitalisme et nationalisation ».
Signalons ici la forte participation au forum de Grenoble de Libération
( le journal parle de 20 000 participants »(!) sur la recherche d’un
nouveau monde. Noter cette phrase : » Sur la science, la technique,
l’économie, il faut rétablir la prééminence de l’humain ».

4)Jeunes salariés : plus impliqués mais plus exigeants

Etude EuroRSCG/Sofres sur les jeunes salariés face au travail. Selon
l’étude, on disait cette génération « perdue pour le monde du travail »,
or ils s’impliqueraient davantage que la moyenne des salariés. A
regarder de plus près, on voit cependant que ces jeunes attendent du
donnant donnant de l’employeur, sinon ils se tirent. Dans les années 90,
les jeunes diplômés changeaient d’entreprise au maximum 1,5 fois dans
ses 5 premières années, aujourd’hui ils le font 2 à 3 fois. Parce que la
pression du chômage est moins forte, que leur information via Internet
est plus grande. Ils seraient dans la démarche : progresser ou partir. On
signale aussi une forme de désengagement au bout de deux années.

5)La méthode sarkozyste

A lire « Une année de sarkozysme » dans la revue Le Débat (septembre),
un entretien avec Marcel Gauchet et Michel Winock. Gauchet notamment
montre assez bien pourquoi il s’agit « d’un phénomène politique
déconcertant très difficile à circonscrire », « une autre manière de
gouverner », une rupture par sa simple manière de faire : un Président en
campagne continue (depuis 2002 en fait), omniprésence médiatique sans
usure apparente, emprise sur l’espace public, captation maintenue de
l’attention, « hysterisation de l’opinion » et « sidération du pays » ;
tout à la fois en riposte à « l’immobilisme » précédent et stratégie du
mouvement perpétuel : sans cesse de nouveaux dossiers, machine à idées au
risque d’improviser, recherche permanente de nouveaux changements ; ce
n’est plus les grandes réformes, c’est « la » réforme ; il n’y en a
qu’une, elle est multiforme et prend des visages différents tous les
jours. Activisme, proximité avec le public, populisme, terrain,
compation. Une démarche d’agitateur, mettant en un certain sens du
desordre ; l’art de gouverner avec lui passe par les médias : ne pas subir
leur pression mais la faire jouer à son profit, devancer les médias, les
alimenter. « Sarkozy ne communique pas : il gouverne en obligeant les
médias à répercuter son action ».

Gauchet voit encore au coeur de sa méthode « l’alliance des contraires » ;
il déconcerte, présidentialise et parlementarise par ex ; pas par simple
balancement ou compromis mais « c’est la coexistence des incompatibles,
sans complexe et sans souci excessif de cohérence » ; du balancement où
il y en a pour tout le monde et où tous les clivages se brouillent en
s’exaspérant.

Oubliant un peu la dominante libérale de Sarkozy, Gauchet dit : « Il peut
être tour à tour conservateur, social, libéral en coupant l’herbe sous
le pied à l’opposition et en déjouant les partages établis tout en se
servant d’eux ».

6)Santé et déterminisme social

Etude de quatre chercheurs (Devaux, Jusot, trannoy, Tubeuf) publiée dans
la revue de l’INSEE, Economie et statistique (octobre) mettant en
évidence « pour la première fois en France « (!) qu’il existe « une
inégalité des chances selon le milieu social d’origine » en matière de
santé. Le déterminisme social est très fort, dit l’étude. Les personnes
de plus de 50 ans dont le père occupait un poste de directeur, de prof,
de militaire sont en meilleure santé que ceux dont le père était paysan,
artisan, ouvrier, employé non qualifié. « Il vaut mieux être issu d’un
milieu social supérieur ou moyen qu’issu d’autres milieux » résume l’étude.

Le milieu social de la mère pèse également, des décennies plus tard, sur
l’état de santé des enfants ».

« Il existe des inégalités de chance en santé selon le milieu social
d’origine en faveur des personnes issues des milieux sociaux plus
favorisés ».

