Une ville sous la ville. St Pierre les Elbeuf, février 2011

Classe de CM2 de Corinne Millet
Ecole Jules Verne de St Pierre Les Elbeuf

Chapitre 1
Un drôle de pari

Sur le chemin de l’école Jules Verne, Enguerrand et Charly discutent ; alors qu’ils passent devant un puits, Charly dit à son ami :
-  si t’es cap de descendre, je te donne 10 euros de bonbons !
-  dans le puits ?
-  bin oui dans le puits !
-  ok, j’y vais.

C’est un très beau puits, avec une margelle large, un trou très impressionnant, des parois en pierre, une corde enroulée autour d’une poulie et portant un seau.
Sans hésiter Enguerrand enjambe la margelle et descend. On l’entend soudain crier :
-  Aaaaah !
-  Enguerrand ? s’inquiète Charly.
Silence.
-  Arrête tes blagues, je sais que t’es là. Enguerrand, répond moi ! Tu m’écoutes ?
Silence.
-  Bon bin je m’en vais.

Et Charly repart, les mains dans les poches, vers l’école. Il arrive juste au moment où la sonnerie retentit « Driiiing ! » En classe, la maîtresse remarque aussitôt l’absence d’Enguerrand :
-  Quelqu’un l’aurait vu ?
-  Bin oui, on était ensemble tout à l’heure… dit Charly, penaud.
-  Et alors ?
-  Et on est passé devant un puits.
-  Et alors ?
-  Il est descendu à l’intérieur !
-  Et alors ?
-  Et puis plus rien.
-  Mais tu es fou de l’avoir laissé descendre.
-  Je savais pas moi, j’aurais fait pareil si on m’avait proposé dix euros de bonbons !
-  De quoi ? tu lui as proposé dix euros de bonbons pour descendre dans le puis ?
-  Bin oui.
-  Charly, tu prends une punition.

Medhi dit alors :
-  Maîtresse, et si on allait à la recherche d’Enguerrand ?
-  Bonne idée, Medhi. Les enfants, on va chercher notre disparu !
Ils répondent tous en choeur : « Ouais ! »
-  Bon, dit la maîtresse une fois dans la rue en s’adressant à Charly, c’était quel puits ?
-  Bin je m’en rappelle plus !
-  De quoi ?
-  Non, ils se ressemblent tous.

Le groupe se dit qu’il va falloir inspecter tous les puits mais on raconte qu’il y a cent puits à Saint-Pierre-les-Elbeuf !
Katarina et Gwenaëlle, les deux commères de la classe, insistent auprès de Charly :
-  Mais tu ne te souviens vraiment plus près de quel puits vous étiez ?
-  Non, vraiment.

Le groupe va d’un puits à un autre et durant cette recherche, tout le monde raconte des histoires de puits ; on raconte qu’une Mme Millet y serait tombée un jour ; on parle de Constance Patrenot et de Leïla Benlahouel y auraient été kidnappées et retenues contre rançon. Chloé, elle, raconte qu’elle a déjà étudié ce genre de puits, avec Flavie, Loona et Pauline et qu’elles ont découvert l’existence d’un passage secret dans un de ces puits.
-  Un passage secret ? demande la maîtresse.
-  Oui, dit Chloé, j’ai même vu un rat !
-  Et puis une souris qui a mangé le lacet de ma chaussure, ajoute Flavie.
-  Vous êtes sûres ? questionne la maîtresse.
-  Sûre de sûre, on a même pris le passage et on a vu au loin un rocher, une carte, une petite île avec des bijoux…
Mais manifestement personne ne les prend au sérieux, personne ne les croit.

C’était la première fois que les filles racontaient cette histoire.
-  Et c’était quel puits ? demande la maîtresse.
-   ?!
Une fois encore, les enfants ont oublié.

Katarina, Gwenaelle et Jason ont eux aussi entendu parler d’une histoire d’amoureux qui se promenaient dans les bois, qui y ont vu un puits pour la première fois et qui sont tombés dedans également.

Le groupe continue sa recherche du puits dans lequel serait descendu Enguerrand et finalement le trouve ; en effet, près d’un puits (LEQUEL ?) se trouve le cartable du garçon. Il y a même le chien d’Enguerrand qui est là, comme s’il se doutait de quelque chose.

