Collègiennes de Fort de France (2014)

Préface

De Fort-de-France à l’abbaye de St Maur, en plein Anjou, voilà ce qui s’appelle un long voyage. Dans l’espace. Et comme si cela ne suffisait pas, nos collégiennes, nos « 5 èmes » pas du tout fatiguées, et même plutôt émoustillées par ce déplacement, ont poursuivi par un long voyage dans le temps, sautant allègrement de 2014 à l’an 1102, en plein Moyen-Age ! Dépaysement garanti.

Sans doute ont-elles été portées par le décor ambiant, ces châteaux, abbayes et monastères, ces hauts murs et ces chapelles, ces porches et ces puits. Résultat ? Elles ont inventé une aventure médiévale. Ce petit roman historique est aussi un roman policier, à sa manière, avec une belle surprise en entrée, une recherche d’indices en guise d’enquête et une résolution finale de l’énigme.

Un grand bravo aux filles pour leur inventivité. Un grand coup de chapeau à leurs professeurs.
Et un grand merci à OVAL pour son hospitalité.

Gérard Streiff
Avril 2014

LE TRESOR DE SAINT MAUR

Chapitre 1

« Qui a volé le blason de St Maur ? cria le bénédictin.
Héloïse et Alexandra entendirent l’homme qui hurlait ; il était assez âgé. Elles se demandèrent qui cela pouvait bien être. « Pourquoi hurle-t-il ainsi ? » se dirent-elles dans leur tête.
Puis l’homme se tut, s’agenouilla, commença à prier :
- Seigneur, tu es grand et tout puissant, fais que ce blason de notre saint protecteur revienne à sa place. Amen.
Les filles, ne sachant pas quoi dire, répétèrent :
- Amen !

Héloïse était une fille foncée de peau, la taille et le physique parfait, habillée de manière sexy.
Alexandra , claire de peau, était petite, habillée à la mode.

Héloïse, la curieuse, alla à la rencontre du vieil homme et lui demanda :
- Qui êtes-vous ?
- Je suis le bénédictin François. Et vous, qui êtes vous les enfants ?
Elles se présentèrent et Alexandra s’étonna :
- Mais, où sommes nous ?
- Mais vous êtes devant la chapelle St Martin. Et vous, comment êtes vous arrivées ici.
- On s’est perdus, répondit Héloïse…et on s’est retrouvés ici.
- Mais où sont les animateurs ? ajouta aussitôt Alexandra, un peu inquiète.
- Les quoi ?
- Les animateurs ! Ceux qui nous accompagnent tout au long de notre séjour.
- Mais quel séjour ? Vous êtes à l’abbaye de St Maur. Et je vous rappelle qu’on est en l’an 1102. 1102 après JC ! reprit le vieil homme.
- Quoi ?! Nous ne sommes pas en 2014 ?!
- Si vous ne me croyez pas, suivez moi, je vais vous faire visiter les lieux.
- Bon d’accord, on vous suit.

Il les conduisit à la chapelle ; celle-ci s’était effondrée. Le blason en effet avait été volé, ce qui avait une grande importance car c’est ce blason qui tenait le toit de la chapelle. Sans blason, elle s’était affaissée. De la magnifique petite église, il ne restait plus à terre que des gravats et d’énormes pierres. Les filles évitèrent les pierres pointues jonchant le sol.

Au sol, justement, elles découvrirent des empreintes, mystérieuses, qui s’arrêtaient à la lisière des habitations. La taille des pieds ressemblait beaucoup à celle du bénédictin… Elles trouvèrent d’ailleurs que le moine avait un comportement suspect.
Choqué par l’événement, il divaguait : « J’ai…j’ai mis le blason dans un coffre, j’ai enfoui le coffre sous terre, dans le verger…Près du trou, vous verrez, y a une pièce en or, et des morceaux du blason… »
Mais elles comprirent que l’homme était affolé et disait n’importe quoi.

Alexandra, fouillant dans ses poches, trouva un petit papier blanchâtre sur lequel était écrit « Le voleur a les yeux bleus » . Surprise par cette déclaration anonyme, elle le montra à Héloïse. Les deux filles restèrent bouche bée en regardant le papier, le lisant et le relisant encore, sans le comprendre.

Héloïse qui aimait se faire peur dit :
- Imagine qu’on se retrouve en face d’un monstre humain, qui nous agresse, nous attrape, nous attache…
- Arrête, réagit Alexandra ! Et écoute moi : je voudrais que tu m’aides à retrouver le blason !
- Oui, à chaque fois qu’on aura un « temps calme », répondit son amie, on ira chercher des indices.
Alexandra ne lui dit pas qu’il n’y aurait plus de « temps calme » puisqu’il n’y avait plus de colo. Elle répondit simplement :
- OK, c’est parti pour l’aventure.

