Train de nuit blanche

Epuisé.

C’est l’agitation générale sur le quai de la gare de Saint-Gervais. Après une semaine fabuleuse à la montagne, il est malheureusement temps pour Elodie et ses copains de monter dans le train à destination de Paris. L’énervement général est renforcé par une soudaine coupure de courant qui plonge l’ensemble des wagons dans la nuit noire. En maîtresse consciencieuse, Chantal compte un à un les élèves. Mais l’un d’entre eux manque à l’appel : Antoine a disparu ! Et le train démarre... Que s’est-il passé ?

A partie de 7 ans.

Avec les dessins de Chantal Montellier

Train de nuit blanche

Gérard Streiff

Chapitre 1

De grosses gouttes de pluie tambourinaient sur le toit de la voiture. Comme des milliers de petits poings rageurs. "Demain, fini la neige", se dit tristement Elodie en regardant par la vitre. Le déluge était tel, la nuit si noire, qu’on ne distinguait même pas le quai. Elle venait de passer une semaine à la montagne avec sa classe.
En gare de Saint-Gervais, les vacanciers, accompagnés par Chantal, leur professeur, et deux monitrices, avaient juste eu le temps de sauter de l’autorail qui les amenait de Chamonix et de grimper dans le train de nuit qui allait les conduire à Paris.
Il régnait une grande agitation dans la voiture-couchettes. Engoncés dans leurs parkas, entravés par les paires de ski, traînant d’énormes valises, enfants et adultes bouchonnaient dans le couloir encombré. Il fallait poireauter avant d’accéder aux cabines. Une coupure de courant électrique plongea momentanément la voiture dans le noir, ajoutant à l’énervement général.
" Mais pousse-toi !
-  Lâche mon sac !
-  On se calme, dit Chantal, chacun aura sa place."
La lumière revenue, les passagers s’engouffrèrent dans les cabines. De nouvelles chamailleries éclatèrent entre les enfants quand il fallut choisir son lit.
" Je prends celui du haut !
-  Camille, viens en face de moi !
-  La couchette du bas est à moi !"
Chacun casa sa valise comme il put. Chantal obtint un peu de silence et procéda à l’appel.
" Ivan ?
-  Oui.
-  Elodie ?
-  Ici."
Quand arriva le tour d’Antoine, personne ne répondit.
"Antoine ?" s’impatienta le professeur.
Silence. Les enfants, à présent muets, se regardaient.
" Antoine ?"
Pas d’Antoine.

Chapitre 2

Le train venait de partir. L’averse redoublait. " Antoine ?" Les enfants couraient dans le couloir en criant son prénom. Toujours pas de réponse. " Z’avez pas vu Antoine ?" demandaient-ils aux autres voyageurs. Chantal, avec son portable, téléphona au moniteur de Chamonix, qui les avait accompagnés jusqu’au train. Il certifia avoir vu monter tout le groupe.
" Même Antoine ?
-  Oui, même Antoine, j’en suis certain."
De fait, on venait de retrouver un sac abandonné dans l’entrée du couloir ; c’était bien le sien. Un contrôleur passait par là. Alerté, il procéda à une inspection systématique de la voiture.
En partant de la porte du couloir, six cabines étaient occupées. Les quatre premières l’étaient par les collégiens ; dans les deux suivantes, on trouvait une famille étrangère puis un couple de personnes âgées. Les autres compartiments étaient inoccupées.
Le contrôleur visita chaque cabine, sous les lits, dans les coffres à valises au-dessus de l’entrée. Il fouilla les toilettes, le lavabo. A l’entrée de la voiture, avant le couloir, un petit local pour le personnel du train était fermé. Le responsable SNCF eut vite fait le tour des lieux : il n’y avait personne.
Chantal l’accompagna dans les autres voitures pour poursuivre les recherches. Pendant ce temps, Odile et Lise, les deux accompagnatrices, couchèrent les enfants. Cette cérémonie était d’ordinaire l’occasion de belles bagarres de coussins et de polochons. Ce soir, tout le monde était calme, grave même. Personne ne parlait ; lorsqu’on s’interpellait, c’était sur un ton feutré, en sourdine.