7)Crise de la social démocratie

Papier de Ferenczi du Monde (19/9) qui fait le tour des crises des PS en
Europe, distingue ceux « qui font le grand saut libéral-démocrate »(ex
PCI) et ceux qui sont tentés par « le populisme » (Allemagne, Autriche) ;
il fait le tour aussi des études consacrées à la question :

*note de G Grunberg sur _www.telos-eu.com <http://www.telos-eu.com/> _
*note d’antoine colombani sur _www.laviedesidees.fr
<http://www.laviedesidees.fr/> _
*ouvrage « Rénover la gauche en Europe », éditions Luc Pire (Bruxelles),
_www.g-r-e.be <http://www.g-r-e.be/> _

8)Salaires des cadres

Bon papier de L’Express du 18/9 intitulé « Salaire des cadres : la
tension monte ». On explique que le principe d’augmentation au mérite et
à la tête du client qui s’était généralisé au milieu des années 80 est
en train d’exploser ; partout (IBM, Oréal, aéronautique, etc) est en
train de se ré-imposer la demande d’augmentations collectives ; c’était
le cas de 30% des entreprises ( à cadres) en 2006, 43% en 2007... Les
DRH signalent partout un durcissement des négociations salariales. « 
Garantir uniquement le pouvoir d’achat des meilleurs par un système
d’augmentations individuelles n’est pas socialement tenable » dit
l’article qui estime aussi que les salariés « n’hésitent plus à échanger
sur le niveau de leur fiche de paie autour de la machine à café ».

9)Poste : état de l’opinion

Sondage Sud Ouest (22/9) : majorité de Français contre l’ouverture du
capital de la Poste (56%), chiffre plus fort que lors de la
privatisation de EDF (46%). Les habitants de la RP sont plus hostiles à
la privatisation (64%) que ceux des communes rurales (57). Craintes pour
les tarifs, l’égal accès.

10)Communisme et anticommunisme

A retenir l’expression de Parisot le 16/9 : « Je trouve que vraiment, la
France est la patrie de la nostalgie du communisme d’une certaine façon.
Je crois qu’il y a chez nos élites une idéologie quasi soviétique et en
permanence dans les esprits ».
Sur un thème proche, article de Télérama du 10/9, « Que reste-t-il du
communisme ? », dont l’idée est : « Au delà des appareils communistes, la
culture communiste existe toujours, partie intégrante de la culture
politique nationale. Toute une mthologie et un imaginaire social
subsistent encore ».

A la rubrique anticommunisme, noter :

*le dernier livre de Pierre Daix, Dénis de mémoire (Gallimard) : l’auteur
bricole ici une curieuse construction où il accuse le PCF de
négationnisme en privilégiant la mémoire de Guy Moquet (un non
résistant) et en oubliant Claude Lalet (un vrai résistant de la première
heure). Histoire, dit-il, de faire oublier que Duclos négociait la
reparution de L’Humanité... On a connu Daix mieux inspiré, dans ces
derniers travaux notamment.

*le dernier livre de Benoît Rayski, « Le cadavre était trop grand »
(Denoel), sur « le conformisme de gauche »(!) face à la question de Guy
Môquet.

*Le Figaro (18/9) reprèsente dans ses pages littéraires « Les listes
noires du PCF » de Boulouque et Liaigre sur une « police interne » du
PCF de 1933 à 1945 ; un livre très inspiré par les archives du ministère
de l’Intérieur.

*Sans parler du Monde des livres (19/9) qui consacre une pleine page à
des livres sur le stalinisme.

BULLETIN COM/IDEES
n°29 (199) 29 septembre 2008

1)Crise financière : l’argumentaire libéral

Les libéraux sont sur la défensive. La crise disqualifie la finance et
les banques ; l’intervention de l’Etat contredit leurs dogmes. C’est sur
ces deux domaines qu’ils crient au « populisme » et tentent de
contre-argumenter. Voir les chroniques économiques du Figaro notamment
(23/9).1) Sur la finance : il est vrai que les banques ont fait du
maniement des capitaux une fin en soi et confondu spéculation et
investissements (avec bonus et salaires insensés) mais c’est faire un « 
procès stalinien » que de qualifier la finance de cupide et de parler de
« patrons voyous » ; faut sinon de l’éthique du moins « un peu de sens
 »(?) ; 2)sur l’Etat, c’est une erreur de n’avoir pas laisser le
capitalisme purger tout seul ses mauvais rejetons ; la régulation va
sauver les « créances pourries » et faire payer la note 10 ou 20 ans.