Elles virent alors passer un homme qui faisait des travaux dans l’abbaye.
- Regarde, c’est notre voleur de blason ! estima Alexandra.
- Mais pourquoi ce serait lui, et pas quelqu’un d’autre ?
- D’abord parce qu’il a l’air suspect et puis il porte un carton qui a à peu près la dimension du blason.
- OK, je le mets sur notre liste des suspects.

Ce qu’il faut dire ici, c’est que Héloïse avait une particularité, elle pouvait voir si une personne était louche ou non. Alexandra, elle, avait une autre particularité bien précise : elle pouvait courir vite pour rattraper les gens que sa copine suspectait.

Plus tard, elles croisèrent au milieu d’un village, dont elles ignoraient l’existence, un jeune garçon.
- D’où venez vous, mes belles ? demanda-t-il.
- Là n’est pas la question, répondirent-elles. Que pouvez vous nous dire de cette histoire de blason ?

Il raconta à nouveau l’histoire de la chapelle. Puis, comme il se faisait déjà tard, il dit qu’il rentrait chez lui. Elles le suivirent. Devant chez lui, il expliqua sa situation. Il invita les filles à entrer dans sa maison ; il y vivait seul, ses parents étaient partis. Elles entrèrent. La maison était minuscule. Un lit, une armoire, quelques assiettes, des tranches de viande, du pain presque sec.
Le garçon, gentleman, leur donna le lit et lui alla se coucher près de sa vache, Marguerite, qui dormait dehors.

Au petit matin, le garçon n’était plus là. Il était parti travailler.
C’est alors qu’elles virent autour de la table de la petite maison plusieurs moines qui semblaient les attendre patiemment. L’un d’eux leur dit :
- On est venu nous dire qu’on avait trouvé un morceau de blason près de votre lit ?! Est-ce vrai ?

Effectivement, aux pieds du lit, il y avait un bout du fameux blason.
- Vous serez punis, menaça un autre moine, pour ce que vous avez fait. Vous risquez d’être enfermées dans le château…
Alexandra regarda Héloïse puis dit :
- Non, non, ce n’est pas nous. On vient juste de le trouver dans cette chambre. C’est comme si quelqu’un voulait nous faire porter le chapeau ?!
Les moines la crurent et partirent.

Sur la porte de la maison, il y avait un petit papier blanc replié ; elle l’ouvrirent soigneusement. On y lisait :
« En haut, à droite, vous me trouverez… »

Chapitre 2

Les filles trouvèrent que sur le papier, l’écriture était enfantine. Tout de suite, elles pensèrent au garçon.

Mais que signifiait au fait ce message : « Vous me trouverez… » Héloïse était secouée :
- Alexandra, pourquoi le voleur nous donnerait-il des indices ? Veut-il nous aider à l’arrêter ?
- Arrête de te poser toutes ces questions et cherchons ce satané voleur qui nous fait tourner en rond, s’énerva Alexandra.
- Oui mais… tenta Héloïse qui essayait d’en placer une.
- Oui mais quoi ?! s’agaça Alexandra. Laisse moi faire ! Arrête de me contredire ! Je sais ce que je fais. Cesse de m’interrompre.

Les deux filles boudèrent puis Alexandra dit :
- Excuse moi, Héloïse, de t’avoir parlé comme ça, mais ça m’énerve de ne pas trouver tout de suite le voleur.
- Je te pardonne mais ne recommence pas, s’il te plaît, ajouta calmement Héloïse.
- Promis. Bon, qu’est ce que tu voulais dire, tout à l’heure, quand je t’ai empêché de parler ?
- Je disais que le voleur nous faisait tourner en rond, il nous donnait sûrement de fausses pistes. Mais peut-être que si on les suivait tout de même, ces fausses pistes, on trouverait une vraie piste. De toute façon, faut qu’on trouve si on veut revenir en 2014 !
- Parce que tu crois que si on attrape le voleur, on rentrera automatiquement en 2014, à l’abbaye de 2014 ?
- Oui je le crois, mais pour cela, serrons nous les coudes, ne nous disputons plus.
- D’accord !

Alexandra s’assit doucement sur le lit défait. Epuisée par toutes ces émotions, elle se coucha en regardant les décors du plafond. En haut, à droite. En observant bien, elle y découvrit un objet anormal, de couleur argentée, qui n’avait rien à voir avec le reste du dessin, arc-en-ciel.
Se levant brusquement, et ignorant les paroles de son amie, elle empila des boites et accéda au plafond. Cinq boites. Il y avait là une trappe qui s’ouvrait mal à cause d’un bout de tissu qui était resté coincé. Mais la trappe finit par s’ouvrir. Héloïse resta hypnotisée puis, surmontant sa peur, passa par la trappe qui se referma aussitôt derrière elle dans un bruit sec. Alexandra voulait suivre son amie, mais c’était impossible. Bouleversée, elle finit par s’asseoir ; tout en se calmant, elle parla avec Héloïse.
- Alors ? qu’est ce que tu vois ? Est-ce que c’est là que se cache le secret ?
- Rien, je vois rien. Il fait trop noir ; j’ai peur.