Le groupe se penche vers le trou. « Enguerrand, t’es là ? ».Silence, pas de réponse. C’est alors que quelqu’un, Guillaume ou Lucas ou Paul, observe, un peu plus bas dans la paroi du puits, une cavité. Une petite porte en fait. Le passage secret ?! Le fameux passage dont parlaient Chloé, Flavie, Loona et Pauline. On ne les croyait pas mai elles avaient donc raison.

Le groupe descend avec la corde jusqu’à la hauteur du passage secret et s’engage, en file indienne, dans un couloir très étroit. Romain, Mustapha et Matteo sont en tête ; ils ont une torche et les autres suivent. Ils découvrent des couloirs qui partent à droite et à gauche mais pour l’instant ils vont tout droit…
Romain, Mustapha et Matteo imaginent alors plein d’histoires : et si on tombait sur des adultes avec un poignard ? et si on trouvait de l’or ? et si c’était une mine avec un plan ? et s’il y avait du pétrole ? et si on était tous faits prisonniers, qui irait prévenir les gendarmes ? Les trois garçons avec leurs histoires inquiètent tout le groupe.

Mais on arrive bientôt dans une grande salle, une cave ; on entend des cris venant de l’extérieur, beaucoup de cris. Le groupe se regarde. On monte des escaliers, on arrive dans un gymnase, on est à l’école Jules Verne et c’est l’heure de la récréation !

Tout le monde est rassuré d’être arrivé à l’école mais on est triste aussi de n’avoir pas retrouvé Enguerrand. Florian dit à Jonathan :
« Ça commence à m’énerver !
-  Quoi, tu te dégonfles ? tu veux plus chercher Enguerrand ?
-  Ça va pas la tête ?
-  Il y a plein de maisons en ville, il doit être par là !
-  Mais on s’en fout des maisons, c’est pas là qu’il faut chercher !

Chapitre 2
La version d’Enguerrand

Aiiii ! Ouiiii ! Je me réveille, je reprends mes esprits, je secoue la tête, je ne sais pas où je suis. Qu’est ce que je fais ici ? Où est la sortie ? Et tout à coup, je me souviens : je suis tombé dans un puits !
Je me souviens aussi le pari avec Charly. Je vois tout là-haut un ciel tout rond, je hurle :
- Charly ! Charly ! Aide moi !
Silence, rien, aucune réponse.
-  Au secours ! au secours ! Remontez moi, bande d’idiots !
Toujours pas de réaction. Que faire ? Mince, je suis bloqué dans ce puits, tout seul. Une chance : je ne suis pas blessé. J’essaie d’escalader la paroi mais elle est trop glissante. Je retombe à chaque fois ; mais c’est impossible !
- Au secours ! A l’aide ! Il y a quelqu’un ?
Je suis pris au piège.

Un peu comme un aveugle, je touche les parois du puits ; je trouve quelque chose de dur, de froid ; je tapote c’est une clenche.
-  C’est quoi, ça, ? Car je parle tout seul, ça m’aide pour avoir moins peur. Une poignée ?
J’appuie sur la poignée, une porte s’ouvre, je devine un couloir. Il fait tout noir, on n’y voit rien. Heureusement, j’ai dans ma poche une boîte d’allumettes ; j’en craque une, la lumière se faite mais ça ne dure pas ; l’allumette a brûlé, je dois en craquer une autre.
Wox ! C’est incroyable, tous ces tags ! Aaaah ! Horreur ! Un cadavre, à mes pieds, un squelette. On dirait … Madame Millet ! Non je me trompe, ce n’est qu’un chiffon que j’ai pris pour un corps.
Je frissonne.
Un peu plus loin,je lis sur le mur un pendu. On devine les lettres : M.R.T.O.S.
C’est quoi ça ? Qu’est ce que ça veut dire ? Je cherche, je crois que j’ai trouvé, je crois que ça veut dire : MORTS !
J’ai peur ! Mes parents ? Où sont mes parents ? Et mon chien ? Je veux revoir mon chien. Voilà maintenant un rat qui passe, une araignée ! Quelle horreur ! Je veux sortir d’ici. En plus j’ai faim !
Je ne veux pas pourrir ici, moi !
Mais bon, maintenant que je suis là, j’ai plus qu’à avancer !
Je prends à droite, je prends à gauche, je sens que je vais pas m’en sortir !
Je tombe sur un carrefour de chemins, trois chemins se croisent ici, il y a des traces partout ; quel chemin prendre ? Je me fie à mon instinct et je prends le chemin de droite.
Je comprends vite que ces lieux sont habités. Soudain, au loin, au bout du couloir, je vois une lumière, une ombre.
-  Aaaaah, c’est quoi ça !
-  Ne t’inquiète pas petit, répond une voix. Je ne te veux aucun mal.
-  Mais, mais qui êtes vous ?
-  Joseph. Je m’appelle Joseph Miton ; je suis SDF ; je suis tombé dans un puits, moi aussi ; comme toi, non ?
-  Non, non, je suis pas SDF.
-  Mais t’es tombé dans un puits, non ?
-  Oui, ça c’est vrai.
-  Alors, toi, t’es qui ?
-  Je suis un enfant perdu ; j’ai fait un pari avec un ami, je suis descendu pour 10 euros de bonbons ! Et voilà.
-  Tu t’appelles ?
-  Enguerrand. Dites moi : il y a une sortie ?
-  Tu veux déjà sortir ? attends, je vais te faire visiter !
-  OK.
-  Tu me suis ?
-  Oui, oui.