2)Presse : gauchissement du débat et pensée unique

Etonnant comme la crise financière a poussé les éditorialistes à gauchir
leurs propos, à se retrouver peu ou prou sur les mêmes formulations pour
terminer finalement sur un simple aménagement de la financiarisation
ambiante.

Ainsi l’édito du Figaro du 24, « La crise et après ? » parle du reflexe
salutaire de tout remettre à plat, fustige « les intégristes du
capitalisme autorégulé », dit qu’on ne peut guère punir les coupables
comme le veut Sarkozy car tout le monde s’y est mis, prône « la
surveillance », la « redéfinition », « le contrôle », la moralisation.

Joffrin de son côté, le même jour, s’en prend « aux tallibans du divin
marché financier », dit qu’on ne peut désigner des responsables car c’est
le « système » (nullement caractérisé) » qui est responsable, qu’il faut
le réformer, le réguler, etc...

3)Idéologie : le grand tournant

Au delà des astuces rhétoriques et des récupérations politiques ( à la
Sarkoz), on assiste bel et bien à un retournement idéologique,
perceptible depuis plusieurs mois. Adler dans sa chronique du Figaro, et
partant du cas américain, qui donne il est vrai souvent l’exemple, parle
de « grand tournant de la civilisation américaine ». Ne sont pas mis en
cause ni l’économie de marché ni les inégalités criantes du système ni
son interventionnisme dans le monde. Mais, selon lui, il y a tournant
car on a connu le modèle rooseveltien (années 30 aux années 70)
d’Etat-providence ; le modèle reaganien, populiste et monétariste depuis
1979/1980, libéraliste ; un nouveau modèle se met en place dans la
précipitation : hausse des impots, fin de la baisse du dollar, austérité
energetique, protectionnisme partiel, moins d’opérations de police un
peu partout dans le monde mais vraie guerre ciblée ici ou là...

4)Violences au travail

Chaque semaine on a droit désormais à un ou deux dossiers sur les thèmes
de la violence au travail. Cette semaine encore ça fait la Une et un
dossier de trente pages de l’hbdo L’Expansion ; la Une et un dossier du
quotidien 20 minutes.

Il est beaucoup question du stress des cadres (isolement, humiliation,
démotivation), des drogues (coke) et autres cachets que l’on prend pour
tenir.

Des livres sur le sujet : Michel Pezé, Ils ne mourraient pas tous mais
tous étaient frappés (Pearson) ; Alexandre des Isnards, L’open space m’a
tuer (Hachette).
A lier sans doute à une certaine radicalisation de mouvements sociaux
genre salariés qui menacent de faire exploser leur site.

On rappellera que dans les sondages d’opinion, la catégorie des « très
mécontents » est en hausse significative.

5)Les Français et la pauvreté

Seconde vague du baromètre Ipsos/Pauvreté : les Français craignent de
plus en plus de voir leurs enfants tomber dans la pauvreté, notamment
lorsqu’ils appartiennent aux catégories populaires. Ils situent le seuil
de pauvreté au dessus du seuil officiel et ne limitent pas la pauvreté à
une donné purement « monétaire » ; ils intègrent les difficultés d’accès
aux normes de consommation en matière de culture, de loisirs ou de soins.

Sur la santé, deux Français sur cinq ont déjà retardé ou renoncé à des
soins à cause de leur coût. Les plus pauvres ont une visionplus négative
de leur état de santé ; près d’un sur deux dit avoir du mal à se procurer
une alimentation saine et équilibrée !

6)Débat « Libération » pour un nouveau monde

Le journal de Joffrin/Rothschild fait une grosse promotion sur son
deuxième « forum de Grenoble » sur « le nouveau monde ». 20 000
participants, 53 débats, 106 intervenants.

On en retiendra plusieurs idées : il existe un fort envie de débat qui
traverse notamment le peuple de gauche sur l’ensemble des enjeux
d’actualité, La Fête de L’Huma l’avait magistralement montré, le forum
de Grenoble le confirme sur un mode mineur.

Mais à la différence de la démarche de la Fête, non seulement ici on
élimine toute pensée vraiment critique ( et donc communiste) mais on
institutionnalise le bipartisme. Il est significatif que TOUS les débats
ont été des échanges à DEUX participants, le plus souvent UMP contre PS,
(ou un chouïa de Verts). Cette façon de faire réduit beaucoup la qualité
et l’intérêt des échanges.