Mais un peu plus tard, elle dit :
- J’ai trouvé ! Il y a une boîte d’où dépasse un morceau de tuffeau, la même pierre que celle du blason.
Héloïse réussit finalement à réouvrir la trappe. Pour redescendre, elle se laissa glisser sur les épaules de sa copine. La pierre, dit-elle, était enroulée dans un bout de tissu. Et c’était le même tissu que la blouse que portait, la veille, le garçon. Incroyable découverte ! Elles commencèrent à se poser des milliers de questions.

- Et si on se cachait dans la maison ? dit Héloïse. On attendrait que le garçon revienne et la nuit, on l’attacherait, on l’interrogerait. On lui demanderait comment il s’appelle ?
- On lui demanderait aussi sa carte d’identité ? ajouta Alexandra.
- Une carte d’identité ?! En 1102 ? Mais tu oublies qu’on n’est pas en 2014 !
- OK, OK, on lui demanderait tout de même pourquoi il a cette pierre chez lui.

Le problème, c’est que le garçon n’était pas là !
En traversant le village, elles croisèrent le moine. Alexandra, très offensive, lui demanda :
- Mais où étiez vous au moment du crime ?
- Je faisais du troc avec des moines de passage.
- Mais avez vous trouvé des indices ?
- Non, pas le temps ! Vous savez, mes journées sont bien pleines, il faut gérer les moines, et puis il y a les villageois en colère.
- Bon, d’accord, mais si vous trouvez des indices, transmettez les nous.

Un peu plus tard, elles virent passer le garçon ; il portait une grande boîte fermée ; elles lui demandèrent bien sûr de l’ouvrir ; il refusa catégoriquement. A présent, elles le soupçonnaient vraiment d’être dans l’affaire. Elle se mirent à le suivre. Il marcha jusqu’à la ville.

Sur le chemin, des tulipes violettes émerveillèrent les yeux des filles ; les arbres touffus leur servaient de pare-soleil. Finalement ce trajet était bien agréable. Elles ne perdaient pas de vue le jeune homme, dont elles ne connaissaient toujours pas le prénom.

Arrivées au marché de la ville, elles entendirent soudain « Au voleur ! Au voleur ! » Pour elles, il n’y avait pas de doute, c’était le garçon le coupable ; elles lui sautèrent aussitôt dessus.
Alexandra lui dit :
- Je te tiens, voleur !

Il se libéra puis il sortit de la grande boîte qu’il portait deux gros colliers qu’il offrit chaleureusement aux filles. Elles s’excusèrent, en remarquant d’ailleurs qu’il n’avait pas les yeux bleus.

Fausse piste ?
Le garçon raconta qu’il travaillait dans une mine !
- Une mine ? crièrent-elles.
Enfin, pas exactement une mine, une carrière de pierres. Il la leur montra, elle était toute proche. On y voyait deux colonnes d’ouvriers se croiser, l’une y rentrait avec des caisses vides, l’autre en sortait avec des caisses pleines.
Héloise, courageuse, décida d’y entrer malgré les recommandations d’Alexandra qui sentait arriver une bêtise !
Soudain un cri retentit. C’était Héloïse ! Affolée, Alexandra se demanda, vingt secondes, comment sauver son amie quand celle-ci réapparut :
- C’était juste une araignée !

Au retour, les filles retraversèrent le marché de la ville quand elles aperçurent une silhouette noire qui filait aussi vite qu’un souffle de vent. Ni une ni deux elles se mirent à poursuivre ce mystérieux personnage. Mais le temps pour elles de reprendre leur souffle, l’inconnu avait disparu. Toutefois, il avait laissé derrière lui un chapelet sur lequel on pouvait lire le nom Cresus. Alexandra se dit qu’elle avait déjà vu un chapelet identique. Mais où ? Mais oui, bien sûr, au Château d’Angers qu’elles avaient visité. Dans ce château, elles avaient découvert une grande toile qui racontait l’histoire de l’Apocalypse. On y voyait St Jean qui avait exactement le même chapelet. Comment la silhouette aperçue tout à l’heure avait pu se procurer un tel chapelet ? Et surtout qui était-elle ?

