Belle-Ile/Avril2016/1

PREFACE

Belle-Ile, en avril, a un petit air de répétition générale. On se prépare, un peu partout, à ce qui va bientôt advenir. La grande migration des estivants.
L’île s’ébroue, pourrait-on dire, comme un puissant animal qui sort de sa torpeur. Tout bouge, tout se ranime, tout repart, tout se ravive, c’est la fête des couleurs, ça verdit, ça rougit à tout va ; la moindre futaie se refait une beauté.

Au domaine de Bruté, aussi, le printemps impose son tempo. Dans le parc, c’est la ronde sans fin des lapins, la procession des faisans, toute une faune en herbe, sans complexe, parfaitement culottée, qui se croit chez elle, et qui l’est, c’est l’évidence. Dans les classes, l’ambiance des ateliers d’écriture n’échappe pas non plus à cette règle de l’éternel renouveau.

Des adolescents y combinent des phrases, emboîtent des paragraphes, compulsent des dictionnaires, racontent des histoires. Les sujets de ces récits peuvent être graves, on le verra dans les quatre aventures qui suivent, où il est question de fugue, d’abandon, de disparition, d’enquête. On va dire que ça ne rigole pas ? On aurait tort. On joue. Avec les mots.

Merci aux élèves du collège St Thomas de Villeneuve (Bry-sur-Marne) pour leur travail. Merci aux professeurs pour leur disponibilité. Merci à l’équipe d’Oval pour son savoir-faire et son accueil.

Guy Jimenes
Gérard Streiff

CLASSE 6è NACRE

DISPARITION A BELLE-ILE

Chapitre un
MYSTERE AU SENTIER CÔTIER

« Mais où est passé le mono ? » dirent les élèves. Le mystère avait commencé ainsi : la classe de Julien et Juliette était partie en stage d’équitation à Belle-Ile, avec Coco, le chien de Juliette. Tout s’était bien passé jusqu’à ce que le moniteur, Dylan Lefrek, propose une visite en car puis une promenade, à pied, sur le sentier côtier, du côté de Vazen-Port Coton. Là, Juliette s’aperçut qu’elle avait perdu son appareil photo.
- Excuse-moi, dit-elle au mono, tu n’aurais pas vu mon appareil photo ?
- Non, répondit-il, mais je vais retourner en arrière pour le chercher et le trouver.
Il dit encore : « Les enfants, je vais aller voir ce qui se passe, ne bougez surtout pas ! »
- D’accord, Dylan, ne t’inquiète pas.
Puis il pressa le pas.
Mais au bout d’une demi-heure, Dylan Lefrek n’était pas revenu. Les élèves finirent par s’inquiéter…
Tout le monde se mit à le chercher, on ne le trouva pas.

La nuit commençait à tomber, le ciel se noircissait, l’orage grondait, la pluie tombait. Puis du brouillard prit tout le monde par surprise. On ne voyait plus le chemin, impossible de faire marche arrière. Comme une vraie forêt de brouillard. On ne voyait plus non plus les cars, bien sûr, disparus avec les provisions et les bonbons.

ILLUSTRATION N°1
Les deux personnages

Cherchant un abri, le groupe trouva une grotte. C’était la grotte de l’étoile. Elle avait le don d’être effrayante. Il y faisait noir, mais on y voyait des ombres terrorisantes, on y entendait des bruits bizarres qui ressemblaient à un rire diabolique. Malgré tout, des enfants réussirent à s’endormir, à cause de la fatigue, mais pas Julien et Juliette. Ils venaient d’être élus pour être chefs de groupe et pour sortir à la recherche de nourriture.