Chapitre 3

"Comment peuvent-ils dormit ?" se demandait Elodie. Elle occupait la quatrième cabine après la porte. La banquette du milieu. Le compartiment était plongé dans le noir. Le lit de Chantal, en dessous du sien, était vide. Les quatre autres petits passagers, aussitôt couchés, s’étaient assoupis.
La journée avait été longue et riche en émotions. La pluie torrentielle qui s’écrasait sur le train lancé à toute vitesse formait un bruit de fond qui finissait par vous assommer.
"Tout de même, dormir, alors qu’Antoine a disparu !" Elle s’était promis de le chercher et de le trouver. C’était sa mission, un point, c’est tout.
En fait, elle l’aimait bien, le "disparu". Elle le trouvait vif, drôle. Il était maladroit aussi, c’est vrai, mais elle aimait mieux ça que le genre m’as-tu-vu ou le monsieur-je-sais-tout, une catégorie qui était représentée dans la classe par quelques beaux spécimens. Elle était aussi amusée par sa passion pour les trains. Antoine était un vrai mordu. En classe de neige, il s’était régalé en prenant le petit chemin de fer à crémaillère pour monter jusqu’à la mer de glace. Il avait chez lui une collection de locomotives miniatures, des vrais petits bijoux, comme la 141R : il en parlait tout le temps, Elodie avait tout retenu. C’était un modèle d’après-guerre, constitué d’une longue chaudière toute ronde et montée sur quatre paires de roues, une petite cabine à demi découverte pour le conducteur et une réserve à charbon. Un monstre noir, coquet sur les bords, avec un petit liseré rouge qui parcourait toute la machine.
Elodie réalisa qu’elle commençait à parler d’Antoine au passé. Comme si… Elle avait le visage contre la fenêtre qui donnait sur le couloir. Aux aguets, elle maintenait légèrement écarté un pan du rideau. Des petites veilleuses éclairaient de loin en loin, modestement, la coursive. C’est alors qu’elle vit passer un homme, très grand, barbu, qui tirait par la main un enfant.

Chapitre 4

Elodie se dressa comme si elle avait vu le diable en personne. Ses mains étaient soudainement devenues moites ; son cœur battait la chamade ; elle avait un peu de mal à respirer. Elle faillit réveiller ses compagnons. Elle n’en fit rien, pourtant. Doucement, elle quitta sa banquette, entrouvrit la porte avec d’infinies précautions et sortit de la cabine. Le corridor était sombre. Le ciel semblait toujours en colère. De grosses larmes de pluie, écrasées et tremblotantes sous l’effet de la vitesse, dégoulinaient le long des vitres. Elle eut tôt fait de repérer ceux qu’elle cherchait : le hublot de la porte des toilettes était éclairé. Elodie passa prudemment devant et se tapit dans l’ombre de l’entrée de la voiture, partagée entre la peur et la curiosité.
Elle attendit longtemps ; enfin l’homme et l’enfant sortirent. Pendant le bref instant où ils quittèrent les lieux et refermèrent la porte, ils furent en pleine lumière. Elodie reconnut la famille étrangère qui occupait le compartiment voisin. Le père, un véritable géant, et l’enfant stationnèrent un moment dans le couloir. Malgré l’impressionnante différence de taille, ils se ressemblaient terriblement. Ils regardaient défiler le paysage. Mais ils ne devaient pas voir grand-chose…
Tout était uniformément noir, et l’obscurité était à peine trouée de vagues lumières, tout au loin.
Mais peut-être ne regardaient-ils que leur propre reflet dans cette sorte de miroir. L’homme caressait doucement les cheveux de l’enfant en prononçant des mots étranges, gutturaux et tendres en même temps, des mots incompréhensibles pour Elodie. Pourtant, elle sentit que l’enfant était inquiet. Avait-il fait un cauchemar ? Avait-il peur des trains ? De la nuit ? De la pluie ? L’adulte s’efforçait de le calmer. Leur chuchotement devint plus détendu. L’enfant sembla apaisé. Ils se dirigèrent vers leur cabine. Elodie les laissa réintégrer le compartiment. Elle s’apprêtait à faire de même, quand, vers le milieu de la voiture, elle remarqua un étrange manège : une porte coulissait, puis se refermait, glissait à nouveau, claquait encore. Comme si deux forces s’affrontaient, l’une pour ouvrir la cabine, l’autre pour l’en empêcher.