Je le suis.
-  Bienvenue dans la ville !
-  La ville ? Quelle ville ?
-  Mais la ville souterraine, voyons ! Tu ne savais pas qu’il existait une ville sous la ville ?
J’écoute Joseph avec attention.
-  Une ville sous la ville ? Super, je veux voir ça !
-  Parle pas si fort, on risque de se faire repérer, dit Joseph d’une petite voix.
Juste à ce moment là, un groupe surgit
« Petit chenapan, crie l’un d’eux, viens ici !

Je tente de faire demi-tour mais on me poursuit, on m’attrape.
« Je vais t’apprendre à fouiner dans nos affaires, petit guignol !
Je donne un coup de pied entre les jambes de mon adversaire, je me sauve encore ; à nouveau on me reprend :
« Je l’ai eu, les gars, on va le mettre dans la chambre froide !
-  Non, mettons le plutôt dans le four géant !

Profitant qu’ils discutent entre eux, je leur échappe et peu après, je retrouve Joseph :
-  Viens vite, on va chez moi.
-  Chez toi ? C’est parti !
On arrive chez Joseph ; je m’étonne :
-  Mais c‘est pas une vraie maison que t’as, elle est en carton !
-  Mais je t’avais dit que j’étais SDF !
-  T’es seul ?
-  Non, il y a du monde qui vit ici, plein de monde ; il y a le groupe de malfaiteurs que tu as vus ; à mon avis, ils se livrent à plein de trafics, ils doivent voler des choses là-haut ( du doigt il montre le plafond) et les cache ici ; il y a aussi Micky, Paul et Clément dit l’intello, eux ils sont plutôt gentils ; on raconte encore qu’il y a des tueurs, Benjamin, qui a un tic, et Gatien, qui est très timide ; ils se promènent parfois dans les couloirs avec une liste de noms : Constance, Micky, Clément, Leila, Paul, Mattéo, Charly, Andréa, Clarisse, Jason et quand ils croisent, ils leur disent « Ça va être ton tour ! »
-  Dis donc, ça fait peur ta ville sous la ville !
-  Oh mais il y a d’autres personnes plus calmes ; si tu soulèves cette trappe, il y a un escalier qui descend vers l’atelier d’un écrivain, Gérard S. , celui qui a écrit « La Joconde de Cro-Magnon » ; en ce moment il cherche l’inspiration pour un nouveau livre.
-  Alors, tu connais la sortie ?
-  Bien sûr, il y a même plusieurs sorties dont une qui arrive à l’école Jules Verne.
-  Mais comment tu fais pour reconnaître le chemin ?
-  Par le nom des rues !