Julien était un garçon très actif ; il avait onze ans, un style décontracté. Avec sa touffe de cheveux roux et ses yeux bleus, il ne faisait pas son âge du tout. Juliette, elle, au contraire, était toujours stressée, inquiète pour tout et n’importe quoi. Ses beaux cheveux blonds, d’ordinaire, reflétaient le soleil, et ses yeux verts illuminaient son visage.
Les deux jeunes gens repensèrent à Dylan Lefrek. Ce mono, très grand, plutôt maladroit, adorait faire des blagues, même si elles n’étaient pas vraiment drôles. Sa disparition les avait beaucoup intrigués.
Sa spécialité, c’était de faire goûter des choses peu communes, des excréments de lapin, des fleurs qui sentaient la noix de coco, des plantes comestibles…
Mais où était-il donc, ce Dylan Lefrek ?

Dans la grotte, Julien et Juliette trouvèrent un papier, où il était écrit : « C’est bientôt votre tour ! » Etrangement, ils eurent l’impression d’avoir déjà vu cette écriture.
Puis ils remarquèrent, devant la grotte, des traces de pas à trois doigts qui menaient à une petite crique, juste en face de leur abri. Malheureusement, la mer montait, effaçant les autres traces. C’est à ce moment-là qu’ils la virent. C’était une ombre avec de grandes oreilles.

Chapitre deux
Sur les traces de Dylan

Qui se cachait derrière ces grandes oreilles ? se demandèrent Juliette et Julien. Le garçon pensa qu’il s’agissait d’un korrigan.
Ce mot lui fit penser à une charade. Mon premier, disait-elle, est la première syllabe du mot « Cormoran »… Heu…, le problème, c’est que Julien ne se souvenait plus de la fin de l’énigme...

ILLUSTRATION N°2
La grotte

Un korrigan. Le garçon définit ainsi la créature : c’était un monstre aux grandes oreilles de lapin, des oreilles pointues, et qui avait de longues pattes comme un kangourou ; ceci dit, il était de petite taille, comme un lutin, rusé comme un renard et il se comportait comme un humain.
- Allons le voir, dit Julien.
- Non, ne fais pas ça, c’est trop risqué, répondit la fille.
Il recula d’un pas, demanda :
- Mais pourquoi ? Tout le monde prend les korrigans pour des méchants, mais il en existe des gentils.
- Julien, Julien, tu n’as donc pas conscience du danger ?!
- Si, mais je n’ai pas peur.

Le garçon avança, sous l’œil admiratif de la fille, il avança, avança… pour découvrir un simple lapin. Fausse piste. En plus le lapin venait de disparaître.

Plus tard, Julien repéra un buisson épineux de fleurs jaunes comestibles qui sentait la noix de coco.
- Je reconnais ces fleurs, dit-il, Dylan nous en a fait goûter.
- Ramenons en au camp ! demanda Juliette, toute contente d’avoir trouvé un petit en-cas. Il y avait aussi dans le coin des petites plantes vertes surnommées « perce pierre ».

Sur le chemin, ils retrouvèrent l’appareil photo de Juliette. Une photo les intrigua tout particulièrement. Y apparaissait en effet une silhouette inconnue d’eux. C’était qui ?

ILLUSTRATION N°3
Le korrigan

Dans la grotte, Coco, le chien, s’agitait autour du message de menace. Julien voulut récupérer le papier mais il le fit tomber dans une flaque d’eau.
- Mais qu’as-tu fait ? C’était notre seule piste ! dit Juliette.
- Mais au contraire, réagit le garçon, regardez !
Et en effet une tache rougeâtre apparaissait, puis une autre encore. Un nouveau message s’inscrivait : « Partez d’ici sinon il vous arrivera un malheur ! » Au même moment, un rire diabolique résonna dans la grotte.

Quelqu’un dit : « Et si c’était un des élèves qui l’avait écrit ? » On demanda donc à tout le groupe d’écrire la même phrase ( « …sinon il vous arrivera un malheur ! »). Seule l’écriture de Juliette était compatible avec les lettres de ce message. Juliette ne comprenait pas ce qui était en train de lui arriver. Quand elle se rappela, soudain, que le directeur avait exactement la même écriture qu’elle ! Une piste ?