Chapitre cinq

Ce drôle de va-et-vient l’intrigua. Elle se rappela que ce compartiment était occupé par un couple de vieilles personnes. Lentement, elle s’en approcha. Elle tremblait légèrement. Etait-ce de frayeur ? Ou de froid, à force d’entendre ces incessantes trombes d’eau s’abattre sur le train ?
La porte continuait son drôle de mouvement, s’ouvrant, se refermant. Elodie distingua une main décharnée qui dépassait fugitivement de la cabine, s’agrippant à la cloison mobile. Quand elle parvint, presque malgré elle, à la hauteur du compartiment, elle eut un sursaut de peur. Les deux voyageurs étaient assis face à face, sur chacune des banquettes inférieures. Ils la regardaient avec étonnement. Leurs visages étaient pâles. La vieille dame était aussi petite et ronde que l’homme était grand, tout recroquevillé pour ne pas heurter la couchette supérieure.
D’une voix douce, la vieille dame s’excusa.
" On vous a réveillée ? Pardon."
Un silence se fit. Puis elle tint à s’expliquer. Ils étaient tous deux insomniaques.
" Et je ne supporte pas le train-couchettes, je l’avais bien dit !" ajouta le monsieur d’un air furieux. Bref, ils n’arrivaient pas à fermer l’œil. Ils s’étaient disputés. Lui avait l’impression d’étouffer, il voulait absolument ouvrir la cabine. Elle trouvait cela ridicule et refermait aussitôt la porte.
Ils se comportent comme des enfants, pensa Elodie, qui se garda de le leur dire. La dame l’interrogea, voulut savoir son nom, d’où elle venait, où elle allait, avec qui elle voyageait. Elodie parla d’Antoine.
" Vous n’avez pas lu le journal ? Demanda le vieux monsieur. On ne parle que du tueur du train.
-  Tu dis des bêtises ! Gronda sa compagne.
-  Une jeune femme a même été précipitée sur la voie, insista-t-il.
-  Arrête donc ! Excusez-le, mademoiselle" dit la dame.
Pendant qu’ils parlaient, l’adolescente, debout dans le couloir, eut une étrange impression. Quelque chose d’indéfinissable, d’imprécis. Comme la sensation d’une présence du côté des cabines, en principe inoccupées, sur sa gauche.