On retiendra enfin un message plus ou moins subliminal : au delà du
propos fort généreux qu’il faut redonner demain « la prééminence de
l’humain », une charge est faite contre « l’accumulation des biens de
consommation » et le passage « du quantitatif au qualitatif », bonne
idée s’il s’agit de militer pour un développement durable et mieux
consommer, moins bonne si l’on entend par là une manière déguisée
d’austérité et de décroissance.
A noter que cette question est abordée aussi dans l’entretien de
Philippe Moati au Monde (23/9) sur « Pouvoir d’achat : tous les Français
sont inquiets » où il montre que les classes moyennes sont touchées, que
les habitudes de consommation changent (acheter moins cher, acheter
malin) mais aussi apparition de « militants de l’économie du bonheur »
soucieux de moins et mieux consommer.

7)Après la mondialisation « heureuse », le repli national ?

Il n’ a pas que l’enseignement de l’économie qui soit l’objet de
polémiques idéologiques ces temps-ci ( par le biais des manuels
scolaires par exemple), l’Histoire est aussi l’objet de disputes. On a
vu comment Sarkozy n’hésitait pas à récupérer le « roman national ».

Le Monde a sorti cet été une Histoire de France en BD qui reprend une
vision très conformiste ( une Histoire des dominants, faite de Héros, de
grandes dates, de vision coloniale ou anti-ouvrière). Une collection
critiquée pour son manque de progressisme.

Le Figaro Littéraire consacre son dossier aux dernières Histoires de
France. A noter : « L’âme de la France » de Max Gallo ; « Les racines de
la France » de J CL Barreau ( très « patriote » dit le journal) ; « Une
Histoire de France » d’Alain Minc (Grasset). A propos de ce dernier, on
relèvera cette malicieuse remarque du Figaro : « On ne manquera pas de
trouver pour le moins insolite qu’un des célèbres promoteurs de la
mondialisation heureuse (qui semble l’être un peu moins ces temps ci)
s’intéresse à l’histoire de France ».

Après la mode de la globalisation, celle du repli national ? Le livre de
Minc est très médiatisé comme on pouvait s’ attendre (Cf débat in Nouvel
Obs).

8)Demandes d’information économique

Pleine page du Figaro du 26/9, intitulée « L’économie, une valeur en
hausse sur le marché de l’audiovisuel » et montrant combien la demande
d’infos économiques du public est forte, comment toutes les émissions
sur le sujet montrent des courbes d’audience à la hausse ; le groupe TF1
par exemple a mis trente journalistes sur le dossier qui proposent dix
reportages par jour.
Mais l’article ne parle pas de la tonalité de la plupart de ces
émissions, libéralo-libérale.
A noter un sondage auprès des lecteurs du Figaro : les Etats doivent-ils
encadrer les marchés financiers ? 80% oui, 20% non...

9)Rapport Giazzi sur les médias (et sur l’Huma)

Danièle Giazzi est la secrétaire nationale de l’UMP auteure d’un rapport
remis à Sarkozy « Les médias et le numérique ». Elle y propose 34
recommandations. Sa ligne directrice : déréguler, libéraliser et pousser
à la création de grands groupes médias regroupant télé + radio + presse
+ internet. Une logique industrielle, capitaliste qui oublie la
spécificité de la presse, considère la question de l’indépendance
(acquis du CNR) comme une vieillerie, assume l’idée que « l’information
est une marchandise comme une autre ». En même temps elle propose de
reconcentrer les aides de l’Etat, qu’elle troue trop éparpillée
aujourd’hui, sur l’info politique et déclare dans Paris-Match (25/9) : « 
Aider L’Humanité ou La Croix à ne pas mourir, c’est le rôle de l’Etat ».

10)Partis

UMP : laisse entendre que les adhésions repartent.D’une 50 taine par jour
en moyenne via Internet, elles seraient passées à près de 300 depuis
l’université d’été. Soit le niveau de la campagne présidentielle. Dixit
Le Figaro.

MODEM : selon IPSOS, si le clivage gauche/droite se renforce dans les
sondages, on note en même temps que Bayrou enregistre sa plus forte
progression chez les proches du PS ; à noter aussi la spectaculaire
promotion dont bénéficie Jean Perelevade, vice-pdt du Modem (télé,
presse) pour son livre « Sarkozy, l’erreur historique ».



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