C’est alors qu’ils remarquèrent que le chien Coco parlait ! Il venait en effet de leur dire « Attention ! »
- Mais tu parles ? s’étonna le garçon.
- Oui je suis là pour assurer votre sécurité ! dit l’animal qui, tout aussitôt, s’enfuit ; les deux enfants le suivirent. Ils arrivèrent sur des rochers où un bateau s’était écrasé.

Près du bateau, un récif avait une forme bizarre.
- Oh, regarde ça, ce rocher ressemble à Louis XIV, dit Juliette. On dirait que le roi nous fait « Chut » !
- Mais si ça se trouve, c’est un signe, répliqua le garçon, étonné. Ça veut sûrement dire qu’il ne faut pas parler de ce qu’on va découvrir.

Au pied du bateau, Julien fit « toc » pour voir s’il y avait du monde. Il refit « toc, toc » dans l’escalier. Arrivé sur le pont, il fit six fois toc ! Personne. Ils entrèrent alors à l’intérieur du navire. Il y avait là une énorme cargaison de téléphones portables !

Chapitre trois
Dylan, c’est toi ?

Et par terre se trouvait la casquette de Dylan Lefrek. Cette casquette était grise avec un joli intérieur noir. Un petit motif d’avion trônait sur la visière. Celle-ci était d’ailleurs très grande car Dylan attrapait rapidement des coups de soleil sur le nez. Mais la casquette elle-même était assez petite, ce qui avait toujours étonné Julien et Juliette.

- Noooooon ! hurla Juliette.
- Quoiiiiii ! cria le chien Coco.
- Dylan est tombé à l’eau, reprit la fille.
- La question n’est pas là, la question est : comment est-il arrivé ici ? déclara Julien.
- Cherchons-le sur le bateau, poursuivit la fille.

Ils inspectèrent le pont, il n’y avait que des coffres pleins de téléphones. Ils essayèrent d’en utiliser un, mais ça ne marchait pas. Puis, les jeunes gens ramassèrent la casquette qu’ils firent renifler par le chien Coco ; celui-ci reconnut l’odeur de Dylan et descendit aussitôt les escaliers qui menaient à la cale. Et là se trouvait le mono. Tout ligoté, tout ficelé serré, avec un bandeau sur la bouche.

- Dylan ! s’écrièrent les enfants et le chien.
- Mais qu’est-ce que tu attends, va le délivrer ! dit Juliette à son ami.

Une fois délivré, Dylan remercia les deux amis et s’exclama :
- Le directeur est avec vous ?
- Non, répondit Juliette. Moi je le soupçonne mais vous, pourquoi vous nous demandez ça ?

Dylan Lefrek raconta que c’était le directeur qui avait fait échouer le bateau. Pour tout voler. Lui, Dylan Lefrek, était à la recherche de l’appareil photo de Juliette quand il avait tout vu depuis le sentier. Le directeur s’était alors jeté sur lui et l’avait fait prisonnier.

ILLUSTRATION N°4
Le bateau échoué

Plus tard, des secours sont arrivés.
Juliette, Julien, Dylan Lefrek et Coco allèrent chercher les autres élèves. Tous se serrèrent dans les bras les uns des autres.
Les enfants, contents d’être débarrassés du problème, sont retournés à pied au centre équestre pour expliquer ce qui s’était passé. Sur le chemin, Juliette remarqua quelque chose qui était dans un buisson. Elle s’en approcha pour fouiller l’endroit. Fausse alerte : ce n’était qu’un costume de korrigan… Elle comprit que quelqu’un, sans doute le directeur, avait du mettre ce costume pour faire peur aux enfants.

Elle en parla à Julien qui, soudain, venait de se rappeler la fin de sa charade : mon premier est la première syllabe du mot Cormoran, mon deuxième est la neuvième lettre de l’alphabet, mon troisième est un accessoire utilisé pour se protéger les mains ; et mon tout est petit.
- Vas-y, essaie de deviner, dit Julien.
- Euh…Kor…Korri…ha, j’ai trouvé, le mot est Korrigan ! dit-elle.

