Elbeuf

ATELIER ECRITURE ELBEUF

L’affaire Salomon Levy

Sur son lit de mort, Alain Lévy dit à sa fille :
-  Maximilienne, peux-tu m’accorder une dernière volonté ?
-  Tout ce que tu voudras, père.
-  Dis à ta fille et à ton fils de venir.
-  Tout de suite.

Les enfants étaient sortis en scooter. Ils se trouvaient avec une bande d’amis devant la pizzeria Luigi. Maximilienne leur téléphona :
-  Venez tout de suite, votre grand père vit ses dernières heures. Il veut absolument vous dire quelque chose avant de...
Elle raccrocha en pleurant.

Lorie et Mathieu venaient d’avoir 14 ans. Ils étaient faux jumeaux mais se ressemblaient par la couleur des cheveux, ils étaient tous deux roux. Ils se précipitèrent chez leur grand père. Ils savaient qu’Alain Levy souffrait d’une maladie du coeur. Tout effort lui était interdit depuis longtemps.

Au rez de chaussée, il n’y avait personne. Ils montèrent à l’étage. La porte de la chambre de l’aïeul était entre-ouverte. La pièce était sombre. Il y avait là une très vieille armoire, d’autres meubles aussi mais c’était surtout le lit qui attirait l’attention.

Le grand-père était seul, il toussait. Il était allongé sur le lit, les cheveux gris, ou plutôt poivre et sel en bataille. Une fois les enfants assis, il se mit à parler :
-  Lorie, Mathieu, je voudrais vous raconter une histoire...
-  Ce n’est plus de note âge, dit Mathieu.
-  Oui mais cette histoire va vous plaire.
-  Allez, pépé, dit Lorie, moi je veux bien l’entendre ton histoire.
-  ça fait longtemps que je voulais vous en parler. Vous voyez cette écharpe ?

Il y avait sur l’armoire rustique une sublime écharpe en laine aux couleurs d’automne. Lorie s’en approcha, la saisit, l’essaya ; un étrange sentiment l’envahit, inexplicable.

Alain Levy raconta alors une très vieille histoire. Cela remontait à 1916. Cela se passait à Elbeuf, grande ville industrielle à l’époque. (décrire ?) Un jour, une dame est venue à l’orphelinat, rue Lafayette, déposer un bébé dans une écharpe de laine. « Ce bébé, c’était moi » dit pépé. Les enfants se regardèrent, étonnés.
Et l’écharpe en question, c’était celle que tenait Lorie en ce moment.

« C’est du moins ce qu’on m’a raconté » assura le vieil homme qui avait passé sa vie à enquêter pour tenter de retrouver sa mère, de comprendre ses origines. En fait il avait appris qu’elle était morte, la même année, en 1914 donc, juste en face d’ici. Pourquoi ? Maladie ? Accident ? Ou pire ? Il avait appris aussi qu’elle s’appelait Salomon Levy. Son age ? elle avait entre 30 et 35 ans, on n’avait pas pu lui dire exactement. Elle était originaire de Sélestat, ville d’Alsace alors occupée depuis 1870 par les Allemands. Elle avait donc fui l’Allemagne pour venir à Elbeuf. Les uns racontaient qu’elle était pauvre, d’autres assuraient qu’elle « avait du bien ». Certains ici la traitaient d’ « Allemande » mais on raconte aussi qu’elle était très remontée contre les « Prussiens »...
J’ai aussi trouvé des choses sur son compagnon, mon père donc. Mais le temps m’a manqué pour comprendre toute cette histoire.

« S’il vous plaît, comme je n’ai pas pu terminer mon enquête, ce que je veux vous demander, c’est de la finir, pour moi ; dites moi oui et je pourrai partir le coeur tranquille » assura le vieil homme de plus en plus fatigué.
-  Grand père, on fera ce que tu voudras.
-  Alors, prenez le sac qui est sous le lit. Il y a là toutes les informations que j’ai pu récolter pendant mon existence... »

