Agriculture

Se réapproprier la régulation des marchés

L’agriculture fait les gros titres de l’actualité : une crise qui s’amplifie, des promesses (en matière de prix notamment) qui ne sont pas tenues par le pouvoir, des luttes qui persistent et un salon qui s’ouvre cette semaine, porte de Versailles ( où une délégation du PCF avec Pierre Laurent est programmé le 4 mars). Le point avec Xavier Compain, responsable à la direction du PCF du secteur Agriculture, pêche, forêt.

Les communistes parlent, à propos de la situation agricole, de « vaste plan social ».

Quelques chiffres : 200 exploitations disparaissent toutes les semaines. A ce jour, 1384 fermes ont disparu depuis le 1er janvier 2016. Sur la base des revenus 2015, un agriculteur sur quatre dispose de 641 euros par mois. Dans les cellules de crise mises en place par les pouvoirs publics, on fait état de 51 000 agriculteurs qui ont déclaré moins de 4000 euros annuels, soit 300 par mois. C’est bel et bien un vaste plan social qui n’en porte pas le nom.

Comment caractériser la crise ?

Cette crise vient de loin. Aujourd’hui, on n’est pas les seuls à dire qu’on assiste à un démantelement de tous les outils de régulation, une accentuation de la liberalisation des marchés, un dumping social féroce, et une concentration comme jamais de l’agriculture dans les mains des géants de l’agro-industrie. Les paysans qui manifestent sont peut-être ceux-là même qui étaient, il y a peu encore, les plus solides mais qui risquent fort de sombrer dans les mois qui viennent.

Tu parles de « solutions durables ».

Ce qu’il faut aujourd’hui c’est une vision alimentaire et agricole à tous les niveaux, Monde, Europe, France, une vision qui repose sur une vraie ambition pour la société. Se contenter de répondre aux crises (quand on y répond ?!), ça ne marchera pas. C’est à partir d’une vraie vision alimentaire qu’on va définir une ambition agricole. Le socle, ça s’appelle la souveraineté alimentaire des peuples. Il faut aussi du courage politique pour affronter les institutions, multiples, et les marchés. Notre combat de communistes est d’en finir partout avec la faim ou le frigo vide. La croissance que nous voulons, c’est celle d’un développement en faveur d’une alimentation de qualité qui soit saine et accessible, et assise sur des productions relocalisées. C’est ce que disent les consommateurs, c’est ce qu’entendent les paysans. Dans le même temps, on est pour faire de la transition écologique, relever le défi climatique, avec un nouveau modèle agricole.

Comment faire ?

Pour répondre aux enjeux dont je viens de parler, il faut planifier les productions agricoles ( je sais que c’est un gros mot pour les capitalistes...) et surtout se réapproprier la régulation des marchés. Si on sait ce qu’on veut produire, comment, pour qui, et si on décide d’avoir des outils, là effectivement, on pourra tracer un avenir pour l’agriculture.
Je rappelle juste quelques grandes propositions : encadrer les marges et les pratiques de la grande distribution ; définir des prix agricoles avec de vraies négociations sur les prix avec tous les syndicats ; indiquer l’origine des produits agricoles (ou de la mer), transformés ou non ; protéger nos activités du vivant en cas de crise sanitaire ou climatique. Ce sont les propositions que portent nos parlementaires.

Et sur le terrain européen ?

En Europe aussi, on a besoin de redéfinir des principes politiques, notamment avec le retour de prix indicatifs (qui existaient il y a une trentaine d’années), revenir au principe de préférence communautaire ou de clause de sauvegarde. J’ajoute que ces jours-ci les négociations sur le TAFTA (Europe/USA) ont repris à Bruxelles. On demande d’y porter une exception agricole, comme cela a été fait pour la culture. Car on sait très bien que si le TAFTA est signé par exemple en matière de viande bovine, cela va signifier ici moins 50 % de rémunération pour les producteurs.
Au niveau européen, encore, on peut prendre des initiatives communes. On sait qu’il y a crise partout ( en Grèce, en Irlande, au Portugal…). Ainsi, samedi prochain, au sein du PGE, le Parti de Gauche Européenne, on va travailler ensemble les propositions, attirer l’attention sur ce travail. Et même chose lors de l’Université d’été du PGE, en juillet, en Toscane.

Propos recueillis par Gérard Streiff



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