Tout en marchant, Julien parla encore du livre des remèdes, de transformation d’un homme en korrigan, de plante, etc, etc.
Arrivés au camp, ils se préparèrent un bon dîner et dormirent très bien. Quant au directeur, il avait disparu…

FIN

CLASSE 6è CORAIL

UN CAUCHEMAR AU DORTOIR

Chapitre un
Mystère et boule de meurtre

Ce matin-là, il manquait quelqu’un au dortoir. On disait que c’était Caroline-la-peste. « Faut la retrouver, faut la retrouver ! » dit Mamadou, au petit déjeuner. Mais Rose, l’amie de Mamadou, n’était pas d’accord. Elle se remémorait tous les malheurs que lui avait causé « la peste » : renverser son plateau à la cantine, dérégler son réveil, raser ses sourcils et ses cheveux pendant la nuit…

Mais en fait ce n’était pas Caroline qui manquait, c’était Laure. La fenêtre de sa chambre était ouverte, la vitre était brisée, son lit était mal rangé, le sol était humide. Au petit déjeuner, donc, les jeunes gens n’avaient guère d’appétit car ils avaient toujours l’annonce de la disparition de Laure qui résonnait en boucle dans leur tête.

Rose demanda à Mamadou s’il n’avait pas remarqué quelque chose de bizarre, cette nuit.
Il répondit que non. Lui avait fait cette nuit-là un cauchemar. Il était chez lui, il allait prendre le courrier, il y avait une lettre adressée à sa mère. On lui réclamait 5000 euros de loyer, d’ici une semaine. Mamadou se dit qu’il allait réclamer de l’argent à son père, qui était riche, mais ce n’était pas assez et il trouvait une arme pour aller braquer une banque. C’est alors qu’il se réveilla.

Rose, qui faisait aussi des cauchemars, parfois, lui en raconta un. Une fois, elle rêva qu’elle sortait des toilettes et quelqu’un se mit à la poursuivre. Elle réussit à prévenir des adultes, des animateurs, la police. On retrouva plus tard du sang sur le sol des toilettes, des traces de pas ; et puis, dehors était garé un camion qui semblait n’appartenir à personne. Mystère, mystère.

Rose ajouta qu’elle avait trouvé dans la chambre de Laure, un collier qui représentait la lettre Y entourée de petits points. Un prof portait, hier, un même collier... Elle avait également trouvé le portable de Laure ; elle avait appelé, discrètement. Sur le répondeur, on entendait un rire méchant et grave.

ILLUSTRATION N°1
Les deux personnages

Après le petit déjeuner, tous les élèves cherchèrent dans les moindres recoins du bâtiment pour retrouver Laure. Leur prof fit l’appel une dizaine de fois, toujours pas de Laure.

En revenant dans leurs chambres, ils s’aperçurent cette fois que tout ou presque avait disparu, leurs vêtements, leurs livres, les doudous et les tétines des petits, les bouteilles. Ne restait dans le dortoir qu’un gros livre poussiéreux et pourtant si neuf d’apparence, dont toutes les pages étaient… blanches. Or Mamadou avait déjà ouvert ce livre, quelques heures plus tôt, et il se rappelait bien que ces pages étaient bondées d’informations sur les dortoirs, la colo, l’immeuble.
Mystère, toujours.

Alors Mamadou et Rose décidèrent de mener l’enquête. Mamadou était grand, il portait une salopette en jean craqué, on le disait têtu, généreux. Rose était rousse, le visage couvert de taches de rousseur ; elle portait une robe à fleurs, des ballerines blanches, un serre-tête rouge.
Ils croisèrent leur professeur de français, M. Gaspard, dans une salle, qui était en train d’écrire au tableau. Ce professeur était grand, maigre, il ne souriait jamais. Gaucher, il écrivait en italique et oubliait souvent son passé simple. Il adorait les films d’horreur. Lui n’avait pas remarqué la disparition de Laure.

Le mystère n’était pas fini. On racontait qu’un cheval avait disparu, à l’écurie. Les adolescents posèrent la question à un surveillant qui répétait : « Je ne veux plus entendre parler de cette histoire, je ne veux plus entendre parler de cette histoire. »

Mamadou et Rose se rendirent alors, sans bruit, à l’écurie, pour découvrir que le box de Miranda, en effet, était vide.