Puis le grand-père, rassuré mais totalement épuisé, rendit son dernier souffle. Une partie de la vie des enfants s’effaça tout d’un coup.
Un peu plus tard, pleins de tristesse, ils ouvrirent le sac ; ils y découvrirent des lettres, des documents anciens dont un cahier qui semblait être un journal intime, des photos jaunies.
Une des lettres était signée Salomon Levy, elle disait :
« Mon enfant chéri, je suis obligée de te laisser devant cet orphelinat. Je suis sûr qu’un jour, quand tu liras cette lettre, tu comprendras et que tu me pardonneras. La guerre est une tragédie. »
Les photos étaient réunies par une ficelle ; l’une d’elles représentait une femme qui avait un chignon et portait une longue robe à carreaux de couleur sombre, très serrée à la taille.
-  Tu crois que c’est Salomon ?
-  Sans doute.
Une seconde photo montrait un homme élégant portant lui un noeud papillon noir, une longue jaquette marron qui lui descendait jusqu’aux genoux, un pantalon à larges rayures, des bottillons noires aussi bien cirés ; au dos était écrit : Wolgang Hoffmann, nationalité allemande....
Le visage de cet homme, pourtant vieux d’un siècle ou presque et totalement inconnu des jumeaux, leur sembla très familier, inexplicablement familier.
Il y avait aussi des lettres d’amour de Wolgang, justement, à Salomon. Est-ce que cela voulait dire qu’il s’agissait du père d’Alain Levy, donc de l’arrière grand père des enfants ? Et pourquoi Salomon parlait-elle de la guerre ?
On voyait encore, sur une autre photo, plus récente celle-là, en couleurs, leur grand père qui prenait la pose devant une grande maison sombre, à demi en ruines. Cette photo n’avait pas plus de deux ou trois ans.
La maison que semblait désigner le grand père intrigua les enfants, ils ne le reconnaissaient pas ; ils demandèrent à leur mère si elle connaissait le lieu mais celle-ci sembla gênée.
« Je ne peux rien vous dire ; c’est à vous que votre grand père a confié l’enquête, c’est à vous à trouver !

Ils décidèrent alors d’aller au service des archives de la mairie d’Elbeuf (décrire ?) pour se renseigner. Là, une responsable les reçut, examina le cliché et leur demanda de repasser le lendemain. Ce qu’ils firent. Lors de leur nouvelle visite, on leur apprit que la photo représentait une maison abandonnée, située 13 rue du bois, à la sortie de la ville d’Elbeuf.
Les enfants réalisèrent de quel bâtiment il s’agissait. Ils l’avaient déjà vu, souvent, en passant en ville mais sans vraiment y prêter attention.
Les enfants se rendirent vite compte que cette maison avait une mauvaise réputation. Ce que disait un peu tout le monde mais sans savoir vraiment pourquoi.
- Oui une mauvaise réputation !
-  Et pourquoi ?
-  Un bruit qui court...
-  Mais encore..
-  Il s’y serait passé, dit-on, un crime. En 1916.
Cette histoire de crime était une rumeur, simplement une rumeur, qui courait, personne ne pouvait dire au juste de quoi il retournait. Sidérés, Lorie et Mathieu voulurent en savoir plus.

Les jumeaux hésitèrent. Et si la maison était hantée ?
-  ça n’existe pas, les fantômes ! dit Lorie.
-  J’ai pas la pétoche mais on sait jamais, répondit le frère.
-  On y va, oui ou non ?
-  On y va et on verra bien qui a la pétoche de nous deux !

Ils sautèrent sur le scooter et filèrent rue du bois. C’était une rue sur la falaise surplombant la ville. Au numéro 13, la maison, isolée, était bien là, en piteux état, un peu cassée, à l’abandon mais toujours là. Il y avait tout autour une palissade en bois, pourrie, difficile à enjamber. Les enfants firent le tour de la maison, pas d’entrée possible. Mathieu eut une idée :
-  Lorie, t’as tes baskets, moi aussi, escaladons ce poteau électrique ; on pourrait ensuite sauter dans le jardin ?
-  T’es fou, non ?
-  T’as peur ? trouillarde !
-  J’ai pas la trouille, je suis prudente, c’est tout ; mais bon, s’il n’y a pas d’autre solution, c’est parti !
Ils arrivèrent ainsi dans le jardin, qui était sinistre avec des arbres étranges en forme de mains décharnées sortant du sol. Ils coururent jusqu’à la porte d’entrée qui grinça en s’ouvrant.
C’était une maison du début du 19è siècle. L’endroit leur apparut vide, lugubre. L’atmosphère y semblait macabre. Dans l’entrée, une statue en pierre représentait un lion.
-  Brrr, il fait froid ! dit Lorie.
-  Poule mouillée, cot, cot, cot...
-  Ok, ça va, on se calme.