Chapitre 3
« Le nom des rues »

Une nuit passe dans la ville souterraine.
« T’as bien dormi ? me demande Joseph, au réveil.
- Non, pas vraiment . En plus j’ai faim. Il y a quoi au petit déjeuner ?
- Des araignées, des limasses, des rats…
- Quelle horreur ! Je veux rentrer chez moi !
- Oh la la, c’était une blague ! C’est bon, pour se réveiller, non ?
- Bof… Allez, sérieux, on mange quoi ?
- Les restes des autres, tous les déchets qu’ils jettent dans les puits. Alors, aujourd’hui c’est petits pois - carottes !
- Au petit déjeuner ? Bon, j’en ai marre de cette vie. J’ai envie de rentrer.
- Mais ça fait qu’une nuit que t’es là… Bon si tu veux rentrer, on va chercher ta rue. Tu veux aller au puits de la rue Gallois, non ? C’est tout près de ton école.
- Exact mais comment tu fais pour trouver.
- Je t’ai dit, il y a le nom des rues ici !
« Le nom des rues ?
-  Oui, des rues, les mêmes qu’en ville !
-  C’est vrai ?
-  Oui, c’est vrai ; chaque passage entre deux puits, dans ce sous-sol, a le même tracé que les rues à la surface ; alors on leur a donné le nom de la rue d’en haut, et il y a des plaques, comme en haut ; regarde, tu as la rue de la Villette, rue Griolet, rue Puits Mérot, rue Marie Samson, etc… C’est pour mieux se repérer ; par exemple ici on est dans la rue Sente Mirey. Tu comprends ?
-  Oui oui, je comprends, je suis pas débile, je dis, soudain tout énervé. Alors, allons rue Gallois, tu veux bien ?
-  C’est parti mon kiki !

Sur le chemin, il nous arrive encore plein d’aventures ; on croise deux personnes louches qui veulent nous faire boire du poison dans une bouteille avec une tête de mort mais on leur échappe ; plus loin des types avec un poignard nous attaquent, là encore, on s’en sort et on réussit même à leur tendre un piège avec des élastiques ; le poignard finit dans la jambe d’un voyou mais j’ai tout de même eu la peur de ma vie ; on se retrouve sous la mare d’Asse, il y a un puits mais deux hommes bourrés en interdisent la sortie ; on va tomber encore sur des trafiquants dont Michel Caisse qui nous traitent de « clodos » et avec qui on sa bat à coups de bouteilles ! ; sur des gens qui s’appellent « les contre malfaiteurs avec un chef de stratégie, un chef de combat, un chef de médecine. Sur le chemin, il y a deux chiens, Foxy et Rouane, qui se mettent à nous suivre.

On passe, un moment, dans un couloir où la plaque indique « Rue de Louviers ».
« Enguerrand, pourquoi tu souris, me demande Joseph.
« C’est la rue où j’habite, je répond. Rien que de voir cette inscription, ça me redonne confiance et espoir de retrouver ma famille et mon chien. »

Joseph profite de cette marche pour me parler de la ville sous la ville ; il y a même, dit-il, un magasin contrôlé par des voleurs qui mettent dans les rayons de la nourriture qu’ils volent « en haut » ! Il y aurait aussi un restaurant 4 étoiles, un Macdo, de l’eau courante, des toilettes

On finit par repérer un puits ; il y a une échelle accrochée à la paroi ; c’est très glissant ; j’essaie de monter, c’est très dur ; j’arrive finalement à une sorte de trappe, je la pousse de toutes mes forces. Rien à faire, c’est un échec. Joseph essaye à son tour, nouvel échec. Je pleure, le SDF me console :
« Tout n’est pas perdu, petit ! Il y a encore 99 puits à St Pierre ! On va tomber forcément sur un puits ouvert ! »
Mais je n’ai pas le moral :
« On a une chance sur un million d’en sortir vivant ! En plus les piles de nos lampes torches ne durent que dix minutes, ce sont des piles non recyclables et assez usées !

