Cause Commune/juillet 2021

Un ménage à trois :
l’Etat, LREM et les consultants

Cette trop longue crise sanitaire a été révélatrice de faillite de l’Etat. Le premier ministre a beau répéter que « l’Etat a tenu », la litanie de ses échecs est connu : pénurie de masques, faiblesse des tests, absence de mesures d’isolement, énorme pression sur l’hôpital, fiasco de l’application numérique, manque de vaccins, lenteur des vaccinations, etc, etc.

L’Etat n’a pas été à la hauteur et le fonctionnement de la machine étatique a eu des ratés : l’arbitraire de la prise de décision (le fameux conseil de défense), le primat du contrôle sur le service rendu, la défiance envers les élus. Cette faiblesse de l’Etat est apparue au grand jour quand les Français ont découvert que la gestion de la politique de vaccination, apparemment du ressort de MM. Macron, Castex, Veran et compagnie, avait en partie été confiée à des groupes de consultants. Il s’agit de quatre cabinets de conseil privés : les cabinets de conseil Accenture et McKinsey et les sociétés Citwell et JLL. Ces groupes ont été chargés de conseiller l’Etat en matière d’information, d’accompagnement logistique et de distribution des vaccins.

Des commentateurs ont banalisé ce recours, ils l’ont interprété comme un geste un peu précipité d’un Etat ( d’un sommet de l’Etat) dépassé, qui ne se sentirait plus en mesure d’encadrer l’action en temps de crise. Mais il y a autre explication possible : cet usage des consultants traduit une conception macronienne de l’Etat, un Etat à la mode libérale, où des gestionnaires privés pourraient piloter durablement l’administration.

Comme dit le politologue Luc Rouban, « on a assisté en fait à une nouvelle étape dans l’externalisation et la privatisation de l’action publique. L’Etat qu’on voulait stratège fait appel désormais à des fournisseurs privés de stratégies clé en main alors même qu’il ne manque pas en interne d’experts, d’inspections, de cabinets et d’autorités en tout genre. »

Ce rabougrissement de l’Etat a commencé avec Rocard et sa « modernisation de l’administration », il s’est poursuivi avec Sarkozy et sa « révision générale des politiques publiques », entre autres ; cette politique s’est appuyée sur une bataille idéologique d’ampleur contre la « bureaucratie » : on a mis en avant des lourdeurs paperassières réelles pour disqualifier en fait toute l’organisation étatique. Cela s’est traduit essentiellement par une réduction des effectifs et des budgets. Avec Macron, on est passé à une nouvelle étape. Si l’appel à des cabinets privés n’est pas tout à fait nouveau, ce qui est inédit, c’est non seulement le côté assez systématique de l’utilisation de ces groupes mais aussi le rôle qu’on leur fait jouer et l’extrême proximité politique et idéologique du pouvoir actuel avec ce monde des consultants.

Quand Macron a créé Lrem, il a été spontanément soutenu par ce milieu-là, qui est un monde puissant, ultra-libéral, multinational, combattif et décomplexé. Prenons l’américain Mckinsey par exemple qu’Anne-Sophie Mercier, du Canard enchaîné, qualifia de « Consultant à la place du sultan ». Ce groupe de conseil a un chiffre d’affaires de 35 milliards de dollars, il emploie 500 000 salariés dans 120 pays ( dans sa direction figure Victor Fabius, fils du Président du Conseil constitutionnel) ; cette firme entretient de cent manières (on va y revenir) des liens avec la nomenclature macronienne. Elle a une adresse quasi confidentielle sur les Champs Elysées mais ses comptes sont publiés au Delaware (USA). L’autre américain JLL emploie 100 000 salariés dans 80 pays. Accenture est basé à Dublin ( le premier président de France-Accenture est un ami de Martin Hirsch). Citwell est spécialiste de la « supply chain » et un « accelerateur de transformation » (bonjour le jargon !). Ces structures agrègent les dominants de la finance, de l’immobilier et du conseil. Ses membres sont plus branchés HEC et Harvard (et banque) que sortis de l’ENA.

Il y a une réelle porosité de ces deux univers. Les consultants ont soutenu, conseillé, infiltré Lrem, ils ont parfois tenu la plume pour rédiger le programme du parti ; et ce dernier a fait de ces managers ses cadres et ses élus.
C’est le cas de Guillaume Kasbarian, consultant PMP, devenu député Lrem d’Eure et Loire ; de Patrice Amato, député Lrem de Seine-St-Denis ; ou de Pierre Person, consultant CGI Consulting, député de Paris et membre de l’exécutif de Lrem.

