St Germain en Laye/octobre 2017

TITRE

L’Abbaye des secrets

Préface

« Les mots pour le dire » : ce fut le titre, il y a des années de cela, d’un roman fameux. Trouver les mots justes pour dire les choses précisément, c’est un peu la définition d’un atelier d’écriture. Nos « quatrièmes » du collège Erembert ont parfaitement joué le jeu, un jeu de mots, et ils ont surtout laissé libre cours à leur imagination. L’histoire que vous lirez plus loin, cette enquête dans les coulisses de l’abbaye de St Maur qui serait l’objet d’étranges menaces, selon nos jeunes auteurs, est leur œuvre.
Merci pour leur contribution.
Et merci à Oval pour son hospitalité.

Gérard Streiff

Chapitre un
Une disparition inquiétante

Mais où est passé le responsable ?
C’est la question que tout le monde se pose.
Alex et Chloé sont arrivés hier soir à l’abbaye, en classe culturelle, avec leurs camarades. Mais le responsable du centre, Monsieur Robert, n’était pas venu pour leur souhaiter la bienvenue. Et maintenant tout le monde prétend qu’il a disparu.
On l’a cherché dans tous les recoins de l’abbaye. Quelqu’un l’a appelé sur son téléphone :
- J’ai bien essayé de le joindre mais je suis tombé sur son répondeur.

L’inquiétude envahit toute l’abbaye.
L’administration décide de ne pas parler de cette affaire à l’extérieur, pour ne troubler personne.

Il faut dire que pendant la nuit, les enfants ont entendu des bruits étranges, dans les étages. Le parquet grinçait, le vent soufflait, les murs même semblaient vibrer tandis que dehors, l’orage grondait. Ils n’ont pas beaucoup dormi de la nuit.

Et puis Chloé ne peut s’empêcher de penser que cette disparition a un rapport avec la voiture noire. La veille, en effet, une voiture noire était sortie en trombe de l’abbaye. Pourquoi ce démarrage à toute vitesse, ce moteur bruyant, ces pneus qui crissaient ? Un vol ? par un homme en noir ?

- T’as peur pour rien, lui dit en se moquant Alex quand elle lui raconte ses frayeurs.
Mais ça ne la fait pas rire.
- On est en retard pour la visite, dépêchons-nous, répond-elle.
Depuis le début du séjour, c’est vrai, Chloé et Alex accumulent les retards. Des professeurs ne le supportent pas. « C’est inacceptable » disent-ils.

ILLUSTRATION UN
Alex et Chloé

Toute la journée les deux enfants ont du mal à se concentrer, ne songeant qu’au disparu.
Ils interrogent par réflexe toutes les personnes croisées, le personnel de l’abbaye, le secrétaire, le jardinier, le cuisinier.
Ils vont même vérifier le réfrigérateur. Pour n’y trouver que des yaourts, des œufs, rien de bien intéressant.
Reste que le cuisinier leur semble bizarre.

Que faire ? Le dire à la police ?
- T’inquiète ! réagit Alex. Autant ne rien dire. Tu te souviens de ce qu’on s’est pris la dernière fois qu’on a appelé la police parce qu’il y avait du bruit dans le garage. Peut-être que M. Robert est juste parti en voyage…tout seul…sans prévenir personne.

N’empêche. Les deux enfants sont inquiets, nerveux. Et puis ils trouvent l’abbaye étrange. Des murs présentent des traces de moisissure sur les façades, les verres des fenêtres sont cassés, on trouve des traces d’insectes partout. Et puis tout autour de Saint-Maur, il y a ce brouillard qui s’épaissit.

Un moment, ils se penchent par la fenêtre, regardant dans le vague. C’est alors qu’ils voient, ou croient voir, derrière des nappes de brouillard, la croix du verger, au loin, qui domine tout le paysage. Et au bout de cette croix il y a comme une silhouette sombre qui se balance doucement. Un pendu ! Vrai ? Faux ?
Les deux enfants se regardent, horrifiés.

Chloé, 14 ans, est une jeune fille très intelligente mais pas toujours très confiante. Alex, lui, n’a peur de rien et il est très drôle. Deux caractères parfaitement opposés.
Chloé n’a pas d’ami dans le groupe, Alex non plus. Ils sont, chacun, le seul ami de l’autre.

Ce soir-là, ils entendent les mêmes bruits terrifiants. Toujours dans les étages supérieurs.
Cette fois, ils se sont mis dans la tête de résoudre cette enquête, pour de bon.
- Ce responsable disparu, essayons de le retrouver, dit Alex, animé par une envie d’aventure.
- Super idée, s’exclame la jeune fille. Allons chercher des indices.