Dans la pièce principale, on remarquait tout de suite une cheminée, au dessus de laquelle se trouvait une inscription inachevée : « Adieu, mon... ».
L’escalier vers les étages était en mauvais état, il manquait des marches, la rampe s’était effondrée. Les volets étaient fermés, les vitres cassées. Le lierre avait fait son chemin entre les pierres des murs. Des moisissures apparaissaient un peu partout. Le papier peint se décollait, le parquet s’abîmait. ça sentait le renfermé. Dans les pièces dévastées, les meubles, table, chaises, canapé, étaient renversés.

Plein de poussières et de toiles d’araignées, le décor semblait figé depuis des années et des années.
Sur un fauteuil en cuir, on distinguait un petit trou sombre sur le dossier.
-  Regarde, une trace de balle, non ?
-  Tu crois ?

A ce moment là, un cri les surprit, une plainte terrible. « Ouhouhouhou... ! » suivie de bruits de pas.
Terrorisés, Lorie et Mathieu sortirent à toute allure de la maison. Le garçon semblait furieux :
« Je t’avais dit que c’était hanté !
Ils virent alors un hibou qui lentement s’envolait du grenier.
-  C’était juste un hibou, sourit Lorie.
-  Je...je le savais, je disais ça pour rire !
-  Mon oeil, oui ! Cot cot cot...
-  Bon, allez, on y retourne !
-  OK !

Ils repartirent dans la maison. A qui appartenait-elle, au fait ? Pas de nom dans l’entrée ni sur la porte. La maison du crime...
A l’étage, seul meuble à tenir encore debout, une petite armoire était fermée à clé ; c’était un meuble d’archivage. Ils réussirent à faire sauter la serrure. Il y avait là une blouse d’infirmière marquée « Salomon Levy », un bonnet, des gants.
-  Elle était infirmière ?
-  Qui ?
-  Bin, notre arrière grande mère ?
-  Peut être mais ça nous apprend quoi au juste ?

Ils allaient quitter cette inquiétante demeure quand la jeune fille trébucha sur le tapis plein de poussières du salon ; en fait il y avait un objet qui faisait une bosse ; ils soulevèrent le tapis. Surprise ! il y avait une trappe avec un anneau de fer. Intrigués, ils tirèrent de toute leur force sur cette ouverture.
« Ca donne sur les égouts, tu crois ?
-  Ou sur la cave ?
-  Pourquoi personne l’a jamais vu ?
-  Qu’est-ce que t’en sais ?
-  On y va ? »
Le lieu était dans la pénombre mais la lumière venue de l’ouverture montrait ou laissait deviner une grande salle carrelée de blanc et froide.
-  On ira une autre fois, non ?
-  Bon, d’accord.

Ils quittèrent la maison en réussissant cette fois à ouvrir de l’intérieur le portail, quand ils entendirent une voix terrifiante qui les interpellait :
« Qu’est-ce que vous faites là , les enfants ?
Ils se retournèrent, apeurés, et virent un vieil homme, une sorte d’ermite, barbu, drôlement habillé .
-  Je répète, les gamins : qu’est-ce que vous faites là ?
-  On se promène...
-  Et qui êtes vous ?
-  Nous... nous sommes les petits enfants d’Alain Levy !
-  Alain Levy ?!
Le vieil homme retrouva le sourire.
- Alain ? Ha, mais je le connais bien, c’est un vieil ami à moi.
-  C’est notre grand père ; il est mort !
-  Quel malheur ! J’étais pas au courant.
-  Il nous a confié son enquête ! Il n’a pas pu la finir !
-  Son enquête sur sa mère ?! Oui, oui, il m’en a beaucoup parlé ; venez un peu ici, je crois que j’ai des choses à vous dire.