Arrivé dans le passage de la rue Gallois, tout est sombre, pas de trou de lumière, rien.
-  Il est où le puits ? je demande.
-  Tu sais quoi ?
-  Non !
-  Une catastrophe : je crois qu’il a été bouché !
-  Bouché ?! Ah, oui.…. je me rappelle maintenant... On en a parlé en classe…
-  De quoi ? de quoi vous avez parlé ?
-  La mairie !
-  Bin quoi la mairie ?
-  La mairie a décidé de boucher tous les puits de la ville !
-  Non ? Tu rigoles ,
-  J’ai vraiment pas envie de rigoler ; c’est vrai !
-  Mais c’est grave ! Si les puits sont bouchés, plus d’air, plus de lumière, plus de sortie, on va mourir ici, tous ! Et ils veulent faire ça quand ?
-  Quoi ?
-  Bin, tout boucher !
-  Ils ont parlé de cette semaine, jeudi et vendredi, je crois !
-  Jeudi et vendredi ? mais jeudi, c’était hier !
-  Et vendredi c’est aujourd’hui, ça aussi j’ai compris !
-  Arrête, c’est pas drôle ; ça veut dire qu’ils finissent de boucher les puits aujourd’hui et si on se dépêche pas…
-  On est condamné à rester pour toujours dans ce sous-sol. Allez faisons vite, essayons le puits de la rue de la Haline.
Mais c’est la même chose, il fait super-noir, le puits a déjà été bouché.
-  Bon, c’est la fin, je dis, désespéré.
-  Pas tout à fait ; tu as des copains qui doivent s’inquiéter là-haut ?
-  Sûrement.
-  Faut les prévenir ?!
-  Les prévenir, les prévenir ? Mais comment faire ?
-  Je sais pas moi non plus, c’est bien le problème.

CHAPITRE 4
On bouche les puits !

Pendant ce temps, Charly arrive à l’école Jules Verne, essoufflé, paniqué et criant :
« Maîtresse, maîtresse, ils sont en train de boucher les puits !
-  Mon Dieu, et Enguerrand qui est toujours là bas, dit Flavie, qu’allons nous faire ?
-  Il faut aller à la mairie, déclare la maîtresse, pour stopper tout ça.

Sur le chemin, les enfants, Jason, Matteo, Romain se demandent ce que devient Enguerrand dans ce puits maudit. Est-il vivant ? Est-il mort ? Gwenaëlle pleure.
« Mais c’est même pas ton copain et en plus tu pouvais pas le supporter ! dit Charly.
« Bouffon, réplique Gwenaëlle.
« ça suffit, dit la maîtresse, on n’est pas là pour se chamailler ! Sinon, une punition chacun !
Nicolas continue à pleurer ; Clément et Micky le console avec des doudous.
« Si ça se trouve, il est mort ! dit Flavie.
« Dis pas de bêtises ! répond Jason.

A la mairie, il y a un plan de la ville où l’on voit l’emplacement des 100 puits. Ils apprennent que la moitié des trous a déjà été comblé, hier ; l’autre moitié devrait l’être aujourd’hui.

« Faut tout arrêter, il y a notre copain en bas !

« Calmez-vous, calmez-vous, parlez pas tous en même temps ! dit Céline, la secrétaire de la mairie.
« Bonjour, pourrions nous voir le maire ? dit la maîtresse.
« De la part de … ?
« Une maîtresse de l’école Jules Verne.
« Désolé, il ne peut pas, il est en réunion. C’est à quel sujet ?
« C’est au sujet des puits, faut pas les reboucher !
« Pourquoi ?
« C’est une longue histoire… qu’elle raconte.
« Vous pouvez toujours voir le chef de chantier !
« D’accord, dit la maîtresse, un peu désespérée.

Elle va voir l’ouvrier qui conduit la pelleteuse :
« Faut tout arrêter !
Il ne répond pas.
Elle répète :
« Il y a un garçon coincé, faut tout arrêter.
Il ne bouge toujours pas.

Arrive le responsable des travaux qui dit que l’homme sur sa machine est sourd, c’est pas la peine de lui parler.
« C’est vous le chef de chantier ? lui demande la maîtresse.
« Oui, pourquoi ?
Paul prend la parole :
« C’est à propos des puits, il ne faut pas les reboucher…
« Dégage, gamin, répond l’homme.
« Maîtresse, dites lui de ne pas me frapper !
« Ne frappez pas mes élèves ! dit celle-ci ;
« Me parlez pas sur ce ton ! réplique l’homme.

Les choses se calment un peu ; la maîtresse explique :
« Il y a un enfant tombé dans un puits. On sait que les puits communiquent entre eux ; tant qu’il en restera un ouvert, l’enfant pourra s’en sortir !
« Ah, faut aller voir le maire pour ça, moi je suis payé pour boucher les puits ! Et le maire m’a pas dit d’arrêter !
« Oh là là, mais on a un élève dans le puits, je vous dis ! Et le maire, il est pas libre ! Il est en réunion !
« Allez voir l’adjoint et maintenant, fichez moi le camp, j’ai du boulot, encore une quinzaine de puis à boucher !