Chapitre six

Doucement, en faisant mine de discuter avec ses vis-à-vis, Elodie tourna son regard vers cette partie du couloir, crut voir bouger un rideau. Elle s’efforça de prévenir discrètement le couple de voyageurs.
"Y a quelqu’un", murmura-t-elle, écarquillant les yeux, inclinant légèrement la tête sur sa gauche et mimant un sourire qui ressemblait plutôt à une grimace. Mais si elle articulait la phrase avec insistance : " Y-A-QUEL-QU’UN", c’est à peine si un son sortit de sa bouche.
-  Qu’est-ce que vous dites ? Interrogea la vieille dame.
-  Y-A-QUEL-QU’UN, redit-elle à peine plus fort, craignant d’être entendue par le quelqu’un en question.
-  Qu’est-ce qu’elle dit ?" insista le vieillard.
Finalement, Elodie entra dans leur cabine, referma la porte et expliqua, clairement cette fois, qu’elle avait vu quelque chose bouger dans une cabine, sur leur gauche.
-  Et alors ? Dit la dame.
-  Alors ? Selon le contrôleur, cette partie de la voiture est vide !
-  C’est peut-être quelqu’un qui est monté depuis ? Suggéra le vieil homme.
-  Qu’est-ce que tu racontes ? Le train est direct de Saint-Gervais à Paris !" répondit vivement sa compagne.
Ils se turent.
La vieille dame semblait avoir l’âme aventurière : elle proposa à Elodie de l’accompagner pour voir ensemble ce qu’il en était.
" Je viens avec vous, déclara le monsieur. J’ai un passe.
-  Un quoi ? Demanda Elodie, qui le vit brandir un petit outil d’acier.
-  Une clé passe-partout. Je l’ai toujours sur moi."
"Drôle de grand père !" songea la jeune fille. Et le trio se mit en route. Le vieux bonhomme ouvrait la marche, la fillette suivait, la dame protégeait les arrières. L’aïeul eut tôt fait d’ouvrir la porte du compartiment suspect, qui semblait inhabité. Les lits étaient vides.
Pourtant, un bruit furtif venait d’une couchette supérieure. Le trio gravit quelques barreaux de l’échelle, dans la travée. Ils découvrirent un jeune homme apeuré, le regard farouche, adossé à la cloison. Il gardait le silence.
" Que fais-tu là, petit ? Interrogea le vieillard.
-  S’il vous plaît, soyez sympa, ne me dénoncez pas. J’ai pas de ticket !"
Il comptait voyager gratis. Il s’était fait voler ses affaires dans la station de ski, disait-il. Fauché, il voulait rejoindre des amis à Paris.
" Ne me dénoncez pas, hein ?"
Il avait déjà l’air moins tendu, il avait dû sentir que ses visiteurs ne lui voulaient pas de mal.
" Vous êtes un S.T.F.?", lui demanda en riant le vieil homme.
L’autre ne comprenait pas.
" Un sans-ticket-fixe !
-  Tu n’es pas drôle, protesta la dame."
Elodie changea de sujet et voulut savoir s’il n’avait pas vu passer un jeune garçon ; elle lui décrivit rapidement Antoine. Il assura qu’il n’avait rien remarqué ni vu personne. Il leur sembla sincère. La trio battit en retraite, quitta la cabine et ferma la porte sur le jeune rassuré.
La pluie, infatigable, continuait de tomber. Le ciel grondait à présent.

Chapitre sept

Elodie retrouva sa banquette. Chantal n’était toujours pas de retour. Les autres petits vacanciers, eux, dormaient sagement. Elle pensait à ce que lui avait dit le vieux monsieur. A l’entendre, il se passait de drôles de choses dans les trains, ces temps-ci. Il exagérait sans doute.
Elle se laissa bercer par le double bruit des roues et de la pluie. Ils finirent par se confondre et former ensemble un ronronnement monotone. Il lui semblait entendre répéter : où est Antoine ? Où est Antoine ? Où est Antoine….
Elle ne réagit pas immédiatement lorsqu’elle vit deux bras maigres se glisser dans la cabine. Quand ceux-ci la saisirent fermement, elle hurla. Aucun son pourtant ne sortit de sa bouche.
Des mains puissantes l’arrachèrent du lit. Elle se sentit comme portée hors de la cabine. Ainsi maintenue, elle se vit traverser le couloir. Elle tenta bien de s’agripper au moindre obstacle. En vain. Une fenêtre était grande ouverte.
Les mains la dirigèrent vers ce trou noir et s’efforcèrent de la précipiter dans le vide. Elle s’accrocha au rebord, de toutes ses forces. On la poussait.
Elle résistait. On la bousculait tant et si bien qu’elle se réveilla….
Elle avait fait un méchant cauchemar. Elle soupira, soulagée. Un petit jour pâlot se devinait derrière la vitre. Mais la pluie n’avait pas cessé. Elle était toujours aussi dense. A prèsent, elle était accompagnée d’éclairs qui jetaient par moments une lumière froide, comme un flash, dans la cabine.
C’est alors, seulement, qu’elle réalisa que quelqu’un était effectivement en train de la secouer. Elle distingua l’importun : c’était Antoine !