Chapitre deux
Opération recherche

Miranda ? mais c’était le cheval préféré de Laure.
- C’est vrai, dit Rose, que Laure se tenait tout le temps près de Miranda, qui était vraiment une très belle jument, et même un cheval rare, hors du commun.

En vérité, Rose savait que Laure voulait s’enfuir de l’école. Avec Mamadou, elle se rendit chez le directeur, pour lui demander s’il y avait des caméras de surveillance à l’écurie. Il n’était pas là, ils virent sa secrétaire, une personne très anxieuse.
- Je suis navrée, répondit celle-ci, mais les caméras sont tombées en panne cette nuit.
Ils trouvèrent que cette secrétaire était louche mais il leur fallait d’autres preuves.

A propos de Miranda, Rose et Mamadou se demandaient s’il s’agissait d’un kidnapping, d’une disparition d’un vol, d’un crime. Ils éliminèrent assez vite la solution du crime car ils ne voyaient pas l’intérêt de tuer un cheval, sauf si on était purement « chelou ».

ILLUSTRATION N°2
La fenêtre

Autour d’eux, il existait plusieurs explications à la double disparition de Laure et Miranda.
On disait que Miranda était destinée à l’abattoir, appelé la Chevaline. Le sous-chef de l’abattoir, un certain Yall, qui avait l’habitude de dire « L’affaire est dans le steak », avait appris que Miranda était un pur-sang qui valait très cher ; il voulait voler l’animal, de nuit, mais Laure l’aurait appris avant.

Autre version : Rose et Mamadou avaient découvert que M.Gaspard, le prof de français, était en fait le père de Laure, et qu’il maltraitait sa fille ; on avait même des photos des blessures infligées. Il voulait aussi, ce Gaspard, tuer Miranda, car la jument devenait, disait-il, de plus en plus faible.

Ou alors on racontait qu’un certain « Corbeau » (entre parenthèses, c’était le surnom qu’on donnait parfois au directeur), aurait enlevé l’animal, pour l’échanger contre le plan de l’internat et contre le Livre.

Le Livre, justement, le fameux livre. S’il était magique, alors, il y avait peut-être à l’intérieur des informations sur les chevaux ? Mamadou se rappelait de pages écrites en italique, où les « L » faisaient de grandes boucles, tandis que les « P » descendaient très bas. Des pages qui l’émerveillaient, remplies de photos, de signes étranges, de dessins. Des pages avec toutes sortes de malédictions aussi. Ainsi la page la plus ancienne disait ceci : « Année 1002, le 6 avril. J’écris, moi, Ziefman/Frascol, la première malédiction de ce grimoire. Je dis qu’une guerre se déclenchera en 1914 et durera quatre ans… »

Le soir venu, Mamadou seul alla voir le Livre, à la même heure que la veille, pour savoir s’il avait rêvé ou si c’était la réalité. Mais lorsqu’il ouvrit le fameux ouvrage, il vit que c’était la réalité. Enfin, pas tout à fait car il n’y avait pas d’information sur tout mais on y parlait des chevaux. Sur les pages les plus récentes, il était même question de Miranda.

Mamadou prit ces pages en photo avec son portable en guise de preuve. Mais le lendemain, lorsqu’il alla voir Rose pour lui montrer ces clichés, tout avait disparu, effacé. Sur le coup, Rose n’avait pas compris pourquoi il avait voulu lui montrer ça, alors Mamadou lui raconta l’histoire de ce Livre étrange.

ILLUSTRATION N°3
Le Livre

Que faire ? prévenir la police ? Mais Mamadou et Rose voulaient mener l’enquête. Ils retournèrent au box de Miranda, à l’endroit où la clôture était cassée. Il y avait là un mot disant « Suivez les traces du cheval », et c’est ce que firent les deux jeunes gens.