Ils décident de s’habiller en sombre pour cette virée. Oui mais, il reste un problème. Comment faire pour quitter les dortoirs sans attirer l’attention ?
Soudain Chloé a une idée. Elle déclare à la chambrée :
- Ça vous dirait une bataille d’oreillers ?
Un « ouais ! » général lui répond. La bataille commence. Les deux jeunes gens, cachés dans un coin obscur, observent cette « guerre des chambres ».
Alors qu’un animateur crie « Stop !Stop ! », eux se sauvent.

Ils veulent se rendre vers cet endroit d’où proviennent les bruits et craquements. Sur le chemin, ils trouvent dans un coin un briquet et un couteau suisse. Est-ce qu’ils appartiennent à Monsieur Robert ?
- J’ai peur, Alex, dit Chloé.
- Ne t’en fais pas, ça va aller, tiens, prends mon pull, répond le garçon avec un sourire.
Au bout d’un couloir, ils arrivent à une trappe qui mène au grenier.

Chapitre 2
Premières pistes

Là, ils sont surpris !
Les deux amis, tout pâles, hésitent à pousser la trappe. Chloé s’attend à une armée de rats s’abattant sur eux !
Ils se décident à monter dans le grenier.
Alex pousse un cri étouffé, montrant d’un doigt tremblant le plafond. La jeune fille lève la tête et découvre à son tour une horde de chauves-souris qui niche sous les combles. Ces dernières, apeurées, s’enfuient par une fenêtre cassée.
« -C’était donc ça tout ce bruit ? On avait pourtant l’impression que c’était un bruit de pas, déclare Chloé.

Effrayés, les enfants explorent le grenier pas à pas.
Au centre de la pièce trône une grande malle, un vieux meuble en bois, avec un cadenas. Comment l’ouvrir ? Entre poussière et araignées, ils cherchent sous les meubles, sous les tapis, derrière les rideaux mais rien, il n’y a absolument rien. A un moment Chloé fait tomber un vase.
- Mince ! s’écrie-t-elle.
- Attend, regarde, il y a un papier.
Il était dans le vase. Et sur le papier, un code : 0784.
- Essayons-le, propose Alex.

Le code ne fonctionne pas.
Ils remarquent alors une clé dans un coin fréquenté par des rats.
- Qui va la prendre ? demande Chloé.
- Je propose un chifumi en une manche pour nous départager, répond le garçon.
Ils s’élancent en même temps. Chi-fu-mi ! Pierre pour Alex, ciseaux pour Chloé. C’est Alex qui doit y aller.

Le garçon récupère la clé, l’air victorieux. La malle s’ouvre. A l’intérieur, tout un fatras : une poupée et une lettre au ton menaçant : « Pars avant qu’ils te retrouvent ! Qui ? Les autres, ceux qui vivent ici dans l’obscurité ; ils sont devenus fous et veulent chasser tous ceux qui passent par ici ! »
Chloé est effrayée, Alex, lui, ne perd pas contenance.

Toujours dans la malle, voici une toque.
- Le cuisinier a forcément un rapport avec tout ça ! dit Chloé.
Les jeunes gens se regardent, les yeux pleins de fierté en pensant avoir trouvé le coupable de cette disparition inquiétante.
Dans la malle, ils trouvent aussi d’autres lettres concernant la gestion de l’abbaye et du domaine agricole, la vigne. Des lettres officielles venant du ministère, d’autres portant le logo XAbie.

ILLUSTRATION deux
Trappe qui s’ouvre avec visages des enfants

Mais un bruit retentit, les enfants quittent vite le grenier. Non sans avoir remarqué que la personne qui arrive a un pas irrégulier, celui de gens qui boitent.
- Il s’en est fallu de peu, dit le garçon.
Chloé, tétanisée, ne répond pas.
Sortant de l’abbaye, de nuit, ils décident d’aller jusqu’à la croix où ils avaient vu un pendu. De loin la silhouette ressemble à un homme. Chloé hésite, s’arrête. Alex continue, curieux. Au bout de quelques minutes il revient vers la jeune fille : le pendu n’est qu’un mannequin. Sur le chemin du retour, ils observent des marques sur les installations de vignes, qui semblent délimiter l’exploitation de l’abbaye : XAbie, la même marque que sur les lettres du grenier.

Ils retournent au dortoir et tombent sur un animateur qui les interpelle :
- Qu’est ce que vous faites encore debout ?! Allez vous coucher tout de suite avant que je m’énerve.
- Oui monsieur.

Le lendemain, à l’heure du petit déjeuner, Chloé remarque que le professeur d’histoire, Mme Pello, qui vient les saluer boite. Choquée, elle en parle à Alex. Mais au même moment passe le cuisinier : il boite aussi.