Reprenons l’exemple du groupe Mckinsey dont le siège parisien est au 90 avenue des Champs Elysées ; ce groupe a été et reste une véritable pépinière du parti macronien. C’est le cas de Jean Christophe Pierron (« engagement manager ») ou de Guillaume de Ranieri (« partner »), d’Arthur Muller, de Guillaume Liegey (voir les mails de wikileaks où tous ces noms apparaissent, ou encore le site Consultor), de Karim Tadjeddine, qui est dans l’organigramme de direction de McKinsey et a travaillé sur le site internet du candidat Macron.
C’est le cas encore de Mathieu Maucort, qui fut directeur adjoint du cabinet de Mounir Mahjoubi.

Le projet partagé des macroniens et des consultants est de privatiser l’Etat, de faire des hauts fonctionnaires comme des préfets des managers ou des DRH de l’entreprise France, des obsédés de la performance, de la réduction du secteur public et de la fonction publique. On fera remarquer que la ministre de la transformation de l’Etat et de la fonction publiques, Amélie de Montchalin, est l’épouse de Guillaume de Montchalin, consultant BRC (Boston Consulting Group) qui fut un des premiers gourous de l’équipe de Lrem dès 2016.
On imagine le genre d’Etat que rêvent de nous concocter ces gens-là. Dès 1998 la politologue Béatrice Hibou évoquait, dans « La privatisation des Etats », ce phénomène où, disait-elle, une bureaucratie weberienne traditionnelle (serait) de plus en plus supplantée par une bureaucratie libérale. On y est.

Extraits

« Ces cabinets de conseil sont intervenus dans la réforme Hôpital, patients, santé et territoires, dite réforme Bachelot qui a créé les agences régionales de santé. L’agence nationale d’appui à la performance est une officine publique qui n’embauche que des consultants pour que les hôpitaux réalisent ce qu’ils nomment des « sauts de performance, d’efficience ». Mais ce qui est frappant, c’est que les consultants ne se contentent plus de la mise en œuvre de la politique publique, ils interviennent au moment de l’élaboration. L’Etat sous-traite de plus en plus ses fonctions décisionnelles à des multinationales du conseil. Macron a affirmé qu’il fallait regagner une souveraineté sanitaire, ça commence mal. »
Frédéric Pierru, sociologue, in Humanité, 11 janvier 2021

SONDAGE

Inégalités de genre

Dans la troisième édition du baromètre « Priorité(s) femmes » menée par Kantar pour la Fondation des femmes (en février dernier), les sondés considèrent que les inégalités hommes/femmes ne cessent de s’approfondir, tout particulièrement à l’entreprise. Dans une formule un peu tarabiscotée, c’est ce que note la responsable de Kantar : « On note un net recul de la satisfaction en matière d’égalité femmes-hommes dans toutes les sphères considérées ». C’est le monde du travail, le milieu professionnel qui est le plus critiqué : seuls 29% des sondés estiment que l’égalité a atteint un niveau satisfaisant. « Lorsqu’on arrive pour la première fois en entreprise, les discriminations basées sur le genre sont beaucoup plus flagrantes que lors des études, estime la Fondation des femmes. Pour plein de jeunes femmes, le côté « bonne élève » ne fonctionne plus aussi bien face à des jeunes hommes qui ont fait des études égales aux leurs, voire moins bonnes, mais qui se reconnaissent comme le dauphin naturel du salarié senior ». L’enquête montrerait que les jeunes hommes sont plus conscients de ces inégalités que leurs ainés. La crise sanitaire, forçant à un repli sur la sphère intime, a accentué la prise de conscience sur les inégalités dans la sphère familiale.

Propositions de graphiques

Pourcentage de Français considérant que l’égalité entre les femmes et les hommes a atteint un niveau satisfaisant :
- dans l’espace familial : 69% en 2019 ; 66% en 2020 ; 59% en 2021-04-25
- dans l’espace public : 50% en 2019 ; 51% en 2020 ; 44% en 2021-04-25-au nivrau professionnel : 34% en 2019 ; 32% en 2020 ; éç% en 2021.

Dans le monde professionnel, par rapport à celle des hommes, la situation des femmes est moins bonne pour le salaire (83%), le risque de harcelement (82%), les revenus au moment de la retraite (79%), les conséquences sur la carrière du fait d’avoir des enfants (78%), les possibilités d’évolution de carrière (74%), la prise en compte de la vie familiale (60%).

La crise et l’évolution de la situation des femmes :
- les violences conjugales :
dans le mauvais sens 72%
ni l’un ni l’autre 19%
dans le bon sens 6%

- la précarité des femmes :
dans le mauvais sens 43%
ni l’un ni l’autre 49%
dans le bon sens 6%

- l’égalité femmes-hommes au travail
dans le mauvais sens 15%
ni l’un ni l’autre 71%
dans le bon sens 11%



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