En vérité, les deux fillettes se rapprochaient du voleur sans le savoir. Arrivées à l’abbaye, un nouveau message les attendait : « Je suis plus près que vous ne le pensez ! »

Chapitre 3

Que signifiait ce message ? Il effrayait de plus en plus les deux fillettes qui se posaient des tas de questions.
- Héloïse, le message nous dit qu’IL est plus près de nous que nous le pensions mais où ? se demanda Alexandra.
- Nous cherchons dans le mauvais sens, dans la mauvaise direction : voilà ce que nous dit le message.
- Oui mais où chercher, on n’a pas d’autre piste !

Les deux filles commencèrent alors par se soupçonner l’une l’autre.
Comme elles avaient décidé de se changer les idées en faisant un petit footing, Héloïse se plaint d’avoir froid. Alexandra lui répondit :
- Bouge pas, je vais chercher ton pull.
Sur ces mots, elle alla dans la chambre, fouilla dans la malle et trouva une multitude de mots. Elle eut soudain un doute sur la culpabilité de son amie.

De son côté plus le temps passait, plus Héloïse trouvait qu’Alexandra devenait étrange. Une fois, elle l’avait surprise au téléphone, tenant de drôles de propos sur « un blason caché ».

Elles finirent par s’accuser l’une l’autre.
- C’est toi qui a volé le blason ?!
- Non, c’est toi !
Mais ni l’une ni l’autre n’avait les yeux bleus. Elles se calmèrent.

- Reprenons tout dès le début, dit alors Héloïse. Le voleur a les yeux bleus. Il est proche de l’abbaye. Il a facilement accès à la chapelle. Qui peut-il bien être ?
- Bien sûr, réagit Alexandra ; ce coupable, on l’a vu déjà plusieurs fois.
- Mais on ne sait pas qui il est, on n’a rien sur lui.
- Tu te trompes, Héloïse, on sait tout de lui, il est devant nous depuis le début.
- Je ne te suis plus, là ; je ne comprends pas.
- Ecoute, Héloïse : le voleur est proche de l’abbaye. Qui est proche de l’abbaye ?
- Le moine.
- Qui a facilement accès à la chapelle ?
- Le moine.
- Qui a les yeux bleus.

Là, Héloïse ne savait pas. Il fallait voir si le moine avait les yeux bleus. Malheureusement, elles étaient tombées sur une heure de messe, ce qui compliquait la donne. Mais elles s’assirent et écoutèrent sereinement l’office.
Un moment, le moine remarqua les enfants et leur demanda :
- Les enfants, j’ai perdu mon chapelet. L’avez-vous vu ?
- Euh, non…

A la fin de l’office, le moine rangea les hosties et la coupe puis abaissa sa capuche : on pouvait voir qu’il avait de magnifiques yeux bleus.

Elles le suivirent dans la chapelle et le virent s’agenouiller et demander pardon au seigneur :
- Pardon, Seigneur, d’avoir détruit la chapelle de St Martin. D’avoir menti et volé. Je ne suis plus digne de faire partie de ta famille et d’être un moine.

Les filles étaient à la fois surprises par cette déclaration incroyable et rassurées d’avoir trouvé le voleur.
Elles lui demandèrent des explications ; il les bouscula en leur disant que ça ne les regardait pas. Et finalement, il leur avoua tout, plein de honte et de douleur pour ce qui s’était passé.

Le chapelet sacré de St Jean était en effet accroché depuis longtemps au blason. Attiré, le moine, à l’aide d’une échelle, avait attrapé l’objet mais, sans le faire exprès, le blason était tombé lui aussi. Avec toute la catastrophe qui suivit.

« Tout ça, c’est de la faute du roi René, dit le moine. Un jour vint ici une calèche, magnifique. Le cocher me présenta un homme. C’était le roi René. Il voulait, pour sa collection, le chapelet de St Jean. En échange il m’avait promis un livre si précieux que je n’ai pas pu m’empêcher d’accepter sa proposition. En même temps, j’étais mort de honte. Voilà pourquoi je vous ai fait passer plusieurs indices qui devaient vous mener à moi. Je suis prêt à payer pour les conséquences de mon acte.

Les filles se rappelèrent alors qu’un jour le jeune garçon qui les hébergeait avait sorti, d’une grande boite, une tapisserie où on voyait un moine aux yeux bleus prier en dessous du blason.

Tout à coup les deux filles commencèrent à devenir transparentes et finirent par disparaître du décor. Adieu le Moyen-Age. Elles se retrouvèrent assises dans le car, en train de se réveiller doucement. Quand le car s’arrêta, Héloïse raconta son rêve à Alexandra et Alexandra lui dit qu’elle avait fait exactement le même rêve. Elles éclatèrent de rire. A ce moment-là, le car entra sur le parking en face de l’abbaye de St Maur et l’on devinait, un peu plus haut, la chapelle St Martin qui était toujours à sa place.

FIN



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