Chapitre trois
La clé du mystère

Et voici où les menèrent ces traces. Elles les conduisirent d’abord sur un chantier abandonné ; là se trouvait une cabane où vivaient autrefois, sûrement, des ouvriers. Ils regardèrent, entrèrent, cherchèrent, trouvèrent, par hasard, un bijou que Laure adore. Un bijou qu’elle ne quittait jamais car c’était un cadeau de sa mère avant qu’elle ne parte pour toujours.

Les traces du cheval continuaient après la cabane. Encore une heure de marche et ils arrivèrent sur la plage des Korrigans. Mais là, à cause de la marée haute, ces traces s’effaçaient.

Peut-être la solution était-elle dans le livre magique ? Revenus au dortoir, ils fouillèrent partout, dans tous les tiroirs, sous les matelas. Le Livre avait disparu. Quelle panique, quel énervement !

Cette nuit-là, Mamadou se retrouva dans un château hanté, en pleine forêt. Des vitres brisées partout, des chauve-souris au plafond, des cris, des traces de sang, des toiles d’araignées… Sur un mur, un écran. Sur l’écran, une énigme : « A minuit je suis écrit, ensuite je disparais ; qui suis-je ? » Facile, se dit-il, c’est le Livre, toujours le Livre. Mais Mamadou dormait, ce n’était qu’un rêve.

Rose, elle, traversait plein d’aventures. Le pied coincé dans un filet, elle se retrouvait suspendu dans les airs. Au sol, elle voyait tout le monde, le directeur, sa secrétaire, Laure et Miranda, Mamadou aussi qui criait des formules magiques ; puis le directeur tirait la queue du cheval qui poussait un hennissement ; la secrétaire, morte de peur, s’évanouissait presque puis prenait un pistolet qu’elle pointait sur Miranda ; le directeur affirmait que Miranda valait très cher et il allait vendre sa peau ; mais Mamadou assommait le directeur et Rose étranglait la secrétaire. Elle se réveilla en sueur ; quel cauchemar !

ILLUSTRATION N°4
CHEVAL

Le lendemain, les deux jeunes gens se rendirent à l’abattoir La Chevaline. C’était leur seule piste. Rose était apeurée à l’idée de s’aventurer dans ce lieu et Mamadou tétanisé par ce qu’il voyait. Il y avait là des chevaux dans des états pitoyables. On entendait leurs cris. Partout des hommes et des femmes habillés en blanc. Rose poussa un soupir de désespoir. Elle tremblait. Mamadou lui dit : « T’as la maladie de Parkinson ou quoi ? »
Ils virent le directeur adjoint, un certain Yall qui ne décrochait pas un sourire. On disait que son abattoir n’était pas légal, Yall avait peur qu’on ferme son établissement.
Mais nulle part, ils ne virent Laure ni Miranda.

Surprise sur le chemin du retour : derrière un grillage rouillé, il y avait un cheval couché et une enfant à ses côtés. C’était Miranda et Laure !
- Il a besoin d’un vétérinaire, leur dit la fille, il souffre du tétanos à cause d’une blessure.
Et elle ajouta :
- Vite, il faut s’en aller, il va bientôt revenir.
Ils répondirent en chœur :
- Qui, « il » ?
- Ah oui, c’est vrai, j’avais oublié, répondit-elle. C’est mon père, le professeur Gaspard.

Puis elle raconta son histoire. Elle fuyait son père qui la maltraitait, le fameux M. Gaspard, prof de français qui oubliait tout le temps son passé simple.
Les enfants, choqués, retrouvèrent Gaspard et lui posèrent des questions ; il avait beau dire le contraire, Laure témoignait des coups donnés par son père. Finalement, il avoua.

Miranda s’en sortit, l’animal retrouva son écurie et son foin. Il paraît que l’abattoir allait fermer. Les enfants retournèrent à la colo et organisèrent une fête pour ces retrouvailles. Laure retrouva le Livre et les pouvoirs magiques qui allaient avec. Quant au fameux Gaspard, il fut condamné pour maltraitance sur mineure.

FIN



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