La maîtresse essaie toujours d’appeler le maire, elle lui téléphone plusieurs fois mais c’est chaque fois un échec, elle tombe sur le répondeur.
« Peut-être qu’il est parti en course avec sa femme ? dit Matteo.

Les enfants sont bouleversés ; et épuisés. Ils demandent à la maîtresse de faire une pause. Elle dit oui. Ils sortent leur gourde des sacs. Rassasiés, ils continuent leur pénible et interminable recherche.

« C’est reparti mon kiki ! dit la maîtresse.
Avec ses élèves, elle se retrouve à l’accueil de la mairie.
« C’est pour quoi encore ? vous m’empêchez de travailler ! dit la dame de l’entrée.
« Le chef de chantier nous a dit d’aller voir l’adjoint au maire.
Ils arrivent dans le bureau de l’adjoint :
« Que faites vous ici ?
« Il faut arrêter de boucher les puits, il y a un enfant qui est tombé dans l’un d’eux.
« On ne peut pas, on a commandé pile poil la quantité de béton nécessaire et cela nous coûte très cher !
« Mais c’est la vie d’un petit pierrotin qui est en jeu !
« Je m’en fous ! Si on bouche les puits, c’est pour la sécurité d’autres personnes. Et de toute façon, un de perdu, dix de retrouvé ! Tout ce que je peux faire, c’est vous donner un délai de cinq heures ; mais dans cinq heures, on bouche tout !
« Faut se dépêcher, cinq heures, ça passe vite ! dit Lucas.

La commère de secrétaire avait écouté toute la conversation ; elle a aussitôt le réflexe d’appeler un historien pour savoir si un des puits avait valeur historique, un puits qu’on ne pourrait pas toucher…ni boucher. Elle dit à la maîtresse, qui allait quitter la mairie, d’attendre la venue de l’historien.
« OK, merci pour votre aide !

Bientôt arrive l’historien :
« Bonjour, je m’appelle Yannick Duval, historien de profession.
« Merci beaucoup d’être venu.
La maîtresse raconte l’histoire d’Enguerrand.
« Je suis heureux, dit Duval, de vous annoncer qu’ils sont obligés de laisser ouvert au minimum un puits !

Fort de cette information, la maîtresse et Mr Duval se précipitent vers le chantier au moment même où le responsable des travaux dit à l’ouvrier qui s’occupe de la pelleteuse :
« Mickael, il nous reste plus qu’un puits à reboucher !
« Stop ! Arrêtez tout ! crie l’historien, vous n’avez pas le droit ; il faut laisser au moins un puits ouvert, c’est un puits qui a une valeur historique, c’est la loi !
« Montrez votre carte d’historien ! exige le chef de chantier.
Mr Duval la lui montre.
« OK, on est donc dans l’obligation d’arrêter ?
« Exact.

Penchés sur le dernier puits, la maîtresse et les élèves crient :
« Enguerrand ! Enguerrand ? Tu nous entends ? Tu es là ?
Une voix leur répond du sous-sol, celle d’Enguerrand :
« Maîtresse, c’est vous ?
« Oui je suis là avec toute la classe. On va te sortir de là !
Elle jette une corde dans le puits.

« T’imagines, dit Clément à Micky, s’il y avait un trempoling dans le puits, on pourrait sauter et rebondir…

Au fond du puits, Enguerrand a attrapé la corde ; il se tourne vers Joseph :
« Allez, on sort ? Tu viens ?
« Non, répond l’autre, moi je reste ici ! Mais tu vas me manquer ! »
« Toi aussi, Joseph, tu vas me manquer ! répond le garçon.

Sortant du puits, Enguerrand tombe dans les bras de Charly :
« Enguerrand, Enguerrand, je savais que j’allais te revoir !
« Charly, je suis trop content de te voir ! Tu me dois dix euros de bonbons, tu t’en souviens ?

Le lendemain, une fête est organisée ; tous étaient là, la maîtresse et le maire, le chef de chantier et la secrétaire de mairie, l’historien, Romain, Médhi, Mattéo, Jason, Enguerrand, Charly, Pauline, Flavy, Lucas, Guillaume ; on organise un feu d’artifice ; le puits fut classé monument historique de France ; et comme promis Charly donna ses dix euros de bonbons à Enguerrand.

FIN



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