Ils vont se renseigner au secrétariat pour savoir à qui appartiennent le briquet et le couteau suisse trouvés la veille. Pas de réponse mais ils approchent du bureau de M. Robert. Ils en profitent pour y chercher des indices. Chloé commence à fouiller dans une armoire, trébuche et tombe contre le mur qui bascule. Là, on découvre des ruines romaines sont disposées en cercle. Ces colonnes brisées et ces arches effondrées donnent l’impression de se retrouver dans le passé. Au centre du cercle, un reliquaire luit d’une lumière dorée, près d’un parchemin. Emerveillés, ils s’en approchent et lisent :
« Héritier du cœur, tu ne dois en aucun cas toucher le reliquaire qui contient le cœur de St Maur, sous peine de devenir immortel et de provoquer de graves conséquences dans le monde entier ».

M.Robert est-il le fameux héritier ? Est-ce ce cœur qui tente l’homme en noir, celui de la voiture noire justement ? Mystère.

Chapitre trois
L’enquête s’éclaircit

Les deux jeunes gens se disputent à propos des événements.
Alex accuse leur professeur d’histoire, Chloé pense que c’est le cuisinier le coupable. Alex s’énerve :
- Arrête de défendre la prof, elle est suspecte depuis le début du séjour !
- Mais non, c’est le cuisiner que tout accuse ! Tu me saoules, Alex, tu ne m’écoutes jamais, tu n’en fais qu’à ta tête.
- Ecoute moi : qui est-ce qui avait raison et a trouvé le coupable lors de l’émission « N.C.I.S » ? C’est moi. Alors fais moi confiance, dit le garçon.
- Oui peut-être, mais la dernière fois, quand nous allions à la cantine, qui s’est trompé de chemin ? qui s’est fait attraper par les animateurs ?
- Comme si toi, tu servais à quelque chose ?! Tu flippes pour un rien. Sans moi tu ne serais rien !

Ils échangent des mots durs. « Stupide ! » « Imbécile ! »
- Et puis zut, crie la fillette, si c’est comme ça, je ne vois pas ce qu’on fait encore ensemble. Ne me parle plus ! Continue ton enquête tout seul, moi je m’en vais.

Chloé est folle de rage, furieuse contre Alex. Elle marche d’un pas décidé vers les vignes mais elle se sent fatiguée. Soudain elle entend un bruit de clés. Elle se cache. Attend. Et s’endort.
Une silhouette sort alors de derrière les arbustes en faisant tourner des clés de voiture autour de son index. Mais pas n’importe quelles clés ! Celles du directeur de l’établissement. Or la silhouette qui s’approche de Chloé n’est pas celle du directeur mais celle du cuisinier – celui qui fait des brocolis tous les midis, disent les mauvaises langues. Il dépasse Chloé sans même la voir et se dirige vers la voiture noire, une vingtaine de mètres plus bas. Quand Chloé sort de sa cachette, l’homme a disparu ! Soudain elle entend le craquement d’une branche sèche derrière elle. Elle se retourne vivement et se retrouve nez à nez avec le cuisinier qui la fixe d’un mauvais oeil. A ce moment, elle reçoit un coup sur la tête et perd connaissance ! Puis elle réalise qu’elle est dans un tonneau de vin. Elle crie, tape de toutes ses forces contre le bois du tonneau. Alors, prise de peur, elle se réveille. Ce n’était qu’un rêve.

Alex de son côté ne montre pas ses sentiments. Il tente de reprendre seul l’enquête, il passe par la cuisine, mange un bout de pain, monte vers la Grande Chapelle, fouille des chambres d’adulte ; il se rend au grenier pour prendre les lettres de l’abbaye dans le coffre mais elles ont disparu. En fait Alex tourne en rond, pendant deux heures. Alors il décide d’aller présenter des excuses à Chloé ; il la retrouve au réfectoire.

- Ecoute, désolé pour tout à l’heure. Je ne pensais pas ce que je disais. En fait, c’est moi qui ne suis rien sans toi !
Comme Chloé ne réagit pas, il poursuit :
- En plus, tu es la seule personne qui rigole de mes blagues et je n’ai pas envie de te perdre.

ILLUSTRATION N°3
Le cuisinier

Chloé alors accepte ses excuses et, de nouveau amis, tous les deux parlent calmement de l’enquête.
La jeune fille lui annonce qu’elle a découvert l’arbre généalogique de M. Robert. Surprise : le cuisinier est le frère cadet du responsable disparu.
- Ça signifie ?
- He ben, ça signifie qu’il héritera de l’abbaye – et de ses secrets- si M. Robert n’est plus là.