Le barbu les invita dans un petit bistrot tout proche d’où on pouvait voir la fameuse maison. Ils prirent ensemble un bon chocolat chaud.
« Alors, les mômes, j’espère que je ne vous ai pas fait trop peur.
-  Un tout petit peu, quant même, monsieur.
-  Je vous prie de m’excuser mais je ne me suis même pas présenté. Voilà : je suis Monsieur Roger, j’habite rue Aristide.
Les enfants se présentèrent à leur tour.
-  Mais, redites moi déjà, pourquoi faites vous cette enquête au juste ?
-  C’est une promesse qu’on a faite au grand père sur son lit de mort.
-  Une promesse, oui je comprends. Mais faut être équipé, vous savez, pour mener une enquête !
-  Oh, on a du matériel ! Regardez : un couteau suisse...
-  Oui.
-  Une lampe torche !
-  En effet.
-  Une corde !
-  Absolument.
-  Un colt python 357 magnum !
-  Sans blague ?! s’étonne le vieux.
-  Non, on rigole...

Le barbu sourit et leur montra la « maison du crime ».
« Pendant la guerre...
-  La guerre ?
-  Oui, la première guerre, enfin celle qu’on appelle la première guerre, celle de 1914/1918, cette villa que vous voyez là, presque en ruines, cette villa donc avait servi d’hôpital
-  Un hôpital, çà ?.
-  Oui, il y avait une salle d’opération au sous sol. »
Les enfants se regardèrent. Ils pensèrent à la pièce carrelée découverte un peu par hasard.
-  Une femme y travaillait comme infirmière. Salomon Levy. Elle était née en 1880, de parents alsaciens. Vous savez, l’Alsace, à l’époque était une région occupée par les Allemands. Depuis 1870 en fait. Beaucoup d’Alsaciens ont fui devant l’occupant et sont venus vivre ici. C’étaient souvent des gens qui travaillaient dans le textile. Ils étaient ouvriers ou patrons du textile en Alsace, ils allaient reprendre la même activité à Elbeuf. Vous me suivez ?
-  Ok, OK...
-  Donc les parents de Salomon, donc vos arrière arrière grands parents...
-  Arrière arrière grands parents, répéta Lorie, rêveuse...
-  Oui vos arrière arrière grands parents travaillèrent ici dans le textile ; c’est aussi un peu ce que fit Salomon dès son jeune âge mais quand vint la guerre, elle se proposa comme infirmière et travailla donc ici.
-  Oui, on a trouvé une armoire aves sa tenue de l’époque !
-  C’est toujours là ? Incroyable. Et c’est ici qu’un jour, au début de 1916, elle a rencontré Wolgang Hoffman...
-  Qui c’était ?
-  Un blessé, qui avait perdu la parole. C’est votre arrière grand mère qui s’occupa de lui ; elle le soigna, lui apprit le langage des signes : il état devenu muet suite à un traumatisme crânien. Votre arrière grand mère le trouvait charmant. En clair elle était amoureuse. Petit à petit, elle réalisa, en le voyant réagir à certains signes, qu’il était ... allemand ! Comment était-il arrivé là ? Mystère. On avait dû confondre les blessés sur un champ de bataille ! Elle décida de ne rien dire aux autres ; un jour qu’ils étaient seuls, elle lui lâcha comme une bombe :
-  « Je sais que vous êtes Allemand ! »
-  Vu le regard du jeune homme, elle sut qu’elle avait vu juste. Comme par miracle, il parla ; il ne dit pas grand chose.
-  « Désolé » fut le seul mot qu’il dit puis il baissa les yeux. Lui aussi était amoureux mais ne voulait pas se l’avouer. Imaginez ? Un Allemand et une Française amoureux, en 1916, en pleine guerre ?! Et pourtant, ils s’aimèrent. Et peu après, on devait être en novembre ou décembre 1916, elle eut un enfant.
-  Alain ?
-  Alain, c’est ça ?
-  C’est une belle histoire, non ? demanda Lorie.
-  Une histoire tragique, vous voulez dire !
-  Pourquoi ? pourquoi elle devrait finir mal ? Pourquoi Salomon abandonna-t-elle cet enfant ?
-  Mais à cause de la guerre, justement. Quelqu’un d’autre que Salomon finira par découvrir l’origine allemande de Wolgang.
-  Et ?
-  Et ce sera le drame, bagarre, coup de feu, prison pour lui.
-  Et pour elle ?
-  Pour elle, une sale rumeur, apparue à l’hôpital, qui finira par provoquer un drame.
-  C’est à dire ?
-  A l’époque, pendant la guerre, on voyait des espions partout ; il suffisait de pas grand chose pour qu’on vous accuse d’espionner pour les allemands !
-  Et alors ?
-  Et alors Salomon fut accusée d’être une espionne. Allemande.
-  Pourquoi ?
-  Parce qu’elle aimait un Allemand. Parce qu’elle était Alsacienne. Faire la différence entre un (ou une) alsacien et un (ou une) Allemand, à l’époque..., c’était parfois difficile.
-  Donc qu’est ce qui s’est passé au juste ?
-  Hé bien, Wolgang fut arrêté ; Salomon, quand elle eut l’enfant, prit peur de le voir montré du doigt comme « le fils de l’Allemand » alors elle préféra l’abandonner dans l’orphelinat d’Elbeuf. Tout ça, votre grand père l’avait compris dans son enquête. Mais ce qu’il ne savait pas, c’est comment avait fini sa propre mère, Salomon.
-  C’est pour ça qu’il nous a demandé de continuer ?
-  Exact.
-  Merci de vos renseignements, Monsieur Roger . Au revoir.
Et ils montèrent sur leur scooter.
« Viens, on va manger une pizza chez Luigi. »