Chapitre huit

" Mais où étais-tu, imbécile ? Dit-elle, pleinement réveillée cette fois. On t’a cherché partout. Tout le monde était paniqué. T’es dingue ou quoi ?"
Antoine s’était "simplement" - le mot était de lui- caché dans la cabine de service, à l’entrée de la voiture.
" Mais elle était fermée ! Et la porte était sans poignée…
-  Pas quand on est montés. On faisait du surplace, tu te rappelles ? J’ai tout de suite repéré ce local. Il était vide, avec la porte qui brinquebalait au moindre mouvement du train. Quand la lumière s’est éteinte, je n’ai fait ni une, ni deux. J’y suis entré. Il y avait de grands placards. Je m’y suis enfoui sous un paquet de couvertures. A ce moment-là, le train a freiné, la porte de la cabine s’est refermée toute seule. Et voilà.
-  Mais…pourquoi tu as fait ça ?
-  J’avais trop honte.
-  De quoi ?
-  D’avoir perdu les bijoux de la prof.
-  Les bijoux ?"
A Chamonix, lors de leurs expédition à la mer de glace, les enfants avaient visité une galerie creusée dans un rocher, près de la petite gare. On y exposait les minéraux fabuleux que des cascadeurs allaient arracher aux entrailles de la montagne. Ils portaient des noms magiques : l’œil du tigre, une géode, la fuchsite…
Chantal avait récupéré de superbes pierres, de couleur violette, des améthystes. On aurait dit des grappes d’aiguilles, taillées en forme de pyramides.
" Des obélisques miniatures" avait dit le professeur. Sur le chemin du retour, elle avait confié ces pierres Antoine, car il était le seul à avoir les mains libres. Et il les avait égarées… Il s’en était rendu compte le jour du départ. Il en était profondément humilié. Un camarade de voyage, Ivan, à qui il avait parlé de cette disparition, en avait rajouté en lui affirmant que ces bijoux valaient une fortune. Antoine, franchement paniqué, n’avait plus osé croiser le regard de son professeur et il redoutait d’avoir à s’expliquer avec ses parents.
Il aurait voulu entrer dans un trou de souris, disparaître, se volatiliser. C’est alors qu’il s’était précipité dans la cabine de service. Il voulait cacher sa honte. Il y avait ruminé toute la nuit. Impossible de fermer l’œil. Les pensées les plus noires l’avaient turlupiné. Il s’était maudit, en avait même pleuré. Et puis, voici qu’au bout de cette nuit blanche, il ne savait plus très bien ce qu’il devait faire. Il était venu demander conseil à son amie Elodie.

" On s’est moqué de toi, Antoine, affirma-t-elle. Tes amétystes, c’étaient des cailloux. De jolis cailloux peut-être mais des cailloux tout de même. On en achète une poignée pour dix francs dans toutes les boutiques de Chamonix.
-  Tu es sûre ?
-  Mais oui ! Ivan t’a fait une mauvaise blague ; il ne pensait pas que tu le prendrais comme ça."
-  AAAHH !
Un cri terrible emplit alors le couloir. C’était Chantal. Elle avait passé elle aussi une nuit blanche, à fouiller le train en compagnie du contrôleur, à téléphoner aux gares du parcours, à contacter les autorités. Epuisée par ce marathon nocturne, angoissée à la perspective de rencontrer tout à l’heure les parents du petit disparu, elle s’en retournait dans sa cabine et venait d’apercevoir Antoine.
Elle criait. Elle avait beau mettre les deux mains devant sa bouche. On entendait son cri dans toute la voiture. Cri de colère, de rage et de joie tout à la fois ! Un cri achevé en un rire saccadé de bonheur. Chantal colla deux grosses bises sur les joues du garçon.
Pour les passagers, ce fut un réveil en fanfare. Tout le monde vint aux nouvelles. En découvrant Antoine, toute la troupe l’acclama. Le chahut fut communicatif. La famille étrangère s’approcha, histoire de voir ce qui se passait. Le couple de vieilles personnes congratulait déjà Elodie. Oubliant sa peur du contrôle, le jeune homme sans billet s’était mis aussi de la partie.
Alors qu’on approchait de Paris, l’enthousiasme était à son comble. Même la pluie, à présent, en s’écrasant sur la voiture, avait l’air d’applaudir. Et c’est à peine si les passagers remarquèrent que le train était arrivé gare de Lyon.
Sur le quai, les parents, incrédules, virent une bande d’hurluberlus sauter du train et entonner une danse frénétique, brandissant skis et bâtons comme des lances autour d’Antoine. Ce dernier n’était pas en reste pour se trémousser. Il ne s’aperçut même pas qu’il semait ainsi autour de lui une petite pluie de cristaux de couleur violette tombés d’une poche de son sac.
" Tes bijoux !" lui dit Elodie.

FIN



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