Alex lui parle du vol des lettres au grenier. Il dit qu’il a croisé Mme Pello et qu’elle avait l’air plutôt louche.
- Comment ça, « plutôt louche ? »
- Hé bien, elle traversait le couloir tête baissée et rapide comme une ombre. Elle n’avait pas l’air d’être dans son état normal.
- Impossible, réplique Chloé. Mme Pello est notre professeur, elle ne serait pas capable de faire du mal à une mouche.
Alex insiste, dit que leur professeur accumulait toutes sortes de livres sur les secrets de l’abbaye et qu’il trouve cette curiosité suspecte. « Peut-être a-t-elle découvert un passage secret ? »

Toujours selon Alex, si on enlève des gens, si on pend un mannequin à la croix blanche, c’est pour faire peur. Quelqu’un veut que tout le monde quitte l’abbaye…

Juste à cet instant, une voix terrible retentit dans le haut parleur du réfectoire. « Partez, fuyez l’abbaye ! Sinon une malédiction va s’abattre sur vous ! »
Au même moment, les plombs sautent. La salle est plongée dans le noir. La peur hante tout le réfectoire !

Chapitre 4
Révélation

Alex est stupéfait alors que son amie s’écrie :
- Mais oui, j’ai tout compris !
Alex hésite. Lui, il a plusieurs pistes en tête : ou bien M. Robert est tout simplement en voyage ; ou bien la coupable est Mme Pello : elle serait la femme du cuisinier et elle ferait des recherches sur l’abbaye pour lui. Ou bien alors c’est l’homme en noir, celui qui tente de voler le reliquaire, pour devenir immortel.
Un moment, Alex imagine même poursuivre la voiture noire et rattraper le coupable en un rien de temps…

Mais Chloé, elle, l’entraîne dans les étages.
- Ecoute, le disjoncteur est dans la cuisine, c’est donc forcément le cuisinier le coupable. Et puis les bruits de pas venus d’en haut sont ceux de Monsieur Robert, à mon avis. Il a sûrement été enfermé dans une pièce secrète, là-haut. C’est le cuisinier le coupable. Il est sinistre et nous oblige à manger sa cuisine alors qu’elle n’est même pas bonne. Et puis, tu as remarqué, il monte souvent dans les étages dans la journée tout en regardant si on l’observe.
- Oui mais alors il faut une preuve, visible.
- On pourrait le filmer, dit Chloé.
- Bonne idée.

Après quelques recherches, les deux jeunes gens repèrent derrière un meuble qu’ils poussent la fameuse pièce secrète. Ils s’apprêtent à y entrer quand ils entendent derrière la porte le cuisinier menacer quelqu’un :
- Signe ce papier pour que les terres marquées XAbie me reviennent. Je te rappelle que je suis ton frère et que ces terres sont censées m’appartenir autant qu’à toi.
- Non, jamais je ne signerai, répondit l’autre. Et de toutes façons, les gens ne partiront jamais d’ici.
- Ah tu crois ça ! Mais les gens sont terrifiés par toutes ces rumeurs, le pendu de la croix du verger, la légende du reliquaire…Avec un simple haut-parleur, j’ai fait croire que l’abbaye était hantée.
- Mais pourquoi t’as fait tout ça ? pourquoi toutes ces horreurs ? qu’as tu derrière la tête ?
- Je suis très entêté, vois tu, et je pense que la construction sur ces terres d’un centre commercial – ou d’un casino – nous rapportera bien plus d’argent qu’un minable centre de vacances.

ILLUSTRATION quatre
M. Robert

Alex éternue. Le cuisinier ouvre brutalement la porte et surprend alors les enfants en train de l’espionner. La rage enflamme son regard et il se rue sur eux.
Il boite mais il est très rapide. Il les poursuit, couloir après couloir, escalier après escalier.
Mais un moment Alex fait demi-tour. Il prend son courage à deux mains et il se jette sur le cuisinier. Tous deux tombent à la renverse sur le sol. Chloé prend une corde qui se trouve sur un mur proche et la lance au garçon. Alex, avec ses gros muscles et ses gros abdos, prend peu à peu le dessus sur son adversaire et finit par le ligoter.
- Bande de petits fouineurs, hurle le cuisinier, si vous n’aviez pas été là, je serais riche à cette heure.
Mais le cuisinier est coincé.
Les enfants appellent la police avec le portable de Chloé, celui qui a servi à filmer toute la scène. Les forces de l’ordre arrivent peu après et emmènent le coupable.
C’est comme ça qu’Alex et Chloé ont sauvé l’abbaye.
Rassurés, ils se font un gros câlin.
Un peu plus tard, pour se détendre, ils entament une partie de cluedo. « Le coupable, pense alors Chloé, ce sera le Colonel Moutarde avec sa clé anglaise ! ».

FIN



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