Lorie venait de terminer sa pizza quand elle dit :
« Je sais, retournons aux archives pour voir ce qu’ils savent de cette affaire. Voir la presse de l’époque, si elle dit quelque chose.
-  OK, allons y mais avant, je finis ma pizza.
-  Non, maintenant !
-  D’abord...
-  Parle pas la bouche pleine...

Les bureaux étaient ouverts, l’archiviste les reçut en leur disant :
-  Alors, les enfants, votre enquête a avancé ?
-  Bin, peut-être que nous allons en savoir plus aujourd’hui ; pouvez vous nous donner les journaux de novembre ou décembre 1916 ?
-  On peut pas consulter directement « L’Industriel Elbeuvien » mais on peut le regarder sur microfilm. C’est au fond à gauche.
Ce qu’ils firent. Ils partirent en courant.
-  On ne court pas dans les couloirs ! dit l’archiviste.
-  D’accord ! cria Lorie.
-  On ne crie pas dans les couloirs !
-  Pardon !
-  Elle peut pas nous laisser tranquille, celle-là ! dit Mathieu.
-  Arrête ! tu vas nous faire remarquer !
-  J’ai entendu ! Dis, tu sais quoi ?
-  Non !
-  J’ai faim !
-  Encore ? mais on vient de manger !
-  N’empêche, j’ai faim.

Ils mirent en route le lecteur de microfilm, regardèrent les archives défiler et finirent par repérer trois articles différents. Dans le premier, un court papier à la rubrique des faits divers était intitulé « Meurtre à la maison de la rue du bois ».
-  Regarde, Lorie, c’est peut-être notre affaire !
On y annonçait en effet la mort de l’infirmière Salomon Levy mais sans plus de détail.
Dans l’autre article, une semaine plus tard, on parlait d’un homme qui se disait patriote et qui était entré dans la maison hôpital, armé d’un pistolet Luger, bien décidé à « tuer l’espionne » disait-il ; il avait de fait tiré sur Salomon Levy. Une seule balle, fatale.
Dans le dernier, encore une semaine plus tard, les gendarmes chargés de l’enquête disaient que l’assassin était en fait un ancien amant de Salomon ; il avait tué non par patriotisme mais par jalousie. Une histoire d’amour, en somme. Les enfants sentaient que leur enquête était terminée.

Ils ne tenaient pas à arriver en retard au cimetière ; c’était cette après midi en effet qu’était enterré leur grand père. Ils arrivèrent au cimetière vers trois heures moins le quart ; l’enterrement avait lieu à trois heures. A côté du trou il y avait déjà la plaque en marbre avec le nom et les dates de naissance et de mort de l’aieul. Les enfants en avaient les larmes aux yeux. Puis le cimetière a commencé à se remplir, tous ces gens habillés de noir impressionnaient Lorie et Mathieu. Quand il virent arriver le cercueil, les enfants se regardèrent, émus, et dirent : Mission accomplie, pépé, on a mené au bout ton enquête !



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